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16-10-2019 14:30

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Économie

Dans un papier scientifique de l’économiste Uri Dadush, ce dernier montre qu’il est facile de réduire les inégalités sans dépenses budgétaires. Pour lui, il faut des réformes en matière de normes, de lois et de concurrence pour établir un climat propice à la prospérité de tous.

Dans un contexte marqué par l’essoufflement de la croissance et l’aggravation de la dette publique, le risque d’un creusement des inégalités au Maroc devient réel. Aujourd’hui, toute réflexion sur le modèle de développement nous ramène inexorablement à cette question lancinante dont la cohésion sociale du pays dépend. Un brief rédigé par Uri Dadush, économiste et Hamza Saoudi, research assistant au policy center se sont— saisi de la problématique avec une nouvelle perspective. Pour planter le décor: 32% des revenus sont détenus par seulement 10% de la population. C’est 12 fois le revenu des 10% de la population la plus pauvre. Il est clair que le gap est profond et qu’il faut beaucoup de travail, de lois et de gouvernance pour le réduire.

D’ailleurs, mondialement, un très haut niveau d’inégalité est souvent synonyme de criminalité, d’instabilité politique et de faiblesse de l’investissement. Dans un tel contexte, le capital humain ne joue pas son rôle comme prévu. Selon le brief du Policy center, le gouvernement marocain dispose de plusieurs marges de manœuvre pas forcément budgétivores pour réduire les inégalités et donner tout son potentiel au facteur humain pour booster la croissance et le développement du pays. Ceci dit, le Maroc a réalisé des avancées dans ce sens, malgré l’atonie ayant caractérisé ces dernières années.

En effet, la part de la population vivant avec moins de 2,15 dollars par jour a considérablement baissé de 15,3% en 2001 à 4,2% en 2014. Toutefois, les inégalités ne peuvent être réduite au seuil de la pauvreté. Les Marocains ont de plus en plus de besoins liés aux nouveaux modes de consommation. Alors comment garantir une meilleure répartition des richesses et du revenu? Le brief de Policy center a retenu sept recommandations qui ne sont pas forcément liées à un investissement en argent. Outre la participation des femmes et la réforme de l’éducation, le brief propose de réduire les disparités liées à l’accès aux services de santé de qualité. Une politique de décentralisation assortie d’une ré-allocation équitable des dépenses de santé entre les régions marocaines aiderait certainement dans ce sens. Autre recommandation : rendre le système fiscal plus progressif en réduisant le recours aux impôts indirects. Cela nécessiterait, entre autres mesures, une amélioration de la perception de l’impôt sur les sociétés où seulement 2% des entreprises versent 82% de l’IS. En effet, imposer excessivement quelques entreprises du secteur formel est à la fois inefficace et encourage l’informel.

La corruption contribue également aux inégalités d’où la nécessité de réduire son incidence. Cela ne va pas sans un accès équitable et libre à l’information afin de garantir le droit de tous aux services administratifs sans privilège. Le Maroc a également besoin d’une meilleure approche des caractéristiques des ménages à différents moments de la répartition du revenu, y compris les sources de revenu, la nature de la profession, le niveau d’éducation, les résultats en matière de santé, etc. Les informations de ce type permettront aux décideurs d’évaluer toutes les politiques gouvernementales en termes d’effet de répartition. 


Uri Dadush.
Economiste

“Le travail des femmes et l’éducation pour réduire les inégalités ”

Comment réduire les inégalités dans un contexte marqué par l’essoufflement de la croissance et des ressources de l’État ?
Dans la vie, tout n’est pas une question d’argent. Par exemple, concernant la participation des femmes dans le marché du travail, ce n’est pas une question de dépenser beaucoup d’argent car on engage déjà beaucoup de dépenses dans l’éducation des femmes au Maroc. Aujourd’hui, au Maroc et dans plusieurs contextes, l’éducation des femmes est égale à celle des hommes. En plus, les femmes ont de moins en moins d’enfants au Maroc, comme dans le monde d’ailleurs. Sauf qu’au Maroc, la transition démographique a été très rapide et alors que de plus en plus de femmes sont disponibles, seulement 18% d’entre elles participent au marché du travail. C’est l’un des taux les plus bas dans le monde. Donc, c’est une question plutôt de normes à changer et de législation contre la discrimination.

Quid du rôle de l’éducation ?
Concernant l’éducation, comparé à d’autres pays, le Maroc dépense d’une manière plus où moins comparable entre 5 et 6% du PIB. De nouveau, ce n’est pas une question de dépenses. Seulement, les résultats sont inférieurs aux attentes, ce qui laisse conclure qu’il s’agit d’une affaire de gestion. Pour moi, les deux plus grands problèmes liés à l’inégalité au Maroc sont le travail des femmes et l’éducation. S’y ajoute la promotion de la concurrence car s’il n’y a pas de concurrence dans certains secteurs, les prix vont augmenter ainsi que les profits. Grâce à la concurrence, l’on peut avoir des prix raisonnables et partant une répartition du revenu plus égalitaire. De nouveau, a-t-on besoin d’argent pour augmenter la concurrence ? Je ne pense pas mais il faut encore une fois des lois et des normes appliquées à tous.

Comment alors gagner en ressources pour l’État tout en réduisant les inégalités comme vous le proposiez ?
Ce que j’essaie de dire dans le brief, c’est qu’il y a même des opportunités pour que l’État puisse gagner plus d’argent en réduisant les inégalités. Par exemple, si on a une participation majeure des femmes dans le secteur formel, l’on aura plus de revenu d’impôts. Par ailleurs, en réduisant l’informalité dans l’économie, l’État gagne aussi en impôts. En effet, lorsqu’on compare le Maroc au reste du monde, on constate qu’il dispose de bonnes ressources financières. Toutefois, la majorité de cet argent est basé sur la TVA, les taxes et l’impôt sur le revenu et le profit qui sont relativement meilleurs. Or, tout le monde sait que la TVA est invariablement appliquée à tous, que l’on soit pauvre au riche avec les mêmes taux. En appliquant une taxation basée sur le revenu ainsi qu’un impôt progressif, l’État peut avoir plus d’argent et plus d’égalité, contrairement à ce que l’on peut croire.

Alors, comment peut-on aujourd’hui améliorer la gestion globale des secteurs-clés au Maroc ?
Selon mon expérience, il y a trois éléments pour améliorer la gestion sachant qu’il n’y a pas de solutions faciles et toutes faites à cette question car il s’agit de problèmes très ancrés dans la société marocaine. D’abord, il faut une bonne volonté politique de changement. Secundo, l’établissement de règles claires, à savoir une stratégie et une communication et des lois sans ambiguïtés. Tertio, une capacité de management. Lorsqu’on regarde Singapour qui est l’exemple du meilleur modèle de développement durant les 60 dernières années, le management et la gestion y ont été hissés au plus haut niveau. Les responsables administratifs et dans le gouvernement sont les plus payés au monde mais aussi les mieux sélectionnés. Je ne dis pas que c’est la solution pour le Maroc mais c’est une façon de réfléchir pour éventuellement mettre des personnes clés, suffisamment motivées dans certains secteurs importants. 

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