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Culture
Ce mercredi 15 mai, la Semaine de la critique de Cannes ouvrait avec un film marocain. Il s'agit du premier long métrage de Alaa Eddine Aljem, «Miracle du Saint Inconnu». Une fresque poétique et intelligente, ancrée dans une réalité purement marocaine, tout en étant connectée à une réalité universelle: le poids des croyances. Découverte d'un film, mais surtout d'un réalisateur qui sait mettre en image sa mélancolie décalée.

Dans l’espace Miramar de la Semaine de la critique, ils étaient nombreux ce mercredi à se bousculer pour découvrir le premier film -marocain- présenté lors de cette audacieuse sélection: «Miracle du Saint Inconnu», de Alaa Eddine Aljem. La file d’attente est longue, la salle est comble. Il y a trop de curieux pour le nombre de places. La pression monte et l’équipe du film fait son entrée sous le regard attendri des équipes du Centre cinématographique marocain, de l’équipe du Festival international du film de Marrakech et des acteurs, réalisateurs et professionnels marocains ayant fait le déplacement pour soutenir la production nationale, à l’instar de Sarim Fassi Fihri, Mélita Toscan du Plantier, Ali Hajji, Christoph Terhechte, Rasha Salti, Narjiss Nejjar ou encore les productrices Lamia Chraibi et Rachida Saadi. Un comité de soutien qui n’a pas été déçu. 
 
L’absurde est marocain
 
 Dès le premier plan, le public sait qu’il va passer un beau moment. L’image est belle, le film se distingue déjà par sa qualité esthétique. Les plans larges savent capter la beauté d’un désert que le réalisateur aime filmer. Il avait déjà exploré cette belle immensité dans son court métrage «Les poissons du désert». Mais Younes Bouab, qui joue «le scientifique» du village, ne se sent pas comme un poisson dans l’eau, bien au contraire. On le sent perdu, guetté par une menace imminente. C’est peu dire puisque la caméra le suit enterrant son butin dans une colline perdue avant de se faire arrêter par la police. Quelque temps plus tard, il est de sortie et souhaite récupérer son argent. Il se rend compte qu’un lieu saint bien gardé a été construit à l'endroit même. Le sac d’argent est devenu un lieu sacré, qui génère de l’argent et qui est à l’origine d’une micro-société composée de croyants absolus, de réfractaires, de soumis, d’outsiders aussi drôles et surréalistes les uns que les autres. Le rapport à la croyance est soulevé sans jugement ni parti pris. Qu’il y ait véritablement un saint ou non, la foi permet des miracles parfois; ce qui semble importer, c’est cette force d’y croire. 
 
Des acteurs d’une belle justesse 
 
Dans la simplicité et l’élégance, Alaa Eddine Aljem dirige ses acteurs comme un metteur en scène de théâtre ou un chorégraphe. Les gestes sont étudiés, les mouvements travaillés, les scènes pourraient faire l’objet d’une exposition photo. Le minimalisme prévaut: pas de place au bavardage, les dialogues sont toujours à leur place, et les mots sont précieux. À décor minimum, textes percutants et impact maximum! La salle rit à différents moments. On ne sait pas pourquoi mais on est pris par cette énergie surréaliste que les différents duos d’acteur ont la force de créer par des croyances, aussi différentes soient-elles. Younes Bouab et Salah Bensalah en bandits perdus, aux airs de Dalton, à la recherche du butin perdu, sont convaincants et touchants en fidèles du Saint de l’Argent. On ne croit pas une seconde en leur capital méchanceté, surtout quand le personnage campé par Salah Bensalah, qui vient de tuer un chien pour mener à bien sa mission, est soulagé d’apprendre que la bête a survécu! Celui qui préfère tuer les humains plutôt que les animaux arrache des fous rires à la salle, hypnotisée par ces deux acteurs plein de charisme. Autre duo aussi drôle qu’improbable: le couple de saints guérisseurs formé par Anas El Baz, le nouveau médecin du village à l’affût de «vrais» patients, et Hassan Badida, infirmier de ce dispensaire depuis «trop longtemps» qui se saoule aux antiseptiques. Autre binôme qui apporte une dimension plus émotionnelle: celui formé par le père et le fils, qui prônent le Saint de l’Agriculture, Essamak Bouchaib et Mohamed Naimane. Persuadé que la pluie finira par sauver la terre aride, le père ne veut pas voir son fils quitter le village comme les autres. Un film choral intelligent sublimé par des petits rôles croustillants comme le pèlerin campé par Rachid Eladouni, le coiffeur décalé ou encore le gardien fou. En somme, «Miracle du Saint Inconnu» est une belle fable marocaine moderne, aux airs de western d’auteur, où la poésie se mêle avec brio à la triste réalité, sans une once de misérabilisme. Le tout, au moyen d’une photographie soignée et d’une mise en scène qui sublime des comédiens de talent et étoffe leurs relations presque décousues. Seul bémol: une fin un peu trop facile pour un film aussi bien ficelé, une fin peut-être pas aussi forte que le début du film. Peu importe. Ceci est le début de l’histoire d’un Alaa Eddine Aljem à suivre de très près.

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