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«Gouverner, c’est prévoir» dit l’adage, même si au Maroc pour reprendre une formule chère à Lyautey «gouverner, c’est pleuvoir». Il est bon de rappeler cette évidence en ces temps de turbulences sociales et de grèves qui touchent différents secteurs dont en particulier celui des enseignants dits «contractuels » ou pour emprunter l’expression utilisée par les intéressés et les milieux syndicaux «soumis à la contractualisation». Ce qui se passe présentement est loin d’être un fait anodin ou un simple incident de parcours. C’est une réaction qu’on attendait à une certaine façon de faire pour le moins qu’on puisse dire maladroite et improvisée de gérer les grands dossiers et les questions délicates comme celle dont il est question aujourd’hui. Un gouvernement ne doit pas fonctionner en «sapeur-pompier ». Il est là pour gérer le pays dans la durée et partant, anticiper tous les problèmes qui risqueraient de se poser à moyen et long termes pour leur trouver des solutions à l’avance. Pour ne parler que de la question de l’éducation et du recours à cette formule maudite de «contractualisation» que le gouvernement a finalement abandonnée à son corps défendant, elle n’aurait pas dû se poser si elle avait été gérée autrement. Les besoins en enseignants étaient connus de tous et sont facilement calculables à partir des données démographiques, de la pyramide des âges et des départs à la retraite. Au lieu de procéder au recrutement régulier des enseignants en leur dispensant la formation requise, condition sine qua non d’un enseignement de qualité, on a adopté au contraire la politique de l’autruche pour ne pas aggraver le poids de la masse salariale ! Cette négligence et ce laisser-aller, on les paie aujourd’hui cash ! On a eu recours dans la foulée au recrutement de milliers de contractuels dont le nombre a culminé à 70.000, soit le quart du nombre total des enseignants : sans préparation, sans formation, sans encadrement. Qu’on ne vienne pas déplorer la baisse de la qualité de l’enseignement et la désaffection de l’école publique ! Qui plus est, la contractualisation prévue au départ comme simple moyen d’appoint pour parer à certains besoins limités dans le temps et dans l’espace, s’est métamorphosée, par un phénomène de génération spontanée, en un moyen privilégié de recrutement de masse, ce qui a dénaturé la politique de contractualisation et l’a vidé de son sens. Fort heureusement, le gouvernement a rectifié le tir en y apportant des modifications substantielles y compris sur le statut de contractuel pour lui substituer celui d’employé mais une fois que le mal est déjà fait... Émettons le voeu de voir cet épisode des enseignants contractuels définitivement réglé dans l’intérêt bien compris du pays et des parties concernées : enseignants, élèves et leurs familles. Puisse-t-il servir de leçon pour ne plus donner d’occasion à l’avenir à ceux qui passent pour des professionnels de pêche en eaux troubles. Le même espoir est valable pour l’aboutissement du dialogue social qui s’enlise depuis des années pour des raisons incompréhensibles. Cette situation de crispation, on ne le dira jamais assez, n’est dans l’intérêt de personne. Il faut absolument y mettre fin pour ouvrir des horizons au pays et lui permettre de mieux respirer. C’est de la responsabilité en premier lieu du gouvernement. C’est à lui d’anticiper et d’agir.

Abdeslam Seddiki
Ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

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