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Culture

Le rap figure aujourd’hui parmi les styles musicaux les plus écoutés au monde, et sans doute le plus écouté par les jeunes. Au Maroc, comme ailleurs, si certains rappeurs engagés ont choisi le rap dit « conscient » pour aborder des sujets « sérieux », ce sont les démonstrations d’ego trip, avec les clashes entre rappeurs qui vont avec, qui semblent intéresser le plus le grand public. 

Il faut le dire, ce sont les clashes qui génèrent un grand succès commercial et médiatique, divisant les fans lesquels attendent la réponse de l'un à l'attaque de l'autre et font monter, entre temps, la cote de ces rappeurs. 

Récemment, d’ailleurs, la scène marocaine a suivi de près le fameux clash ayant opposé Le Don Bigg à Dizzy Dross, celui-ci ayant intitulé son tube « Al Mutanabbi » pour faire référence à Abou Tayeb Ahmad Ibn Al-Husayn Al-Mutanabbi, le grand poète arabe de l’ère abbasside.

Un choix loin d’être fortuit, car si le rap est un style musical apparu au début des années 70, l’ego trip, aussi bien que les clashes, sont des phénomènes aussi anciens que l’expression artistique. 

Al-Mutanabbi (915-965) est d’ailleurs incontestablement l’un des grands maîtres de cet art. S’il a signé de nombreuses oeuvres faisant l’éloge des rois, il reste célèbre à ce jour aussi pour ses poèmes violents et acerbes contre ceux qui se sont déclarés être ses ennemis, ainsi que pour les poèmes, d’une grande fierté, où il fait l’apologie de sa propre personne.

« Je suis celui dont l'aveugle voit la littérature, et celui dont les mots ont fait ouïr le sourd », écrivait-il humblement dans l’un de ses vers, pour souligner sa supériorité en tant que poète. 

Et ses élans d’ego trip ne concernent pas ses talents littéraires uniquement ! Certains vont jusqu’à supposer sa supériorité sur tous les Hommes. 

« Qu'il sache celui qui joint notre assemblée, que je suis le meilleur parmi ceux à qui on s'adresse », a-t-il écrit. 

Ou encore: 

« Les chevaux, la nuit et le désert savent tous qui je suis

Aussi bien que l'épée, la lance, le papier et la plume 

Que de défauts, vous nous cherchiez, mais nos imperfections, vous ne trouverez »

 

À cela, s’ajoutent ses satires (hija’) d’une très grande violence contre ceux qui contrarient son ego.

Au sujet de certains poètes ayant tenté de le défier, il a dit qu’ils ne sont que des « faibles cherchant à se renforcer, petits cherchant à s’agrandir », et que par son silence son « cœur rit d’eux avec pitié ».

Même les rois et monarques n’ont pas échappé à sa plume acerbe. Il utilisait par exemple des mots très cinglants et racistes pour attaquer Kafour Al Ikhchidi, le gouverneur d'Égypte qui a failli à ses promesses, l'a trompé et a profité de ses talents littéraires pendant une longue période pour le renvoyer par la suite :

« Pour qu’un esclave pervers assassine son maître

Ou le trahisse, faut-il qu'il passe par l'Égypte ?

Là-bas, l’eunuque est devenu le chef d’esclaves en cavale,

L’homme libre est asservi ; on obéit à l’esclave.

L’esclave n’est pas un frère pour l’homme libre et pieux

Même s’il est né dans des habits d’homme libre.

N’achète jamais un esclave sans un bâton pour l'accompagner

Car les esclaves sont infects et des bons à rien dangereux ».

 

Autre exemple de l’ère abbasside, le poète Ibn Al-Rumi (836-896), qui a vécu un siècle avant Al-Mutanabbi, son infortune (pertes de ses proches), et son dur caractère font que ses satires étaient particulièrement acerbes. Ils soulignent à l’extrême tous les défauts, physiques et moraux, de la personne:

«Ton visage, ô Omar, est si grand 

Comme la grandeur dans la face des chiens

Où est ton honneur répond moi

Ô chien mais les chiens, certes, ne répondent pas »

 

Ces attaques sur les défauts physiques reviennent souvent dans ses « clashes », comme dans celui qui l’a opposé au poète Ibn Harb :

« Tu as ô Ibn Harb, un nez dont les nez ont honte

 Quand toi tu pries à Jérusalem, 

Lui, tourne à la Mecque ».

 

Al-Mutanabbi et Al-Rumi ne sont pas les seuls poètes à s’être adonnés aux « clashs », ou encore à l’ego trip, si on peut utiliser des terminologies modernes.

En effet, l’histoire de la poésie arabe regorge d’exemples pareils, et ce, depuis l’époque pré-islamique, avec les poètes vantant leurs mérites de guerriers (ex. Antar Ibn Chadad), ou autres vantant ceux de leurs tribus en rabaissant les autres. Des cas de joutes verbales entre poètes ont également souvent été rapportés. 

Les poésies de « hija’ » (satire) dont certains cités sont toujours très populaires et sont souvent partagés dans les réseaux sociaux, pour illustrer la capacité des anciens à « clasher » leurs adversaires.

 

 

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