A lire aussi

17-10-2019 11:45

Crédit Agricole du Maroc. Une émission de 850 MDH dans le pipe

L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a visé, ce 15 octobre, un prospectus relatif à…
Rejoignez nous sur :
Chroniques

Le dernier rapport de Bank Al-Maghrib pour l’année 2018 présenté devant le roi la semaine dernière fera sûrement date. S’il ne diffère pas, au niveau de sa structure, des précédents rapports, il se distingue néanmoins par le ton utilisé au niveau de la présentation générale et les conclusions qui en découlent. Traditionnellement, la présentation des rapports annuels de l’Institut d’émission constitue un moment particulier dans l’histoire du pays. C’est un document de référence pour les décideurs, les investisseurs et les chercheurs. Bien sûr, comme tout produit humain, il ne peut être élevé au rang de «livre sacré». On peut le commenter, le critiquer, voire carrément le remettre en cause à condition, toutefois, de le faire avec rigueur, objectivité et esprit constructif, sans recourir au dénigrement et au langage anecdotique ! Une lecture attentive de la présentation du rapport nous dispense de parcourir l’ensemble du document. Ainsi, après avoir rappelé à grands traits les caractéristiques de l’environnement international qui est incertain et en rapide mutation, c’est la situation économique, monétaire et financière du pays qui est passée au crible. Le tableau dépeint n’est guère réjouissant. Que l’on en juge par soi-même: une croissance modérée de 3% en deçà de l’objectif fixé par le gouvernement dans la loi de Finances; une croissance tirée essentiellement par la demande intérieure sachant que la contribution des exportations nettes est redevenue négative à hauteur de 1,3%; un taux de chômage qui reste élevé notamment chez les jeunes diplômés; au niveau des équilibres macro-économiques, on relève une accentuation des déficits jumeaux (déficit budgétaire de 3,7% et déficit du compte courant évalué à 5,5%), un taux d’endettement du Trésor de 65,3%, un taux d’inflation qui grimpe en une année de 0,7% à 1,9%... À cela s’ajoutent le recul drastique des cours de la Bourse de Casablanca, les insuffisances en matière de lutte contre le blanchiment ou encore la frilosité du secteur privé malgré de multiples avantages qui lui sont consentis. Par ailleurs, le type de gouvernance suivi est sérieusement remis en cause. Ainsi est-il écrit dans le rapport: «la gouvernance de la politique publique dans notre pays souffre de plusieurs insuffisances liées à l’absence de cohérence, d’efficacité dans la mise en œuvre et d’évaluation objective. Il n’est donc pas étonnant que les performances économiques et sociales ne soient pas à la hauteur des efforts consentis». On ne peut être plus clair! Et le gouverneur de la Banque centrale d’appeler à un «véritable sursaut de toutes les forces vives du pays». Nous pensons que le pays a suffisamment de ressorts et d’atouts pour rebondir et repartir de l’avant à condition de revoir fondamentalement les orientations suivies jusqu’à présent et qui ont montré leurs limites, de l’aveu de tout le monde. Les difficultés, réelles et observables sur le terrain, que nous traversons ne datent pas de 2018. Elles n’ont fait que s’aggraver davantage sous l’effet de facteurs conjoncturels tant internes qu’externes. Le sursaut est possible. Il réside dans la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement qui doit marquer de véritables ruptures, sur certains aspects, avec le modèle en vigueur. Une place particulière doit être accordée à la dimension non-économique du développement. Car le développement ne se réduit pas à la réalisation des taux de croissance, aussi élevés soient-ils. Il faut une transformation des structures, une révolution des mentalités, un approfondissement des valeurs de progrès et une valorisation de l’effort et de la créativité. Malheureusement, nous assistons depuis quelques années à une dégradation inquiétante des valeurs de citoyenneté, de vivre ensemble, du sens du commun. Cela, nous semble-t-il, est dû au rétrécissement des espaces de socialisation et à la défaillance de notre système éducatif. Qu’on le dise clairement: le seul espace de socialisation se limite à la mosquée et au cimetière. Et encore!! Les maisons de la jeunesse ne jouent plus leur rôle, les théâtres et les maisons de la culture sont pratiquement inexistantes, notamment dans le Maroc profond. On assiste à un vaste désert culturel, dans lequel la misère de la culture côtoie la culture de la misère. Pour réaliser le sursaut souhaité, nous sommes appelés à jeter les bases d’une véritable «révolution culturelle» pour libérer les initiatives et permettre à notre jeunesse de «mieux respirer». Le temps presse et le monde évolue à pas de géant. Nous n’avons d’autre choix que d’accélérer la cadence et de changer notre rapport au temps. Toute hésitation pourrait se payer chèrement.

Par Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Dernière Minute

Nos derniers Tweets...

Suivez-nous sur Facebook

Vidéos des ÉCO

Vidéos des ÉCO

0
Partages
0
Partages