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Les Israéliens n'avaient plus accès dimanche à des terres agricoles prêtées par la Jordanie pendant le dernier quart de siècle dans le cadre d'un accord de paix entre les deux pays voisins.

Les annexes du traité de paix jordano-israélien de 1994 autorisaient la «mise à disposition gratuite» de terres dans les régions de Baqoura/Naharayim et Ghoumar/Tzofar à des propriétaires privés israéliens pour une période initiale de 25 ans, arrivant à échéance dimanche.

«Je proclame la fin de la validité des annexes de l'accord de paix concernant Baqoura et Ghoumar, et le rétablissement de notre souveraineté totale sur ces territoires», a déclaré dimanche le roi Abdallah II de Jordanie devant le Parlement, à Amman.

En Israël, le ministère des Affaires étrangères a dit «regretter la décision de la Jordanie».

Baqoura en arabe, ou Naharayim en hébreu, est une zone de quelque 6 km², située au confluent du Jourdain et du Yarmouk, sur la partie nord de la frontière israélo-jordanienne. Ghoumar, appelé Tzofar en hébreu, est une zone d'environ 4 km², sur la ligne séparant les deux pays dans le sud.

Dimanche, à Naharayim, deux portails jaunes menant à un ancien barrage, et plus loin à un checkpoint, étaient enchaînés et verrouillés, empêchant ainsi l'accès au site désormais sous contrôle jordanien.

Selon des responsables locaux, des soldats israéliens étaient venus sur place la veille en fin de journée pour cadenasser l'accès au site, côté israélien.

Sur une colline de l'autre côté, des véhicules militaires circulaient et un drapeau jordanien flottait entre deux grandes tentes où doit avoir lieu lundi une cérémonie en présence du chef de la diplomatie jordanienne Ayman Safadi.

«C'est une grande perte», a déploré, côté israélien, Adva Algarisi, gérante d'une entreprise locale de tourisme qui amenait régulièrement des visiteurs sur ce site lors de tours guidés.

«C'est près du lac (de Tibériade), de sites chrétiens, de lieux saints (...) nous y évoquions la relation avec la Jordanie, le processus de paix, la coexistence avec nos voisins, c'est un site unique», a ajouté la femme de 46 ans qui a grandi dans cette région du nord-est d'Israël.

Les agriculteurs de deux kibboutz avoisinants cultivaient aussi céréales, fruits, dont de jolies pastèques, et légumes sur ces terres bercées par la vallée du Jourdain inondée de soleil.

C'est que la reprise de ces terres par la Jordanie n'est pas une surprise. En octobre 2018, le roi Abdallah II avait notifié à Israël sa volonté de récupérer ces secteurs frontaliers.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu avait alors répondu vouloir ouvrir des négociations pour maintenir le statu quo, mais aucune entente n'est intervenue pour proroger l'accord, ce qui irrite nombre d'Israéliens sur place.

Les autorités jordaniennes ont précisé dimanche qu'elles allaient autoriser les agriculteurs israéliens à cultiver leurs champs de l'autre côté de la frontière, mais après avoir reçu un visa de l'ambassade de Jordanie à Tel-Aviv.

Or la Jordanie avait rappelé fin octobre son ambassadeur à Tel-Aviv pour protester contre la détention sans inculpation en Israël de deux jeunes Jordaniens, qui ont toutefois été libérés ces derniers jours.

Lundi, le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi, doit tenir une cérémonie à Baqoura, aussi nommée par les Israéliens «l'île de la paix», bien que sept écolières, en sortie scolaire, y aient été tuées par un soldat jordanien en 1997.

Dans la foulée de cette tuerie, le roi de Jordanie, à l'époque Hussein, s'était rendu dans la ville d'origine des écolières en Israël pour présenter des excuses officielles au nom de son pays.

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