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Chroniques

Au 21e siècle, les investissements directs étrangers (IDE) connaissent une croissance fulgurante et les marchés financiers sont devenus des méga-marchés interconnectés 24H sur 24. Les différentes stratégies mises en place par les entreprises qui opèrent désormais sur un marché mondial sont de plus en plus complexes ; en effet, nous assistons à des alliances stratégiques interentreprises, des créations de joint-ventures, des opérations de fusion acquisition, des franchises et concessions, des stratégies d’internalisation et d’externalisation et des ouvertures de filiales et de succursales. Ces stratégies n’auraient pas été possibles sans les technologies de l’information et de la communication.

L’entreprise face à la révolution digitale
Aujourd’hui, plus que jamais, les technologies numériques font partie de notre quotidien et ont immanquablement modifié les comportements d’achats des consommateurs qui sont de plus en plus versatiles. Aucune entreprise quel que soit le secteur dans laquelle elle opère et quelle que soit sa taille ne pourra échapper à la révolution digitale. Certes, la technologie évolue considérablement avec l’avènement du cloud, des big datas, de la blockchain et de la micro informatique mais ce qui est marquant, c’est que l’entreprise se trouve face à une clientèle de plus en plus connectée. Le monde compte aujourd’hui plus de 4 milliards d’individus connectés et ce chiffre est en évolution permanente. L’entreprise n’a d’autre choix que de s’adapter à cette clientèle aux comportements différents de celle qu’elle connaissait naguère. La transformation digitale de l’entreprise lui impose un nouveau mode organisationnel beaucoup moins vertical et moins militarisé, par contre plus aplati fonctionnant en mode «projets» mais en même temps plus ouvert sur son écosystème : clients, fournisseurs, État et médias. En guise d’exemple Google avec ses 80.000 collaborateurs ne connaît que cinq niveaux hiérarchiques tandis que si on était dans un système organisationnel traditionnel, on se retrouverait avec au moins une quinzaine de niveaux hiérarchiques. Les avantages de ce nouveau mode d’organisation sont multiples : le gain de temps, l’augmentation du rythme des innovations, l’implication et la mobilité de l’ensemble des collaborateurs et la multi-compétence. La condition incontournable pour transiter d’un système organisationnel traditionnel à un système organisationnel collaboratif est que tout d’abord le top management de l’entreprise le veuille vraiment, ensuite que l’ensemble des collaborateurs, du plus haut au plus bas, soient formés au digital. Les responsables administratifs et financiers et les contrôleurs de gestion ont été les pionniers du changement numérique dans les entreprises. Un système d’information est censé garantir la liaison entre les différents services de l’entreprise et entre celle-ci et son environnement. Ainsi un système d’information permet de véhiculer les informations jugées nécessaires à la transmission d’informations à l’intérieur de l’entreprise, d’une part et en provenance ou à destination de l’extérieur de l’entreprise d’autre part. Le responsable dispose de ce fait d’une pléthore d’informations en temps réel lui permettant d’agir et de prendre des décisions stratégiques. En un mot, les technologies numériques ont anobli la tâche du responsable financier et du contrôleur de gestion puisqu’il passe d’un simple gestionnaire de coûts à un architecte de la création de la valeur au sein de l’entreprise. En effet, il passera plus de temps à analyser et à modéliser. Il en va de même pour le responsable RH d’une entreprise qui consacrera plus de temps au social, à la gestion des carrières et des compétences et à la formation qui sont le cœur de son métier plutôt qu’à la paie et à la gestion des retards.

Le numérique : une aubaine pour l’Afrique
S’il est un domaine que le digital a révolutionné, c’est bel et bien celui du marketing. Ce dernier surfe sur la vague de la révolution numérique. En effet, les datas, considérés comme le pétrole du 21e siècle, amassés, sont structurés grâce à la web analytics donnant la possibilité au marketeur de connaître avec exactitude les attitudes et comportements de chaque consommateur. De ce fait, chaque consommateur devient un segment à part, ce qui était inimaginable auparavant. Pour ce qui est de la communication, les consommateurs étant en permanence connectés, ce sont les outils du digital qui sont le plus convoités. Ce qui jadis était l’apanage des pays du nord est aujourd’hui accessible aux pays du sud puisque le transfert et l’implantation de la technologie numérique sont plus aisés qu’autrefois où il n’était guère facile de transférer la technologie d’avant l’ère du numérique. En effet, les barrières à l’entrée dans une industrie classique étaient autrefois infranchissables contrairement à la technologie numérique pour laquelle une formation idoine suffit à la rendre transférable. La révolution numérique est une aubaine pour l’Afrique rendant la technologie accessible à tous. C’est également une aubaine pour les jeunes Africains car en ayant accès au digital, ils ont l’opportunité de créer leurs propres stratups contournant par la même occasion les difficultés de financement qui sont le principal rempart face aux investissements en Afrique. L’Afrique est dans un tournant décisif ; si elle intègre les technologies du numérique dans sa culture, ses enseignements et son cadre réglementaire, elle pourra réduire l’écart avec les pays développés. A contrario, si elle rate cette opportunité, le fossé ne fera que se creuser davantage. Les pays africains qui ont misé dans leur politique économique sur l’investissement dans les technologies du numérique connaissent les plus forts taux de croissance économique du continent. C’est le cas en guise d’exemples de l’Éthiopie, du Rwanda et du Maroc qui ont réalisé respectivement des taux de croissance en 2017 de 10,2%, 6,1% et 4,1% tandis que ceux qui continuent de miser uniquement sur leurs ressources naturelles comme le Gabon, la Guinée équatoriale et le Congo, enregistrant respectivement un taux de croissance économique en 2017 de 1,1%, -3,2% et -4,6%, accusent un retard sanglant compromettant sérieusement leur avenir.

Nabil Cherkaoui
Docteur en sciences économiques
Docteur en droit privé
Directeur à l’ISGA 

L’économie marocaine connaît un déficit chronique de la balance commerciale que des mesures conjoncturelles de redressement n’arrivent pas à contenir. Une telle situation est devenue intenable et constitue une menace sérieuse pour nos équilibres macro-économiques. À une certaine époque, les responsables se plaisaient à claironner que le déficit commercial n’est pas important en lui-même tant que le pays dispose d’une balance des paiements courants excédentaire. Or, force est de constater que depuis plusieurs années déjà, le compte courant est à son tour en situation déficitaire dans la mesure où les transferts courants (recettes touristiques et transferts des RME) n’arrivent pas à combler le déficit commercial. La situation appelle, par conséquent, à une remise à plat des choix de politique économique et notamment de l’ouverture tous azimuts de l’économie.

Parlons d’abord chiffres en utilisant les données de l’Office des changes. Ainsi, au cours de la période 2014-2018, bien que le taux de couverture ait connu une amélioration relative, passant respectivement de 48,7% à 54,8%, le déficit global en termes absolus s’est accru de 13,6 MMDH pour s’établir à 190 MMDH en 2018! Somme largement supérieure aux recettes touristiques nettes et aux transferts des RME réunis, soit respectivement 54 MMDH et 65 MMDH. Pour présenter les choses autrement et d’une façon simple, nous disons que chaque jour qui passe, le Maroc importe l’équivalent de marchandises de plus de 1 MMDH alors qu’il exporte à peine 630 MDH. C’est une situation pour le moins asphyxiante et seules des économies pétrolières ou du moins robustes peuvent se permettre un tel «luxe». En examinant plus en détail les exportations et les importations pour l’année 2018, on relève beaucoup d’anomalies et de situations rocambolesques.

Dépendance économique
Au niveau des importations, le poste alimentation, pour un pays dit à vocation agricole, absorbe 45,7 MM DH ; l’énergie, dont le Maroc est dépendant à plus de 90%, nous coûte plus de 80 MMDH; les produits finis d’équipement industriel, nécessaires pour accompagner l’industrialisation du pays, accaparent le quart de la valeur des importations, ce qui nous incite à relativiser les performances du PAI dont les effets induits profitent plus à nos fournisseurs en biens d’équipement ; enfin, les biens finis de consommation absorbent 108 MMDH.

On voit que les importations, à l’exception des biens de consommation, et notamment ceux relevant des produits de luxe, sont incompressibles et dénotent l’état de dépendance de notre économie.

Au niveau des exportations, les quatre postes dominants sont, par ordre d’importance, les produits finis de consommation (83,8 MMDH), les demi-produits composés notamment d’engrais et d’acide phosphorique (60 MMDH), les produits finis d’équipement industriel (53,8 MMDH) et les produits alimentaires (52,8 MMDH). Les efforts consentis au cours des dernières années en matière de promotion et de diversification des exportations n’ont pas atteint le niveau d’inflexion qui permettrait de faire du Maroc un pays émergent et industrialisé tant que les goulots d’étranglement sont présents en force aussi bien au niveau macro-économique (laxisme de la politique commerciale), que méso-économique (efficience limitée des plans sectoriels) et micro-économique (entreprises prisonnières de l’esprit de rente, peu innovantes et peu agressives à l’extérieur). Ce déficit commercial chronique est loin d’être une fatalité. Il est le résultat des politiques économiques et des choix qui ont montré leurs limites. En effet, le pays s’est orienté vers une libéralisation de son économie d’une façon précipitée et non maîtrisée. La signature d’une série d’accords de libre-échange avec plusieurs pays, sans avoir fait au préalable une analyse d’impact et mesuré comme il se doit nos forces et nos faiblesses, s’est avérée être une erreur stratégique. Le miracle qu’on attribue au libre-échange ne s’est pas produit. Le Maroc n’a pas tiré profit des opportunités offertes par la mondialisation. Par contre, il a subi de plein fouet les risques qu’elle comporte pour des pays dont le tissu économique est fragile. Le rapport d’évaluation, qui reste à actualiser, réalisé par l’IRES en 2013 sur le Maroc et les ALE, confirme ce revers très pénalisant pour la croissance et l’emploi. On estime, en effet, que près de 37% du déficit commercial enregistré par le Maroc en 2010 est attribuable aux accords de libre-échange.

Renégocier les ALE ?
À l’exception de nos échanges avec la Jordanie, le Maroc n’a pas tiré son épingle du jeu des ALE, y compris des accords signés avec les pays dont le niveau de développement est proche du notre.  Par conséquent, le nouveau modèle de développement que tout le monde appelle de ses vœux ne saurait faire l’impasse sur cette épineuse problématique de déficit de notre balance commerciale. On doit absolument y remédier à travers une remise à plat des choix et des orientations en vigueur. L’évaluation de notre politique du commerce extérieur et des accords de libre-échange qui en sont l’émanation est incontournable. Sans aller jusqu’à plaider pour un protectionnisme débridé et stérile, on ne peut pas non plus continuer sur la voie d’une ouverture par monts et par vaux. Entre ces deux options extrêmes, il y a lieu de suivre une autre orientation qui préserve nos intérêts vitaux et notre tissu productif. Par ailleurs, une rationalisation de nos importations s’impose en utilisant l’arme fiscale pour décourager l’importation des biens de luxe, tout en valorisant le «Made in Morocco». Enfin, il faut développer davantage notre offre compétitive en diversifiant à la fois nos produits et nos clients. L’exportation ne se décrète pas. Elle est le produit d’un processus laborieux et continu dans le temps et d’une transformation des structures productives. L’émergence se fera à ce prix.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

John Rawls et de nombreux autres penseurs, tels que Amartya Sen ont réhabilité la théorie du «contrat social» dans le cadre de la philosophie sociale et la réflexion autour des questions de développement mais récemment, le débat ne se limite plus aux aspects théoriques. Les crises économiques successives des deux dernières décennies, les révolutions et les guerres du Printemps arabe, la montée du populisme et du terrorisme, l’apparition des tendances protectionnistes et l’attaque contre la mondialisation ont précipité l’émergence de revendications pour un nouveau contrat social.

Un Nouveau contrat social pour le Région MENA
En 2015, la sous-région Afrique du Nord et Moyen-Orient de la Banque mondiale a publié un rapport intitulé «Vers un nouveau contrat social». Selon le rapport, les pays de la région avaient tous adopté une même stratégie de développement en dépit du fait que leurs économies diffèrent selon qu’elles exportent ou importent du pétrole. Selon ce modèle, l’État «fournirait la santé et l’éducation gratuites à tous, soutiendrait les aliments de base et les carburants» et serait également le principal employeur, fournissant le plus grand nombre d’emplois via le secteur public. D’autre part, on constate une faible participation des citoyens à la vie politique et une limitation relative des libertés pour (prétendument) assurer la sécurité de l’État et des citoyens. Ce contrat a entraîné des succès économiques et sociaux importants dans la région arabe. En 2000, «les taux de pauvreté étaient faibles et en baisse. Presque tout le monde a terminé l’école primaire et les taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire et supérieur étaient élevés et en hausse» (ibid.). Cependant, à la fin des années 2000, le contrat commençait à montrer des signes de fragilité croissante. L’endettement public a augmenté suite à la montée des revendications sociales, notamment dans le sillage de la crise économique et de la flambée des prix du carburant et des denrées alimentaires sur le marché international (ibid.). Le secteur public n’est plus en mesure de créer des emplois et «le secteur privé n’a pas connu une croissance assez rapide» pour compenser le manque d’opportunités d’emploi (ibid.). Malgré des investissements soutenus dans l’éducation et la santé, la réforme de ces deux secteurs importants reste confrontée à des défis majeurs en particulier sur deux fronts : qualité et équité (ibid.). Ainsi, l’ancien contrat social n’est plus «adapté aux besoins de la génération de citoyens actuelle», selon les auteurs du rapport.

Pour remédier à cela, ils proposent un nouveau contrat social basé sur la promotion de la compétitivité dans le secteur privé plutôt que de s’appuyer sur l’État comme principale source d’emplois, l’abandon des subventions des matières de consommation de base ainsi que l’adoption d’un système de transferts directs aux plus démunis. Ajoutez à cela le besoin d’entendre la voix du citoyen et de regagner sa confiance. Cela peut paraître comme étant une nouvelle recette pour un nouveau modèle de développement plutôt qu’un contrat social mais il comporte une description à peine cachée de ce que les régimes arabes pourraient en gagner : stabilité et légitimité politique en période de révolutions et de guerres.

Faire face à la peur de la technologie et de la mondialisation, la recette de Nemat Shafik
Dans un long article publié début décembre 2018 sur le site Web du Fonds monétaire international par Nemat Shafik, présidente de la London School of Economics et ancien vice-présidente de la Banque d’Angleterre et du FMI intitulé «Un nouveau contrat social : Comment faire face à la peur de la technologie et de la mondialisation en réexaminant les droits et les devoirs de la citoyenneté» (Finance & dévelopment. Dec, 2018, Vol. 55 Issue 4), l’auteur analyse les circonstances de l’échec du contrat social mondial actuel dans la gestion des conséquences de la mondialisation et des développements technologiques.

«L’avancement du mode de production automatisé» a entraîné une baisse significative de l’employabilité d’une grande partie des travailleurs peu qualifiés et entraînera une division majeure du marché du travail «au profit des plus instruits», a déclaré Shafik. Elle ajoute aussi que les systèmes de protections sociales aux États-Unis ainsi qu’en France ont permis de protéger les familles à faible revenu mais ont alourdi les dettes publiques.

En outre, tous les employés contribuent en payant des impôts, les riches paient certes plus d’impôts mais vivent plus longtemps et bénéficient donc davantage du système de retraite. Selon Shafik, cela perturbe le dicton erroné selon lequel il y a ceux qui «travaillent dur» et ceux qui sont «un fardeau pour les autres». Enfin, «le monde fait face à de grands défis en termes d’équité entre générations». Plus le vote moyen est élevé par année, plus les dépenses publiques pour la retraite s’élèveront de 0,5%. Les jeunes doivent également se mobiliser, voter et participer aux processus électoraux pour faire entendre leur voix et imposer leurs points de vue.

Par conséquent, a déclaré Shafik, le contrat social doit être revu et un nouveau système basé sur le principe du «paiement des taxes en échange de biens publics et des soins aux personnes âgées, aux jeunes, aux infirmes et à ceux qui sont tombés dans une période difficile». Associer des conditions aux transferts de fonds à ceux qui en ont besoin, exiger une assurance en retour, revoir le système de protection sociale et encourager les riches à utiliser les services publics pour assurer un sentiment durable de solidarité et d’«assurance qualité» - sont autant de politiques inévitables à adopter pour surmonter la crise. Il est également nécessaire de maintenir des «politiques préalables à la redistribution» (investissements dans l’éducation, les services et les infrastructures dans les zones isolées et frontalières afin de soutenir la productivité). Pour Shafik, nous devons investir davantage dans la capacité de l’éducation à rapprocher l’identité sociale : «Les pays à mobilité sociale avancée croissent plus rapidement parce qu’ils offrent aux personnes les bons emplois et contribuent ainsi de manière significative au soutien de la production». En vertu de ce nouveau contrat social, les jeunes doivent avoir «des transferts financiers qu’ils peuvent utiliser pour améliorer leurs compétences tout au long de leur vie», un investissement dans l’avenir «parce qu’ils rembourseraient cet investissement avec des impôts futurs plus élevés susceptibles de financer les soins aux personnes âgées»(Shafik). D’autre part, les baisses de salaire minimum devraient être compensées «par des subventions salariales, des crédits d’impôt sur le revenu et des salaires minimum plus élevés, associés à l’accès à des services tels que l’éducation et les soins de santé» afin de maintenir un niveau de vie raisonnable pour tous. Des politiques efficaces devraient être adoptées pour assurer une transformation appropriée de l’emploi afin de s’adapter au modèle de production automatisée et digitale par le biais de la formation, du redéploiement et du suivi des opportunités offertes par la quatrième révolution industrielle en permettant aux travailleurs temporaires d’avoir recours à la protection sociale. Enfin, les revenus doivent être rééquilibrés de manière à ce que le capital puisse supporter une grande partie du fardeau en «éliminant les politiques visant à taxer lourdement l’emploi» et en taxant «le capital dans lequel l’activité économique est exercée» pour lutter contre la fraude fiscale et le recours aux paradis fiscaux (ibid.)

Le Maroc depuis l’indépendance : deux modèles qui se chevauchent
Toutes ces questions qui intéressent les théoriciens du développement au niveau des institutions internationales ne sont pas loin de ce dont discutent actuellement les Marocains. La crise du modèle de développement actuel et l’épuisement de son potentiel sont-ils dus au fait que le contrat social actuel est dépassé et risque de ne pas répondre aux aspirations des générations actuelles ? C’est une certitude ; ajouter à cela le manque de confiance en la politique et les institutions de l’État, phénomène dû au renoncement de nombreux segments de la population au contenu du contrat en cours, adopté après l’indépendance et reproduit sous une nouvelle forme sous «le nouveau règne».

L’État jacobin : 1961-1999
L’évolution du développement historique du Maroc depuis l’indépendance peut être résumée en deux modèles successifs, le second étant construit sur les fondements du premier tandis que le second porte en lui une critique plus ou moins profonde du premier. Le premier contrat social élaboré après l’indépendance était fondé sur le rôle central de l’État dans la prestation de services tels que la santé, l’éducation et l’accès aux services nécessaires et en tant que principal opérateur économique et employeur en raison de son monopole des moyens de production, en particulier les entreprises et les sociétés publiques. D’autre part, l’État intervenait pour soutenir les denrées alimentaires et les hydrocarbures et a mis en place des systèmes de protection sociale plus ou moins limités. D’autre part, le système de gouvernance global était motivé par des préoccupations de sécurité, ce qui signifiait que les quelques ouvertures démocratiques de temps en temps étaient toujours suivies de mesures exceptionnelles : la voix des citoyens était réduite au silence, les dissidents emprisonnés, les partis d’opposition opprimés et la presse muselée. Les termes du contrat étaient l’intervention de l’État en tant que garant de la redistribution de la richesse en échange de la participation de tous à un projet politique basé sur la consolidation de la monarchie exécutive en tant que base fondamentale du gouvernement et de la gouvernance au Maroc. Au cours de cette période, le Maroc a réussi à maintenir une stabilité relative (malgré les événements de 1965, 71, 72, 73, 81, 84 et 90), de former une nouvelle élite que l’école publique a réussi à faire venir de divers segments de la société, à mettre en place une administration centralisée forte et une administration territoriale expérimentée et à maintenir des équilibres sociaux plus ou moins fragiles. Cependant, l’accès libre aux services publics, les subventions des biens de consommation en période d’inflation des prix et l’augmentation des salaires pour atténuer la colère de la rue et des syndicats ont tous contribué à l’épuisement des ressources de l’État. L’existence d’élites fidèles au régime ont permis à celui-ci de se défendre politiquement. Cependant, le fait que ces élites soient à l’origine des «classes improductives» vivant sur un système de rente a privé l’économie nationale de possibilités de se développer et de créer davantage de richesses pour financer la facture sociale. La croissance d’une classe qui bénéficie de privilèges sans apporter de valeur ajoutée, des demandes sociales galopantes et une administration de la fonction publique gonflée sont les facteurs ayant entraîné une augmentation de la dette extérieure et intérieure ; à la fin des années soixante-dix les finances publiques se sont rapprochées de la faillite. Les programmes de réajustement structurels appuyés par la Banque mondiale et le FMI (1984-1992) malgré leurs réalisations macro-économiques ont gelé les dépenses sociales consacrées à l’éducation, à la santé et aux services de base, ont fixé un plafond pour l’emploi public, ont perturbé l’évolution normale des salaires et ont arrêté le développement du réseau de sécurité sociale. Lorsque Hassan II a mis en garde contre la «crise cardiaque» économique du Maroc en 1995, c’était une annonce officielle que le contrat social de l’après-indépendance était au point mort.

L’ère nouvelle
Le deuxième contrat adopté à l’époque nouvelle (règne Mohammed VI) est une reproduction sophistiquée du premier contrat. Le nouveau contrat social repose sur la lutte contre la pauvreté, le ciblage progressif des classes sociales inférieures, la levée des subventions pour les denrées alimentaires et le carburant, l’expansion des réseaux de sécurité sociale et l’amélioration de l’accès aux services de base. Tout cela en contrepartie d’un consensus tacite pour continuer à travailler dans le cadre des fondements pérennes et fondamentaux de la nation, notamment la monarchie, l’intégrité territoriale et l’islam et d’une orientation prudente vers une démocratisation progressive (malgré ses nombreuses lacunes) et une prise de décision politique plus ou moins participative. Ce contrat a eu des effets louables sur la pauvreté, le taux de chômage et l’extension de la classe moyenne. Néanmoins, il n’a pas apporté de solution au problème du chômage chronique des jeunes, en particulier des titulaires de diplômes supérieurs ; il n’a pas non plus contribué à augmenter les revenus de la classe moyenne émergente et très exigeante ; et il n’a que partiellement réussi à garantir un accès généralisé et de qualité à l’éducation, à la santé et aux services de base pour tous.

En effet, les attentes de la classe moyenne et de la jeunesse ont grandi à un moment où une catégorie aisée tirait profit de la privatisation et des privilèges accordés aux investisseurs dans les domaines de l’immobilier, de l’agro-alimentaire, de l’agriculture, de l’énergie et des télécommunications. La classe des riches est perçue par la majorité de la population comme étant un groupe de lobbies interdépendants renforçant la distribution inégale de la richesse et contribuant à la montée de la corruption et au manque de transparence des marchés publics. Le nouveau contrat social a connu sa première crise avec le mouvement du 20 Février (qui a émergé dans le cadre des révolutions successives du Printemps arabe) lorsque des voix appelaient à éliminer la corruption, à lutter contre les nouveaux lobbys économiques et à supprimer le contrôle des affaires publiques par le prétendu «État profond». La nouvelle Constitution de 2011 a donné une impulsion aux réformes (en particulier politiques) et a permis de relever sérieusement le contrat social renouvelé mais elle a rapidement montré ses limites à absorber la colère populaire, notamment en ce qui concerne la participation des citoyens au développement et à la rénovation de la société. Le système de gouvernance et la démocratisation politique réelle sont restés les grands absents des réformes dans un contexte où primaient une lutte fabriquée contre les islamistes et la tentative de revenir sur les acquis de la Constitution de 2011. Des tentatives désespérées de reconfigurer la carte politique (d’une manière pseudo-contre-révolutionnaire) ont empêché le pays de s’attaquer aux problèmes vrais et fondamentaux de la croissance économique et du développement humain, tout en assurant une participation effective des citoyens à la gestion des affaires locales et en soutenant une redistribution juste de la richesse. Le Hirak du Rif et les soulèvements de communautés marginales (à Jerada, Zagora et ailleurs) et la révolution des médias sociaux contre les élites et les symboles de l’État ont ouvert la porte à une crise profonde décrite par le roi Mohammed VI comme étant «une crise du modèle de développement actuel». D’où le débat actuel entre les acteurs politiques sur la nécessité de réfléchir sérieusement et efficacement à un nouveau contrat social plus efficace.

Pour un nouveau contrat social
Un tel contrat doit inclure un ciblage intelligent et conditionnel des démunis, y compris une mise à niveau effective de leurs capacités et de leurs compétences pour les faire sortir de la pauvreté afin qu’ils puissent contribuer à l’activité économique et produire à leur tour de la richesse, des taxes et des ressources qui compenseront les dépenses effectuées par le biais de transferts directs conditionnels. Ce nouveau contrat devrait inclure un soutien important aux classes moyennes grâce à une réduction de l’impôt sur le revenu ou via d’autres mécanismes favorisant l’accès au logement, la possession d’un véhicule, le paiement de la facture de l’éducation privée, l’accès à l’université et le financement des voyages et des loisirs. Le renforcement des capacités de la classe moyenne augmentera sa capacité de consommation, ce qui stimulera fortement l’économie et influera positivement les ressources de la trésorerie. Soutenir la classe moyenne ne signifie pas augmenter les subventions et créer un nouvel État providence mais plutôt investir dans la croissance économique et la création de richesses. Ce contrat devrait également inclure des transferts monétaires conditionnels (conditionnés par la formation, l’apprentissage et le perfectionnement des compétences) pour les jeunes de l’université, les jeunes au chômage et les jeunes à la recherche d’un emploi. Cette aide pourrait prendre forme de bourses, de prêts bancaires à long terme, d’emplois temporaires ou de prix d’excellence ou de créations de TPE ; autant de moyens d’incitation pour contribuer à la construction de leur avenir. Assurer la participation directe des citoyens à la gestion de leurs problèmes au niveau local est également essentiel pour assurer une gestion plus efficace des problèmes de développement. Il faut mettre en place des mécanismes pour assurer le suivi des projets par les citoyens et des séances de questions adressées aux responsables et aux élus lors des séances de planification et de restitution publiques ; il faut également mettre en place des mécanismes de consultations transparentes et de budgets ouverts développés avec la participation de la communauté locale et des résidents et mettre au point des systèmes efficaces de gestion des plaintes et des griefs liés aux projets de développement et à leur impact sur la population mais tout cela n’est possible que dans le cadre d’une démocratisation progressive mais réelle sans perdre de vue les fondements pérennes de la nation. Lorsque nous parlons de responsabilité et de reddition des comptes, nous devons lui donner le sens réel de choisir qui gère les affaires publiques par le biais des urnes et de le tenir responsables et redevables devant le Parlement, les citoyens et les instances de contrôle. Cependant, il n’y a pas de responsabilité en l’absence de ressources adéquates et du manque de pouvoir décisionnel réel. Enfin, il est impératif de s’assurer que la voix du citoyen soit entendue en garantissant son droit de critique et de démonstration. La société et l’État deviennent plus forts lorsque les citoyens sont libres, la presse est plus indépendante et plus critique, le Parlement est fort et détient un réel pouvoir de contrôle, la société civile est plus démocratique et mobilisée, les syndicats sont plus responsables, plus forts et plus critiques, le secteur privé est plus conscient de son rôle économique et est mieux organisé... Les États deviennent faibles lorsque les voix critiques sont muselées, réduites au silence et réprimées et ils deviennent forts lorsque leur opposition est forte et indépendante, de même que le point de vue de ceux qui critiquent le gouvernement et le régime. La dualité des droits et des devoirs est essentielle au succès du contrat social souhaité, à condition que nous comprenions que le fait de ne pas être conscient de ses devoirs n’élimine pas la jouissance de ses droits. Le droit est légitime et doit être garanti et protégé par la loi mais le devoir est une culture et un ensemble de valeurs développées par le biais de la prise de conscience, le débat et l’engagement. Les droits sont constitutionnels et les devoirs sont une culture qui s’acquiert. C’est pourquoi il n’est pas acceptable d’échanger ceci pour cela. Une société qui réussit est une société qui garantit les droits les plus fondamentaux et s’efforce de propager la culture de la véritable citoyenneté. Cela est impossible sans la détermination et le courage de tous à faire naître l’espoir, l’espoir d’un avenir meilleur et plus brillant pour tous, d’une société où personne ne soit laissé pour compte.

NB : Farah Lahdiy a aimablement aidé dans la traduction de ce texte de l’arabe.

Lahcen Haddad
Universitaire et ex-ministre du Tourisme.

S’il y a une réalité difficile à définir et à cerner avec précision, c’est bien celle que l’on appelle, par défaut, «classes moyennes». Tantôt on parle de classe moyenne au singulier, tantôt on en parle au pluriel. Dans tous les cas, le concept de «classe sociale» ne nous semble pas approprié pour désigner cette catégorie de la population et ceci pour différentes raisons : d’abord une classe sociale se caractérise généralement par son homogénéité relative, ce qui n’est pas le cas des «classes moyennes» qui comprennent des catégories relevant de différents profils socio-professionnels ; ensuite une classe sociale se reconnaît par le système de valeurs qu’elle porte. Ces valeurs peuvent être progressistes ou conservatrices, révolutionnaires ou réactionnaires ; enfin, une classe sociale se caractérise généralement par une certaine stabilité au niveau de sa reproduction. On estime généralement que 70% des fils d’ouvriers deviennent ouvriers et 70% des fils de bourgeois deviennent bourgeois. Au niveau des couches moyennes, on remarque au contraire une forte mobilité intra et intergénérationnelle.

Afin de dépasser ces considérations conceptuelles dans la définition de la classe moyenne à partir de ces critères qualitatifs, on a recours à l’indicateur monétaire qui réside dans le revenu. Ainsi, les couches moyennes de la population seraient celles qui se situent entre les pauvres et les riches. Elles jouent le rôle tampon entre les extrêmes de la société car entre les riches et les pauvres, il y a peu de contacts et la fracture sociale est visible. C’est pour cela qu’on accorde un rôle important aux couches moyennes dans la stabilité sociale. Cela nous amène à nous interroger sur le seuil de pauvreté et le seuil de richesse mais en l’absence de données fiables et exhaustives sur le revenu et sa répartition au Maroc surgissent de nouvelles difficultés. Les chiffres nécessaires pour élucider cette question relèvent encore du mystère dans notre pays où seules les dépenses de consommation sont relativement connues. Les études sur le sujet manquent cruellement. Exception faite d’une étude effectuée par le HCP en 2009 sur les classes moyennes à partir de l’enquête sur le niveau de vie et la consommation des ménages en 2006-2007. Force est de constater, comme le soulignent d’ailleurs ses rédacteurs, que l’étude manque de rigueur et de pertinence. En ce sens, les résultats auxquels a abouti ladite étude paraissent peu convaincants et peu réalistes. Sur la base d’un revenu oscillant entre 2.800 DH et 6.736 DH, les couches moyennes regroupent 53% de la population, contre 34% pour la classe modeste et 13% pour la classe aisée. Elles comptent 16,3 millions de personnes dont 62,9% en milieu urbain mais là où le doute atteint son comble, c’est au niveau de la délimitation des profils de ces couches moyennes. En font partie 63% des «employés, artisans et ouvriers qualifiés des métiers de l’artisanat» ; 58,6% des «rentiers, retraités et inactifs») ; 56,3% des «cadres moyens, commerçants et intermédiaires financiers» ; 48,6% des «ouvriers agricoles et non agricoles» ; 40,2% des «exploitants agricoles» et 19,5% des «cadres supérieurs et professions libérales».

Selon le type d’activité, la répartition se fait ainsi : 48% d’actifs occupés ; 8,2% de chômeurs ; 43,7% d’inactifs (26% de femmes au foyer, 8,9% d’étudiants, 2,3% retraités et rentiers ; 6,2% personnes âgées et infirmes). Comment peut-on admettre que des personnes inactives ou en chômage puissent faire partie des classes moyennes? C’est dire en définitive que tout reste encore à faire pour une meilleure radioscopie de la classe moyenne. Sachant que le vécu quotidien montre que sa place dans la société a énormément régressé au cours des trois dernières décennies. L’hémorragie a commencé au cours des années 80 du siècle dernier sous l’effet du programme d’ajustement structurel qui a donné un coup de massue aux secteurs sociaux. Depuis, cette classe n’a cessé de faire les frais des politiques publiques axées sur la libéralisation et le désengagement outranciers. Sa place s’est progressivement réduite sous le poids d’une paupérisation croissante et d’une dégringolade de son pouvoir d’achat. Dans le meilleur des cas, elle ne représente pas plus de 25% de la population aujourd’hui. Ce qui est problématique pour la stabilité sociale et la croissance économique du pays. En attendant de faire une étude exhaustive sur les couches moyennes et mettre à profit les données existantes dont notamment le dernier rapport sur la richesse globale (réalisé conjointement par Bank Al-Maghrib et le CESE), il faut dès à présent rectifier le tir en prenant des mesures de nature à favoriser l’éclosion de la classe moyenne. Parmi ces mesures, il y lieu de mentionner l’allègement du fardeau fiscal, l’amélioration des services sociaux de base notamment l’éducation et la santé (ces deux secteurs contribuent à obérer le budget des couches moyennes) et l’encouragement d’un habitat dédié. Le tout devant être encadré par une politique de revenus juste et équitable. 

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre
de l’Emploi et des affaires
sociales

Les architectes et les urbanistes sont interpellés par la nécessité d’adapter leur «logiciel» aux changements qui traversent nos sociétés dans les divers domaines: les changements climatiques, la problématique énergétique, les évolutions technologiques (surtout l’intelligence artificielle) et les profondes transformations des modes de vie et des modèles urbains.

Aujourd’hui, les villes ne doivent pas uniquement faire face à des vulnérabilités et à des dysfonctionnements liés aux grandes carences urbaines, mais aussi à des perturbations climatiques extrêmes et qui vont toucher une population de plus en plus élevée. Les formes urbaines actuelles, basées sur l’étalement vertical et horizontal des espaces bâtis, sont très consommatrices d’espaces naturels. Pour leur bon fonctionnement, elles nécessitent une offre croissante en mobilité et la consommation d’une énergie de plus en plus onéreuse, indisponible et qui est à l’origine des principaux changements climatiques.

Cette dépense n’est pas compensée par un niveau élevé de confort, de satisfaction et un bien-être social effectif. Nos villes et notre habitat sont la source des grands maux sociaux et des multiples déséquilibres, ainsi que d’une diversité des fractures.Tout le monde pensait qu’avec leur densité et leur masse d’activités, les performances des villes étaient tenues pour naturelles. Cette posture a dominé le rapport des urbanistes et des architectes à la ville pendant toute la période dite de «l’essor économique». Nous pensons que le monde est arrivé à un stade où il ne peut pas continuer à utiliser de la même manière l’espace, l’énergie, et à produire les mêmes espaces urbains.

En effet, la convergence manifeste entre la croissance urbaine et le changement climatique est à la base de la naissance d’une «nouvelle culture d’architecture et d’urbanité». Celle-ci est prise dans ses diverses dimensions: matérielles, fonctionnelles, sociales, écologiques et économiques. Ce nouveau paradigme fait de la résilience et de la durabilité «l’âme» de la ville et de l’habitat de demain. Ainsi, un nouveau type d’habitat et une nouvelle manière d’habiter est possible. C’est l’objet de notre recherche et de notre projet, dont une composante a fait l’objet d’une proposition pour une compétition lancée par l’Institut d’architecture américain (AIA) (aiafilmchallenge.org/vote). Notre postulat de départ part d’une observation empirique: tout ce qui nous entoure a changé ces dernières années, mais les espaces que nous habitons sont structurés de la même façon qu’il y a 50 ans.

Les changements récents demandent des structures pas seulement durables, mais également capables de régénérer leur environnement. Sur le plan méthodologique, pour la conception des bâtiments résilients et durables, il était nécessaire de travailler en relation directe avec les usagers, les leaders des communautés, les directeurs, les responsables des sociétés et les dirigeants des organisations non gouvernementales engagés dans la lutte contre les causes du changement climatique et l’amélioration des conditions et du cadre de vie des citoyens. On est conscient du fait qu’un nouveau modèle de ville et de nouvelles typologies sont aussi une affaire politique et une affaire de gouvernance de la cité. Notre projet de typologie d’habitat chercher à imiter les modèles biologiques pour atteindre une efficacité élevée à travers l’utilisation d’outils désormais disponibles grâce aux nouvelles technologies telles que l’impression 3D et l’intelligence artificielle. 

Meriem Sakrouhi et Mario Serrano
(architectes)

La préparation du projet de Loi de finances pour 2020 est lancée. Le gouvernement (l’actuel ou le prochain) est tenu de par la Constitution de déposer le projet devant le Parlement au plus tard le 20 octobre prochain après son adoption successive en Conseil du gouvernement et en Conseil des ministres. Entre-temps, ce sont les services du ministère des Finances qui planchent sur le projet pour trouver les équilibres nécessaires entre les impératifs sociaux et les exigences budgétaires. La tâche n’est pas facile quand on sait que les marges de manœuvre sont bien limitées tant que les bases sur lesquelles est monté le budget demeurent inchangées et que les perspectives d’avenir ne s’annoncent pas sous de bons auspices. Ainsi, au niveau international, la situation est marquée par la persistance des tensions commerciales entre les deux grandes puissances et le risque d’une récession mondiale est plus qu’une hypothèse. La réunion annuelle du G7 tenue ce week-end à Biarritz (France) s’est achevée sans rien apporter de concret si ce n’est l’étalage au grand jour des divergences entre différentes puissances. À tel point que beaucoup d’observateurs se demandent si ce club des riches peut encore servir à quelque chose. Ils lui préfèrent le G20 où sont présents les principaux acteurs de l’économie mondiale tels que les BRICS, la Turquie et d’autres…L’économie mondiale enregistre des taux de croissance modestes et le commerce mondial suit la même tendance. Par ailleurs, la zone euro montre des signes de fatigue visibles avec un taux de croissance à peine supérieur à 1 point.

Dans ce contexte international morose, la conjoncture nationale est marquée à son tour par de multiples retournements de tendance dus à la fois aux retombées négatives de la conjoncture mondiale et notamment de la zone euro avec laquelle nous réalisons près des deux tiers de nos échanges extérieurs d’une part et aux facteurs endogènes résidant dans le retard des réformes structurelles indispensables pour insuffler à l’économie une nouvelle dynamique d’autre part. Ainsi, force est de constater qu’aucune grande réforme n’a encore été à ce jour menée jusqu’à son terme : toutes les réformes prévues et annoncées sont dans le meilleur des cas en cours d’exécution, au pire encore à l’état de projet. En l’absence de ces réformes de structure qui sont tributaires de la mise en œuvre du nouveau modèle de développement, il ne faudrait pas s’attendre à un miracle. Comme précisé lors de l’exposé du ministre de l’Économie et des finances devant le Parlement le 25 juillet dernier, nous continuerons à voir les mêmes chiffres ou presque au niveau des principaux indicateurs à quelques détails près. En effet, le taux de croissance de l’économie ne dépasserait pas les 3% à moins qu’il ne soit porté par une bonne année agricole, les déficits du budget et du compte courant resteront abyssaux, le taux d’endettement continuera à être à la limite du niveau soutenable, les recettes publiques évolueront en dents de scie. Du reste, le chef du gouvernement a emboîté le pas au ministre de l’Économie et des finances à travers la lettre de cadrage envoyée aux membres du gouvernement il y a une quinzaine de jours. Dans ce document, le chef du gouvernement a décliné les quatre priorités avec un penchant net pour le social : poursuivre le soutien aux politiques sociales ; réduire les disparités sociales et territoriales et instaurer les mécanismes de la protection sociale ; insuffler une nouvelle dynamique à l’investissement et soutenir l’entreprise pour créer plus de richesses et d’emplois ; poursuivre les grandes réformes (justice, lutte contre la corruption, régionalisation, déconcentration administrative, retraite).

Côté chiffres et conformément aux dispositions de la nouvelle loi organique des finances, une programmation triennale des dépenses est élaborée par le ministère des Finances pour les années 2020, 2021 et 2022. C’est une programmation à titre indicatif dans la mesure où la réalisation effective est tributaire des moyens disponibles. C’est là où réside le talon d’Achille de ce travail préparatoire de la prochaine Loi de finances. En effet, beaucoup d’incertitudes et de zones d’ombre planent quant au financement des mesures prévues. Cela risquerait de réduire les bonnes intentions affichées par l’Exécutif à de simples déclarations sans lendemain. En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’attendre à une entrée difficile pour le gouvernement. Il aura beaucoup à faire avec les urgences qui s’invitent à lui à commencer par l’affaire récurrente des enseignants contractuels, la grève des étudiants en médecine, le problème de la pénurie d’eau potable qui menace plusieurs localités et qui risque de s’aggraver à l’avenir. Face à ces demandes sociales, la langue de bois ne sera d’aucun recours. Il faudra beaucoup de détermination, de pédagogie et d’actions concrètes sur le terrain. La population a «soif» : elle attend certes qu’on l’approvisionne en eau mais ce qu’elle réclame surtout, c’est un changement de cap.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Trouver et proposer des compétences au roi pour une nouvelle génération des réformes, telle est la récente mission d’El Otmani, suite aux instructions royales du discours du Trône de cette année. Une belle occasion de débriefer la notion de «la compétence» et ses particularités dans le contexte politique, faisant ainsi de la mission du chef de gouvernement un véritable parcours du combattant. La «compétence», qui connaît un véritable succès depuis plusieurs années, en se situant au cœur des débats concernant la gestion des organisations privées et publiques, constitue, en effet, une réponse aux questions que se posent les acteurs économiques et sociaux au Maroc. La compétence est une réponse solide au chômage, à l’employabilité et à la compétitivité des entreprises, notamment dans les économies du savoir et de la connaissance. Sans vouloir aller loin dans les détails conceptuels de la mystérieuse notion de compétence, nous soulignerons ici quatre principales caractéristiques de la notion, en liaison avec les circonstances politiques actuelles du royaume.  La compétence est floue, difficile à observer et à évaluer ex ante. On ne voit pas préalablement la compétence et on ne peut pas la mesurer, mais on juge sa présence ex post, quand ses résultats admirables attirent l’attention.

Ainsi, on ne qualifie un médecin de compétent qu’après être guéri, le commercial qu’après avoir décroché les commandes; le tailleur n’est compétent que si la veste procure satisfaction. Idem pour l’avocat, le technicien etc. Le pragmatisme et l’expérience sont inhérents à la compétence. En effet, s’il veut se conformer à la déontologie de sa mission, El Otmani doit faire le tri dans la liste des «responsables» qui ont réussi dans les dossiers ou les tâches qui leurs ont été confiées, plutôt que leurs carrières. La compétence est rare. Étant une notion composite et triplement conditionnée (connaissances + expériences + traits de personnalité), la compétence est moins abondante qu’on le pense. En effet, la quête pour la compétence ne serait pas un travail aisé. Dans la politique l’exercice revêt une difficulté supplémentaire, car jugée parfois ambiguë, diabolique, moins rétribuante, inutile, ou encore utopique ou élitiste, il est clair que la politique n’est pas attractive pour les profils compétents. Par conséquent, nous vivons au Maroc une scission, voire une discorde traditionnelle entre la politique et la compétence; en témoigne le quart des députés sans baccalauréat! Et le recours systématique de l’État aux apolitiques -dits aussi technocrates- pour la gestion de ses département et grands projets. La compétence est locale, c’est-à-dire qu’elle dépend du cadre organisationnel dans lequel elle est élaborée puis utilisée. Forgée par l’accumulation continue des connaissances, des expériences et des attitudes dans un domaine et un lieu spécifique. C’est une construction conjointe entre l’individu et l’organisation dans laquelle la compétence est exercée: l’individu apporte ses capacités et l’organisation les ressources et les opportunités. Cette caractéristique implique qu’El Otmani doive préciser le profil des postes dont ils cherchent des responsables, ensuite privilégier les profils qui ont eu une carrière dans le département en question. Pas facile non plus, surtout que le discours royal n’a pas précisé les secteurs particulièrement concernés par «la nouvelle génération des réformes». La compétence est contingente, sa valeur fluctue avec le temps. Étant le fruit de l’apprentissage, ce dernier est un processus continu et interminable.

Ainsi, on peut facilement et rapidement perdre sa compétence à défaut de la mettre à jour. Autre difficulté pour le premier interlocuteur du discours du Trône. Les compétences existant aujourd’hui sauront-elles s’adapter aux missions de demain? Que ce soit au sein de la majorité ou ailleurs, la mission du chef de gouvernement est dure; rien n’est plus difficile que de trouver de bons éléments et les placer aux bons endroits. Le chemin vers le nouveau modèle économique commence là, et son succès dépend, en priorité du choix des Hommes/responsables de le mettre en marche. Croisons les doigts pour le nouveau modèle économique et souhaitons bon courage au chef de gouvernement !

Omar Tijani
Professeur à la Faculté polydisciplinaire de Larache (Maroc). Chercheur associé au Centre de recherche et d’études en gestion. IAE / Université de Pau et des Pays de l’Adour.

«À l’usage, les idées se valorisent indûment». À survoler les commentaires médiatiques ou politiques des évolutions de la dette publique, on songe immanquablement à cette assertion de Bergson. En invoquant à satiété des poncifs, des images et des chiffres, ces commentaires en viennent à cautionner des propos dépourvus de fondements qui, faute de débat, passent pour des évidences.

Les 60%, une règle arbitraire
Il en ainsi de l’affirmation, «l’endettement de l’État devient insoutenable» parce qu’il alourdit le fardeau intergénérationnel en excédant le seuil de 60% du produit intérieur brut. Quoi que largement partagée, cette affirmation prête le flanc à la critique à un triple titre. En premier lieu, l’adoption de ce seuil comme norme de discipline budgétaire n’est aucunement liée à des conditions de soutenabilité spécifiques à l’économie marocaine. Il s’agit bel et bien d’un critère issu des limites imposées aux déficits et aux dettes dans le cadre du processus de convergence du Traité de Maastricht et puis par le Pacte de stabilité et de croissance. Les 60% sont le ratio retenu dans la détermination des règles de gestion des finances publiques. La stabilisation de la dette à ce niveau requiert la croissance de celle-ci au même rythme que le PIB. Sous l’hypothèse d’un taux de croissance nominale à 5%, le solde budgétaire nécessaire à la stabilisation de l’endettement à 60% est de l’ordre de 3%. C’est à partir de données propres à l’économie allemande que ces calculs ont été effectués en vue de définir la contrainte du déficit public et les pré-conditions du passage à la monnaie unique. Il ne s’agit donc pas de critères déduits d’une évaluation de la soutenabilité requise au sein d’une union monétaire. Par construction, ils sont arbitraires et a fortiori pour les autres pays. En second lieu, le décideur de la politique économique au Maroc a opté, depuis deux décennies, pour les mêmes chiffres au titre des règles des actions budgétaires. À leur appui, il n’use pas de justification autre que rhétorique. Ainsi, l’exemple de l’Union européenne est mis en avant pour illustrer la pertinence de la même quantification du ratio de la dette et du taux du déficit public. Qu’on se rappelle la déclaration souvent proférée au cours des années 2000 lors de la présentation des performances de l’économie : «Le Maroc satisfait aux critères de Maastricht». Enfin, la signification du ratio dette/PIB n’échappe pas à l’ambiguïté. Cet indicateur compare un stock, la totalité des emprunts que l’État doit rembourser à un flux annuel de richesse. Affirmer qu’un endettement supérieur à 60% est insoutenable revient à considérer que l’État doit honorer toutes ses échéances en un an en ponctionnant sur les revenus créés. On ne saurait s’en tenir à ce ratio pour juger de la soutenabilité. Celle-ci dépend à la fois de la structure de la dette (interne/externe), de l’ampleur de l’endettement privé, du comportement du système monétaire et financier, de la croissance, etc. Il n’y a pas, par conséquent, un quelconque critère absolu. Compte tenu de ces limites, Olivier Blanchard, soutient qu’«être obnubilé par la réduction de la dette aux prix de dépenses d’infrastructure réduites ou du chômage plus élevé est une erreur», (Grands débats de l’économie, Le point Références, p. 26). L’ancien économiste en chef du FMI suggère l’option en faveur du recours au rapport entre service de la dette et PIB. Au total, le jugement sur la dette publique à l’aune du seuil des 60% n’apparaît pas fondé. La faveur dont il bénéficie est consécutive à la gouvernance par le nombre, laquelle semble annihiler le débat et favoriser, selon Alain Desrosières, le chiffre comme instrument de contrôle et non d’analyse.

Un seuil scientifiquement contesté
Défini en référence à la contrainte budgétaire de l’État, le seuil d’endettement a été largement promu à la faveur des crises des dettes souveraines en Europe, à la fois comme indicateur du lien entre la dynamique de l’emprunt public et les conditions de stabilité et de croissance et comme instrument de gestion des déficits publics. À en juger par les termes du débat suscité par l’étude de Reinhart et Rogoff (2010), force est de souligner que ce critère est inadéquat. Selon cette étude sur l’évolution de la dette publique de 44 pays sur une période allant de 1790 à 2009, la croissance baisse de 1% lorsque le taux d’endettement public excède 90%. Cette conclusion a suscité des réactions dont la plus fameuse est incarnée par une étude de Massachusetts (Hendron et al. 2013) qui a révélé une foule d’erreurs de calcul et mis en doute la définition d’un seuil critique. Il s’en dégage des enseignements d’importance. Les résultats des travaux empiriques varient d’occasion en occasion. Ils sont nécessairement tributaires de la base des données, des modes de leur traitement, comme des variables, des composants théoriques sollicitées et hypothèses essentielles et auxiliaires. Étant ainsi contingents, ils ne peuvent prétendre constituer des énoncés catégoriques ayant une valeur explicative ou prédictive stable. Par conséquent, il n’est pas possible de déterminer les limites de la soutenabilité et, partant, un seuil au-delà duquel l’endettement porte préjudice à la croissance. Privée de justification, la recommandation d’une réduction systématique des déficits publics, qu’implique le critère du seuil, apparaît tout à fait arbitraire. Le chiffre est réduit dans ce contexte à un dispositif de persuasion au service d’une gouvernance qui peut, de surcroît, s’avérer contre-productive. En imposant la rigueur comme impératif, il conduit à des ajustements budgétaires qui compromettent la croissance et entravent le contrôle du déficit aggravant ainsi les risques d’insoutenabilité qu’il est censé limiter. «Les faits - affirme Henri Poincaré - parlent d’eux-mêmes! Le malheur, si on les interroge, ils ne parlent même pas». Il en est ainsi des données chiffrées. Celles-ci sont muettes. Ce sont leurs utilisateurs qui parlent en leur nom. Comme dire c’est faire, ils peuvent inspirer des politiques inopportunes qui détériorent le bien-être collectif. Le débat sur les multiplicateurs budgétaires dans le contexte des austérités fournit à cet égard moult leçons. 

Rédouane Taouil
professeur agrégé des universités à Grenoble (France) Membre de l’Académie des sciences et techniques du Maroc - Cordirecteur du collège «Modélisation et développement»

La jeunesse constitue un potentiel considérable pour le développement d’un pays, à condition de se doter d’une politique ambitieuse en sa faveur. Le Maroc fait partie des pays disposant d’une pyramide des âges marquée par l’importance des jeunes qui représentent pratiquement la moitié de la population globale du pays. C’est une opportunité de taille dont on ne mesure pas assez les bienfaits pour l’avenir du pays. Tout investissement dans la jeunesse en matière de formation, d’inclusion et de mise à niveau est une préparation pour l’avenir et une assurance contre les aléas du futur. C’est dans ce sens qu’il faut saluer comme il se doit l’existence au Maroc d’un gouvernement parallèle des jeunes (GPJ) qui regroupe des compétences avérées dans plusieurs domaines.

En effet, le Maroc fait partie des rares pays à disposer d’une telle structure. Le GPJ, qui est à sa troisième édition, émane d’une initiative, considérée par ses fondateurs de citoyenne et constitue une mise en œuvre des dispositions constitutionnelles qui donnent une place centrale à la jeunesse en matière de participation à l’élaboration des politiques publiques et de contrôle de l’action gouvernementale. Il s’est donné une charte de valeurs axées sur la démocratie et la bonne gouvernance, la justice, la liberté et l’engagement, la transparence et l’intégrité, la solidarité et la coopération, l’universalité des droits de l’Homme. Ce troisième gouvernement des jeunes a présenté récemment devant la presse vingt «propositions pour sortir de la crise». La symbolique du chiffre vingt coule de source : elle renvoie aux vingt années de règne du Roi. Rappelons-les avant de les discuter. Il s’agit de créer un ministère de l’espoir avec une réduction du nombre des ministres ; créer un fonds public de soutien aux associations ; appeler les partis politiques à créer en leur sein des gouvernements parallèles (l’équivalent du shadow government à l’anglaise) ; amender la loi organique portant sur les modes de désignation aux postes de responsabilité ; publier une loi-cadre sur la jeunesse ; réduire le quorum nécessaire à la présentation des motions et pétitions publiques ; amender l’article 24 de la loi sur les partis politiques afin de consacrer la moitié des sièges dans les instances dirigeantes aux jeunes ; instaurer une contribution de l’entreprise à l’économie du savoir à hauteur de 1% de ses avoirs nets ; créer une instance nationale chargée de proposer un prix de référence des hydrocarbures ; accélérer la politique de la transition énergétique ; créer un Conseil Nnational des affaires africaines et diplomatiques ; créer un impôt sur les pollueurs en appliquant le principe pollueur-payeur ; mettre en place une plateforme électronique dédiée à l’orientation éducative ; créer une chaine TV publique réservée à la jeunesse ; promulguer une loi relative aux régions montagnardes et aux campagnes ; réviser le système électoral avec l’instauration de listes nationales, régionales, provinciales et locales réservées aux compétences et aux cadres et ce à hauteur du tiers des sièges à pourvoir ; amender la loi 14-99 relative à l’urbanisme ; recentrer les agences urbaines sur les régions avec la création d’un plan régional de l’investissement ; industrialiser l’agriculture en incitant les producteurs à transformer leurs produits , ce qui va générer 450 000 emplois directs. Telles sont les 20 mesures sur lesquelles table le GPJ pour sortir le pays de la crise. Initiative louable même si les mesures préconisées prêtent le flanc à plusieurs limites. La première observation porte sur la méthodologie suivie: les 20 mesures sont présentées en vrac et dans le désordre alors qu’elles auraient dû être sériées en fonction des domaines d’intérêt. Telles qu’elles ont présentées, elles se prêtent mal à une lecture analytique. La deuxième observation concerne le fond du sujet : la problématique posée consiste à faire des propositions de sortie de crise. Avouons que le titre relève plus d’un fait d’annonce.

A la lecture des recommandations, le lecteur restera sur sa faim. On ne trouve pas de pistes conduisant vers la sortie de crise. D’ailleurs, les rédacteurs du document n’ont pas pris le soin de préciser la nature de la crise dont il est question pour savoir de quoi on parle. On a l’impression que le document apporte des réponses à des questions non posées. Ce qui constitue un biais méthodologique de taille. La troisième et dernière observation porte sur la pertinence de certaines propositions. Ainsi, on ne voit pas la nécessité de création d’un « Ministère de l’Espoir » tant que le pays a plus besoin d’un «gouvernement de l’espoir». Tout comme la création d’une chaine TV dédiée à la jeunesse. Les problèmes de jeunesse doivent être traités en liaison avec les problèmes de la société, ce qui nécessite d’accorder plus de place dans nos chaines publiques (et privées) aux problèmes sociétaux et aux préoccupations de la population avec en premier lieu celles de la jeunesse. Ceci étant, on ne va pas jusqu’à jeter le bébé avec l’eau de bain. Les propositions du GPJ ont le mérite d’exister et c’est à l’honneur de nos jeunes ministres animés par une volonté réelle de servir leur pays et de contribuer, chemin faisant, à l’effort de réflexion sur notre avenir proche et lointain. Qui plus est, le GPJ offre une alternative crédible à notre jeunesse en perte de repères et ne sait plus à quel S saint se vouer : l’alternative réside dans l’engagement citoyen et la mise en synergie des efforts individuels. On ne doit pas croiser les bras en attendant le messie. Nous sommes tous appelés à prendre nos responsabilités en mettant la main à la pâte. Nos jeunes ministres s’y attellent avec détermination et engagement.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales 

Le dernier rapport de Bank Al-Maghrib pour l’année 2018 présenté devant le roi la semaine dernière fera sûrement date. S’il ne diffère pas, au niveau de sa structure, des précédents rapports, il se distingue néanmoins par le ton utilisé au niveau de la présentation générale et les conclusions qui en découlent. Traditionnellement, la présentation des rapports annuels de l’Institut d’émission constitue un moment particulier dans l’histoire du pays. C’est un document de référence pour les décideurs, les investisseurs et les chercheurs. Bien sûr, comme tout produit humain, il ne peut être élevé au rang de «livre sacré». On peut le commenter, le critiquer, voire carrément le remettre en cause à condition, toutefois, de le faire avec rigueur, objectivité et esprit constructif, sans recourir au dénigrement et au langage anecdotique ! Une lecture attentive de la présentation du rapport nous dispense de parcourir l’ensemble du document. Ainsi, après avoir rappelé à grands traits les caractéristiques de l’environnement international qui est incertain et en rapide mutation, c’est la situation économique, monétaire et financière du pays qui est passée au crible. Le tableau dépeint n’est guère réjouissant. Que l’on en juge par soi-même: une croissance modérée de 3% en deçà de l’objectif fixé par le gouvernement dans la loi de Finances; une croissance tirée essentiellement par la demande intérieure sachant que la contribution des exportations nettes est redevenue négative à hauteur de 1,3%; un taux de chômage qui reste élevé notamment chez les jeunes diplômés; au niveau des équilibres macro-économiques, on relève une accentuation des déficits jumeaux (déficit budgétaire de 3,7% et déficit du compte courant évalué à 5,5%), un taux d’endettement du Trésor de 65,3%, un taux d’inflation qui grimpe en une année de 0,7% à 1,9%... À cela s’ajoutent le recul drastique des cours de la Bourse de Casablanca, les insuffisances en matière de lutte contre le blanchiment ou encore la frilosité du secteur privé malgré de multiples avantages qui lui sont consentis. Par ailleurs, le type de gouvernance suivi est sérieusement remis en cause. Ainsi est-il écrit dans le rapport: «la gouvernance de la politique publique dans notre pays souffre de plusieurs insuffisances liées à l’absence de cohérence, d’efficacité dans la mise en œuvre et d’évaluation objective. Il n’est donc pas étonnant que les performances économiques et sociales ne soient pas à la hauteur des efforts consentis». On ne peut être plus clair! Et le gouverneur de la Banque centrale d’appeler à un «véritable sursaut de toutes les forces vives du pays». Nous pensons que le pays a suffisamment de ressorts et d’atouts pour rebondir et repartir de l’avant à condition de revoir fondamentalement les orientations suivies jusqu’à présent et qui ont montré leurs limites, de l’aveu de tout le monde. Les difficultés, réelles et observables sur le terrain, que nous traversons ne datent pas de 2018. Elles n’ont fait que s’aggraver davantage sous l’effet de facteurs conjoncturels tant internes qu’externes. Le sursaut est possible. Il réside dans la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement qui doit marquer de véritables ruptures, sur certains aspects, avec le modèle en vigueur. Une place particulière doit être accordée à la dimension non-économique du développement. Car le développement ne se réduit pas à la réalisation des taux de croissance, aussi élevés soient-ils. Il faut une transformation des structures, une révolution des mentalités, un approfondissement des valeurs de progrès et une valorisation de l’effort et de la créativité. Malheureusement, nous assistons depuis quelques années à une dégradation inquiétante des valeurs de citoyenneté, de vivre ensemble, du sens du commun. Cela, nous semble-t-il, est dû au rétrécissement des espaces de socialisation et à la défaillance de notre système éducatif. Qu’on le dise clairement: le seul espace de socialisation se limite à la mosquée et au cimetière. Et encore!! Les maisons de la jeunesse ne jouent plus leur rôle, les théâtres et les maisons de la culture sont pratiquement inexistantes, notamment dans le Maroc profond. On assiste à un vaste désert culturel, dans lequel la misère de la culture côtoie la culture de la misère. Pour réaliser le sursaut souhaité, nous sommes appelés à jeter les bases d’une véritable «révolution culturelle» pour libérer les initiatives et permettre à notre jeunesse de «mieux respirer». Le temps presse et le monde évolue à pas de géant. Nous n’avons d’autre choix que d’accélérer la cadence et de changer notre rapport au temps. Toute hésitation pourrait se payer chèrement.

Par Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Des centaines de millions de cyberattaques visent chaque année les États, les entreprises et les particuliers. La logique voudrait qu’un front uni se constitue pour détecter et contrer ces menaces. Or, il n’en est rien. Au contraire : un vent de doute et de méfiance souffle sur Internet. Le réseau est devenu le reflet des tensions qui parcourent le monde et les États se trouvent confrontés à un dilemme : s’isoler ou collaborer. D’un côté, la voie de la parcellisation, de la balkanisation où chaque État - enfin ceux qui en ont les moyens - joue la carte du repli sur soi. Leur stratégie ? Privilégier des solutions de sécurité nationales pour empêcher les fuites de données vers des pays étrangers. Dans ce climat de méfiance généralisée, la tentation est forte pour les responsables politiques locaux de reprendre la main sur les usages. Avec une inconnue pour les utilisateurs : qu’auront-ils, demain, le droit de voir, de dire et de faire sur Internet ? Aujourd’hui, les données n’ont plus de frontières, l’utilisation du cloud se généralise, les Gafa exercent un pouvoir quasi planétaire, le nombre des objets connectés croît de manière exponentielle. Dans ce contexte, est-il crédible que chacun sécurise sa parcelle numérique alors que les cyber-attaquants agissent depuis les quatre coins du monde ?

Vers une coopération ?
À l’opposé du chacun pour soi, des États choisissent la voie de la coopération. Ces derniers mois, plusieurs initiatives de collaboration ont été annoncées. À commencer par l’Europe, dont les dirigeants ont convenu qu’ils poursuivraient, après le Brexit, leurs relations de longue date avec le Royaume-Uni en matière de partage de renseignements et de cybersécurité. De même, en novembre 2018, Singapour et le Canada ont signé un protocole d’entente de deux ans relatif à la coopération en matière de cybersécurité, acceptant de partager et d’échanger des informations pour contrer les menaces. L’accord couvre la coopération dans plusieurs domaines clés, notamment le partage et l’échange d’informations sur les menaces et les attaques, le partage des meilleures pratiques en matière de développement des ressources humaines ainsi que des dispositions de certification et d’élaboration de normes de cybersécurité. Préalablement, le CSA (Cyber Security Agency of Singapore) avait déjà signé des protocoles d’entente avec l’Australie, les États-Unis, la France, l’Inde, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon. À la même période, c’est Israël et le Japon qui ont signé un accord de coopération dans les domaines de la recherche et développement, de l’échange d’informations et des programmes de formation dans le domaine de la cybersécurité.

Partenariat public/privé
Ces accords, le plus souvent bilatéraux, entre États vont indéniablement dans le bon sens mais il leur manque une dimension importante pour optimiser leur efficacité : l’expertise des acteurs privés qui sont confrontés au quotidien à la lutte contre les cyber-menaces. En effet, ces derniers ont accès à des informations précieuses que les gouvernements ou les forces de police ne possèdent pas et qu’ils sont prêts à partager avec les autorités nationales. Face à la nécessité de rassembler toutes les forces et les compétences, les partenariats public/privé apparaissent alors comme une piste d’avenir. Un exemple réussi de la coopération public-privé est le projet «No More Ransom», lancé en juillet 2016. Avec pour objectif d’aider les particuliers à lutter contre les ransomwares (attaques bloquant l’accès aux données et demandant une rançon pour les recouvrer), cet espace réunit plus de 90 organisations publiques et privées. Une collaboration entre les agences de lutte contre la criminalité (Interpol, Europol, les polices nationales, etc.) et les acteurs de la cybersécurité qui permet de détecter les attaques, de les analyser et d’apporter des solutions aux victimes. À ce jour, «No More Ransom» est un succès avec plus de 10.000 victimes aidées, dans 14 langues, à travers plus 40 outils de déchiffrement gratuits. À la clé : un travail qui permet d’aider les services de l’État dans le travail d’enquête et d’arrestations des groupes de cybercriminels.

Pacifier Internet
Souvent médiatisées lors d’arrestations réussies, ces initiatives entre acteurs publics et privés peuvent également permettre de mieux accompagner les victimes. C’est le cas, par exemple, du dispositif d’assistance aux victimes de cyberattaques cybermalevillance.gouv.fr, incubé par l’Anssi et copiloté avec le ministère de l’Intérieur. La plateforme a reçu 25.000 demandes en un an, surtout de particuliers, secourus par 1.600 prestataires référencés. Au-delà de la lutte pour pacifier internet, ces partenariats donnent l’occasion à deux cultures différentes, publique et privée, de se rencontrer, de se connaître, d’apprendre à travailler ensemble. Posant les bases d’une relation de confiance, indispensable à la lutte contre des cyber attaquants qui ne demandent qu’à diviser pour mieux régner. Cela permet, en outre, à de grands acteurs internationaux de démontrer qu’ils sont prêts à être transparents et à travailler avec les États. C’est un acte indispensable de responsabilité sociale des entreprises. Au service de la sécurité de tous.

Tanguy De Coatpont
Directeur Général France et Afrique du Nord, Kaspersky Lab

C’est bien la période du retour massif au pays de nos concitoyens résidents à l’étranger. Chaque année, en cette période de vacances, ce sont des millions de Marocains installés dans les cinq continents, avec une majorité dans les pays européens, qui prennent la route pour le Maroc, leur pays d’origine. Un voyage chargé de symboles: retour aux origines, retrouvailles familiales, recherche de la «chaleur humaine», bref, une volonté de se sentir chez soi. C’est aussi une occasion de constater de visu le chemin parcouru par le pays en relevant les progrès réalisés et les déficits à combler. Ce retour des «Marocains du monde» n’a rien à voir avec le tourisme classique. C’est à tort, d’ailleurs, que certaines statistiques les confondent. Ce sont pourtant deux dynamiques différentes. Quand on parle de Marocains du monde, on parle d’une population évaluée à près de 5 millions de personnes, soit près de 14% de la population totale du pays. On connaît aujourd’hui, grâce aux différentes études réalisées soit par des chercheurs, soit par des institutionnels, les caractéristiques fondamentales de cette population en termes de structure démographique, de statut socio-professionnel, d’engagement citoyen et politique dans les pays d’accueil, de participation dans les efforts de développement dans le pays d’origine. Mentionnons tout particulièrement, outre les études effectuées par le ministère chargé des Marocains résidents à l’étranger, la série quadriennale publiée par la Fondation Hassan II pour les MRE, série intitulée «Marocains de l’Extérieur», dont la dernière édition date de 2017. Cette publication de plus de 700 pages comporte une masse de données qui, normalement, devrait servir d’aiguillon aux décideurs pour élaborer des politiques publiques appropriées en faveur de la population concernée. Osons espérer que c’est bien le cas!

Ainsi, on relève que les Marocains du Monde représentent une grande hétérogénéité: différence selon les générations; différence selon le pays d’accueil (les Marocains résidant dans les pays du Golfe vivent dans des conditions tout à fait différentes de ceux qui résident dans les pays de l’OCDE); diversité des profils socio-économiques allant du statut d’ouvrier à celui d’employé dans les services, en passant par le commerçant, l’entrepreneur, le scientifique… L’image d’émigré marocain qui travaille comme ouvrier de chantier dans le bâtiment ou dans les exploitations agricoles fait désormais partie du passé. On relève aussi que la population marocaine émigrée est en voie de vieillissement. À titre d’exemple, en France, un quart des immigrés marocains ont aujourd’hui plus de 55 ans et 65.000 ont plus de 65 ans. «Après une vie structurée, voire justifiée par le travail, ces personnes, doivent réinventer un mode de vie et une raison d’être avec une grande indécision relative à la question du retour» (publication de la Fondation Hasan II). On relève enfin une féminisation croissante de l’émigration. Il ne s’agit pas uniquement de l’épouse qui rejoint son mari dans le cadre du regroupement familial, mais plutôt d’une femme qui fait le choix de l’émigration en toute indépendance, d’une femme libre pour ainsi dire. Ce qui est un signe de l’autonomisation de la femme marocaine, phénomène de plus en plus visible dans la société. Tendance qui ira crescendo à l’avenir. Pour gérer une telle situation marquée par autant de contrastes et de différenciations, le Maroc a mis en place un ensemble d’institutions, notamment un ministère dédié, le renforcement de la représentation diplomatique dans les pays d’accueil, la Fondation Hassan II, la Fondation Mohammed V, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), un partenariat avec des associations actives dans le domaine de la migration... Les résultats sont palpables. On les voit à plusieurs niveaux: amélioration des conditions d’accueil avec un accompagnement tout au long du voyage, guichet spécial réservé aux MRE dans les administrations publiques, encadrement culturel et religieux adéquat dans les pays d’accueil… Mais nos concitoyens, dont l’attachement à la mère patrie n’est plus à démontrer, sont en droit d’exiger plus. S’ils n’ont plus le sentiment d’être traités comme une simple machine à produire des devises, ils aspirent néanmoins à jouir pleinement des droits que leur confère la Constitution.

À cet égard, il est temps de résoudre cette équation de la participation politique en leur octroyant le droit de se faire représenter au Parlement en application des dispositions de la Constitution qui stipule dans son article 17: «Les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine, de même, les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence». Un débat national autour de cette problématique, avec la participation des RME, ne serait pas superflu. Il permettra, à coup sûr, de lever les malentendus et de déboucher sur une issue consensuelle loin de toute surenchère politique. En la matière, plus que dans tout autre domaine, c’est l’intérêt suprême de la Nation qui doit absolument prévaloir.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre
de l’Emploi et
des affaires sociales

 

L’actualité footballistique est marquée par le déroulement de deux compétitions de taille: la Coupe du monde du football féminin, qui se déroule en France et qui est dans sa phase finale, et la CAN qui se déroule au pays des Pharaons. Grâce aux moyens de communication et à la transmission en direct, ce sont des millions -voire des milliardsde personnes de par le monde qui suivent ces rencontres sportives dont les enjeux sont à la fois politiques, sociétaux et surtout financiers. Et ce n’est pas un hasard que le foot soit considéré comme le sport le plus populaire.

En effet, combien de jeunes dans les faubourgs africains ou latino-américains rêvent d’accéder au professionnalisme et de jouer dans les grands clubs? Toutefois, le football féminin reste cantonné à l’hémisphère Nord comme on peut le constater en observant le déroulement de la huitième édition de la Coupe du monde. Ainsi, sur un total de 24 équipes alignées, soit le double de la première édition organisée en 1991, l’Europe et l’Amérique du Nord se taillent à elles seules la moitié. L’autre moitié est attribuée à l’Asie (5 places), l’Afrique (3 places), l’Amérique latine (4 places) et l’Océanie (1 place). Outre leur participation limitée, les pays de l’hémisphère Sud franchissent rarement les phases éliminatoires. Un seul pays, le Brésil, a pu accéder à la phase finale en 2007 mais s’est incliné face à l’Allemagne. Ce sont les pays du Nord qui se sont adjugé les trophées depuis la création de la Coupe du monde féminine. Et l’actuelle ne fera pas exception. Tout indique, en effet, que cette manifestation prendra à l’avenir plus d’importance. Les commentateurs n’ont pas manqué de relever l’engouement croissant des spectateurs pour le football féminin. Les stades sont archi-combles et l’ambiance est festive. Ce qui frappe, en suivant quelques rencontres, c’est surtout le niveau élevé de technicité: un jeu d’une grande qualité, plaisant, avec beaucoup de subtilité et de créativité, alliant savoir-être et savoir-faire. Mais il faut préciser que le chemin n’a pas été de tout repos. Cela a exigé d’abord de la part des femmes un long et laborieux combat contre les préjugés et les comportements misogynes dominants à une certaine époque. Ce combat fait partie intégrante d’un combat d’ensemble pour l’égalité hommes-femmes.

Au départ, la première apparition des femmes sur le stade de football a été accueillie par des sifflets, quand ce n’est pas par des insultes. Mais, quand on est déterminé, on ne se laisse pas intimidé par ce genre de provocations aussi ignobles que maladroites. La démonstration est donnée aujourd’hui sur le terrain. Il appartient désormais aux Femmes du Sud, qui continuent d’être cantonnées à des tâches domestiques et subalternes, de suivre le chemin de leurs homologues de l’hémisphère Nord pour imposer leur droit à l’émancipation qui passe entre autres par le droit de disposer librement de leur corps, d’exercer leur talent dans tous les domaines, et démontrer, ainsi, l’inanité d’une division sexuelle du travail surannée et moyenâgeuse. C’est aussi le rôle des États qui doivent adopter des politiques publiques réellement inclusives à l’égard des femmes et de la jeunesse de façon générale. Pour avoir une équipe nationale de sport se mesurant au niveau mondial, il faudrait une politique audacieuse en amont et une mobilisation conséquente des moyens financiers. À titre d’exemple, les USA, dont l’équipe féminine de foot est la première au niveau mondial, comptent 16 millions de pratiquantes. C’est dire qu’on ne s’improvise pas champion du monde. C’est une question de volonté politique, de moyens et de bonne gouvernance.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Dans un article précédent sur la gauche, nous avions souligné parmi les facteurs explicatifs de son recul l’offensive néo-libérale qui a pu imposer sa «culture» sur l’ensemble du globe. En effet, outre le mode de produire et de consommer en passe de s’uniformiser, le néo-libéralisme est parvenu au cours des dernières décennies, avec un rythme plus accéléré depuis le début du XXIe siècle, à affiner son idéologie pour la rendre plus acceptable y compris par des milieux qui lui étaient auparavant hostiles tels que les intellectuels et certains partis appartenant à la mouvance social-démocrate. Ne parlons pas des partis populistes et fondamentalistes qui se cachent derrière un verbiage religieux pour puiser, dans les faits, leurs choix en matière économique et sociale, dans le corpus néo-libéral. À vrai dire, le néo-libéralisme est une adaptation du libéralisme tel qu’il a été conçu par ses fondateurs. Cette adaptation est rendue nécessaire suite à la financiarisation des économies et l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène mondiale. Le néo-libéralisme vise à créer un consensus autour de certaines notions comme la flexibilité, l’adaptabilité et l’employabilité.

Pour ce faire, les États doivent revenir dans le jeu, pour une politique de l’éducation «sur-mesure» et une politique de la santé vue non comme un droit humain, mais comme un moyen de transformer l’espèce humaine pour lui donner plus de «compétences techniques» venant renforcer les compétences acquises dans le système éducatif. La flexibilité touche particulièrement le marché du travail, ce qui conduit à plus de précarité et au démantèlement du mouvement syndical. Les réformes de la fonction publique envisagées ici et là n’ont d’autres soucis que d’en finir avec le statut classique de la fonction publique pour lui substituer la contractualisation et un travail à la carte. L’adaptabilité, notion empruntée à un philosophe du XIXe siècle (Herbert Spencer, 1820-1903) signifie que tout le monde doit s’adapter à la mondialisation et donc faire avec le néo-libéralisme. Toute autre voie conduirait à l’impasse. La «déconnexion» prônée par Samir Amin et d’autres altermondialistes ne serait qu’une vue de l’esprit et manquerait de réalisme. Tout le monde ou presque, aujourd’hui, fait l’apologie de la mondialisation comme étant porteuse d’opportunités à saisir, oubliant de souligner, comme par hasard, les risques qu’elle présente pour les plus faibles notamment.

Aujourd’hui, les pays en développement ne font que s’adapter à la mondialisation, et rares sont ceux qui ont pu réellement en tirer profit. Reste l’épineuse question de l’employabilité qui a transformé radicalement notre système éducatif, où on forme plus d’humains «robots» que de «penseurs». L’employabilité est devenue la hantise des apprenants: être un bon gestionnaire, un bon technicien, est le but ultime de la formation. Quelle régression par rapport aux fondements de base d’une formation au service de l’épanouissement de l’homme. Le système dominant n’a besoin ni de philosophes, ni d’artistes, ni de critiques littéraires. Il a plutôt besoin de ceux qui maîtrisent l’art de spéculer en Bourse et de ceux qui sont aptes à créer plus de richesses au profit des détenteurs du capital. Le néo-libéralisme défend une nouvelle conception de la démocratie qui n’a rien à voir avec le pouvoir du peuple. C’est un simple outil pour obtenir le consentement des populations à leur transformation. Qui plus est, avec la montée vertigineuse des nouveaux maîtres du monde que sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), les citoyens du monde se transforment en «esclaves modernes». Contrairement à l’idéologie véhiculée, le néo-libéralisme, dans le droit fil du libéralisme, n’a jamais cru à la liberté humaine en tant que valeur universelle. De quelle liberté pouvons- nous parler lorsque l’on sait que chaque être humain est suivi tout au long de sa vie? Sa position géographique est connue, ses relations le sont tout autant, et ses goûts et préférences sont répertoriés à toute fin utile. Bref, la personne en question n’a plus de vie personnelle. Et par conséquent, elle n’est plus libre. Nous avons affaire à un monde totalement «déshumanisé». Face à cette réalité dont nous avons brossé les contours à grands traits, devrions- nous nous résigner ou, au contraire, oeuvrer pour un autre monde plus humain où les plus forts n’auront plus le pouvoir de faire à eux seuls la loi et de nous imposer leur diktat? C’est par rapport à ce choix de société et de civilisation que tout un chacun doit se situer. Face à l’hégémonie du néo-libéralisme, il faut une hégémonie culturelle qui place la dignité humaine au-dessus de toute considération. Pour gagner la bataille politique, il faut absolument gagner la bataille culturelle. Le philosophe italien Antonio Gramsci s’en est rendu compte il y a près d’un siècle.

Abdeslam Seddiki
Économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Il y a trois ans, le Maroc fêtait le centenaire de sa législation sur la protection de la propriété intellectuelle. En 1916, alors sous protectorat français, le Maroc proclamait le premier dahir en la matière, transposant ainsi pour une bonne part le droit français alors en vigueur essentiellement avant tout pour préserver les droits du colon. Pendant les décennies qui ont suivi l’indépendance, le Maroc continuera à ratifier les principales conventions internationales et n’a cessé de confirmer cet engagement, garantissant le principe moral de la reconnaissance et d’une juste récompense du travail d’autrui. L’OMC (Organisation mondiale du commerce) créée en 1995 s’emparera de cette question, décidant, dès sa création de mettre en place un standard universel de protection minimum et, fait important, de mettre fin à l’exception dont bénéficiaient les médicaments jusque-là exemptés de brevets. Un long débat s’engage entre ceux qui considèrent le médicament comme une marchandise ordinaire devant être protégée par un brevet et ceux qui, au contraire, l’estiment être un «bien public» méritant un statut exceptionnel, hors spéculation, et dont l’accès doit être garanti à tous. Après de longues et âpres négociations entre pays «en développement » - dont le Maroc -, favorables au statut exceptionnel et les pays industrialisés, tenants de la normalisation. Un compromis est trouvé : les médicaments seront couverts par des brevets pour une période de vingt ans, leur caractère particulier sera cependant reconnu et des «flexibilités » sont prévues pour veiller à ce que le respect des droits privés des détenteurs de brevets ne s’oppose pas à l’intérêt général, y compris la santé publique mais à peine l’accord signé, les pays en développement subissent des pressions énormes au moment de l’intégration de ces «flexibilités » dans les lois nationales. Certains de ces pays omettront, volontairement ou involontairement, de les intégrer dans leurs lois afin ne pas fâcher un puissant pays ami, allié ou partenaire économique stratégique…C’est le cas du Maroc, dont le projet de loi en la matière, développé en 1997 et approuvé en 2004 accorde une protection par les brevets trop stricte et renonce, volontairement - si l’on peut dire -, à certaines de ces «flexibilités»...

Ensuite, l’accord de libre-échange conclu avec les États-Unis entré en vigueur en 2006 viendra durcir encore la situation en imposant des mesures de protection extrêmes, faisant du cadre légal marocain l’un des plus hostiles au monde aux médicaments génériques. Ceci étant dit, il est important de relever certains aspects positifs : en 2014, le Maroc introduit des mesures susceptibles de réduire l’impact négatif des brevets sur les médicaments. L’examen effectif des brevets est instauré en s’assurant du respect de critères de brevetabilité préétablis (auparavant, il s’agissait d’une simple déclaration de bonne foi). En outre, la possibilité est accordée à des tiers de s’opposer à la délivrance d’un brevet en fournissant des arguments justifiant la nullité. L’intention est bonne mais les procédures mises en oeuvre, comme par exemple la sous-traitance, faute de moyens, de l’examen des brevets au très laxiste Office européen des brevets, ne fait pas l’unanimité parmi les experts et le système de contestation des brevets est considéré comme trop restrictif, quoique jamais utilisé à ce jour pour juger de son efficacité. Un large appel à la prudence fait désormais l’unanimité au sein des institutions internationales comme l’OMS et la question ne se limite plus aux pays les moins favorisés. Les Pays-Bas, par exemple, n’ont pas hésité à mettre en place une commission parlementaire pour passer outre les brevets afin d’assurer l’accès aux médicaments à leurs populations. Si la diplomatie marocaine, active à New-York ou à Genève, soutient ces initiatives, les choses bougent peu en revanche à Rabat. Les acteurs concernés - ministères de la Santé, du Commerce et des Affaires étrangères, bureau des brevets, industrie locale, société civile, etc. - se perdent en querelles, sans s’écouter ni s’entendre… Résultat : au Maroc, la propriété intellectuelle est régie selon une loi d’influence «américaine », l’examen des brevets se fait selon des standards «européens », le pays disposant d’un budget de la santé «africain» avec une industrie pharmaceutique «similaire à celle du Bangladesh» (ne rien y voir de péjoratif, cette dernière est plus que correcte). Il est grand temps d’avoir un véritable dialogue dépassionné. Nous devons nous inspirer de nombreux pays qui ont mis en place une dynamique multisectorielle pour appréhender le sujet. C’est l’objectif que s’est fixée ITPC- MENA, une association marocaine oeuvrant pour l’accès aux médicaments. En organisant le premier colloque national sur la propriété intellectuelle et l’accès aux médicaments, tenu les 24 et 25 juin à Casablanca (voir p.4&5). Le colloque a réunit pour la première fois tous les acteurs concernés autour de la table dans la sérénité. Gageons de la bonne volonté de chacun pour oeuvrer ensemble à rendre cohérentes nos politiques sanitaire, sociale et industrielle…dans l’intérêt de tous.

Othman Mellouk
Coordinateur à la région MENA de l’International Treatment Preparedness Coalition

Le Réseau parlementaire sur la Banque mondiale & le FMI a tenu une réunion parlementaire d'une journée le 21 juin 2019, en collaboration avec le Sénat français et le groupe de la Banque mondiale, pour discuter de la manière dont les parlementaires du G7 et des pays partenaires peuvent contribuer aux priorités du G7 dans leurs Parlements nationaux.

Le Réseau parlementaire, dont la vice-présidence est assurée par Lahcen Haddad, a invité des parlementaires membres du G7 et de pays partenaires pour débattre des priorités de la France pour le G7 au Sénat français. Ces initiatives sont étroitement liées aux thèmes de travail du Réseau parlementaire, plus récemment discutés lors de la Conférence parlementaire mondiale de 2019 à Washington, comme l’impact des nouvelles technologies sur le développement, l’automatisation et l’avenir de l’emploi, la bonne gouvernance et la reddition des comptes, l’investissement dans le capital humain, la lutte contre les inégalités et la lutte contre les changements climatiques.

La hausse des inégalités est une grave menace pour la cohésion des sociétés et un développement économique profitant au plus grand nombre. La France place au cœur du débat la réduction des inégalités et la dimension sociale de la mondialisation. La promotion d’un tel modèle constitue un choix politique majeur et sera le fil rouge de la présidence française du G7.

Considérant que les pays du G7 sont aussi les principaux donateurs de l'Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale, cette conférence a été également l'occasion de présenter les priorités de la 19e reconstitution (IDA19). La 19e reconstitution des ressources de l'IDA permettra de relever les défis de la pauvreté et du développement dans les pays les plus pauvres du monde, notamment les situations de fragilité, les conflits et la violence, les déplacements forcés, les changements climatiques, les inégalités entre hommes et femmes.

L'Association internationale de développement (l’IDA) est la structure de financement concessionnel la plus importante et la plus fiable pour les 75 pays en développement et les plus pauvres du monde, où vivent environ les deux-tiers des plus pauvres de la planète – soit presque 500 millions de personnes. Les ressources destinées à soutenir ces pays sont mobilisées auprès des donateurs au cours de cycles de reconstitution triennaux.

La réunion parlementaire au Sénat français a été l’occasion pour Lahcen Haddad de souligner l’importance d’une gouvernance forte pour la réussite des efforts consentis afin de venir à bout des inégalités, des changements climatiques et des effets de la quatrième révolution industrielle. Lahcen Haddad a non seulement présenté son dernier ouvrage sur “la bonne gouvernance et la reddition des comptes”, mais a annoncé, au nom du réseau, un nouveau travail en cours et en collaboration avec d’experts de renommée internationale sur “les transitions équitables” vers un monde plus juste et plus durable. Ce travail sera présenté en 2020 à Washington en marge des réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI.

Après les remous suscités par la décision gouvernementale consistant à mettre le Maroc d’une façon permanente sur le fuseau horaire de GMT+1 ou ce qui est convenu d’appeler l’horaire d’été, il semblerait que l’on s’oriente enfin vers la confirmation de cette option. Le dernier rapport de synthèse publié récemment par le ministère de la Réforme administrative et de la fonction publique plaide, sans hésitation, dans ce sens. Rappelons que ledit rapport fait partie d’une étude réalisée en deux étapes : la première partie portant sur l’évaluation du système de changement d’horaire pendant la période 2012-2017 a été remise en octobre 2017 ; la deuxième portant sur l’évaluation de l’adoption de l’horaire d’été durant toute l’année vient d’être rendue publique tout récemment du moins dans sa version synthétique. C’est à cette dernière que le présent article s’intéressera. Sans rentrer dans les détails de ce rapport qui peut être consulté sur le site du ministère, on peut affirmer sans risque d’être contredit qu’il s’inscrit dans la continuité des conclusions dégagées auparavant dans la première partie de l’étude. Il est venu, en quelque sorte, pour appuyer une position déjà arrêtée. Ainsi, à la lecture de ce rapport, on sortira avec une impression générale que le Maroc a tout à gagner en adoptant définitivement l’horaire d’été et en enterrant à jamais le fuseau horaire GMT qui est en parfaite symbiose avec l’horaire biologique.

L’impact de ce passage est jugé favorable sur tous les plans : au niveau social (plus de sécurité), au niveau du système éducatif (avec certaines mesures d’accompagnement), au niveau énergétique et environnemental (une économie substantielle de notre consommation énergétique et par conséquent une baisse de notre émission de gaz carbonique), au niveau économique enfin (stimulation de la demande et encouragement de certaines activités liées aux loisirs et au temps libre )…Bref, tout est beau, tout est parfait dans le meilleur des mondes imaginables ! Audelà d’une telle conclusion idyllique et par trop optimiste qui se dégage du rapport, il nous semble utile de verser dans le débat un certain nombre de remarques et de questionnements sachant, de notre point de vue, que le dossier est loin d’être définitivement clos comme on l’aurait pensé, à tort, dans certaines sphères car la grogne populaire n’est pas définitivement étouffée et pourrait se déclencher à tout moment. Le rapport fait référence aux consultations avec plus d’une vingtaine d’intervenants et plus d’une quarantaine de responsables sans les préciser nommément. C’est une lacune non négligeable lorsqu’on sait que le choix des personnes interviewées et consultées est déterminant dans la pertinence des résultats et conclusions.

Par ailleurs et c’est une entorse méthodologique de taille, l’étude s’est déroulée dans un espace géographique limité, en l’occurrence la Région Rabat-Salé-Kénitra, passant outre les spécificités des autres régions du Maroc profond. Or, c’est justement dans ces dernières que les problèmes apparaissent avec plus d’intensité. En fin de compte, l’échantillon choisi ne nous paraît pas représentatif pour une enquête statistique pertinente.

D’ailleurs, en préconisant l’amélioration de l’éclairage en milieu rural parmi les mesures d’accompagnement pour améliorer la sécurité, on a l’impression que le bureau d’études à qui on a confié la réalisation de cette réflexion a une connaissance somme toute limitée de la réalité du monde rural. Pourtant, Il suffisait de quitter les salons climatisés de Rabat pour voir de visu, à quelques kilomètres, cette réalité rendant inefficiente leur proposition car, on a affaire pour l’essentiel à un habitat dispersé et non regroupé dans des centres ruraux comme l’auraient imaginé sans doute les rédacteurs dudit rapport. En définitive, la conclusion générale que l’on peut tirer de ce rapport est la suivante : on dirait qu’il s’agissait plus d’apporter des justificatifs aux réponses surfaites que de proposer des réponses appropriées aux questions qui se posent. La logique analytique a été, en quelque sorte, inversée. C’est pour cela que nous pensons que de telles études, malgré leur importance, ont de faibles chances de convaincre puisqu’elles manquent de rigueur, voire de méthode. L’avenir proche nous apportera la preuve. Dans tous les cas, c’est le débat démocratique qui doit trancher en dernière instance. L’étude n’est qu’un instrument de travail et un moyen d’aide à la prise de décision.

Abdeslam Seddiki
Ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

L’innovation est devenue un enjeu majeur pour notre économie et nos entreprises car, aujourd’hui, dans une économie mondialisée, la compétitivité d’une Nation se mesure par sa capacité d’innovation et sa maîtrise des nouvelles technologies. Par conséquent, nous devons réussir le passage d’une économie basée sur les coûts des facteurs tels que la main-d’oeuvre vers une économie reposant sur la qualité et l’innovation à même de générer une véritable valeur ajoutée, source de richesse. Aujourd’hui, l’innovation est présente de façon décisive dans l’activité économique, industrielle, agricole et dans les services. La part marocaine dans la valeur ajoutée des produits industriels fabriqués localement doit aller en augmentant grâce à un meilleur taux d’intégration. Ce résultat ne peut être obtenu que par l’innovation et la Recherche et développement qui doit renforcer la notoriété du Label Made in Morocco. La même ambition doit nous guider dans le domaine des technologies de l’information où nous devons asseoir une compétitivité réelle et durable, qui ne reposerait plus sur les coûts et les avantages fiscaux de l’offshoring, mais plutôt sur la créativité de nos ressources humaines et la compétence de nos ingénieurs logiciel. Dans les technologies de l’information, nous devons absolument arrêter l’hémorragie de la fuite des cerveaux que nous subissons pour que les ingénieurs formés par notre pays puissent créer, innover et s’épanouir dans les entreprises et les administrations.

Introduire une culture d’innovation
Pour cela, nous devons adopter dès à présent une nouvelle culture et accomplir une révolution dans nos façons de penser qui s’applique à l’enseignement, à l’entreprise et à l’État qui sont les trois acteurs majeurs de la dynamique du transfert de technologie. Cette révolution commence par l’enseignement où nous devons introduire l’innovation et l’entrepreneuriat dans les cursus de formation des universités et grandes écoles. Nos étudiants doivent se familiariser avec les contraintes de l’entreprise, les nouveaux business models, le financement des phases de l’innovation qui vont de l’incubation au développement et à la commercialisation. Il s’agit également d’apprendre à nos étudiants de sortir des sentiers battus et de cultiver le goût de l’originalité, de la créativité et du risque, et de s’habituer dès l’école à chercher et proposer des solutions innovantes. Dans ce cadre, la CGEM a déjà signé une convention avec le département de l’Enseignement supérieur afin de faciliter l’accès des étudiants aux entreprises par le biais de stages et de projets de fin d’études et d’ouvrir les portes de l’entreprise aux enseignants et aux étudiants qui souhaitent y mener des projets de recherche. De même, pour renforcer cette culture de l’innovation, nos entreprises vont être amenées à modifier leurs méthodes de management car, en cette période de bataille pour la compétitivité, l’innovation constitue un enjeu majeur, une activité stratégique essentielle et un véritable challenge pour les responsables des entreprises comme pour les équipes de projets d’innovation. Nos entreprises sont appelées à concevoir des modèles de management impliquant le personnel, développant sa créativité et favorisant les prises d’initiative, et à rompre avec le modèle classique du système top-down. II y a lieu de saluer les efforts et les progrès des entreprises qui se sont engagées dans des démarches d’innovation dans les secteurs minier, aéronautique, automobile, informatique, pharmaceutique, des énergies renouvelables, etc. Il y a également lieu de saluer les efforts menés par les associations et les fédérations professionnelles de la CGEM qui ont réalisé des centres techniques pointus et des clusters qui travaillent sur des projets collaboratifs dont les résultats vont avoir un effet significatif sur la valeur ajoutée de ces branches et sur la balance commerciale. De même, nous enregistrons avec satisfaction les premiers résultats obtenus par les écosystèmes constitués depuis quelques années. L’État, de son côté, est appelé à soutenir massivement les efforts d’innovation menés aussi bien par les universités que par les entreprises. Il peut s’agir de subventions, de mesures fiscales, d’exonérations, d’incitations, de la création du statut de chercheur, de l’amélioration de l’environnement juridique de l’entreprise innovante, ainsi que de l’arsenal réglementaire visant à protéger la propriété intellectuelle et à sécuriser le transfert de technologie, et les modes de valorisation. De même, pour encourager l’innovation et le transfert de technologie, l’État devra revoir le décret des marchés publics en vue d’y introduire des dispositions visant à favoriser les offres et les variantes des entreprises qui proposent des solutions innovantes.

S’adapter aux mutations liées à l’innovation
Pour réussir le passage vers cette nouvelle culture de l’innovation, la CGEM est disposée à travailler avec les pouvoirs publics, les universités et les centres de recherche afin d’accélérer le transfert de technologie, en mettant en place des modes de collaboration et des mécanismes efficaces et opérationnels pour réduire le temps qui sépare la conception de la mise sur le marché et améliorer de façon substantielle le financement, les ratios et les indicateurs de dépenses en R&D ainsi que la position internationale du Maroc dans les classements des pays en termes d’innovation. De même, nous devons faire face aux mutations posées par ce rythme accéléré dans l’innovation. Sur le plan des ressources humaines, nous devons absolument arrêter l’hémorragie de la fuite des cerveaux que nous subissons pour que les ingénieurs formés par notre pays puissent créer, innover et s’épanouir dans les entreprises et les administrations. Sur le plan social, nous devons réfléchir dès à présent aux évolutions de l’organisation, à la révolution du savoir et de la connaissance, aux façons de travailler ainsi qu’à l’évolution des emplois, métiers et compétences qui seront provoqués par la civilisation de l’innovation et la transformation digitale de nos entreprises. Sur le plan sociétal, nous devons intensifier nos travaux sur l’innovation en vue de faire face aux grands défis planétaires posés par la dégradation de l’environnement et du changement climatique. Le transfert de technologie entre l’université, les centres de recherche et l’entreprise doit concentrer ses efforts sur des thématiques telles que les énergies renouvelables, le traitement des déchets, l’agriculture verte ou la préservation des ressources en eau. Nous devons concevoir de nouveaux produits et de nouveaux modèles économiques en liaison avec le développement durable parce que ce dernier concerne non seulement notre génération, mais également les générations à venir. Dans le même ordre d’idées, nous devons dès à présent préparer notre société aux mutations induites par l’intelligence artificielle et ses répercussions sur les relations humaines, sur l’organisation de l’entreprise et son capital humain et sur les répercussions psychologiques et sociologiques.

Abdelmajid Iraqui
Vice-président de la CGEM Rabat

L’exposition «Regards : Photographie camerounaise» inaugure le Project Space de la Biennale internationale de Casablanca qui aura lieu le 19 juin. Détails.

La Biennale internationale de Casablanca (BIC) annonce l’ouverture, ce 19 juin, de son nouveau Project Space à Casablanca. Celle-ci s’accompagne de son premier événement, l’exposition Regards : Photographie camerounaise qui s’inscrit dans son programme d’incubation 2019-2020, en préparation de la cinquième BIC 2020 qui aura lieu du 24 septembre au 1er novembre 2020. Désormais dotée d’un espace de 300 m2, en plus de sa résidence d’artistes Ifi try et de son Centre d’art contemporain dans la région d’Essaouira, la biennale est à présent en mesure d’accueillir à Casablanca des expositions de projets en cours d’élaboration, des projections, ateliers et rencontres. Le BIC Project Space permettra avant tout d’interagir avec la scène artistique locale, de travailler avec une diversité de publics, de mener des ateliers et formations aux métiers d’art et tenir des réunions de consultation. Le premier événement du BIC Project Space est l’exposition Regards : Photographie camerounaise représentant les travaux de Romuald Dikoumé, Blaise Djilo, Max Mbakop, Yvon Ngassam, Antoine Ngolkedo’o et Charlotte Yonga. Ce projet est né d’une collaboration entre la biennale et Yaounde Photo Network, plateforme photographique camerounaise indépendante.

En plus du médium photographique, l’espace présente du 19 au 22 juin Digital Africa : Casablanca, exposition d’art vidéo et série de projections d’oeuvres d’Afrique et de la diaspora rassemblant des vidéastes établis et émergents, sélectionnés suite à un appel à candidatures qui s’est tenu de décembre 2018 à février 2019. Les artistes sont Hakeem Adam (Ghana), Driss Aroussi (Maroc/ France), Wendimagegn Belete (Éthiopie/Norvège), Paul Emmanuel (Afrique du Sud), Badr El Hammami (Maroc/France), Khireddine Khaldoun (Algérie), Mohammed Amine Al Makouti (Maroc), Mahlöt Sansosa (Brésil/ Tanzanie), Marton Robinson (Costa Rica/États-Unis d’Amérique), Leandré le Roux (Afrique du Sud) et Carly Whitaker (Afrique du Sud). Le BIC Project Space et le programme d’incubation de la cinquième BIC sont développés par Christine Eyene, directrice artistique de la Biennale internationale de Casablanca. À l’occasion du programme de juin, la biennale développera un nouveau travail avec les jeunes publics. Par ailleurs, Christine Eyene tiendra des lectures de portfolios, ouvertes aux artistes plasticiens marocains ou résidents.

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