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Chroniques

Attendu depuis près de 30 ans par une large catégorie de clients et épargnants potentiels, le jour J de la banque participative est arrivé. Le Décret d’autorisation est paru le 22 mai 2017 et chez les huit prétendants à ce royaume, les First Movers n’ont pas attendu de dormir une seule nuit dessus pour ouvrir leurs premières agences. Dans la course, Umnia Bank, une Joint-Venture du CIH et de la Qatar International Islamic Bank, appuyée par la CDG. Deuxième dans la course à la primauté, Safa Bank, transgénique de la pionnière Dar Assafa, qui est elle-même la seconde transformation de l’essai de guichet islamique, osé par l’ex-banque mère Wafabank en 1990. Dans le décret, deux autres fenêtres ont obtenu le sésame : Najma, l’enseigne participative de la BMCI et Dar Al Amane, celle de la Société Générale.

Course à la primauté
Pour être complet, le tableau attend la parution du décret autorisant quatre autres entités : Bank Attamwil wal Inmaa, Joint-Venture de la BMCE et d’Al Baraka Bank Group de Bahrein, Bank Al Yousr, filiale de la Banque Populaire et du Groupe International Guidance, Al Akhdar Bank, filiale du Crédit Agricole du Maroc et de l’ICD (Groupe Banque Islamique de Développement) ainsi que la troisième fenêtre du secteur, l’activité participative du Crédit du Maroc. Pour être très attendue, l’ouverture de ces premières banques n’en est pas moins précoce, voire prématurée. Pour cause, si les décrets d’autorisation sont bel et bien parus, ceux relatifs aux produits d’épargne et de financement ne le sont pas encore, de même que les contrats standard, en cours de finalisation par Bank Al-Maghrib et le Conseil supérieur des oulémas, appelés contrats de place. Dans l’attente, chaque banque a mis en place ses propres outils pour les sortir au moment requis. Force est de reconnaître que la sortie est courageuse. Outre la course à la primauté, le dividende recherché est certainement la préparation de la clientèle, le rodage de la mécanique interne, mais encore et non des moindres l’acculement des autorités à accélérer le pas dans la mise en œuvre des instruments complémentaires à la banque participative. Aujourd’hui, et malgré la manifestation de bonnes volontés à divers niveaux, le pas a été plutôt lent. Durant toute la gestation de quatre années, la Banque Centrale a eu bon dos car tous les médias la portaient pour responsable du retard de parution des textes réglementaires. Aujourd’hui qu’ils sont parus, il s’avère que le problème est ailleurs. Je le place pour ma part dans le manque d’exercice des pouvoirs publics dans la gouvernance des écosystèmes de manière générale. Ce concept revient au ministère de l’Industrie et du commerce qui l'a développée pour 15 secteurs industriels, en remplacement des clusters et autres concepts de grappe. À peine promu en fin 2015, je proposais l’adoption de cette appellation pour la banque participative, dans un article de presse en mars 2016. Si Maroc PME se fraie encore un difficile chemin pour identifier «les locomotives» pour chaque écosystème industriel, l’écosystème de la finance participative a bien sa locomotive, qui est la banque participative, mais il ne semble pas que les wagons y soient vraiment attelés.

Écosystème en mal de coordination
Que manque-t-il aujourd’hui au tableau ? D’abord l’Assurance Takaful, dont les projets de décrets viennent juste d’être soumis au comité de régulation de l’ACAPS pour atterrir chez les Oulémas de la Commission finance participative. Nous ne savons pas si la profession s’est accordée ou pas pour ouvrir le Takaful à l’Assurance non-vie, qui comprend le produit vache-à-lait de l’automobile. Un dilemme à résoudre car sans les assurances de dommages, pas de contrat d’Ijara ni de Mourabaha immobilière. C’est aussi le décret des Sukuks souverains du ministère des Finances et dont le cadre fiscal vient juste de passer en amendement de la loi de Finances 2017. C’est enfin les résultats du recours de la profession bancaire initié auprès du CSO contre sa décision d’écarter les pénalités de retard de remboursement, à l’argument que les peines financières à l’encontre des débiteurs ne sont pas admises dans le rite malékite. À la différence de l’industrie où tous les acteurs institutionnels sont sous tutelle directe ou indirecte du gouvernement, y compris les agences, la situation de la banque participative est bien particulière alors que l’activité bancaire relève de la Banque centrale, qui a joui de sa propre souveraineté, l’activité des marchés relève de l’AMMC, qui vient à son tour d’acquérir sa souveraineté, et il en est de même pour l’activité d’assurance régulée par l’ACAPS. Le Conseil supérieur des oulémas, qui revendique vaillamment son indépendance de la Banque centrale, notamment, relève de Sa Majesté, avec une coordination administrative du ministère des Habous. Enfin, la Direction des impôts, qui n’est pas en reste dans ce processus est certainement la seule autorité avec la Direction du Trésor pour la réglementation des titres souverains, qui relève du gouvernement. Même la banque conventionnelle n’est pas tributaire d’autant d’acteurs désarticulés pour son fonctionnement.

Concerto en B majeur
Dans cette symphonie qui va marquer l’histoire du secteur bancaire, qui peut alors prendre le lead et jouer le chef d’orchestre alors que tous les acteurs s’activent de leur mieux pour jouer leur partition ? Le chef du gouvernement ? L’institution royale ? Dans l’attente, chaque régulateur avance à son propre rythme, le tempo étant donné, épisodiquement, par les circulaires de Bank Al-Maghrib. À l’évidence, la sortie de nos solistes Umnia et Safa est providentielle pour le marché. Comme dans un bon concerto, il faut parier qu’elle ait pour effet d’installer un dialogue harmonieux avec l’orchestre des régulateurs.  

Abderrahmane Lahlou
Expert en finance participative Abwab consultants

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