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Chroniques

J’ai été sidéré lorsque j’ai lu la déclaration faite par Luwellyn Landers, député et vice-ministre des Relations internationales et de la coopération de la république d’Afrique du Sud lors de la manifestation parallèle sur le Sahara, organisée le 27 février 2019 sur le thème «Responsabilité de l’Union européenne et des États membres pour la décolonisation du Sahara». Le ministre a déclaré que le Maroc était une «puissance occupante» au Sahara, corroborant ses propos en citant la Cour de Justice européenne et la Haute cour d’Afrique du Sud. La raison de ma consternation est qu’en tant que ministre et député, Landers, «commandant en second» du département des Affaires étrangères de l’Afrique du Sud, sait (très probablement) que ce n’est pas à ces tribunaux de décider du statut du territoire du Sahara. Un processus politique est en cours depuis trois décennies pour surveiller le cessez- le-feu, discuter de la faisabilité d’un référendum, discuter de nouvelles idées pour sortir de l’impasse (y compris l’autonomie sous la souveraineté marocaine), organiser des visites familiales, persuader les Algériens et le Polisario de recenser les réfugiés sahraouis sur le territoire algérien et leur appliquer la Convention de Genève, etc.

Ce processus a été supervisé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, mis en oeuvre par le Secrétaire général des Nations Unies et son envoyé personnel avec l’aide logistique et en matière de sécurité de la MINURSO et le soutien de la communauté internationale y compris de l’Union européenne et de l’Union africaine. C’est ce processus censé aboutir à une solution mutuellement acceptable et non des avis de justice non contraignants qui décidera du sort du territoire et de sa population. Je suis tout aussi surpris que le ministre parle du conflit mais ignore complètement l’histoire de la région et plus particulièrement l’histoire du Sahara et ses relations avec le Maroc. S’il avait fait ses devoirs, il aurait découvert que le Sahara n’était pas seulement une partie du Maroc depuis le Xe siècle mais également le lieu de naissance de plusieurs de ses dynasties, parmi lesquelles les Almoravides, les guerriers «voilés» qui ont erré dans les dunes du Sahara avant d’envahir le nord-ouest de l’Afrique et la péninsule ibérique aux XIe et XIIe siècles. Les tribus du Sahara ont toujours eu des liens d’allégeance avec les rois marocains, comme l’a confirmé la décision consultative de la Cour internationale de justice du 16 octobre 1975. Si l’honorable parlementaire et ministre avait pris le temps d’examiner l’histoire diplomatique de la région, il aurait compris comment les puissances européennes négociaient des accords avec le royaume marocain aux XVIIIe et XIXe siècles afin de protéger le commerce et la navigation sur l’Atlantique, accords qui comprenaient les côtes du Sahara. Même l’Espagne (qui plus tard, sous Franco, à la fi n des années 1960, prétendait que le Sahara était terra nullus) avait, un siècle auparavant, demandé la «permission» de construire un «point d’arrimage» au Sahara lors des négociations du cessez le feu avec le Maroc à la fi n de la guerre de Tétouan en 1861. Si le ministre Landers avait lu l’histoire moderne du conflit, il aurait appris que c’était le Maroc qui avait demandé que le territoire soit ajouté à l’ordre du jour de la Quatrième commission des Nations Unies dès 1964. 

À cette date, l’Espagne avait déjà rétrocédé la ville de Tarfaya en 1958 et fera de même avec Sidi Ifni en 1969. Le processus de décolonisation avait été lancé par le Maroc dans les années 50, lorsque son Armée de libération avait combattu les forces combinées française et espagnole lors de l’opération Écouvillon (1958). Ce processus a été clos par la signature des accords de Madrid le 14 novembre 1975, en vertu duquel le Sahara a été rétrocédé au Maroc et à la Mauritanie. Le Maroc est une force de décolonisation et de libération au Sahara, comme il était une source de soutien financier et logistique pour la lutte de l’ANC et du peuple sud-africain contre le régime de l’Apartheid un soutien qui a ensuite été reconnu avec dignité par le dirigeant courageux et visionnaire Nelson Mandela. La négation délibérée de l’histoire par le ministère des Affaires étrangères et de la coopération sud-africain est aggravée par le désir des dirigeants du même ministère de désespérément perturber le processus des Nations Unies en prônant des avis sur des points qui sont toujours en discussion entre les parties, lesquelles viennent juste de reprendre leurs pourparlers sous les auspices de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU au Sahara, Horst Koehler. La tentative désespérée de torpiller le processus politique soutenu par l’ONU est devenue claire lorsque la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu, a décidé de tenir à Pretoria une supposée réunion de solidarité avec le Polisario le 25-26 mars 2019 à laquelle des représentants de la SADC ont été invités. Non seulement cette réunion n’est pas en phase avec la résolution du Sommet de Nouakchott de l’Union africaine de juillet 2018 par laquelle l’Union africaine soutient le processus de l’ONU mais elle ne correspond pas à la volonté des dirigeants africains d’adopter des positions consensuelles et unificatrices face aux crises et confl its africains. La réunion du 25-26 mars ne fera que créer un obstacle supplémentaire à la tentative des pays africains de traiter d’une seule voix les problèmes qui entravent la croissance et l’émergence de l’Afrique. En plus de cela, il ressort de l’annonce que la réunion est partiale et non neutre lorsqu’elle entend débattre des questions en cours de négociation par les parties, comme si elles avaient déjà été décidées en faveur de l’Algérie et du Polisario. Ce genre d’action n’est pas seulement une source de division mais émane d’une attitude pas du tout constructive: cela sèmerait les germes de la dispersion et de la dissidence au sein d’un continent qui cherche à unifier chacun pour défendre des causes communes et trouver des solutions collectives aux problèmes de l’Afrique, comme l’évoquait sa majesté le roi Mohammed VI, lors du discours historique d’Abidjan le 24 février 2014. Le grand Nelson Mandela a un jour déclaré : «Je rêve de la réalisation de l’unité de l’Afrique grâce à laquelle ses dirigeants conjugueront leurs efforts pour résoudre les problèmes de ce continent. Je rêve de nos vastes déserts, de nos forêts et de tous nos grands espaces sauvages». Il incombe à nous tous, Africains, dirigeants et peuples, non pas de semer les germes de la division mais de contribuer à concrétiser la vision du grand dirigeant africain qu’est Mandela. C’est ainsi que l’Histoire se souviendra de nous : en tant qu’unificateurs et bâtisseurs d’un avenir prospère pour chaque Africain, pour tous les Africains».

Lahcen Haddad
Expert en entrepreneuriat

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