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Bien qu’ils se soient développés au cours des dernières années, les échanges économiques entre le Maroc et le Chine restent en deçà des aspirations. Le manque à gagner est énorme, comme le souligne l’ambassadeur de la république populaire de Chine, Li Li. Le diplomate chinois insiste aussi sur la nécessité de la promotion de la visibilité du Maroc et du renforcement de l’accompagnement des opérateurs chinois au royaume.

Quel bilan faites-vous des relations bilatérales entre le Maroc et la Chine ?
Les relations bilatérales sino-marocaines sont au beau fixe, comme en attestent les résultats tangibles dans tous les domaines. D’ailleurs, ce sont des relations historiques qui datent de 61 ans et qui sont marquées par plusieurs évènements dont la visite réussie dans les années 60 du Premier ministre chinois Zhou Enlai qui a été chaleureusement accueilli au Maroc. S.M le roi Mohammed VI a effectué deux voyages en Chine. La décision royale d’exonérer les Chinois de visas, en 2016, a boosté le tourisme. Quelque 180.000 touristes chinois ont en effet visité le Maroc, l’année dernière. Par ailleurs, les échanges de visite de très haut niveau se multiplient. Des voyages ministériels se font des deux côtés. Il s’agit d’un partenariat stratégique auquel les deux pays attachent une grande importance. Les formes de coopération sont diversifiées. Rappelons à cet égard qu’outre l’exonération des visas, le Maroc a adhéré en 2017 à l’initiative chinoise «La Ceinture et la Route». À la fin de la dernière année, le centre culturel chinois a ouvert ses portes à Rabat. C’est une plateforme importante pour l’échange culturel dans les deux sens. Et en janvier prochain, la ligne directe Casablanca-Pékin de Royal Air Maroc sera ouverte.

Les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays ne sont pas à la hauteur des relations historiques bilatérales et des potentialités des deux pays. Qu’en pensez-vous ?
Je suis d’accord avec vous. Mais, je crois qu’il faut plutôt voir la partie pleine du verre. Nous aspirons à augmenter massivement la coopération économique bilatérale. Avec les efforts déployés des deux côtés, les résultats sont déjà palpables. La Chine, soulignons-le, est le troisième partenaire commercial du Maroc en dépit de la distance géographique. En 2018, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays s’élève à 4,3 milliards de dollars américains soit une augmentation de plus de 14,7 %. Et cette année, on s’attend encore à une augmentation supplémentaire. Mais, il reste beaucoup à faire pour que les résultats soient à la hauteur du rôle du Maroc et du poids économique de la Chine. Les autorités marocaines ont pris des mesures pour accompagner l’investissement chinois au Maroc. Du côté de la partie chinoise, on reste ouvert pour encourager et accompagner l’investissement du Maroc en Chine.

La présence marocaine économique en Chine est presque inexistante…
Effectivement, il n’y a pas beaucoup d’investissements marocains en Chine. Il faut, par ailleurs, être très clair : le développement des relations économiques et commerciales bilatérales doit être porté par les opérateurs économiques. Le gouvernement peut créer l’environnement global. Mais c’est aux opérateurs économiques de faire des efforts pour faire avancer les échanges. Les opérateurs chinois viennent toutes les semaines au Maroc pour découvrir le marché, saisir des opportunités en vue de réaliser des investissements. Mais pour connaitre un pays étranger, ces investisseurs doivent être accompagnés.

À qui incombe, à votre avis, la mission d’accompagnement des opérateurs économiques chinois au Maroc ?
Les autorités marocaines déploient déjà de grands efforts. Par exemple Citic Dicastal qui a récemment inauguré son usine à Kénitra avec un montant d’investissement de 350 millions d’euros a été accompagnée par le ministère de l’Industrie marocain. Pour attirer des investissements étrangers chinois, il faut aider les opérateurs à bien connaitre le marché marocain et à bien s’intégrer et ainsi relever les défis. Quant aux opérateurs économiques marocains, ils restent très prudents, à cause de la méconnaissance du marché chinois et de la difficulté de gérer les choix multiples qui se présentent en Chine (le syndrome des choix). A cela s’ajoute l’habitude des opérateurs marocains de travailler avec des partenaires traditionnels.

Donc, vous encouragez les opérateurs marocains à aller investir en Chine ?
Plusieurs pistes sont à explorer. L’investissement en Chine peut apporter des bénéfices à l’entreprise marocaine, améliorer la visibilité du Maroc en Chine et aider à bien connaitre le marché chinois. Les opportunités économiques sont énormes des deux côtés. La Foire d’importation de Shanghai, inaugurée par le chef d’État chinois, ouvre le marché aux pays des quatre coins du globe. Mais jusque-là, la présence du Maroc reste vraiment timide. Cette année-là, plus de 150 pays participent à la deuxième édition de cette manifestation d’envergure internationale. Le Maroc n’y participe qu’avec trois entreprises privées. Lors de la première édition de l’année dernière, le chiffre d’affaires réalisé est de 57 milliards de dollars américains. Le manque à gagner est grand pour le Maroc. Si rien n’est fait pour accroître les exportations du Maroc vers la Chine, il sera difficile de réduire le déficit de la balance commerciale. Je comprends les soucis des opérateurs économiques marocains. Ainsi, depuis le mois dernier, je tiens à organiser, mensuellement, un déjeuner débat à l’ambassade avec les opérateurs locaux pour les encourager à développer les relations avec la Chine. Mais des deux côtés, on n’arrive pas à saisir les opportunités réciproques.

Quels sont les atouts du Maroc ?
Le Maroc jouit de la stabilité politique et d’un environnement favorable à la croissance économique. A cela s’ajoutent d’autres avantages par rapport aux autres pays de la région. Ces atouts sont renforcés par la politique d’industrialisation du pays. Sauf que tous les progrès réalisés sur le plan industriel visent les marchés européen et américain ou africain. L’ambition devrait porter aussi sur le marché asiatique dans son ensemble pour donner des perspectives plus élargies pour l’industrie au Maroc. Et c’est dans ce cadre que devra s’inscrire l’accompagnement des opérateurs chinois à mieux connaitre le Maroc. Jusqu’à maintenant, les investisseurs chinois qui viennent au Maroc ont déjà réussi dans des pays africains et ont des repères africains. Les efforts ont déjà commencé notamment dans certains secteurs comme celui de la haute technologie, mais ils sont encore en deçà des aspirations.

Quel regard portez-vous sur la coopération tripartie orientée vers l’Afrique ?
Il est certain que le Maroc connait mieux l’Afrique que la Chine. Il a, en outre, des atouts dont la Chine peut tirer profit pour mieux pénétrer le marché africain, notamment en matière de sécurité financière qui reste un souci pour les opérateurs chinois. Néanmoins, il faut être prudent car la Chine est déjà le premier partenaire économique de l’Afrique. Il faut convaincre les opérateurs chinois de la valeur ajoutée de la coopération tripartite avec le Maroc.

Vous ne pensez pas que la promotion de la visibilité du Maroc auprès de la Chine est la responsabilité des pouvoirs publics marocains ?
J’apprécie beaucoup les efforts déployés par le gouvernement marocain. Le Maroc a un ambassadeur très dynamique à Pékin. Vous avez aussi le ministère des Affaires étrangères qui déploie de grands efforts en matière de coopération. La présence du Maroc au forum sino-africain est importante. Mais, il faut redoubler d’efforts. Un élément important est à souligner : le Maroc n’est pas le seul pays à lancer l’initiative de la coopération tripartite. Par exemple, la France et l’union européenne ont l’intention de jouer le même rôle pour les pays africains. On préfère en effet avoir des relations directes avec la Chine. Donc, il faut prendre en considération cette concurrence. Personnellement, je crois en le Maroc et on doit travailler main dans la main pour faire valoir sa véritable valeur.

Le Maroc et la Chine organiseront conjointement en 2020 l’année touristique et culturelle. Quels sont les enjeux de ce projet ?
Ce sera un projet important, premier du genre. Il va permettre de booster la visibilité pour les deux pays auprès des opérateurs économiques. Les échanges culturels sont un vecteur important qui peut aider à mieux comprendre les deux pays. Le tourisme chinois devient aussi de plus en plus important. Le nombre des touristes chinois au Maroc est passé de 5.000 en 2015 à 180.000 en 2018. La mesure d’exonération des visas a donné une bouffée d’oxygène au tourisme chinois au Maroc. Au bout de trois ans, le chiffre devient stable. Le Maroc n’est pas encore parmi les premiers choix des touristes chinois qui sont de l’ordre de 170 millions chaque année. Les messages doivent être plus importants pour attirer les touristes chinois et vaincre la longue distance entre les deux pays. J’apprécie beaucoup le courage de la RAM qui a pris la décision de la ligne directe Casa-Pékin, trois fois par semaine.

Quid du renforcement de la coordination entre les deux pays sur les dossiers internationaux ?
Nous avons une coopération étroite dans ce domaine-là. Les deux pays se soutiennent mutuellement. Nous avons des points communs et une longue histoire partagée. Nous avons des ententes sur beaucoup de dossiers internationaux comme l’environnement et la lutte contre le terrorisme. Le Maroc soutient la Chine sur le dossier du Taïwan. Sur le dossier du Sahara, la Chine soutient toujours les efforts des Nations unies.


Les secteurs clés de coopération

Le secteur de l’infrastructure est l’un des secteurs clés pour le développement de la coopération sino-marocaine en raison «des capacités de la Chine en la matière», d’après l’ambassadeur chinois au Maroc. Li Li estime que la situation du Maroc n’est pas identique aux pays africains. Mais, le Maroc et la Chine peuvent travailler ensemble sur ce secteur. D’ailleurs, des opérateurs chinois participent déjà aux appels d’offre internationaux au Maroc. L’industrie est également un secteur important. Les entreprises chinoises sont présentes dans le secteur automobile. À cet égard, le diplomate chinois croit que le développement se fera rapidement. Les secteurs de l’innovation et des hautes technologies regorgent également de potentialités de coopération. Les premiers pas sont déjà franchis en la matière, selon l’ambassadeur. En outre, le secteur de la formation professionnelle est important pour le Maroc et la Chine «qui peuvent partager des expertises».

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