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Des parents marocains traversent la frontière de Melilla pour abandonner leurs enfants devant le commissariat de l’enclave. Le gouvernement local alerte sur cette pratique et rappelle les conséquences judiciaires de cet acte. Zoom sur ce phénomène.

Depuis janvier 2018, les services sociaux de Melilla offrent l’hospitalité à 108 enfants marocains abandonnés. Contrairement à la légende, ces mômes ne sont pas acheminés par des cigognes à la blancheur immaculée à Melilla mais hélas par leurs propres géniteurs. Devant les portes du commissariat central de l’enclave orientale, ces petits font leurs premiers pas vers l’inconnu. C’est dans cette imposante bâtisse peinte en jaune que ces petits font la connaissance de l’inspecteur de police Diego Cañamero et ses collègues. Chef du groupe des mineurs (GRUMEN) au sein de la Police locale de Melilla, il dresse un tableau sombre de la situation. «Ce sont des parents qui se sont défaits, sciemment, de leur devoir parental en se désistant de leur progéniture, âgée à peine d’une poignée d’années pour les confier à des étrangers», nous déclare-t-il amèrement. Malgré sa longue expérience sur le terrain auprès des MENAS (mineurs étrangers non accompagnés), Cañamero peine à comprendre les motivations de ces familles. De fait et selon les informations recoupées auprès des nombreux cas, les parents des enfants abandonnés à leurs sort à Melilla ont un objectif clair et précis. «Ce ne sont pas des parents qui cherchent à ce que leurs descendants quittent l’enclave pour arriver à la Péninsule, bien au contraire. Ceux-ci viennent déposer leurs enfants à Melilla pour qu’ils poursuivent leurs études tout près de chez eux, aux frais du contribuable espagnol. Leur projet à long terme est que ces jeunes placés sous la tutelle du gouvernement local, obtiennent un titre de séjour à l’âge de 18 ans», explique-t-il aux ÉCO.

À ce propos, ces parents veillent à entretenir des liens avec leurs progénitures en leur rendant assidûment visite, comme s’ils étaient des pensionnaires d’un internat, précise Cañamero. C’est d’ailleurs grâce à ces rencontres que la police de Melilla a pu prendre sur le fait des parents déserteurs. «Une fois la mère ou le père détenu, nous lui proposons de prendre en charge son enfant, comme condition d’abandon des poursuites judiciaires. Des fois, nous réussissons à les convaincre pour éviter d’affronter des charges. D’autres refusent d’assumer leur responsabilité alléguant l’absence de ressources financières pour subvenir aux besoins des leurs enfants», affirme non sans regret le policier en chef. Certaines familles inventent des histoires farfelues pour s’attirer la sympathie de la justice ou prétendent une «persécution» au Maroc. Selon le témoignage d’Abderahim Mohamed, le vice-conseiller en charge des mineurs et de la famille au sein du gouvernement de Melilla, des familles brandissent la menace du service militaire pour «justifier» cet abandon de leurs progénitures de dix ans ! «La plupart des nouveaux admis arrivent avec un discours bien rôdé», affirme l’inspecteur Diego.

«Ils évitent aussi de dire que leurs parents leurs rendent visite pour éviter leur détention. Ce sont des enfants propres sur eux, éduqués..., en somme des petits issus de familles «normales», regrette-t-il.

La plupart des nouveaux pensionnaires des centres de Melilla sont des voisins de la province de Nador et des régions limitrophes à l’enclave pouvant accéder au préside sans disposer d’un visa. La montée en flèche de ce nouveau phénomène a contraint les agents de police à modifier leur approche.

«Nous sommes à présent devant deux profils de Menas : les classiques, les plus nombreux et qui sont originaires du centre du Maroc. Ensuite vient ce nouveau phénomène d’enfants des régions limitrophes et dont le but n’est pas de traquer la première opportunité pour voyager vers la Péninsule ibérique mais de rester à Melilla, proches de leurs parents, tout en bénéficiant d’une formation. Ceux-ci ne sortent jamais du centre et parmi eux, l’on trouve des petites filles en bas âge», ajoute l’agent espagnol.

D’ailleurs, durant la dernière arrestation en date, survenue le 8 août dernier, la mère détenue avait abandonné deux enfants : une fille âgée de 6 ans et son frère de 10 ans. Pourtant, la loi espagnole a prévu de lourdes sanctions à l’encontre de ces parents démissionnaires. Selon l’article 229 du Code pénal espagnol, le délit d’abandon d’un enfant mineur ou handicapé est puni d’une peine d’emprisonnement allant d’un 18 mois à trois ans, quand celui qui abandonne est un parent ou le tuteur légal de l’enfant. La peine carcérale peut aller jusqu’à 4 ans s’il s’avère que cet abandon a mis en danger la vie, la santé ou l’intégrité physique du mineur.

«Nous sommes devant un nouveau phénomène à la fois inédit et alarmant», s’inquiète cette directrice marocaine d’une renommée ONG espagnole s’affairant dans le domaine de la protection des mineurs et des droits des migrants. «Ce ne sont plus des enfants de la rue mais des mineurs qui traversent la frontière à côté de leurs parents et peut-être même en leur tenant la main pour qu’ils soient ensuite délaissés devant un édifice. Il s’agit de familles dites «normales» ne souffrant d’aucune déstructuration ni problèmes. Seulement, elles estiment qu’en plaçant leurs enfants dans un centre de mineurs à Melilla, ceux-ci vont disposer de plus d’opportunités alors que c’est faux», s’insurge-t-elle.

Celle-ci ne manque pas de rappeler les lourdes conséquences sur la santé morale de l’enfant abandonné, sans oublier les dangers qui guettent cet enfant, livré à lui-même dans une étape cruciale qu’est l’enfance et la préadolescence. Toutefois, malgré les conséquences judiciaires qu’encourent ces parents et les implications de cet abandon dans des centres dont la gestion est pointée par des ONG de renom, le phénomène prend de l’ampleur au fil des mois et certains parents sont déterminés à déléguer au gouvernement de Melilla leur devoir parental. De guerre lasse, la délégation du gouvernement central à Melilla a même installé des caméras de surveillance de pointe pour identifier ces parents déserteurs et procéder à leur arrestation quand ils foulent de nouveau la frontière.

De son côté, le gouvernement de Melilla, lequel débloque chaque année la somme de onze millions d’euros pour subvenir aux besoins de ces mineurs et les prendre en charge, s’avoue vaincu. Comme le rappelle le nouveau gouvernement de Melilla, les centres sont saturés et la capacité d’accueil est limité. «C’est l’État marocain qui doit agir contre ces familles et non l’espagnol. Les autorités marocaines sont au fait des désolants projets de ces personnes et les localiser est une question de volonté des autorités marocaines», tranche le responsable au gouvernement de Melilla. 


Une exception à Sebta et Melilla

Face à la déferlante de  mineurs marocains, les gouvernements de Sebta et celui de Melilla veulent introduire une dérogation de taille dans le code législatif espagnol régissant les mineurs. Selon le porte-parole de l’Exécutif Sebti, Alberto Gaitan, les deux administrations veulent faire valoir leur situation comme villes partageant des frontières terrestres avec le Maroc pour solliciter une révision de cette législature jugée trop rigide. L’objectif est de permettre le rapatriement de ces mineurs quand ils sont interceptés. «Nous veillerons sur les droits des mineurs mais nous misons sur le retour des enfants auprès de leurs familles», a-t-il souligné dans une déclaration à la presse.

L’incendie violent du dimanche 30 juin a ravagé le campement.

La fin violente du campement d’Ouled Ziane ouvre des questions plus complexes sur la prise en charge humanitaire des migrants en transit.

Après l’incendie, les migrants ont trouvé refuge à l’entrée de la gare.

Des pas hésitants, des mines défaites, ils marchent tout au long de l’avenue Ouled Ziane en petits groupes ou seuls ; les migrants installés dans le campement de fortune de la gare routière de Casablanca se cherchent un nouveau refuge. Oussmane, Didier et Mohamed (ndlr: les noms ont été changé) n’ont pas fermé l’oeil depuis 24 h et affichent des signes de fatigue. «Nous ne savons pas où aller. Nous avons tout perdu. Nous, on ne veut pas rester au Maroc, notre objectif c’est l’Europe», lance avec détermination, Mohamed, Guinéen et le plus jeune du groupe. Cet incendie met fin à ce campement urbain de migrants mais pose la question du sort réservé à ces migrants en situation administrative irrégulière aujourd’hui et subissant des déplacements forcés depuis juillet 2018 du nord vers le sud du Maroc.

L’accès au terrain est interdit aux migrants.

Fatigue et laxisme
Jean-Michel est Ivoirien, il est «bloqué» au Maroc depuis trois ans. Rencontré le 1er juillet, il accepte de nous parler avec prudence et de nous raconter sa version des faits quant aux incidents survenus le 30 juin au campement des migrants. «Je n’ai pas choisi de vivre à Ouled Ziane. J’y ai atterri par la force des choses», raconte-t-il. Suite au feu du 30 juin, il a tout perdu, il porte une jellaba marocaine. «Ce sont des voisins qui me l’ont donnée», poursuit celui qui vivait à Branes, quartier populaire de Tanger. Que connaît-il des raisons de l’incident ? «À 4 heures du matin, mes frères m’ont réveillé en catastrophe pour quitter le camp. On a failli y laisser notre peau», souffle-t-il. Et de botter en touche : «Personne ne sait vraiment ce qui s’est passé». Le feu qui s’est déclaré dans la nuit du samedi 29 et dimanche 30 juin a ravagé ce campement. L’hécatombe a été évitée de peu. «Quelques blessés ont été transportés à l’hôpital mais on ne sait pas combien de personnes exactement ont été blessées», déclare un des responsables du camp. Plusieurs blessés ne sont pas allés aux centres de santé de peur des arrestations. Oussmane fait partie de ces migrants blessés. Il nous montre sa main droite portant une profonde blessure. Que sait-il des origines de cet incendie ? «C’est la faute à une bande de jeunes Guinéens», accuse-t-il. Le même réquisitoire revient dans la bouche de plusieurs migrants rencontrés près de la gare. Ces derniers pointent du doigt «le laxisme des autorités face à cette bande qui a sévi durant des mois en toute impunité». Sur le parvis de cette gare routière déjà chaotique, les migrants miraculés de l’incendie du 30 juin sont installés à même le sol. Répartis par nationalité comme dans le défunt camp, certains tentent de voler un instant de répit au milieu de ce vacarme. D’autres se réunissent pour se consulter autour de l’avenir du campement. Jean Michel nous présente son «chef» Stéphane, président de la communauté ivoirienne. Dans le camp, chaque nationalité choisit son président. Il est en charge de la gestion et la sécurité du mini-campement et des relations avec les autres communautés. Le «chef» est en colère : «Nous avons à plusieurs reprises remis ces fauteurs de trouble au centre de police de la zone. Et à chaque fois, ils étaient relâchés», souligne-t-il. Et d’indiquer : «Avec les représentants des autres communautés, nous avons toujours tenu à maintenir l’ordre dans le camp et éviter l’irrémédiable ».

Les migrants ont arpenté les artères près d’Ouled Ziane pour chercher un nouveau refuge.

Des tentatives ont échoué lamentablement
Tentons de reconstruire le puzzle de cet incendie. Au début de la soirée du samedi, «un groupe de Guinéens a volé un téléphone à un Malien. Cet acte a déclenché une bataille entre deux groupes de ces communautés », avance Seydou, représentant de la communauté guinéenne au sein du campement. «Aucun Marocain n’a été impliqué dans cette affaire», tient à préciser Seydou, réfutant les versions ayant circulé sur le vol d’un Marocain. Parmi nos interlocuteurs, aucune personne ne s’avance sur l’identité de la personne qui a mis le feu en premier. «J’ai essayé, avec d’autres, d’éteindre le feu mais il s’est propagé très rapidement», se remémore- t-il. Ensuite, des batailles rangées et des expéditions punitives ont eu lieu sur la voie publique, comme en témoignent des vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux. Des affrontements qui se sont poursuivis durant la matinée du dimanche 30 juillet. Suite à ces incidents, une enquête est ouverte par le Police judiciaire (PJ) du district de Derb Sultan. «Neuf personnes sont en garde à vue pour les besoins de l’enquête», précise une source sécuritaire contactée par Les Inspirations ÉCO. Cette énième rixe a mis à nu une situation délétère et des tensions intercommunautaires déjà à l’oeuvre depuis une année.

Des migrants se réunissent pour se consulter autour de l’avenir du campement.

Pourrissement et violences Flash back.
Le campement a déjà pris feu à plusieurs reprises. Le premier incendie a eu lieu en juillet 2018. Plusieurs bonbonnes de gaz avaient explosé. La catastrophe est évitée de peu. Octobre de la même année, rebelote, nouvel incendie dans les mêmes circonstances. La présence des bonbonnes de gaz en nombre important a failli décimer plusieurs migrants installés dans le camp. À chaque fois, les «exilés» reconstruisent à partir de zéro leurs habitations de fortune. En plus du risque récurrent d’incendies, le campement connaît certaines rixes. La plus violente est survenue le 18 mars 2019 et s’est terminée par la mort d’un migrant d’origine guinéenne. Ce dernier s’est fait poignardé par un Camerounais. Ce décès tragique avait provoqué de vives tensions entre les deux communautés. Pour calmer les esprits, «les chefs de communautés avait décidé suite à cet incident d’exclure les Camerounais du camp», rappelle Stéphane.

Les Forces auxiliaires et de la Police nationale ont été mobilisées sous la supervision du wali de la région.

 

La répétition de ces incidents qui se sont produits en l’absence des ONG communautaires ou de défense des personnes de la migration se poursuit. Ce vide a fini par créer une situation intenable et dont l’aboutissement tragique a été l’incendie du 30 juin. Désormais, les dès sont jetés. Toléré par les autorités depuis décembre 2016, l’accès au terrain servant de campement est interdit aux migrants. «C’est fini et c’est une question d’heures», confie une source sécuritaire à Les Inspirations ÉCO à propos de l’interdiction de campement de migrants irréguliers dans les alentours de la gare routière d’Ouled Ziane. «Nous comptons nettoyer le terrain des dégâts causés par le feu survenu le 30 juin pour ensuite déloger les migrants de l’entrée de la gare», ajoute-t-il. Notre source finit par lâcher : «Ce terrain est désormais réservé à une entreprise de transport public qui l’utilisera comme dépôt de matériaux». Au grand bonheur des riverains. D’Ouled Ziane ou d’ailleurs, les migrants continueront leur longue marche vers le prétendu Eldorado.

Abandonnés, ces migrants se trouvent dans une détresse humanitaire et psychologique.

 


L’assistance humanitaire en panne
Sans couvertures, sans nourritures, sans toit, les centaines de migrants rejetés aux alentours de la gare routière se trouvent dans une grande détresse humanitaire et psychologique. Ils sont abandonnés par la société civile, les autorités gouvernementales en charge des questions migratoires et les organisations internationales présentes au Maroc. Les services sécuritaires étaient les seuls présents, en force, prêt à mettre fi n défi nitivement à ce campement urbain de migrants. À l’exception de Caritas, les quelques actions menées durant ces trois ans étaient ponctuelles et limitées dans le temps.

 

Âgé de 40 ans, Moudihane Abderrahim, plante des oliviers depuis 10 ans. Aujourd’hui, cet habitant de la région de Khénifra n’a qu’un seul rêve, passer de la plantation traditionnelle à celle dite moderne. Suivi de très près par le Groupe OCP dans le cadre de son programme de proximité, «Al Moutmir», ce père de deux enfants espère doubler prochainement sa production.

Tantôt il gratte la terre comme s’il cherchait un trésor enfoui dans le sol, tantôt les mains posées sur les hanches, et sans un seul mot, il contemple l’horizon autour lui ; une large pelouse naturelle qui s’étend sur la plaine fertile d’Ouaoumana. Agriculteur passionné, Moudihane Abderrahim nous fait visiter ses terres au bord du fleuve Oum Er-Rbia «mère du printemps». Chef de famille âgé de 40 ans et père de deux enfants, cet habitant de la région de Khénifra a tout laissé, il y a 10 ans, pour s’occuper exclusivement de son domaine agricole de 7 hectares. Aidé par un membre de sa famille, un jeune homme de 22 ans, il plante, taille et entretient des oliviers dans son périmètre qu’il chérit tant. «J’ai sept hectares de terre. Tout ce que vous voyez là autour de moi m’appartient », indique fièrement le propriétaire des lieux avant de nous faire une confidence. «Grâce à mes terres, je nourris ma famille. Je ne manque de rien mais j’aimerais booster ma production». L’agriculteur dont la vie est aujourd’hui rythmée uniquement par les travaux champêtres pratique une agriculture essentiellement tournée vers l’économie de subsistance. Malgré lui, il ignore encore les meilleures techniques agricoles afin d’augmenter ses rendements. Seulement voilà, pour Moudihane Abderrahim, cette équation qui le hante depuis plusieurs années sera bientôt un vieux souvenir. «J’ai entendu parler du dispositif itinérant «Al Moutmir» du Groupe OCP. Je me suis renseigné et on m’a dit que c’était à la fois intéressant et accessible à tous les agriculteurs. Je les ai contactés par la suite. Ils m’ont demandé quels ont été mes besoins et les problèmes auxquels je faisais face. Une semaine après, des ingénieurs sont venus m’annoncer que j’avais été sélectionné et que je bénéficiais d’un accompagnement technique de leur part. Lorsqu’ils sont arrivés dans mon domaine agricole, ils ont fait des analyses de sol. En se basant sur les résultats obtenus, ils m’ont fourni des engrais avant de m’indiquer les bons dosages».

Un programme à la carte
Basé sur les services de vulgarisation en matière de recherche scientifique et d’innovation dans le secteur au profit de l’agriculteur, l’initiative «Al Moutmir» est un programme agile et intégré qui traduit l’offre OCP, laquelle comprend notamment deux laboratoires itinérants d’analyse des sols opérationnels déployés au niveau des différentes provinces prises en charge par le programme, un programme de plateformes de démonstration servant de support à la formation et à la vulgarisation sur les meilleures pratiques agricoles, baptisé Agri plateformes et dont la consistance prévue pour la campagne en cours est de 2.000 plateformes de démonstration. Il comprend également des sessions de formation destinées à renforcer les capacités des agriculteurs. Lancé fin septembre dernier dans la commune de Had El Bkhati (province de Safi ), le dispositif de proximité dédié à l’acheminement de l’offre globale du géant des phosphates est porté par une équipe d’ingénieurs agronomes d’ores et déjà déployée au niveau d’une douzaine de provinces. Chaque ingénieur agronome est en charge de la promotion d’une fertilisation raisonnée selon un itinéraire technique de qualité au profit des fellahs de sa région. Plusieurs agronomes sont déployés de manière permanente dans différentes provinces et travaillent quotidiennement avec les fellahs, leur assurant formations, démonstrations, suivi et accompagnement. Aujourd’hui, après les tournées consacrées aux céréales et légumineuses et celles des maraîchages, le groupe OCP a installé son dispositif itinérant mardi 2 avril à Khénifra, qui entre dans sa troisième phase. Laquelle est dédiée à la culture de l’olivier. Organisée du 12 mars au 11 avril la caravane touchera 5 provinces, soit plus de 2.000 agriculteurs sur une quarantaine de localités à fort potentiel oléicole, à savoir Taounate, Ouazzane, Séfrou, Khénifra et Kelâat Es-Sraghna. Une énorme aubaine pour Moudihane Abderrahim qui caresse le rêve de doubler sa production annuelle estimée à une tonne à l’hectare par an. Pour Brahim Boukrim, un des pilotes du programme OCP dans la province de Khénifra, les rêves de Moudilhane Abderrahim sont bel et bien réalisables.

Des résultats prometteurs
Pour l’heure, seule une partie des sept hectares, soit un hectare et demi, bénéfi cie gratuitement des soins des ingénieurs de l’OCP. Si l’agriculteur avait dû payer pour s’offrir les services de l’OCP, pour une parcelle similaire, il aurait déboursé entre 5.000 et 7.000 DH. Moudilhane Abderrahim, au moment de la récolte, devra ainsi obtenir des résultats différents et se laissera convaincre ou pas d’adopter les techniques agricoles proposées par OCP. Outre les ressources humaines déployées, OCP met à la disposition des agriculteurs, des moyens scientifiques et technologiques importants notamment le référentiel scientifique vulgarisé et adapté à chaque étape de l’itinéraire technique et les laboratoires itinérants qui sillonnent différentes régions pour effectuer gratuitement les analyses de sol in situ. L’offre OCP comprend aussi un centre d’appel et une page Facebook dédiée aux agriculteurs pour les mettre en lien direct avec les équipes déployées au niveau du terrain et répondre à leurs questionnements.

Les étudiants en médecine mènent le plus long mouvement de grève de l’histoire de ces facultés au Maroc. Les Inspirations ÉCO a rencontré les grévistes. Ils se confient sur les raisons de ce mouvement et sur l’avenir de leur formation.

Rabat, le 30 mai. Il est 13h, le soleil tape fort sur les artères du boulevard Mohammed V. La ville est une nouvelle fois devenue la capitale des mouvements sociaux. Sous ce soleil de plomb, les étudiants en médecine marchent pour une deuxième fois en autant de mois pour exiger «la satisfaction de leurs revendications légitimes». Gilets noirs, gilets orange ou gilets bleus, les étudiants en médecine ont troqué leurs blouses blanches pour ces couleurs, en signe de colère mais aussi de mobilisation contre ce qu’ils considèrent comme une «absence d’engagements formels et précis de la part des départements de la Santé et de l’Enseignement supérieur». Ce mouvement de grève, inédit par sa longévité et sa pugnacité n’est pas prêt de se terminer.

Étudiants désabusés
Ali est étudiant en deuxième année à la Faculté de médecine et de pharmacie de Marrakech. Il a déjà le blues. Lunettes de soleil et casquette vissée sur le crane, Ali ne cherche pas à cacher son amertume. «L’État pense que nous lui coûtons beaucoup trop cher. Il cherche à se débarrasser de nous et de l’ensemble des formations en médecine de qualité du secteur public», ironise-t-il. Houssam, Salah et Youssef, trois de ses collègues en cinquième année au sein de la même faculté se disent tout aussi désabusés. Houssam, le ton posé, tire à boulets rouges sur les décisions des ministères de la Santé et de l’Enseignant supérieur : «Ouvrir les concours d’internat et de résidanat aux étudiants du secteur privé, c’est signer l’arrêt de mort des facultés publiques. Ce sera un concours avec des chances inégales», pense-t-il.

Les trois raisons du désaccord
Il est 14h, les étudiants continuent de prendre possession de la place Mohammed V au quartier des ministères. Le siège du ministère de la Santé est tenu sous haute surveillance policière. L’ambiance demeure calme. Les étudiants entonnent des chansons au rythme des ultras du foot. Le trio des étudiants de la cinquième année continue leur salve contre la formation et son manque de cohérence. Youssef est tout aussi remonté contre l’organisation de la formation, le verbe est limpide : «La nouvelle réforme veut inscrire une mention pour la cinquième année. Sur le principe, l’idée peut paraître intéressante mais dans la pratique, c’est la porte d’entrée pour créer une inégalité entre les étudiants du privé et du public. Les facultés privées donneront les meilleures notes à leurs étudiants et favoriseront leurs chances de passer les concours d’internat et de résidanat. C’est le même scénario qui se déroule dans les lycées privées, connus pour gonfler les notes, qui se produira en médecine». Toujours à la place Mohammed V. Un membre du comité d’organisation portant un gilet bleu prend le mégaphone et commence à appeler les étudiants de chaque faculté. Les étudiants de Tanger, Oujda, Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech sont présents. Manque à l’appel les étudiants de la faculté d’Agadir. «Ils ont un peu de retard», se contente un des porte-paroles des étudiants. Les étudiants gadiris ont été empêchés par les autorités de prendre les autocars depuis la gare routière de la capitale du Souss. Ils ont fait le déplacement en voitures, retardant le démarrage de la manifestation. C’est pour nous l’occasion de rencontrer Yassir, un des porte-paroles de ce mouvement. Portant son gilet noir, le front en sueur, il nous lance d’entrée de jeu : «Nous avons eu de très bonnes raisons de refuser cet accord». Cet étudiant de la faculté de Fès résume les trois raisons du blocage : «d’abord, le PV proposé par les deux ministères a passé sous silence certains de nos points revendicatifs. Ensuite, le projet d’accord comporte des formulations floues sur des points essentiels du dossier revendicatif. Des formes de rédactions qui ne peuvent nous protéger juridiquement à l’avenir. Ceci concerne surtout le point relatif au résidanat et sa réforme. Enfin, le PV ne se prononce pas sur deux points cruciaux de notre dossier. Tout d’abord, notre refus de l’ouverture du résidanat aux étudiants du privé. On ne peut pas mettre à la disposition des CHU publics le secteur privé. En deuxième point, la demande de supprimer la réforme des études en médecine dentaire faisant passer la formation de cinq à six ans». En résumant ces points de désaccord Yassir regrette que ces revendications ne soient que des exigences minimum. «Le mouvement actuel ne demande que la préservation de la situation actuelle des facultés. Or, cette situation est déjà déplorable. Nous voulions tant demander qu’on améliore les étudiants en médecine, mais on se voit contraint de défendre l’existant », glisse-t-il, avec désarroi.

Pas peur du privé
Sa collègue Salma, est étudiante en médecine dentaire à la faculté de Rabat. Fer de lance de ce mouvement avec d’autres membres de la Commission nationale des étudiants en médecine du Maroc (CNEM), elle est partagée entre déception et espoir. «Nous étions conscients des difficultés d’un parcours universitaire en médecine mais on ne pensait pas qu’on allait faire face à autant d’obstacles. Toutefois, je ne regrette pas d’avoir fait médecine», confi et- elle, laquelle reconnaît que «la formation n’est pas la meilleure qu’on puisse avoir et ceci par manque d’enseignants, de terrain de stages, d’hôpitaux et de matériels». Dans ce contexte en dégradation, elle s’étonne que les étudiants du privé veuillent concurrencer ceux du public pour étudier dans un hôpital délabré. «Le Maroc a besoin de former plus de médecins. Pour s’y faire, il faut équiper les hôpitaux et les facultés en conséquence », exige-t-elle. Salma dit ne pas craindre la concurrence des étudiants du secteur privé. «Un étudiant en médecine du public est passé par plusieurs concours et a bravé de nombreuses épreuves. La vraie réforme sera d’augmenter le nombre de places en résidanat au lieu du nombre de places très limitées actuellement», martèle- t-elle.

Des parents mobilisés
Ce mouvement des étudiants est soutenu par les parents présents aux côtés de leurs enfants lors de cette manifestation. De l’autre côté du boulevard Mohammed V et à quelques mètres du siège du ministère de la Santé, une centaine de parents tiennent une banderole où ils ont inscrit : «Les pères et les mères des médecins et des pharmaciens de demain protestent contre l’atteinte au droit de leurs enfants pour un enseignement public et de qualité», peut-on lire dans cette banderole écrite dans un rouge vif. Fatiha est mère deux étudiants au sein de la faculté de médecine de Rabat. Elle ne mâche pas ses mots : «Nous appelons les deux ministères à dialoguer avec les étudiants en tant en tant que personnes adultes au lieu de les infantiliser avec un discours paternaliste». Combative, elle renchérit : «les enjeux de ce mouvement dépasse le seul avenir du mon enfant. Oui mon fi ls et ses parents sont prêts à sacrifi er une année de sa vie universitaire pour que les Marocains puissent disposer d’un hôpital public de qualité». Il est 15 h, les manifestants accueillent l’arrivée de leurs collègues d’Agadir avec enthousiasme. La manifestation peut enfin commencer. Environ 15.000 étudiants ont marché au centre-ville de Rabat avec un mot d’ordre : «On préfère une année blanche qu’un avenir sombre», répètent en choeur les étudiants grévistes.


Ali
«L’État pense que nous lui coûtons beaucoup trop cher»

Houssam
«Ouvrir les concours aux étudiants du secteur privé, c’est signer l’arrêt de mort des facultés publiques».

Yassir
«Le PV proposé par les deux ministères ont passé sous silence certains de nos points»

«On préfère une année blanche qu’un avenir sombre».

34 ans après la visite du pape Jean-Paul II, le souverain pontife François est attendu au Maroc les 30 et 31 mars. Pour les 30.000 catholiques du Maroc, qui vivent leur foi en toute liberté, l’événement est historique. La visite est placée sous le signe du dialogue interreligieux et du droit des migrants.

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