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Il a brillé dans «Mosul», une fiction politique qui traite d’une unité d’élite irakienne qui s’est battue contre le groupe jihadiste État islamique pour la reconquête de la deuxième ville d’Irak. Présenté en hors compétition à la 76e édition de la Mostra de Venise, le film de Matthew Michael Carnahan produit par les Frères Russo a séduit par sa singularité et le fait que ce soit tourné en langue arabe. Il campe le rôle de Kawa, soldat qui sombre dans l’intensité de la guerre. Il est Franco-Tunisien et profondément touchant. Adam Bessa est un jeune acteur à suivre de très prêt.

Comment prépare-t-on un rôle à la fois politique et humain ? Est-ce qu’on se fie uniquement au scénario ou l’on va chercher dans l’histoire ?
Les deux. On part d’abord du scénario. Et ensuite on fait les recherches sur le contexte politique. J’ai commencé d’abord par apprendre le dialecte irakien. J’ai mis deux semaines à me l’approprier, j’avais un coach, je m’y suis mis intensément. Le reste du casting était irakien pour la plupart, je leur posais beaucoup de questions. Ensuite on a fait un entraînement militaire. J’avais des correspondants qui avaient fait la guerre en Irak, qui m’ont beaucoup aidé à construire le personnage. Je remplissais au maximum pour nourrir le personnage. Et puis le tournage a commencé et tout le travail psychologique du personnage. C’était dur. 8 à 10 heures par jour. Physiquement, c’était dur parce qu’on avait 10-15 kg sur le dos, il faisait chaud, on a tourné à Marrakech au Maroc. Trois mois de tournage pour un film qui se passe sur 12 heures, l’intensité ne devait jamais retomber. Il fallait toujours la maintenir. Il fallait toujours être intense. Plus ça allait, plus mon personnage plongeait dans la folie de la guerre. C’était très intense…

Kawa, votre personnage évolue dans les 12 heures de l’action du film. Est-ce que le personnage se construit en amont ou tous les jours sur le tournage ?
Oui bien sûr. Il y a la base du scénario mais c’est ce qui se passe tous les jours qui est important. Je proposais des idées qu’on prenait ou pas. Plus j’avançais, plus j’avais une connaissance de ce gars et plus j’ouvrais les valves, je trouvais des dimensions pour avoir accès à lui. Je ne cessais de le pousser loin. Il n’y avait pas de limites. Je suis arrivé jusqu’à un point où il fallait le pousser dans ses retranchements, aller au maximum. Je me sentais responsable aussi. Ces personnages existent dans la vraie vie, sont encore là. Il fallait être à la hauteur de ces gens-là, leur rendre hommage. Je me mettais une pression au quotidien. Si un Irakien voit le film, il ne faut pas qu’il voit la différence entre moi et le personnage, si un des soldats voit le film, il faut qu’il se reconnaisse. Il fallait que je sois irréprochable. Faire ce film est une grande responsabilité.

Est-ce que ça a été un personnage difficile à trouver ?
Tout dépend. Des fois des idées viennent comme ça. Des fois ça ne vient pas ! (Rires), ça met plus de temps. Donc tu cherches jusqu’à trouver. On sent que c’est juste, quand on est sur le bon chemin. Ça se ressent. C’est un peu comme la cuisine. Des fois, je sais ce que j’ai envie de manger, des fois non ! (Sourire). Il y a des choses plus ou moins instinctives. D’autres un peu moins. Mais une fois «action» prononcée, il n’y a pas de retour en arrière. C’est déjà tout réfléchi. Je laisse même les accidents arriver. Au réalisateur de prendre ce qu’il veut.

Cette fraternité entre les personnages, est-ce que vous l’avez travaillé en amont ?
Oui ! Le boot camp, on l’a fait avec de vrais militaires mais c’est vrai qu’on était tous les jours ensemble. On travaillait ensemble, on a appris à ce connaître, on a développé ce sens de la camaraderie. Il y a un personnage dans le film que je ne connais pas, j’apprends à le connaître. Donc j’ai appris à le connaître sur le tournage mais je devais désapprendre dans le film. C’était un travail intéressant.

Le réalisateur est américain, vous jouez en arabe. Comment avez-vous été dirigé par Matthew ?
Assez simplement. Il y avait le scénario, je faisais des propositions et je savais à peu près ce qu’il attendait. Je l’avais eu en amont. On a discuté longtemps, on a mis des check point sur le personnage. On avait préparé en amont donc sur le tournage, c’était des ajustements, du perfectionnement, je dirais. Il y avait la barrière de la langue, beaucoup d’acteurs ne parlaient pas anglais. Donc tout passait par le jeu et l’émotion. C’était intéressant. C’était comme une jam musicale où le sens prend même si on ne parle pas la même langue.

Je suppose qu’il y a eu un avant et un après le film. Humainement et professionnellement. Comment on quitte un personnage comme celui là ?
Déjà, il m’a fallu deux mois, peut être pour redescendre. J’ai passé des mois une arme à la main, le bruit de la Kalachnikov dans la tête. Je faisais des cauchemars. Revenir à la vie normale n’a pas été de toute évidence. Ce gars, je l’adore. Il ne m’a jamais vraiment quitté, je le porte encore en moi. Je ne connaissais pas cette partie de l’histoire, ce qui s’est passé en Irak. Maintenant je sais, j’ai appris et je porte ça à jamais dans mon cœur. Beaucoup de gens m’ont touché.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à vivre dans le tournage ?
Le psychologique. Le physique accentue le psychologique aussi mais le fait de tuer était dur. Je me demandais souvent «pourquoi on tue ?», «qu’est ce qui fait qu’on tue?». On ne comprend jamais vraiment mais on cherche des pistes. Je réfléchis mais mes pensées prennent le pas aussi. Souvent. Je renvoie tout à ce que j’ai vécu à ma vie. Après deux journées de tournage comme celles-ci, on commence par prendre conscience qu’on joue jusqu’au moment où on ne joue plus, on vit la situation tout simplement. Le cerveau s’adapte. Avec la répétition, le cerveau s’adapte. Tous les jours, j’avais une arme dans la main et je ne faisais que tirer. Shooter pour tirer. Tirer, tuer. C’était dur. Et puis j’ai joué avec des grands acteurs, oscarisés ou qui ont côtoyé les plus grands. Quelle pression !

C’était une évidence pour vous de faire ce métier ?
Ça s’est construit petit à petit ! J’ai toujours aimé ça je pense. J’aimais regarder des films. J’ai fais du théâtre au lycée. Je me suis dis que j’allais essayer. J’étais curieux. Et ça s’est fait petit à petit. Ce que j’aime dans ce métier, c’est d’avoir accès toujours à un monde infini. Sans limite. Cette infinité où je n’ai pas vraiment les clefs, où je ne suis sûr de rien. C’est un travail forcément. À chaque rôle, je plonge profondément. Les acteurs que j’admire, travaille comme ça. Je n’ai pas un modèle mais j’ai des gens que j’admire. Il y les Brando, les Al Pacino, Sean Pean. Ils sont admirables. L’école anglaise aussi avec Daniel Day Lewis et Gary Oldman par exemple. Leur travail m’intéresse. J’adore Meryl Streep. Je mixe un peu tout cela mais les vrais modèles sont dans la vie. Les gens que je croise dans la rue sont les plus intéressants. Ceux que personne ne regarde. Ça prend beaucoup de mon temps, me passionne. Essayer de comprendre les gens. Surtout s’ils sortent du cadre social. J’adore explorer ces chemins psychologiques. Comment j’atteins la colère ? La haine ? Plein de chemins mènent à ça. Il y a une infinité de possibilités et explorer cela m’intéresse beaucoup !

Vous estimez avoir le choix dans les rôles quand on commence une carrière ?
Oui. Je me permet de refuser les rôles bâclés, qui n’ont aucun intérêt. Qui ne servent ni mon peuple, ni un propos intéressant, ni à changer les mentalités, à aider à mieux comprendre la différence. Des rôles pour remplir une case du stéréotype, ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas alimenter ça. J’essaie de faire un film qui reste. J’aime faire des rôles auxquels les gens s’attachent, comme moi petit. Un rôle comme celui là qui sert le monde arabe, qui permet à l’Occident de comprendre. Matthew Michael Carnahan a réussi à mettre en lumière de véritables héros arabes. Les faire jouer dans leur langue ! Et pas en américain. Il fallait que ça change…

Comment avez-vous vécu votre avant première à Venise ?
C’était que du bonheur. Le présenter à Venise, dans une belle salle, avec les proches, la famille , ma femme. On a eu une belle standing ovation. Les gens me posent des questions. Je suis ému que le film ait marqué quelque part. Que les gens se questionnent. Et puis le tapis rouge, les photographes. C’est féérique, c’est comme un bal de lycée ! (Rires). Après avoir travaillé dur, c’est bien aussi de profiter de ce volet là ! 

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