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Chroniques

Depuis bientôt une dizaine d’années, tous les rapports émanant d’institutions nationales et internationales (HCP, Conseil économique et social, Banque mondiale, OCDE, etc.) sur le développement socio-économique convergent et soulignent que le capital humain a été relégué au second plan, au profit d’investissements colossaux dans les infrastructures. Malgré toutes les avancées socio-économiques réalisées, une grande frange de la population n’a pas vu son quotidien s’améliorer. La classe dite moyenne, en l’absence de filets sociaux adaptés, est de plus en plus inquiète et a du mal à faire face à la cherté de la vie et, par conséquent, craint de sombrer dans la pauvreté. Des études supérieures réussies et couronnées par un diplôme ne permettent plus de propulser les jeunes dans la société de consommation. Devrions-nous dire que l’ascenseur social est définitivement tombé en panne? À quelques différences près, la situation est quasi-identique dans la plupart des pays africains qui ont vu leur économie décoller ces deux dernières décennies grâce, notamment, à l’exportation des matières premières. En d’autres termes, une croissance soutenue n’est guère une condition suffisante pour garantir assez d’emplois et de bien-être à l’ensemble de la population. Souvent, un bon taux de croissance dans plusieurs pays d’Afrique -dont le Maroc- cache de nombreux maux et dysfonctionnements. (cf : «L’Afrique ou les défis d’une économie diversifiée», «Les Inspirations ÉCO», (leseco.ma/62554). Dans le dernier rapport de l’OCDE (2018) («Examen multidimensionnel du Maroc», volume 2. «Analyse approfondie et recommandations»), il est précisé  que «la croissance économique est indispensable, mais ne présente qu’une facette du processus de développement». Le capital humain dont dispose le pays doit être avant tout une opportunité irremplaçable et non un fardeau ou une charge économique. Pour l’OCDE, «la transition démographique offrira une opportunité remarquable pour le développement du pays s’il sait tirer profit de la richesse de son capital humain à ce moment crucial de son histoire économique et transformer l’aubaine démographique en impulsion durable de son développement». L’un des défis majeurs auquel doit faire face le Maroc est l’intégration et l’implication, par l’éducation, la formation et la mise à niveau de son capital humain, dans un nouveau processus de développement où la priorité doit être accordée à des objectifs qualitatifs et non seulement à de simples indicateurs chiffrés, dénués de toute dimension humaine. Redonner à l’homme la place qu’il mérite dans le processus de développement passe aussi par la mise en avant du principe du «citoyen responsable» (aspect que nous avons tendance à oublier) en interpellant, par des projets socio-éducatifs, le sentiment d’appartenance et de citoyenneté. La dimension de «citoyenneté responsable» est souvent occultée des débats et des réflexions alors que, sans ce paradigme, la notion d’État perd de sa teneur et, partant, aucun modèle social ne peut être pérenne.  L’économie marocaine est confrontée à une double contrainte. D’abord, elle ne crée  pas assez d’emplois à même d’absorber les 230.000 personnes qui se retrouvent annuellement sur le marché du travail, en ce sens qu’elle ne crée en moyenne, depuis 2000, que 129.000 emplois par an. Le rapport de l’OCDE précise à ce sujet que «le Maroc a aujourd’hui un taux d’emploi parmi les plus bas au monde (42% en 2016) (…) Il reflète aussi la difficulté des jeunes, des femmes et des diplômés universitaires à s’insérer adéquatement dans le marché du travail». La deuxième contrainte consiste en la très faible qualification du capital humain de l’économie nationale. Selon le HCP (2013), 30% seulement de la population ayant plus de 25 ans a un niveau d’étude collégial, secondaire ou supérieur. En d’autres termes, «le stock de compétences disponibles ne répond pas suffisamment à la demande du marché du travail». La politique de formation professionnelle initiée par le premier gouvernement Jettou (2002) illustre bien nos propos. En effet, une grande priorité a été donnée à l’augmentation des effectifs aux dépens de l’amélioration de la qualité de la formation dispensée. Le résultat n’a pas tardé à se manifester: baisse «des niveaux de perception des entreprises sur l’inadéquation de la main-d’œuvre au Maroc». Dans le même ordre d’idées, et en plus de l’étude du HCP publiée en mai 2018 sur «La formation et l’emploi au Maroc», le rapport de l’OCDE précise que «l’absence de mécanismes d’orientation professionnelle et le manque de suivi-évaluation dans ce domaine contribuent à entretenir le décalage entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail». Notons à ce sujet qu’une expérience édifiante a été initiée par l’OFPPT en matière d’orientation professionnelle sur des bases scientifiques et grâce à des compétences avérées. Mais la politique d’optimisation et d’augmentation des effectifs a commencé à marginaliser, depuis 2002, le système d’orientation professionnelle pour le démanteler complètement quelques années plus tard. Au sein des entreprises, la culture de la formation continue des salariés (excepté les grandes entreprises) est presque absente des préoccupations des responsables. En 2014/2015, moins de 10% des salariés ont bénéficié d’une formation continue. D’après la Banque mondiale, avec un taux d’investissement excédant 30% du PIB, le Maroc se situe parmi les pays aux taux d’investissement les plus élevés du monde. Pour accélérer ou même maintenir son taux de croissance économique, le Maroc ne peut pas miser sur une augmentation significative supplémentaire de son taux d’investissement. Pour maintenir une croissance positive à long terme – a fortiori pour accélérer la croissance économique et converger rapidement vers les pays d’Europe du Sud – le Maroc n’a pas d’autre choix que d’augmenter sa productivité, et donc le niveau d’éducation de sa population.

Mouneim Mansouri
Docteur en Sciences du Langages de l’Université Paul Valéry (Montpellier III)

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