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16-09-2019 15:50

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Chroniques

L’adhésion du Maroc à l’Union africaine est sans conteste une victoire pour le Maroc, une victoire pour l’Union africaine enfin réunie et renforcée. Mais c’est, avant tout, la victoire de Sa Majesté le roi Mohammed VI qui a foi en l’Afrique et dans le destin africain du Maroc. Les larmes de Sa Majesté n’auront laissé aucune âme insensible tant elles ont été l’expression de cette charge et ce devoir historiques, cet honneur et ce bonheur de retrouver les siens. Pays fondateur de l’Organisation de l’unité africaine (prédécesseur de l’UA) en 1962, le Maroc avait claqué la porte de l’institution en 1984 en protestation à l'admission au sein de cette dernière de la fantomatique République arabe sahraouie démocratique (RASD). Surpassant l’avis du Conseil des ministres, Edem Kodjo, alors secrétaire général de l’UA, imposait par un tour de force une adhésion illégitime sous la menace d’Alger. Le Maroc revient aujourd’hui dans le giron institutionnel africain après 33 longues années d’absence. Il faut se rendre à l’évidence que la politique de la chaise vide n’aura aucunement servi sa cause. Bien au contraire, chemin faisant, la fantomatique RASD est devenue membre fondateur de l’UA, quand bien même l’entité ne répond nullement aux conditions d’adhésion de l’acte constitutif de l’institution régionale.

Une situation absolument schizophrénique de l’Union africaine qui adopte des décisions de son Conseil de paix et de sécurité et sur l’état de la paix et de la sécurité en Afrique réitérant «l'appel de l'UA pour le règlement rapide du conflit qui dure depuis quatre décennies au Sahara» et lançant un «appel au Conseil de sécurité de l'ONU à assumer pleinement sa responsabilité à cet égard, en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable» en ce qui concerne des «territoires dits non autonomes». L’explication n’est pas à chercher trop loin. En effet, le candidat algérien, Smaïl Chergui, a été reconduit à la tête de l’instance dudit Conseil de paix. C’est également l’Algérien Abdelkader Messahel qui occupe la fonction de ministre des Affaires maghrébines de l'Union africaine et de la Ligue des États arabes.

La stratégie d’Alger est loin d’être la politique de la chaise vide mais celle d’une offensive permanente par l’occupation des postes clés, sa contribution financière à l’institution et l’imposition de sa ligne de conduite. La victoire du Maroc, quatre mois après le dépôt de la demande d’adhésion, a été emportée au forceps, car une coalition menée par Alger et Prétoria aura jusqu’à la dernière minute tenté de faire avorter le projet ou, à tout le moins, le reporter. 13 pays coalisés n’auront rien épargné au Maroc ! Ils iront jusqu’à demander un avis consultatif de la Commission juridique de l'UA. Un avis négatif sur l’adhésion qui restera bel et bien lettre morte. 39 chefs d’États sur les 54 pays que compte l’Union africaine se sont prononcés ce 30 janvier 2017 en faveur de l’adhésion du Maroc à l’Union africaine lors d’un huis-clos au cours du 28e Sommet à Addis-Abeba. Conformément à l’article 9 de l’acte constitutif qui requiert la majorité des 2/3, les chefs d'État de l'UA ont accueilli avec enthousiasme le royaume du Maroc, qui retrouve sa place naturelle et légitime au sein de sa famille régionale et institutionnelle africaine. Cette adhésion fait suite à l’adoption en urgence et à l’unanimité par le Parlement marocain le 19 janvier 2017 du projet de loi n°01.17 portant approbation de l’acte constitutif de l’Union africaine (UA), signé le 11 juillet 2000 à Lomé (Togo) tel qu’amendé par le protocole adopté le 3 février 2003 à Addis-Abeba (Éthiopie) et le 11 juillet 2003 à Maputo (Mozambique). La demande d’adhésion officielle remise au président en exercice de l’Union africaine avait été suivie par une motion de censure déposée par 28 États africains. Cette motion recommandait l’admission du Maroc et la suspension de la fantomatique «République arabe sahraouie démocratique (RASD)».

Le texte de la motion avait obtenu l’adhésion du Gabon, du Benin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cap Vert, des Comores, du Congo, de la Côte d’Ivoire, de Djibouti, de l’Érythrée, du Gabon, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, de la Guinée équatoriale, du Libéria, de la Libye, de la République centrafricaine, de la République Démocratique du Congo, de Sao Tomé, du Sénégal, du Seychelles, de la Sierra Leone, de la Somalie, du Soudan, du Swaziland, du Togo et de la Zambie. C’est finalement sans condition que le Maroc accède à l’adhésion parce qu’il a choisi «la voie de la solidarité, de la paix et de l’union» ! Sa Majesté le roi Mohammed VI a abattu ses cartes, les unes après les autres. L’adhésion est le fruit d’un travail de longue haleine savamment orchestré sur les terrains diplomatique et économique mais aussi sur le champ religieux, terriblement précieux dans la construction identitaire d’un monde musulman qui fait face à des identités meurtrières et dont la sécurité religieuse est un des remparts.

Cette victoire pourrait bien en cacher une autre ! SM le roi du Maroc a encore bien des cartes à jouer. À peine le Sommet de l’UA terminé, Mohammed VI reprend son bâton de pèlerin pour sillonner à nouveau l’Afrique au départ du Soudan du Sud afin de convaincre que le destin africain est entre les mains de l’Afrique. Cette Afrique, dit-il dans son discours du 31 janvier adressé au 28e Sommet de l’UA, «peut être fière de ses ressources, de son patrimoine culturel, de ses valeurs spirituelles et l’avenir doit porter haut et fort cette fierté naturelle !». Il est temps que «les richesses de l’Afrique profitent à l’Afrique». Il compte pour ce faire sur cette «nouvelle génération de leaders décomplexés» pour conduire ce «leadership africain» en faveur du «développement et de la prospérité du citoyen africain». Pendant ce temps, et tout au long de ces mois, le gouvernement marocain réduit en affaires courantes continue à se chercher et passe à côté de l’histoire. L’Union africaine vient de tourner une page, une étape essentielle dans la prise en charge des défis du continent, après le retour à l’unité.

La question fondamentale de l’indépendance de l’institution est essentielle. Elle ne peut continuer à être tributaire de contributions extérieures à plus de 70% (Union européenne, États-Unis, Chine, Banque mondiale...), ni des contributeurs africains les plus importants que sont l'Algérie, l'Afrique du Sud et le Nigeria. Au-delà de la taxe dite Kaberuka, d’autres équilibres sont géo-stratégiquement nécessaires. Le défi de la sécurité alimentaire est certainement le plus important et celui pour lequel l’Afrique s’appuie déjà sur l’engagement d’OCP depuis de nombreuses années à répondre aux exigences des terres africaines pour en garantir la productivité dans le respect de l’environnement et assurer l’alimentation des populations. En outre, sur le terrain de la sécurité énergétique et des défis liés au changement climatique, le Maroc mène des projets stratégiques d’envergure à travers le continent (notamment le Gazoduc africain Atlantique). Le pays se positionne aujourd’hui comme leader mondial en matière d’énergies renouvelables. La COP22 a été un honneur pour le Maroc, un honneur pour l’Afrique, ce continent de l’avenir ! Ces quelques exemples montrent que le Maroc n’a jamais quitté l’Afrique, il n’a cessé d’investir et de croire en l’Afrique et au citoyen africain car «l’Afrique est indispensable au Maroc» et «le Maroc est indispensable à l’Afrique». 

Latifa Aït-Baala
Juriste en droit international
Présidente Euromed-CDC

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