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Hélène Le Gal a pris ses fonctions en tant qu’ambassadrice de France au Maroc depuis septembre dernier. Dans cet entretien, elle s’exprime sur la coopération économique bilatérale et la nécessité d’innover en la matière ainsi que sur les autres dossiers de partenariat entre les deux pays.

Bien qu’ils se soient développés au cours des dernières années, les échanges économiques entre le Maroc et le Chine restent en deçà des aspirations. Le manque à gagner est énorme, comme le souligne l’ambassadeur de la république populaire de Chine, Li Li. Le diplomate chinois insiste aussi sur la nécessité de la promotion de la visibilité du Maroc et du renforcement de l’accompagnement des opérateurs chinois au royaume.

Quel bilan faites-vous des relations bilatérales entre le Maroc et la Chine ?
Les relations bilatérales sino-marocaines sont au beau fixe, comme en attestent les résultats tangibles dans tous les domaines. D’ailleurs, ce sont des relations historiques qui datent de 61 ans et qui sont marquées par plusieurs évènements dont la visite réussie dans les années 60 du Premier ministre chinois Zhou Enlai qui a été chaleureusement accueilli au Maroc. S.M le roi Mohammed VI a effectué deux voyages en Chine. La décision royale d’exonérer les Chinois de visas, en 2016, a boosté le tourisme. Quelque 180.000 touristes chinois ont en effet visité le Maroc, l’année dernière. Par ailleurs, les échanges de visite de très haut niveau se multiplient. Des voyages ministériels se font des deux côtés. Il s’agit d’un partenariat stratégique auquel les deux pays attachent une grande importance. Les formes de coopération sont diversifiées. Rappelons à cet égard qu’outre l’exonération des visas, le Maroc a adhéré en 2017 à l’initiative chinoise «La Ceinture et la Route». À la fin de la dernière année, le centre culturel chinois a ouvert ses portes à Rabat. C’est une plateforme importante pour l’échange culturel dans les deux sens. Et en janvier prochain, la ligne directe Casablanca-Pékin de Royal Air Maroc sera ouverte.

Les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays ne sont pas à la hauteur des relations historiques bilatérales et des potentialités des deux pays. Qu’en pensez-vous ?
Je suis d’accord avec vous. Mais, je crois qu’il faut plutôt voir la partie pleine du verre. Nous aspirons à augmenter massivement la coopération économique bilatérale. Avec les efforts déployés des deux côtés, les résultats sont déjà palpables. La Chine, soulignons-le, est le troisième partenaire commercial du Maroc en dépit de la distance géographique. En 2018, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays s’élève à 4,3 milliards de dollars américains soit une augmentation de plus de 14,7 %. Et cette année, on s’attend encore à une augmentation supplémentaire. Mais, il reste beaucoup à faire pour que les résultats soient à la hauteur du rôle du Maroc et du poids économique de la Chine. Les autorités marocaines ont pris des mesures pour accompagner l’investissement chinois au Maroc. Du côté de la partie chinoise, on reste ouvert pour encourager et accompagner l’investissement du Maroc en Chine.

La présence marocaine économique en Chine est presque inexistante…
Effectivement, il n’y a pas beaucoup d’investissements marocains en Chine. Il faut, par ailleurs, être très clair : le développement des relations économiques et commerciales bilatérales doit être porté par les opérateurs économiques. Le gouvernement peut créer l’environnement global. Mais c’est aux opérateurs économiques de faire des efforts pour faire avancer les échanges. Les opérateurs chinois viennent toutes les semaines au Maroc pour découvrir le marché, saisir des opportunités en vue de réaliser des investissements. Mais pour connaitre un pays étranger, ces investisseurs doivent être accompagnés.

À qui incombe, à votre avis, la mission d’accompagnement des opérateurs économiques chinois au Maroc ?
Les autorités marocaines déploient déjà de grands efforts. Par exemple Citic Dicastal qui a récemment inauguré son usine à Kénitra avec un montant d’investissement de 350 millions d’euros a été accompagnée par le ministère de l’Industrie marocain. Pour attirer des investissements étrangers chinois, il faut aider les opérateurs à bien connaitre le marché marocain et à bien s’intégrer et ainsi relever les défis. Quant aux opérateurs économiques marocains, ils restent très prudents, à cause de la méconnaissance du marché chinois et de la difficulté de gérer les choix multiples qui se présentent en Chine (le syndrome des choix). A cela s’ajoute l’habitude des opérateurs marocains de travailler avec des partenaires traditionnels.

Donc, vous encouragez les opérateurs marocains à aller investir en Chine ?
Plusieurs pistes sont à explorer. L’investissement en Chine peut apporter des bénéfices à l’entreprise marocaine, améliorer la visibilité du Maroc en Chine et aider à bien connaitre le marché chinois. Les opportunités économiques sont énormes des deux côtés. La Foire d’importation de Shanghai, inaugurée par le chef d’État chinois, ouvre le marché aux pays des quatre coins du globe. Mais jusque-là, la présence du Maroc reste vraiment timide. Cette année-là, plus de 150 pays participent à la deuxième édition de cette manifestation d’envergure internationale. Le Maroc n’y participe qu’avec trois entreprises privées. Lors de la première édition de l’année dernière, le chiffre d’affaires réalisé est de 57 milliards de dollars américains. Le manque à gagner est grand pour le Maroc. Si rien n’est fait pour accroître les exportations du Maroc vers la Chine, il sera difficile de réduire le déficit de la balance commerciale. Je comprends les soucis des opérateurs économiques marocains. Ainsi, depuis le mois dernier, je tiens à organiser, mensuellement, un déjeuner débat à l’ambassade avec les opérateurs locaux pour les encourager à développer les relations avec la Chine. Mais des deux côtés, on n’arrive pas à saisir les opportunités réciproques.

Quels sont les atouts du Maroc ?
Le Maroc jouit de la stabilité politique et d’un environnement favorable à la croissance économique. A cela s’ajoutent d’autres avantages par rapport aux autres pays de la région. Ces atouts sont renforcés par la politique d’industrialisation du pays. Sauf que tous les progrès réalisés sur le plan industriel visent les marchés européen et américain ou africain. L’ambition devrait porter aussi sur le marché asiatique dans son ensemble pour donner des perspectives plus élargies pour l’industrie au Maroc. Et c’est dans ce cadre que devra s’inscrire l’accompagnement des opérateurs chinois à mieux connaitre le Maroc. Jusqu’à maintenant, les investisseurs chinois qui viennent au Maroc ont déjà réussi dans des pays africains et ont des repères africains. Les efforts ont déjà commencé notamment dans certains secteurs comme celui de la haute technologie, mais ils sont encore en deçà des aspirations.

Quel regard portez-vous sur la coopération tripartie orientée vers l’Afrique ?
Il est certain que le Maroc connait mieux l’Afrique que la Chine. Il a, en outre, des atouts dont la Chine peut tirer profit pour mieux pénétrer le marché africain, notamment en matière de sécurité financière qui reste un souci pour les opérateurs chinois. Néanmoins, il faut être prudent car la Chine est déjà le premier partenaire économique de l’Afrique. Il faut convaincre les opérateurs chinois de la valeur ajoutée de la coopération tripartite avec le Maroc.

Vous ne pensez pas que la promotion de la visibilité du Maroc auprès de la Chine est la responsabilité des pouvoirs publics marocains ?
J’apprécie beaucoup les efforts déployés par le gouvernement marocain. Le Maroc a un ambassadeur très dynamique à Pékin. Vous avez aussi le ministère des Affaires étrangères qui déploie de grands efforts en matière de coopération. La présence du Maroc au forum sino-africain est importante. Mais, il faut redoubler d’efforts. Un élément important est à souligner : le Maroc n’est pas le seul pays à lancer l’initiative de la coopération tripartite. Par exemple, la France et l’union européenne ont l’intention de jouer le même rôle pour les pays africains. On préfère en effet avoir des relations directes avec la Chine. Donc, il faut prendre en considération cette concurrence. Personnellement, je crois en le Maroc et on doit travailler main dans la main pour faire valoir sa véritable valeur.

Le Maroc et la Chine organiseront conjointement en 2020 l’année touristique et culturelle. Quels sont les enjeux de ce projet ?
Ce sera un projet important, premier du genre. Il va permettre de booster la visibilité pour les deux pays auprès des opérateurs économiques. Les échanges culturels sont un vecteur important qui peut aider à mieux comprendre les deux pays. Le tourisme chinois devient aussi de plus en plus important. Le nombre des touristes chinois au Maroc est passé de 5.000 en 2015 à 180.000 en 2018. La mesure d’exonération des visas a donné une bouffée d’oxygène au tourisme chinois au Maroc. Au bout de trois ans, le chiffre devient stable. Le Maroc n’est pas encore parmi les premiers choix des touristes chinois qui sont de l’ordre de 170 millions chaque année. Les messages doivent être plus importants pour attirer les touristes chinois et vaincre la longue distance entre les deux pays. J’apprécie beaucoup le courage de la RAM qui a pris la décision de la ligne directe Casa-Pékin, trois fois par semaine.

Quid du renforcement de la coordination entre les deux pays sur les dossiers internationaux ?
Nous avons une coopération étroite dans ce domaine-là. Les deux pays se soutiennent mutuellement. Nous avons des points communs et une longue histoire partagée. Nous avons des ententes sur beaucoup de dossiers internationaux comme l’environnement et la lutte contre le terrorisme. Le Maroc soutient la Chine sur le dossier du Taïwan. Sur le dossier du Sahara, la Chine soutient toujours les efforts des Nations unies.


Les secteurs clés de coopération

Le secteur de l’infrastructure est l’un des secteurs clés pour le développement de la coopération sino-marocaine en raison «des capacités de la Chine en la matière», d’après l’ambassadeur chinois au Maroc. Li Li estime que la situation du Maroc n’est pas identique aux pays africains. Mais, le Maroc et la Chine peuvent travailler ensemble sur ce secteur. D’ailleurs, des opérateurs chinois participent déjà aux appels d’offre internationaux au Maroc. L’industrie est également un secteur important. Les entreprises chinoises sont présentes dans le secteur automobile. À cet égard, le diplomate chinois croit que le développement se fera rapidement. Les secteurs de l’innovation et des hautes technologies regorgent également de potentialités de coopération. Les premiers pas sont déjà franchis en la matière, selon l’ambassadeur. En outre, le secteur de la formation professionnelle est important pour le Maroc et la Chine «qui peuvent partager des expertises».

Mustapha El Khalfi. Ministre chargé des Relations avec le Parlement et la société civile, porte-parole du gouvernement

 

Modèle de développement, emploi, dialogue social, relations avec le Parlement, tensions au sein de la coalition gouvernementale... Autant de sujets sur lesquels s’exprime Mustapha El Khalfi, qui reconnaît l’ampleur des défis qu'il reste à relever, tout en défendant le bilan du gouvernement et de son département. 

L’optimisme du gouvernement contraste avec les critiques de l’opposition et des citoyens qui ne ressentent pas l’impact des mesures prises sur leur quotidien. Comment expliquez-vous cette situation ?
Les critiques sont légitimes car les attentes sont grandes. Nous faisons face à des défis sociaux et économiques qui ne sont pas faciles à relever. Cependant, le gouvernement est actif et a pu accomplir plusieurs réalisations. À mi-mandat, les premiers résultats sont palpables. À titre d’exemple, la généralisation du programme Tayssir dans le milieu rural pour le primaire et dans les milieux rural et urbain pour l’enseignement collégial est une mesure concrète qui aura un impact important en matière de lutte contre la déperdition scolaire. 2 MMDH ont été mobilisés à cette fin. En outre, l’octroi de la bourse aux stagiaires de la formation professionnelle a eu un impact sur les bacheliers, 80.000 d'entre eux s'étant cette année inscrits dans la formation professionnelle.

À cela s’ajoutent l’élargissement des bénéficiaires du fonds d’entraide familiale et les mesures relatives au système de santé. Quelque 10 hôpitaux provinciaux et de proximité ont été ouverts. L’enveloppe budgétaire du système RAMED a été élevée à 1,6 MMDH.

En ce qui concerne le recrutement dans le secteur de la santé, la moyenne est passée de 2.000 à 4.000 par an. Dans l’enseignement, ce nombre est de 70.000 en trois ans, soit le quart des ressources humaines du secteur. Les choses ont certes été marquées par un léger piétinement au départ. Mais le statut du personnel des académies a aussitôt été mis en place, et la formation renforcée. Les postes budgétaires au niveau public ont dépassé 130.000.

Mais ne pensez-vous pas que cela reste insuffisant par rapport à l’ampleur du chômage des jeunes ?
Le Haut-commissariat au plan a souligné que le taux de chômage est tombé en dessous de 10% et qu’en 2018, l’économie marocaine a créé 112.000 postes d’emploi. Il faut dire que de grands efforts sont déployés. Mais en comparaison avec les attentes, le chantier demeure très grand. Les lauréats des universités ont atteint 130.000 contre 43.000 il y a sept ans, alors que l’évolution de l’économie marocaine n’a pas triplé. En dépit des efforts déployés dans le domaine de l’emploi, on reste devant un défi de taille, celui de répondre à la demande de plus en plus élevée sur le marché de l’emploi. À cela s’ajoute la non-intégration économique de 25% des lauréats de la formation professionnelle. Des efforts importants sont déployés au niveau de l’emploi et de l’investissement publics, incitant à la création de l’emploi dans le secteur privé comme l’exonération de l’IS pour les nouvelles entreprises industrielles pendant les cinq premières années. On a par ailleurs renforcé le budget des investissements publics à 195 MMDH. En sept ans, on a doublé le budget de l’investissement public.

En ce qui concerne les IDE, nous avons pu améliorer le climat des affaires. Nombre de réformes législatives ont permis au Maroc d'atteindre le 60e rang dans le classement Doing Business. Le royaume a pu gagner 17 places entre 2016 et 2018. Les investissements étrangers ont atteint un record en 2018: 43 MMDH. On a dépassé les 160 MMDH entre 2012 et aujourd'hui.
Outre le bilan, il faut prendre en considération deux autres indicateurs: la maîtrise du seuil de la dette qui est restée à moins de 65% et la poursuite de la politique de maîtrise du déficit budgétaire. Cela nous donne des marges budgétaires pour renforcer les budgets des secteurs sociaux. Les résultats de l’effort déployé commencent à être palpables au niveau des IDE, de l’emploi, des dépenses sociales. Mais les attentes sont grandes. Deux grandes réformes vont permettre de donner des résultats très positifs: le chantier de la réforme des CRI et le projet de protection sociale à travers le registre social unifié.

Pourquoi le nouveau modèle de développement a-t-il tardé à voir le jour ?

C’est un projet stratégique. Le roi a annoncé qu’une commission sera chargée de regrouper les contributions des différents acteurs. Et le gouvernement en fait partie. Je vous renvoie au discours d’ouverture du Parlement. Le chef de gouvernement est en train de parachever sa vision sur la question. Le gouvernement, sous la conduite du roi, travaille dans le cadre de la dynamique qui a été enclenchée depuis l’année dernière, surtout en ce qui concerne les chantiers ayant trait à la protection sociale, l’investissement, l’emploi, la formation professionnelle. Cette dynamique, comme l’a souligné le roi, est liée au projet de nouveau modèle de développement.

À mi-mandat, le taux de croissance enregistré demeure très éloigné des objectifs fixés par le programme gouvernemental. Pensez-vous pouvoir tenir votre engagement ?
Les indicateurs montrent une amélioration continue. Grâce à la dynamique économique avec les réformes mises en place et les chantiers ouverts, nous allons parvenir à atteindre les objectifs fixés en matière de croissance.

La crise au sein de la coalition gouvernementale et les conflits entre les partis politiques alliés ne déteignent-ils pas sur l’action gouvernementale ?
L’essentiel est que les décisions qui s’imposent soient prises. En témoignent nombre de réformes lancées récemment, comme le projet de la charte de la déconcentration, le projet du registre social unifié pour réformer le système de protection sociale et le projet de réforme des centres régionaux d’investissement. Les différends existent. Mais il y a un mécanisme auquel veille le chef de gouvernement pour prendre les mesures qui s’imposent et préserver le processus de réforme.

Le dialogue social est en stand-by. Pour dépasser cet échec, le gouvernement ne compte-t-il pas augmenter le budget consacré à ce dossier ?
On va s’atteler à mobiliser les ressources financières nécessaires quand on parviendra à un accord. Le chef de gouvernement a mandaté le ministre de l’Intérieur pour communiquer avec toutes les parties.

Comment évaluez-vous le rythme législatif ?
Le bilan législatif est riche et fructueux aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif. Jusque-là, sur un total de 176 projets de loi soumis au Parlement, dont 38 projets de loi de la précédente législature, 143 textes ont été adoptés. Pour la première fois, un gouvernement ne retire pas les projets de loi pour une meilleure exploitation du temps législatif et la poursuite des réformes déjà lancées.
À mi-mandat, presque la moitié des projets lois prévus dans le programme gouvernemental ont été adoptés.

Mais ne pensez-vous pas que le nombre des propositions de loi adoptées reste très modeste par rapport aux projets de loi ?
Nous allons arriver à quelque 14 propositions de loi adoptées en deux années législatives alors que la moyenne, lors des précédentes législatures, était de 20 propositions de loi en cinq ans. L’examen de plus de 40 propositions de loi a été entamé. À mi-mandat, on s’achemine vers la réalisation de ce qui était fait auparavant en une législature.

Mais est-ce suffisant? Êtes-vous satisfait de la situation actuelle en matière d’adoption de propositions de loi ?
On ne peut pas dire que c’est satisfaisant. Cependant, la dynamique de promotion des propositions de loi est enclenchée. Le gouvernement a mis en place une commission interministérielle pour étudier les propositions de loi. Le gouvernement a donné son avis à propos de la majorité des propositions de loi. Le reste suivra le mois prochain. Le gouvernement œuvrera pour mettre en place un mécanisme régulier pour assurer l’efficacité et optimiser l’interaction avec les initiatives législatives des parlementaires. Et dans le cadre de cette interactivité s’inscrit la présentation des versions amendées suite à l’étude et aux concertations avec l’ensemble des acteurs. Par ailleurs, je tiens à souligner que le gouvernement veille à interagir positivement avec les parlementaires, même en ce qui concerne les propositions d’amendement aux projets de loi. Quelque 432 amendements présentés par les parlementaires ont été acceptés sur un total de 643, soit un pourcentage dépassant les 67%. Et la majorité des lois ont été adoptées par consensus.

Parallèlement à la législation, ne faut-il pas se pencher sur l’évaluation de l’implémentation des lois, qui connaît parfois des retards ?
Il s’agit d’une préoccupation on ne peut plus légitime. Il faut en effet que les lois soient accompagnées des textes d’application. L’effort législatif du gouvernement suit d’ailleurs de plus en plus cette orientation à travers notamment l’adoption des textes d’application des lois adoptées lors de la précédente législature comme ceux ayant trait à la régionalisation. À ce titre, plus de 70 décrets, rappelons-le, ont été édités. Pour chaque projet de loi adopté au niveau du gouvernement, il y a au moins trois décrets édités. Un effort important est ainsi déployé. Mais on a besoin de renforcer cet effort et d’actualiser les textes législatifs qui sont désormais dépassés par les dispositions actuelles. Il s’agit de 5.000 textes qui datent de l’époque coloniale. Et le gouvernement est en instance de création d’une haute commission pour l’actualisation des législations.

Le déroulement des séances des questions orales ne doit-il pas être réformé ?
Je suis d’accord avec vous. Le besoin de mettre en place une nouvelle formule permettant d’exploiter la vitalité des débats entre le gouvernement et le Parlement, et particulièrement entre le gouvernement et l’opposition, se fait sentir. C’est cela qui va permettre de barrer la route au nihilisme. En outre, il faut renforcer la communication sur l’effort législatif déployé. Nous assumons la responsabilité de la faiblesse de la communication.

Où en est le dossier du renforcement de la démocratie participative ?
La dynamique ayant trait à la démocratie participative est enclenchée. L’instauration des instances de concertations sur le plan local enregistre un rythme croissant et progressif. Un guide sur la création des instances de concertation publique a été édité. Le programme de formation des acteurs de la société civile à la démocratie participative avance. Les premiers fruits en matière des pétitions commencent déjà à apparaître (environ 100 pétitions).

Pourquoi l’appui financier public aux associations demeure-t-il limité ?
Le soutien financier public se renforce à travers le partenariat. On peut parler d’une augmentation de 3 MMDH en 2019 en comparaison avec les années précédentes grâce au partenariat avancé avec la société civile à travers plusieurs programmes (renforcement de l’enseignement préscolaire, appui destiné à la scolarisation, élargissement du champ d’intervention de l’INDH, lutte contre l’analphabétisme). L’objectif est d’atteindre une généralisation progressive de la culture de contractualisation. Plus de 4.600 conventions ont été conclues dont 3.400 étaient dans le cadre d’appel d’offres. Nous sommes en train d’instaurer un nouveau cadre de partenariat entre l’État et les associations à travers la révision de la circulaire de 2003. À cet égard, une étude a été lancée en concertation avec les associations. Il faut aussi prendre en considération le contrôle a posteriori de la Cour des comptes qui publie l’audit des associations bénéficiaires du soutien financier public.

Quid de l’appui de l’emploi dans le secteur associatif ?
Le ministère a lancé une large opération de concertation qui a permis de déterminer nombre de recommandations. Cinq rencontres ont été tenues en la matière, et on a reçu les mémorandums de plus de 120 associations. À la lumière de ces travaux, un mémorandum a été ficelé et envoyé à la présidence du gouvernement en tant que contribution dans le cadre de la nouvelle vision gouvernementale sur le modèle de développement. Nous allons présenter un mémorandum en la matière lors des Assises de la fiscalité. 


Société civile: les projets législatifs en vue

L’entrée en vigueur de la loi d’accès à l’information le 12 mars permettra aux associations de disposer d’un mécanisme important leur permettant de mener leurs plaidoyers relatifs aux politiques publiques et aux décisions publiques, selon Mustapha El Khalfi.
D’autres lois sont très attendues pour renforcer la société civile. Le département d’El Khalfi est en train de s’atteler au projet de loi des associations. Les concertations seront approfondies pour que le 60e anniversaire du dahir réglementant le droit d’association soit l'occasion de parachever cette loi. Le texte portant sur le volontariat a été transféré au Secrétariat général de gouvernement. Le projet de loi relatif à l'organisation des appels à la générosité publique et la distribution d'aides à des fins caritatives a été, rappelons-le, soumis au Parlement. Par ailleurs, l’effort législatif est accompagné par des mesures visant le renforcement des capacités des acteurs associatifs (formation, facilitation de l’accès aux médias…) en vue de lutter contre les dysfonctionnements qui émaillent l’action de la société civile.

La coopération Maroc-UE a connu un sérieux de coup de frein depuis 2015. Suite au dernier vote du Parlement européen de l’Accord agricole, les deux parties annoncent une reprise du dialogue stratégique. L’ambassadrice de l’UE à Rabat livre ses priorités.

Les relations Maroc-Union européenne (UE) ont connu une traversée du désert entre décembre 2015 et décembre 2018,. En février 2016, le Maroc annonçait «couper tout contact avec les institutions européennes». Ce partenariat vieux de 50 ans a failli se perdre entre les différents arrêts de la justice européenne de 2015, 2016 et 2018 relatifs à l’Accord agricole et à l’Accord de pêche. «Notre relation avec le Maroc peut traverser des phases de crise, mais c’est comme dans toute bonne famille», affirme Claudia Wiedey, ambassadrice, chef de la Délégation de l'Union européenne au Maroc dans une interview exclusive accordée aux Inspirations ÉCO. Ce poste est resté vacant des mois durant, signe d’une tension entre les deux parties. À son arrivée à Rabat, la diplomate devait panser les blessures causées par les décisions de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En poste au Maroc depuis octobre 2017, Weidey entend faire le bilan de cette coopération technique et financière et la relancer. «Nous avons tourné cette page», se réjouit la diplomate européenne d’origine allemande. Un optimisme affiché grâce «au vote convaincant et fort du Parlement européen». L’Accord agricole a été voté le 16 janvier dernier par les députés européens avec une large majorité de 444 députés, 167 députés contre et 68 absentions. Ce vote et la série de rencontres entre officiels marocains et européens tenus récemment mettent fin à cette tension diplomatique. Cet épisode a été clos par la visite au Maroc de Federica Mogherini, haute représentante de l'union pour les Affaires étrangères et de sécurité.

«Le Maroc est déjà un partenaire stratégique de l'Union européenne, un partenaire clé de notre voisinage immédiat, oriental et méridional, avec lequel nous avons développé un partenariat durable et précieux pendant cinquante ans», rappelait-t-elle à la fin de sa mission.

En cette nouvelle ère, l’UE veut aller plus loin. «Nous aspirons maintenant, tous les deux, à un saut qualitatif dans nos relations pour bâtir un partenariat à vocation régionale qui regarde la Méditerranée, qui regarde le Monde arabe et l'Afrique, qui soit à la hauteur de nos attentes […]. L’UE est prête à soutenir le Maroc et ses priorités nationales dans ce contexte», avait déclaré la haute représentante à la fin de sa visite au Maroc, marquée par une rencontre avec le roi Mohammed VI (photo).

Dans ce «nouveau chapitre», comme le décrit l’UE, la Commission européenne (CE) souhaite la reprise des axes de la coopération «le plus rapidement possible». Parmi les questions prioritaires pour la CE figure la reprise des négociations de l’ALECA. Ce nouvel accord commercial, craint par une partie du secteur privé marocain, est à nouveau sur la table. «Une réflexion est en cours», poursuit l’ambassadrice. L’UE et le Maroc veulent aussi reprendre le dialogue stratégique. «Un calendrier ambitieux a déjà été arrêté», souligne Weidey.

Un Conseil d’association est prévu pour «juin ou juillet prochain», avance cette diplomate proche de Mogherini. Avant, l’UE souhaite une relance des mécanismes de dialogue, notamment les dix sous-groupes thématiques chargés d’étudier en détails les volets de la coopération entre les deux parties. L’UE veut même aborder les questions «difficiles», parmi elles les questions politiques et de droits humains. L’UE compte aussi sur le Maroc sur des sujets qui constituent des priorités pour elle, notamment la gestion de l’immigration irrégulière aux frontières Sud de l’Europe: «Cette nouvelle phase nous permettra aussi de discuter encore mieux et encore plus des questions qui ont besoin d'être discutées entre voisins et partenaires, comme nous le sommes, telles que la sécurité et les migrations». En attendant, cette nouvelle ère fait face à un premier test: celui du vote en plénière, au Parlement européen, de l'Accord de pêche prévu le 13 février prochain. 


«Les noces d’or» du Maroc et de l'UE

Les relations entre les deux parties fêtent cinq décennies de relations commerciales et politiques, ainsi que quatre décennies de présence sur le sol marocain via une représentation diplomatique. L’UE au Maroc entend célébrer ces deux anniversaires comme il se doit. «Nous allons en profiter pour faire le bilan et relancer le partenariat», indique l’ambassadrice de l’UE à Rabat. Au programme aussi, la mise en avant des liens d’amitié entre les deux parties. «Nous comptons, parmi nos équipes, des personnes présentes au Maroc depuis quarante ans. Cette richesse humaine sera rappelée lors de ces festivités», annonce-t-elle. L’UE devrait faire le tour de trois universités marocaines (Beni Mellal, Oujda et Agadir) pour présenter ses programmes. L’année 2019 sera aussi marquée par la visite de responsables de haut niveau au Maroc pour consolider le partenariat.

Ali Sedrati, président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP)

Les industriels marocains du médicament font appel à leur président historique pour relancer le secteur. Ali Sedrati, quatre fois président de l’AMIP, reprend les rênes de l’association dans «une conjoncture difficile» marquée par les polémiques autour des missions de la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP), une progression des importations de médicaments et une faible croissance des ventes (+2% en 2018). Cet ex-cadre au ministère de la Santé (1976-1997) et depuis investisseur dans le secteur nous livre, en exclusivité, sa vision pour sortir l’industrie du médicament de sa torpeur.

Vous êtes de retour à la présidence de l’AMIP pour la quatrième fois. Y a-t-il un manque de relève chez les patrons du secteur ?
Bien au contraire, la relève existe. Maintenant, il y a un problème de disponibilité de cette nouvelle génération de managers qui est très prise par la gestion de ses activités. Je précise que le président sortant était de cette nouvelle génération, mais du fait de sa charge de travail, il a souhaité participer à la gestion de l’AMIP en tant que vice-président. Mon retour permettra d’apporter, modestement, de l’expérience et du consensus.

Quels seront les chantiers prioritaires lors de votre mandat ?
Je m’inscris totalement dans les chantiers rouverts par le président sortant, notamment le développement du secteur pharmaceutique marocain et l’amélioration de l’accès aux médicaments. Ceci passe par l’encouragement des investissements dans la fabrication locale, mais aussi des exportations. Il est nécessaire de rappeler que le Maroc a été pionnier, dès les années 60, dans le développement d’une industrie pharmaceutique nationale à travers l’accueil d’investisseurs internationaux permettant un transfert de technologie. Cela nous a permis, dans les années 80, d’assurer 80% de nos besoins en médicaments, avec une qualité aux standards internationaux. Cette politique d’ouverture a permis une formation des RH. D’ailleurs, on peut se réjouir que 95% des employés du secteur pharmaceutique soient Marocains.

Malgré ces acquis indéniables, le secteur n’a pas été épargné par plusieurs polémiques ces derniers mois. Comment en est-on arrivé là ?
Dès le début des années 2000, les textes de loi n’étaient plus d’actualité. Nous avions d’ailleurs revendiqué, à cette époque, la révision des textes. En Tunisie par exemple, l’industrie avançait plus rapidement. Ce pays nous a aujourd’hui largement dépassé. Au Maroc, les premières réformes n’ont eu lieu qu’en 2006 avec un nouveau Code de la pharmacie et du médicament, puis le nouveau décret de fixation des prix en 2014. Ce sont des choses positives que nous saluons. Ceci dit, nous constatons une régression à d’autres niveaux. En premier lieu, la couverture des besoins en médicaments est en baisse continue. Nous sommes aujourd’hui à 60% seulement de taux de couverture, ce qui pèse sur la balance commerciale et la sortie de devises. Deuxième observation, les investissements industriels sont au ralenti par manque de mesures d’encadrement et d’incitation. Tout cela nous mène à cette situation de régression. Une régression des investissements et de création d’emplois et d’accès aux médicaments pour le citoyen.

Que fait le secteur pour mettre fin à cette «régression» ?
Ces points sont sur la table depuis quelques années, deux décennies même. Le secteur essaie de sensibiliser l’administration pour adapter la réglementation et mettre en place la politique du médicament la plus adéquate et moderne afin de maintenir la compétitivité du secteur industriel marocain. Aujourd’hui, nous exprimons une frustration: celle que notre pays, qui était bien en avance sur le continent, se voit rétrogradé et perde même du terrain par rapport à ses voisins à cause du retard réglementaire. Celui qui n’avance pas recule.

Le ministère annonce enfin la mise en place de l’Agence nationale du médicament. Est-ce le bout du tunnel ?
Je me réjouis de cette annonce. Cette décision figure parmi nos doléances depuis vingt ans. La majorité des pays, même avec des moyens limités, disposent de ce type d’institutions.

Qu’apportera cette nouvelle agence ?
C’est une institution de l’État disposant de l’autonomie financière. Nous espérons qu’elle disposera des moyens humains nécessaires pour mener à bien ses missions. Cette agence sera responsable de la gestion d’un secteur de pointe. Cet organisme pourra accompagner le secteur, demandeur de cet accompagnement à tous les niveaux. Le secteur ne pourra se développer qu’à travers une administration réactive et compétente. Cette agence devrait pouvoir améliorer le traitement des enregistrements de médicaments.

Allez-vous discuter ces questions avec le nouveau directeur de la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP) qui vient d’être nommé ?
Nous venons de rencontrer le nouveau patron de la DMP et nous lui avons assuré de tout notre soutien. Nous souhaitons travailler sur la promotion de la fabrication locale à travers une sécurisation du marché local, non à travers des mesures de protection. Nous ne pouvons pas encourager la fabrication locale et ouvrir la porte aux importations concurrentes. Il y a des règles à faire respecter. Nous espérons que la nouvelle agence réduira le goulot d’étranglement lors de l’enregistrement des médicaments et mettra fin aux failles liées au contrôle des médicaments. Maintenant, nous sommes heureux que d'excellentes choses se mettent en place et permettent au secteur de reprendre son rythme de développement.

Le système d’enregistrement des médicaments mis en place en 2014 a-t-il permis de réduire les délais ?
Avant, le délai était d’au moins trois ans, ce qui traduit l’incertitude qui pesait sur tout un investissement. Le nouveau système prévoyait entre 8 et 10 mois. Nous n’avons pas encore atteint cette norme. Actuellement, le délai d’attente peut aller jusqu’à deux ans. Je comprends tout a fait les contraintes de la DMP et le manque de RH et de moyens. C’est un fait. Notre souhait est que la future agence dispose de tous les moyens pour mener à bien ses missions.

Déplorez-vous le laxisme de l’ex-directeur de la DMP en matière d’autorisations d’importation ?
On peut déplorer le laxisme ou l’absence de mesures concrètes pour contrôler ces importations. Nous sommes heureux qu’il y ait la bonne personne à la bonne place. Nous espérons que le nouveau directeur pourra supprimer tous les facteurs de laxisme en la matière. 


 Un chiffre d’affaires de 15 MMDH

L’industrie pharmaceutique marocaine pèse 15 MMDH. Elle représente 1,5% du PIB. Le marché privé représente l’essentiel de l’activité à 9,6 MMDH. 72% de ce CA est généré par les vingt-cinq membres de l’AMIP. Cette association professionnelle a été créée en 1985. Elle a la spécificité de compter autant les pionniers de l’industrie nationale (Laprophan, Cooper, Sothema, etc.) que les multinationales installés au Maroc (Bottu, Servier). Le secteur a créé 7.500 emplois directs.

Abdelkrim Belguendouz, professeur universitaire, chercheur en migration

À l’occasion du 5e anniversaire de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA), Pr Abdelkrim Belguendouz déploie sa  fine maîtrise des enjeux liés à la migration pour  analyser l’actualité de la migration et tracer un premier bilan de la SNIA.

Depuis le 4 août dernier, les autorités déplacent des migrants subsahariens du nord vers le sud du pays. Comment expliquez-vous cette campagne ?
Ces déplacements forcés suscitent d’abord deux remarques. En premier lieu, ces opérations sont d’une violence inouïe. Une véritable chasse à l’homme touchant même ceux qui sont en situation régulière. Cette opération mine le vivre-ensemble. Deuxième remarque, même si le gouvernement dit ne pas vouloir jouer au gendarme de l’Europe, ces déplacements sont un message du Maroc à l’adresse des Européens disant qu’on fait le job sécuritaire et ce, en éloignant les migrants du détroit de Gibraltar et des deux villes sous occupation espagnole, Sebta et Melilia. Cette campagne, de même que l’acceptation par le Maroc des «refoulés à chaud» de l’Espagne et l’expulsion de certains vers leur pays d’origine avec la connivence de leur ambassade, sont des faits troublants. Ils sont en totale contradiction avec la nouvelle politique migratoire basée sur une démarche humaniste et un acte de solidarité avec les autres peuples africains.

Pourtant, les autorités avancent que cette opération vise le démantèlement des réseaux de passeurs…
On ne les contredira pas. Cependant, la traque doit concerner en priorité les passeurs et les réseaux de traite, non les migrants. Ce combat doit être mené sans relâche. Sur ce plan, la demande d’aide du Maroc à l’Europe peut se justifier.

On lie le timing de cette campagne à l’augmentation des aides à recevoir par le Maroc. Partagez-vous cette lecture ?
Il faut faire la distinction entre deux positions, même si elles mènent à des résultats similaires. La première est celle de l’Europe. Sa volonté est sans ambiguïté : l’UE veut voir les pays du Sud jouer le rôle de gendarme face aux flux migratoires irréguliers. Pour assurer ce rôle, le Maroc reçoit des demandes nombreuses et insistantes, comme la création de centres de rétention, de tri ou de débarquement des migrants sauvés en mer, ainsi que la création de hotspots pour étudier les demandes d’asile en Europe depuis le sol marocain.

Comment les autorités marocaines gèrent-elles ces demandes de l’Europe ?
À juste titre, toutes ces propositions ont été refusées par le Maroc. Le royaume doit continuer à opposer son refus. En revanche, les autorités sollicitent l’aide de l’Europe pour l’équipement en matériels pouvant permettre de mieux lutter contre les réseaux des passeurs. Pour cette raison, la deuxième position, celle du Maroc, est qu’il ne mène pas l’actuelle campagne de déplacements forcés contre une aide financière européenne. Ce n’est pas du donnant-donnant, il ne s'agit pas d'être payé pour le faire. C’est plus complexe que cela.

Mais le Maroc a réclamé, durant la même période, “davantage d’aides de l’UE”…
Ces demandes ne sont pas nouvelles. Elles s’expliquent par la nécessaire responsabilité partagée dans la lutte contre les passeurs .La surenchère observée durant le mois d’août est d’abord alimentée par l’Espagne. C’est une manière pour ce pays de se présenter comme «l’avocat du Maroc» auprès de l’UE. En réalité, l’Espagne défend ses propres intérêts.

La Stratégie nationale d’immigration et d’asile fête ses cinq ans cette année. Quel est votre premier bilan de cette politique publique ?
Cette politique est louable, elle doit réussir avec l’apport de tous, sauf que sa mise en œuvre comporte des insuffisances. Nous constatons un retard inexplicable dans la nouvelle législation relative à l’immigration et à l’asile. On ne peut parler d’une nouvelle politique si elle n’est pas adossée à une loi sur l’asile et à une refonte en profondeur de la loi 02-03 relative à l’immigration. La politique humaniste du Maroc doit se traduire par l’accès aux droits sociaux, économiques, culturels, politiques (Constitution, article 30) aux nouveaux arrivants. Dans les faits, malgré certains efforts, le gouvernement se contente de se tresser des lauriers, un satisfecit officiel entaché cette année par la traque aux migrants menée au Nord. Maintenant, cette stratégie a le mérite d’exister en tant que volonté politique assumée du Maroc, un choix courageux, souverain et irréversible.

Quel bilan faites-vous de la stratégie nationale visant les Marocains résidant à l’étranger (MRE) ?
Nous n’avons pas encore de stratégie nationale globale, cohérente et intégrée concernant les citoyens MRE. Certes, il y a des actions en leur direction couvrant les domaines de la culture, de l’enseignement, de la pratique religieuse ou de la mobilisation des compétences, mais sans vision d’ensemble, comme la Cour des Comptes vient d’ailleurs de le soulever. Pourtant, le besoin d’avoir un cap, d'améliorer la coordination et la synergie entre les différents intervenants dans ce secteur se fait sentir. 

Nabyl Lakhdar. Directeur général de l’Administration des douanes et des impôts indirects (ADII)

Porter les recettes douanières à 100 MMDH, digitaliser les paiements, faire passer les projets de loi sur le statut de la douane et les transitaires. Tels sont les grands chantiers de Nabyl Lakhdar, qui annonce aussi l’entrée en vigueur de la dématérialisation des procédures douanières dès le 1er janvier 2019.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans l’édition disponible en kiosques, ou en version e-Paper

Mélita Toscan du Plantier, conseillère du président du Festival international du film de Marrakech (FIFM)*

Après une année blanche, le FIFM revient du 30 novembre au 8 décembre prochains, avec une nouvelle équipe et une programmation tournée vers les cinémas marocain, africain et arabe. Rencontre avec Mélita Toscan du Plantier, conseillère du président du festival, qui se confie sur les coulisses d’un des événements phares de l’agenda culturel marocain.

Les Inspirations ÉCO : Pourquoi cette année blanche ?
Mélita Toscan du Plantier : La Fondation a estimé que le festival avait besoin d’une pause pour mener une réflexion profonde sur sa ligne éditoriale et faire un bilan. On ne peut pas nier les acquis du festival. Il y a eu 16 années formidables. Nous avons tenu la première édition du festival 15 jours après le 11 septembre 2001. Le roi Mohammed VI n’a pas hésité: il fallait maintenir le festival même si beaucoup de personnalités avaient annulé. Mais Youssef Chahine, Charlotte Rampling, Omar Sharif, Jeremy Irons et d’autres sont venus. Nous avons eu des invités incroyables très vite. Dès la deuxième édition, le FIFM accueillait Francis Ford Coppola, David Lynch… Et cela n’a jamais cessé. Après 13 ans de collaboration avec Public Système Cinéma, qui était co-organisateur, la Fondation, forte de son expérience, a aussi eu besoin de cette année pour restructurer les équipes du festival.

Comment justifiez-vous le départ de Public Système Cinéma ?
La collaboration avec  Public Système Cinéma s’est toujours très bien déroulée. Leurs équipes ont réalisé un formidable travail et leur apport au festival a été très important. J’ai adoré travailler avec Bruno Barde et ses équipes. Certains sont devenus des amis. Ils nous ont apporté toute leur expertise artistique et organisationnelle. À présent, la Fondation ne souhaite plus faire appel à une société pour organiser le festival, mais plutôt le produire intégralement. Pour cela, elle a mis en place ses propres équipes avec notamment une nouvelle direction artistique.

L’agence est remplacée par les équipes de la Fondation...
La Fondation a voulu qu’il y ait une équipe artistique avec différentes personnalités internationales incluant une personnalité marocaine. Ce comité est dirigé par Christoph Terhechte, très réputé dans le monde de la cinéphilie et des festivals. Il a quitté la Berlinale pour rejoindre le Festival de Marrakech. À ses côtés, on retrouve Rasha Salti, qui a travaillé aux festivals de Toronto et d’Abu Dhabi. Ali Hajji, qui a travaillé au FIFM en 2002 et 2003, est un grand cinéphile et un expert en cinéma, mais aussi le coordinateur général du festival. Anke Leweke, critique de cinéma, oeuvre au sein du comité de sélection de la Berlinale. Rémi Bonhomme est le coordinateur général de la Semaine de la critique au festival de Cannes. La compétition sera toujours axée sur les premiers et deuxièmes films. Marrakech a toujours eu cette envie de découvrir des talents. Je rappelle qu’Alexander Payne avait reçu l’Étoile d’Or à Marrakech avant de recevoir un Oscar. Alicia Vikander a reçu son premier prix d’interprétation à Marrakech avant son Oscar... Notre volonté est donc de continuer à découvrir des réalisateurs du monde entier et notamment du Maroc, du monde arabe et d’Afrique. La qualité va primer comme toujours, tout en privilégiant la découverte de nouveaux réalisateurs.

Quelles sont les grandes nouveautés de cette année ?
Nous avons mis en place un panorama du cinéma marocain avec une sélection des productions de l’année à destination, notamment, de directeurs de festival et sélectionneurs que nous allons inviter pour leur faire découvrir ces productions récentes. Il est indispensable de promouvoir le cinéma marocain. Il y aura aussi une section de films plus expérimentaux dans une plus petite salle. Nous allons également créer des ateliers de travail pour accompagner les productions marocaines, africaines et arabes. Ces ateliers sont organisés par Rémi Bonhomme, dont c’est aussi la spécialité puisqu’il en organise déjà dans plusieurs pays, depuis plusieurs années. L’idée est de sélectionner 6 films en postproduction, des films fragiles financièrement, qui ont besoin d’aide, et 8 films en développement. Nous allons inviter des vendeurs internationaux, des producteurs, des directeurs de festival, des techniciens qui peuvent apporter leur savoir-faire à ces jeunes réalisateurs et producteurs. N’oublions pas qu’il existe un fonds au CNC baptisé «L’aide aux cinémas du monde», dont le Maroc fait partie. Un producteur français peut donc co-produire un film marocain. Le Maroc a signé plus de 20 traités de coproduction avec des pays européens, américains, africains et arabes. C’est pour cela que nous inviterons des producteurs du monde entier, mais aussi des producteurs français de films d’auteur, ouverts au cinéma marocain et de la région. Cela s'étalera sur plusieurs jours et il y aura des prix remis pour aider ces projets à voir le jour.

Ce programme ambitionne-t-il de remplacer Cinécole ?
Pas vraiment. Il s’agit d’un autre projet, beaucoup plus ambitieux. Mais contrairement à Cinécole, où l’on remettait un prix à un court métrage fini afin d’aider un jeune à continuer, nous allons effectuer un vrai travail d’accompagnement. Sur plusieurs jours, du matin au soir, ils vont travailler avec des professionnels pour améliorer leur projet et apprendre à le vendre afin de trouver des financements.

Qu'en est-il des masterclasses ?
Les masterclasses sont devenues une marque de fabrique du Festival de Marrakech, et cela fait partie des acquis qu’on ne veut pas abandonner. Au contraire, nous aimerions les développer. Nous aimerions passer à 6 masterclasses. Nous pensons aussi à des conversations avec des personnalités diverses, pas obligatoirement des acteurs et des réalisateurs. Vous avez de grands maîtres pour faire des masterclasses avec un grand nombre de spectateurs, mais il y a aussi de belles personnalités qui peuvent partager leur savoir dans une salle plus petite, avec une interaction plus aisée et un public plus averti. Ces rencontres seront ouvertes à tout le monde, et pas uniquement aux étudiants.

Vous êtes désormais Conseillère du président du festival. En quoi vos fonctions changent-elles ?
C’est un titre qui m’honore. Les fonctions restent à peu près les mêmes. Je fais partie du comité de direction. Je suis tellement heureuse de travailler étroitement avec Fayçal Laraïchi et Sarim Fassi Fihri. J’ai le plus grand respect pour eux. Je suis là depuis la première année, donc je connais bien l’organisation du festival dans sa globalité. Mais une grande partie de mon travail consiste à former le jury, proposer de grands noms pour les hommages et les masterclasses, les convaincre puis organiser leur venue. C’est aussi un travail d’ambassadrice à l’année, de promouvoir le festival ainsi que le Maroc. Avec la reprise, je me suis beaucoup impliquée. Il a fallu construire une nouvelle équipe. Nous sortons, avec l’équipe de direction, de trois jours de séminaire avec les nouvelles équipes qui sont très motivées. Il y a beaucoup de travail et je peux vous assurer qu’il y a une réelle envie de faire de ce festival une grande réussite!

À quel point ce festival est-il important, a fortiori dans le contexte international actuel ?
Ce festival est important car il véhicule des valeurs fortes comme l’ouverture, la diversité et l’échange. On reçoit des personnalités du monde entier, de religions différentes, les films ne sont pas censurés. Le Maroc est une terre d’accueil et l’a toujours prouvé. Le festival porte des valeurs marocaines et un message important.

Comment le FIFM contribue t-il au rayonnement du cinéma marocain ?
Je pense qu’il est important pour le cinéma marocain, et beaucoup de professionnels me le disent. Quand on a commencé, on recensait cinq productions par an. Aujourd’hui, leur nombre est passé à 25. Le festival, je pense, contribue de différentes manières à aider le cinéma marocain et à pointer l’importance d’avoir un cinéma au Maroc. Sarim Fassi Fihri, qui est un des vice-présidents du festival, est aussi le directeur du Centre cinématographique marocain. Cela prouve combien la Fondation veut impliquer le cinéma marocain. Avec toutes les nouveautés que je viens de détailler, on souhaite aider les professionnels marocains à rencontrer des personnalités et des producteurs pour les aider à développer leurs projets. Les ateliers et le panorama viendront renforcer cette volonté.

Cette année blanche vous a permis de vous concentrer sur votre carrière de productrice avec «In the Fade», de Fatih Akin, qui a remporté un prix à Cannes et un Golden Globe…
La production est une chose que j’avais envie de faire depuis très longtemps. Depuis 15 ans, en fait. Cela me faisait un peu peur parce que devenir productrice avec le nom que je porte était un grand challenge. Mon mari était un producteur exceptionnel. Il a produit plus de 200 films dont de nombreux chefs-d’œuvre comme «Fanny et Alexandre» de Bergman ou encore «La Cité des femmes» de Fellini. Il fallait démarrer à petite échelle. Je me suis associée à une amie productrice en 2014 et nous avons produit un film indépendant indien qui a tout de suite été sélectionné dans la catégorie «Un certain regard» à Cannes, pour lequel nous avons reçu deux prix. Ça a démarré de façon magique! La production est très difficile, il y a des risques, une recherche perpétuelle d’argent. C’est angoissant et stressant. Mais lorsque l’on a la reconnaissance de ses pairs, c’est encourageant! Puis j’ai appelé Fatih Akin, que Martin Scorsese m’avait présenté il y a une dizaine d’années, et je l’ai convaincu de co-produire son film. Cela a été une expérience enrichissante et extraordinaire avec le film en compétition à Cannes et un prix d’interprétation pour Diane Kruger, puis un Critic Choice Award à Hollywood et un Golden Globe. C’était tellement émouvant! J’étais dans la salle et Fatih Akin a cité mon nom. J’en ai pleuré d’émotion…

D’où vous vient ce contact facile avec les artistes ?
J’ai un grand respect pour les artistes. Cela vient sûrement de mon mari qui avait une grande admiration pour eux. Je connais beaucoup de personnalités mais j’ai toujours eu un faible pour les réalisateurs. Je peux passer des heures à les écouter. Il n’y a pas d’école pour apprendre à créer pareils liens avec les artistes. Je pense que la vie difficile que j’ai eue, enfant, m’a donné cette sensibilité qui me permet peut-être de les comprendre. Ils sentent sûrement cette fragilité que je passe ma vie à cacher. J’aime découvrir qui sont les gens, en savoir plus sur leurs angoisses, sur leurs névroses et en produisant des films, on arrive à déceler cela chez les réalisateurs. C’est fascinant. J’aime l’être humain.  Quand on me regarde, on pense que je suis une bourgeoise du XVIe arrondissement. Mes parents étaient modestes, ma mère était femme de ménage. J’ai vécu à la DDASS quand mes parents sont décédés. Je ne renie jamais d’où je viens et j’essaie d’être la plus vraie possible. J’ai compris bien tôt que la chose qui m’appartenait était ma dignité.

Comment comptez-vous jongler entre vos deux casquettes ?
Je vais ralentir la production, travailler différemment, en collaboration avec d’autres producteurs. Cela me prendra moins de temps et ce sera moins stressant. Je pourrai me consacrer davantage au Festival de Marrakech et à d’autres activités. Mes enfants sont grands, ils ont quitté la maison… Je vais devoir combler ce manque! (Sourire).

Dans quel état d’esprit êtes-vous, à la veille de cette 17e édition ?
Les deux dernières éditions du festival, j’étais moi-même essoufflée. C’était un travail intense. On me voit sur le tapis rouge et on a tendance à penser que mon travail est facile. Or, pas du tout. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai retrouvé mon énergie et mon enthousiasme des débuts. C’est un projet qui a toujours été passionnant pour moi. Le Maroc fait partie de ma vie et de celle de mes enfants depuis 18 ans. Nous nous sommes toujours sentis chez nous au Maroc et j’y ai des amis merveilleux. Je suis toujours très émue d’y retourner. J’y ai tellement de souvenirs heureux, dont beaucoup avec mon mari et, évidemment, la création du festival à laquelle je suis fière d’avoir participé. Aujourd’hui, le festival reprend et je vous avoue qu'il m’a beaucoup manqué l’année dernière…

* SAR le Prince Moulay Rachid

Bérénice Bejo, actrice

Avec «The Artist», elle a sillonné le monde, raflé un César et a été nominée aux Oscars. Dans «Quietud», film hors compétition à Venise, Bérénice Bejo revient à ses origines argentines et signe un beau rôle d’une femme tourmentée qui retrouve sa sœur, jouée par Martina Gusman, après plusieurs années. Le tout dirigé par Pablo Trapero. La comédienne se livre, à cœur ouvert,  sur ce rôle à fort challenge.

Les Inspirations ÉCO : Travailler un rôle dans une langue étrangère,  cela nécessite-t-il une préparation particulière ?
Bérénice Bejo : C’est toujours différent lorsque l’on prépare un rôle en français, en anglais, en espagnol. Je comprends l’espagnol, je le parle mais quand j’ai commencé à travailler pour le film, je me suis rendue compte que je ne parlais pas couramment. J’avais des mots que je connaissais depuis que j’avais 10 ans, des phrases qui ne se disent pas de telle ou telle manière. J’étais un peu perdue au début du tournage. Ce n’était pas facile. La langue à part, mais la préparation d’un personnage est toujours difficile. On est dans un terrain inconnu au départ, on ne connaît pas le réalisateur, ni l’équipe. Tout est nouveau. Dans mon cas, je focalisais sur les mots, les mots ne venaient pas naturellement et je stressais souvent. Il fallait refaire et refaire. C’est toujours difficile de faire un film en une langue étrangère.

C’est un réel film de femmes avec trois grands rôles féminins…
Les hommes étaient presque des jouets ! «(Rires). On prenait plaisir à les embêter, ils essayaient de prendre plus de place sur le plateau mais nous étions plus fortes. Nous avons l’habitude, nous les femmes, d’être les rôles «support» des hommes dans les films. On joue la femme, l’amante, la fille, la femme de…Dans ce film les femmes ont le pouvoir ! La mère est le «père» de famille, c’est elle qui prend les décisions. Ses filles n’ont pas besoin d’hommes dans leurs vies. Elles ne sont pas les «femmes de» mais des femmes tout court ! C’était un plaisir de travailler ce personnage et d’explorer toutes ses facettes.

Tourner en Argentine, votre pays natal, était une envie depuis longtemps...
Je voulais vraiment tourner en Argentine et Pablo était le réalisateur number one avec qui j’avais envie de tourner. Quand il m’a appelé l’année dernière et qu'il m'a proposé un rôle avec Martina, j’ai tout de suite dit oui. Il trouvait qu’on se ressemblait beaucoup et que l’on serait crédible en sœurs. J’ai dit oui avant même de lire le scénario ! (Rires).

Comment s’est passé le travail avec Pablo Trapero ?
Pablo est un réalisateur très exigeant! Il a une vision et il sait ce qu’il veut.  Beaucoup de choses se sont mélangées en moi, je suis retournée au pays de mes parents pour la première pour travailler. En espagnol avec une équipe espagnole. Je me sentais à la maison sans vraiment être à la maison. Comme le personnage d’ailleurs ! J’ai adoré travailler avec un couple (le réalisateur Pablo Trapero est marié à l’actrice Martina Gusman) puisque mon mari et moi travaillons ensemble aussi (mariée au réalisateur Michel Hazanavicius) mais c’est l'expérience qui a ravivé tous mes doutes ! En quittant l’Argentine, je me suis sentie la pire des actrices du monde ! J’ai tout réappris, je sentais que j’avais tout perdu, que j’avais 12 ans et que j’étais sur un plateau de tournage pour la première fois. Je me posais plein de questions.

Pour une actrice professionnelle, cela doit être incroyable de tout réapprendre, non ?
Ne pas être dans sa zone de confort, continuer à apprendre, être surprise, oui, c’est sûr ! C’est une chance avec du recul. Quelque chose que l’on ne ressent pas forcément sur le moment parce que la peur, le stress sont omniprésents. Je me suis perdue mais cela a servi ce huit clos dans lequel nous étions et le film. Au final, cela a participé, selon le réalisateur, à la pression psychologique et à l’intensité émotionnelle du film. Pablo a fait le film qu’il voulait, qu’il avait imaginé dès le départ !

Adnane El Idrissi Ammari, promoteur de Desert Viking

Quand les Vikings rencontrent le Sahara, cela donne Desert Viking. Un nouvel évènement dans le calendrier sportif et culturel marocain. Desert Viking est une compétition sportive qui offre à ses participants venus du monde entier la possibilité de tester leurs capacités physiques dans le désert tout en profitant d’un programme festif et culturel permettant de découvrir la région et sa culture. La manifestation aura lieu du 15 au 17 octobre à Merzouga et est  pilotée par un Marocain installé au Danemark. Rencontre avec Adnane El Idrissi Ammari, un Sahraoui à l’âme viking.

Les Inspirations ÉCO : Comment est née l’idée de  ce festival ?  
Adnane El Idrissi Ammari :  J'étais directeur business development dans une multinationale danoise depuis 5 ans mais mes racines sont du sud du Maroc et j’ai toujours voulu créer un pont entre mes racines et la culture nordique, que j’ai découverte et que j’aime tant.  L’idée a émergé il y a deux ans. Il m’a fallu un an d’étude et un an de réalisation. Ma phase d’étude a débouché sur le constat selon lequel le peuple scandinave est fier de son histoire.  Les Vikings sont un peuple de voyageurs, à fort pouvoir d’achat. Ils cherchent le soleil surtout pendant la période de l’hiver. Pour répondre à ces besoins, j’ai pensé au Desert Viking et à la région du Drâa Tafilalet. Le choix de la région réside dans le fait que techniquement, ce n’est qu’au Maroc et surtout dans la région du Drâa Tafilalet que l’on peut trouver les trois visages du désert : oasis, dunes et rocailles dans un cercle de 50 km seulement.

Desert Viking, c’est quoi concrètement ?
En résumé, Desert Viking Challenge, c’est un festival sportif et socioculturel qui permet de faire découvrir et valoriser les richesses du patrimoine culturel et civilisationnel du Maroc en Scandinavie, de dynamiser le secteur touristique et artisanal qui constitue une composante de base de l'économie de la région et de développer le tourisme national avec un événement d’envergure internationale original et attractif. Le programme de la Desert Viking se déroule sur trois jours durant la 3e semaine d´octobre qui correspond aux vacances d’hiver en Scandinavie. L’événement comporte trois compétitions sportives dans différents environnements, la palmeraie des zones oasiennes, le désert rocailleux et les dunes de sable.

Par quoi ce festival se distingue-t-il ?
Le festival Desert Viking a l’originalité de combiner les challenges sportifs à programme socioculturel qui leur offre l’opportunité de découvrir les richesses culturelles du désert : la musique gnaoua de Khamlia, l’architecture des Ksours, le mode de vie des oasis, la gastronomie du Tafilalet. Desert Viking, c’est aussi un échange culturel entre le Maghreb et la Scandinavie. Ainsi, des groupes musicaux scandinaves seront au rendez-vous. Côté marocain, des troupes  folkloriques présenteront, en musique et chansons,  les coutumes, le mode de vie et les traditions des habitants des zones oasiennes. Enfin, des excursions sont au programme afin de faire découvrir  la région aux participants et les inciter à y revenir en d’autres occasions.

Quel en est l’objectif ?
Ces dernières années, de nombreux événements sportifs ont su tirer profit de la dimension viking en organisant des événements sportifs comme la Viking Tough, Strong Viking et bien d’autres. Ce sont des événements scandinaves qui se sont par la suite très bien exportés dans d’autres pays d’Europe et ailleurs. Desert Viking est la solution pour promouvoir le Maroc auprès de cette population particulièrement dynamique et les inciter à visiter davantage le royaume. En effet, il s’agit d’une méthode efficace pour attirer les scandinaves dans un pays qu’ils ne connaissent pas à travers un événement au nom et au format qu’ils connaissent bien. L’objectif principal de Desert Viking est de mettre l’accent sur la promotion du tourisme rural et sportif au Maroc et spécialement dans la région de Tafilalet en valorisant les zones oasiennes et le Sahara marocain tout en jouant sur la culture nordique afin de proposer aux Scandinaves, aux touristes étrangers en général mais aussi aux Marocains d’explorer la région et de découvrir la culture oasienne à travers un challenge sportif fun.

 

Alessandro Maria Poggiali, vice-président Corporate  Affairs pour le Moyen-Orient, l’Afrique et pour le Duty-Free, Philip Morris International (PMI).

Alessandro Maria Poggiali présente la nouvelle vision de Philip Morris International (smoke-free vision). Depuis quelques années, le groupe opère une conversion vers les produits sans fumée qu’il a déjà lancés dans 38 pays dans le monde.

Les Inspirations ÉCO : En quoi consiste votre vision des produits sans fumée ?
Alessandro Maria Poggiali : Notre ambition chez PMI est de convertir tous les fumeurs de cigarettes qui sont plus d’un milliard dans le monde à des produits alternatifs potentiellement à risque réduit. C’est la toile de fond de notre «vision d’un avenir sans fumée». Ce concept consiste à supprimer la combustion et donc la fumée. Pourquoi ? Tout simplement parce que la combustion implique l’existence de composants nocifs. Idéalement, nous voulons mettre les produits qui découlent de cette vision à disposition de tous les fumeurs, spécialement pour ceux et à celles qui ne réussissent pas à arrêter de fumer. Les fumeurs, hommes et femmes, méritent de savoir qu’il y a des alternatives meilleures à la cigarette. Je voudrais souligner surtout que ces produits ont été très bien accueillis dans les pays où ils ont été lancés jusqu’à présent.

Quels sont ces marchés ?
Nous avons lancé ces produits dans 38 pays. Je citerai à titre d’exemple le Japon, la Turquie, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Ukraine et la Suisse. L’Afrique du Sud est le seul pays africain concerné par ce lancement. Jusqu’à présent, cinq millions de fumeurs ont abandonné la cigarette traditionnelle et ont opté pour nos produits sans fumée. Pour plus de précision, il s’agit de deux catégories de produits représentant deux segments : les dispositifs de distribution de nicotine, comme les cigarettes électroniques et les produits de tabac chauffé. Nous sommes présents dans les deux segments, mais notre produit phare est l’IQOS.

Avez-vous fixé des objectifs précis ?
Oui, évidemment. Nous voulons faire en sorte que 30% de nos consommateurs actuels convergent vers nos produits sans fumée d’ici 2030. C’est très ambitieux comme objectif, mais je peux dire que les consommateurs les acceptent déjà. Dans cette optique, je tiens à rappeler que ces produits ont été développés sur une base scientifique. D’ailleurs, en termes de R&D et d’évaluation scientifique, nous avons investi plus de quatre milliards de dollars. Nous disposons de deux grands centres de recherche, à Neuchâtel en Suisse et à Singapour. Nous avons aussi recruté environ 430 chercheurs et techniciens dans le domaine de la recherche scientifique et du développement.

C’est un changement colossal que vous opérez en interne…
Exactement. C’est pour cela que nous avons besoin d’engager le dialogue avec les autorités des pays où nous sommes présents. De manière générale, notre mission actuelle est d’expliquer à toutes les parties concernées en quoi ces produits sont-ils différents et pourquoi requièrent-ils une réglementation spécifique.

À propos de réglementation, est-ce que c’est ce qui entrave la mise de ces produits sur le marché marocain ?
Actuellement, le Maroc ne dispose pas d’un cadre réglementaire adapté pour ces produits alternatifs. Pour cela, nous avons besoin d’engager un dialogue avec les autorités dans un premier temps pour les sensibiliser quant à l’existence de ces produits développés sur la base d’une approche scientifique et sur l’opportunité qu’ils représentent pour les consommateurs et pour la politique de santé publique de manière globale.

Est-ce qu’on peut dire que les marchés où vous avez lancé les produits sans fumée sont plus prêts que le marché local ?
Je n’ai pas dit ça. La majorité de ces marchés sont dédiés à des produits diversifiés. En tout cas, la réglementation reste un point essentiel à ce sujet. Sans réglementation spécifique, nous ne pouvons pas commercialiser nos produits sans fumée. Dans plusieurs pays dans le monde, comme le Maroc d’ailleurs, la loi n’encadre pas encore ce genre d’activité. Ce qu’il faut, c’est combiner les efforts des entreprises privées, comme PMI et ceux des gouvernements afin de pouvoir proposer aux consommateurs de meilleures alternatives à la cigarette traditionnelle. De notre côté, nous réalisons ce qui est de notre ressort : la construction et la transformation d’usines, la R&D, le recrutement de profils adaptés, etc.

Est-ce que chez PMI, vous incitez les gouvernements à agir en ce sens…
Nous pensons qu’il doit y avoir un dialogue entre nous et les gouvernements. Notre rôle consiste ainsi à sensibiliser les autorités, mais aussi les consommateurs qui ont le droit d’être informés de l’existence de ce type de produits potentiellement à risque réduit. Nous leur demandons aussi de vérifier la véracité de notre science. D’ailleurs, durant ces dernières années, plusieurs organismes de recherche aussi publics, comme Public Health England ou encore l’Institut fédéral allemand pour l’analyse des risques (BfR) ont vérifié notre science et ont confirmé nos résultats.

Le commerce illicite des cigarettes peut aussi être un frein au développement des produits sans fumée. Comment comptez-vous agir pour en réduire l’impact ?
L’effet du commerce illicite sur l’économie et sur le consommateur est néfaste. Non seulement il mine les politiques étatiques de collecte des impôts, mais il met en danger la santé et la vie des consommateurs. En ce qui concerne l’industrie, le tabac fait partie des produits les plus trafiqués dans le monde. Cela montre l’ampleur des dégâts causés par ce phénomène sur notre activité. Au Maroc, les autorités n'épargnent aucun effort pour lutter contre le commerce illicite dans le pays. De notre côté en tant qu’industrie nous soutenons ces efforts par des actions collectives ou individuelles. En effet, grâce à ces efforts multiples, le marché légal a récupéré en 2016 environ 1,3 milliard de cigarettes du marché illégal.

 

Amine Boushaba, Vice-président de Casamémoire

Suite au succès de la 10e édition des Journées du patrimoine qui se sont déroulées sous les meilleurs auspices la semaine dernière, l’heure est au bilan. Rencontre avec Amine Boushaba, vice-président de Casamémoire, association défenseure du patrimoine de la ville blanche, qui organise ces journées depuis 10 ans pour réconcilier le Casablancais avec sa ville. Pari réussi !

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous de cette 10e édition des Journées du patrimoine ?
Amine Boushaba : Une belle réussite pour cette édition anniversaire. Casamémoire a vu les choses en grand pour cette 10e édition des Journées du patrimoine avec toute une programmation artistique et culturelle autour du thème «Ma ville, mon patrimoine». Pari réussi au vu de l’affluence record qu’a connue cette édition avec pas moins d’une trentaine d’activités culturelles et artistiques, disséminées sur plusieurs sites de la ville blanche. Plus de 300 guides médiateurs ont été mobilisés pour les visites guidées dans 5 sites de la ville. Formés par Casamémoire durant toute l’année, les guides médiateurs ont acquis une connaissance pointue de leur ville, des compétences certaines. Ils racontent leur cité en parsemant leur récit d’anecdotes et de récits historiques mais surtout avec beaucoup de passion. Cette année, les guides ont accompagné près de 8.000 enfants/élèves lors des visites guidées et des ateliers et quelque 10.000 adultes. Pas moins de 10.000 personnes ont bénéficié de l’animation et de la programmation culturelle faisant de ces journées du patrimoine un véritable festival populaire pour célébrer la ville.

En 10 ans, comment  avez-vous vu évoluer cet événement ?
Les journées du patrimoine sont pour nous une occasion unique de sensibiliser les Casablancais à l’importance du patrimoine architectural de la ville. Une manière également de les réconcilier avec leur cité. Apprendre à lever les yeux, regarder sa ville d’une manière différente, apprendre le rôle important qu’a joué la ville dans l’écriture architecturale mondiale du XXe siècle… Tout ceci fait de nous des citoyens fiers de leur ville, l’aimant et la respectant. Chaque personne sensibilisée devient notre meilleure alliée pour la défense du patrimoine. C’est le rôle principal de ces Journées du patrimoine qui ont débuté timidement, il y a 10 ans, et qui ont pris de l’ampleur face à l’adhésion du public ; d’une vingtaine de guides mobilisés autour de quelques bâtiments ouverts pour une journée, à l’occasion, ce sont aujourd’hui des centaines de bénévoles qui sont devenus nos meilleurs ambassadeurs. Les visites guidées ont très vite été étoffées par une programmation culturelle et artistique car nous considérons que l’art et la culture sont les meilleurs moyens de faire vivre ce patrimoine architectural fait de pierre, mais également d’histoires, d’aventures humaines et de passion.

Comment s'est imposé le thème de cette année : «Ma ville, mon patrimoine» ?
Comme je vous le disais, nous souhaitons faire de chaque Casablancais un allié dans la défense du patrimoine de la ville. Le thème est une manière de proposer aux citoyens de s’approprier ce patrimoine et de la défendre. C’est pour cette raison que nous avons voulu cette 10e édition comme une «conversation» entre le patrimoine matériel et le patrimoine immatériel de la ville en mettant en valeur les mille et une manières dont la population s’approprie, valorise, transmet et anime ce patrimoine.

Quelle est la particularité du patrimoine casablancais, que souhaitiez-vous mettre en avant à travers ces journées ?
La particularité de Casablanca est son patrimoine architectural exceptionnel à plus d’un titre. La ville a constitué au 20e siècle un formidable laboratoire architectural et urbain où ont été expérimentés les vocabulaires architecturaux les plus audacieux. Une liberté de création qui donne une concentration absolue de bâtiments art déco fonctionnalistes et modernistes d’avant-garde, une magistrale école à ciel ouvert et un témoin privilégié d’innovations durant un demi-siècle, entre les années 1910 et 1960. L’apport de la ville de Casablanca dans l’histoire de l’architecture moderne du XXe siècle est aujourd’hui reconnu à l’échelle mondiale, mais dont la mémoire même est menacée, notamment par la spéculation immobilière. C’est cet aspect de la ville que nous essayons de mettre en avant lors des visites guidées. L’occasion de découvrir les trésors cachés de la Wilaya, l’architecture majestueuse de Bank Al-Maghrib, les subtilités néo-andalouses de la Mahkama des Habous ou tout simplement déambuler dans les rues de la médina avec ses remparts de 4 km renfermant de magnifiques façades percées de balcons en écoutant le récit agrémenté d’anecdotes des guides médiateurs. L’occasion aussi de découvrir la richesse de l’architecture industrielle à l’instar des ateliers Tmisite sur la route d'Aïn Sebaâ, œuvre monumentale de l’emblématique architecte casablancais Jean-François Zevaco, à qui ont doit également la fameuse «Kora Ardia» sur la place des Nations Unies et repère de tout Casablancais ou encore de (re)découvrir des lieux chargés d’histoire du quartier Hay Mohammadi tels que de l’ex-centre de détention de Derb Moulay Cherif, du Cimetière des martyrs de juin 1981, des Carrières centrales, du cinéma Saada, mais aussi du terrain du TAS, pour ne citer qu’eux.

Sentez-vous un état d'avancement dans la priorisation de la préservation du patrimoine par le ministère, les autorités, la législation ?
S’il est aujourd’hui une grande victoire à mettre sur le compte de l’action de Casamémoire, c’est que l’importance du patrimoine architectural de la ville est indiscutable. Casamémoire est née de la colère d’une poignée de Casablancais (architectes, artistes, journalistes, simple citoyens…) face à la multiplication des destructions des bâtiments les plus emblématiques de la ville. L’acte fondateur de l’association a été la démolition de la villa Mokri, joyau de l’architecture art déco typiquement casablancaise conçue par l’architecte Marius Boyer. À cette époque, beaucoup de personnes nous reprochaient d’être passéistes ou de défendre l’architecture coloniale. Aujourd’hui, ce débat est complètement dépassé. La ville dispose d’une SDL : Casa Patrimoine, chargée de la préservation de son patrimoine architectural. Cela n’empêche malheureusement pas la pression des lobbies immobiliers et si l’hémorragie a diminué de cadence, les démolitions continuent toute de même.

Il y a une place particulière pour l'enfance. Est-ce une façon d'en faire des citoyens plus responsables ?
Lors des Journées du patrimoine, une attention particulière est portée aux enfants et élèves des écoles publiques et privées. Des visites guidées spécialement conçues sont organisées toute la journée du vendredi qui leur est dédiée. Des ateliers sont également organisés sous forme de jeux, de chasses aux trésors… L’idée est de faire découvrir la ville autrement. Nous ciblons particulièrement les enfants des quartiers excentrés et/ou défavorisés et nous nous sommes rendu compte que des enfants de Lissasfa ou de Sidi Moumen n’ont jamais été au centre-ville par exemple. L’idée de familiariser les enfants avec leur patrimoine est de les rendre fiers de leur ville, de la respecter... c’est le meilleur moyen de construire la citoyenneté chez les plus jeunes.

Et après les Journées du patrimoine ?
Les Journées du patrimoine sont effectivement la partie la plus visible du travail de Casamémoire mais d’autres activités sont menées tout au long de l’année ; les visites guidées sont effectuées à la demande, le travail de sensibilisation auprès des jeunes se poursuit. Nous recevons également beaucoup d’étudiants, de chercheurs marocains et étrangers. L’une des actions les plus importantes reste tout le volet scientifique effectué par les experts de l’association concernant le montage de dossiers destinés à inscrire certains bâtiments sur la liste du patrimoine national, tout autant que le plaidoyer pour ces inscriptions. Preuve en est la parution dans le Bulletin officiel de la semaine dernière de l’inscription de 6 bâtiments emblématiques de la ville suite au travail de Casamémoire. 

Youness Ftouhi, Directeur des systèmes d’information d’Al Omrane

Lancé en 2013 et porté à maturité en 2017, année de son entrée effective en vigueur, le nouveau système d’information Al Omrane est en train de révolutionner la gestion du groupe. Permettant une visibilité instantanée des  processus métiers et gestion, le SI joue le rôle d’un tableau de bord proactif accessible en tant réel pour tous les collaborateurs et filiales. Les explications de Youness Ftouhi, directeur des systèmes d’information d’Al Omrane.

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous aujourd’hui du nouveau système d’information du groupe depuis son lancement officiel en 2017 ?
Youness Ftouhi : Le chantier de modernisation des systèmes d’information a été initiée il y a quelques années et couronné en 2017 par la mise en place d’un système d’information intégré. L’objectif était de mener une refonte globale du système d’information à travers deux grandes étapes. La première consiste en un reengineering du processus où on a essayé de mettre à plat tous les processus. À partir de là, nous avons pu automatiser le processus à travers la mise en place d’un système d’information intégré. Aujourd’hui, le projet a largement atteint les objectifs stratégiques à travers l’unification des processus de gestion au niveau de toutes les filières du groupe. Ce système d’information intégré (SAP) a permis d’avoir un seul référentiel commun à toutes les filiales du groupe. Ce socle de base qui est SAP permet une évolutivité assez proactive en matière de suivi des projets et d’amélioration du service citoyen. Cette dynamique entre dans le cadre de la modernisation globale du groupe pour avoir un système à la fois performant et unifié. Sur le plan humain, un dispositif de conduite du changement a été lancé et a permis de constituer un centre d’expertise en interne avec les RH du groupe qui sont les porteurs du projet dans les régions. Il a également contribué à fédérer l’ensemble des ressources humaines d’une manière remarquable autour d’un projet structurant. Une fois ce système en place, le groupe ambitionne d’accélérer sa transformation digitale. Une feuille de route est en cours de finalisation mettant le citoyen au centre des préoccupations du groupe. Cette transformation digitale est d’autant plus fluide qu'elle constitue un socle de base solide construit autour d’un ERP.

Quel impact ce nouveau système a-t-il eu sur les processus de gestion des projets au sein du groupe ?
L’ADN du groupe, c’est justement la gestion du projet. En mettant en place un système d’information intégré, on a permis de généraliser les bonnes pratiques de gestion des projets à l’échelle de tous les métiers et toutes les filiales. En parlant du cycle de vie de l’opération au niveau du groupe, grâce à ce système, l’information est unifiée au niveau de tous les métiers et accessible auprès de toutes les filiales et les services du groupe. Cela permet d’avoir une information fiable et en temps réel pour un meilleur pilotage des projets. Avec l’introduction du digital, nos projets sont géolocalisés et suivis d’une manière collaborative avec toutes les parties prenantes de l’opération. À ce jour, 6 domaines métiers sont parfaitement intégrés dans le système, plus de 35 personnes constituent le centre d’expertise interne et plus de 900 utilisateurs ont été formés au niveau du groupe.

L’aspect financier a fait l’objet d’un intérêt particulier du groupe notamment à travers le cash pooling et le renforcement du contrôle. Quel apport du système d’information à ce niveau ?
Grace à cette refonte, le pilotage financier du groupe permet d’avoir des tableaux de bord avec le suivi nécessaire de l’ensemble des indicateurs, une information en temps réel et des arrêtés de comptes maîtrisés et dans les délais. Cela a permis aussi d’accompagner plus facilement tous les projets stratégiques d’ordre financier. Le groupe a mis en place des outils ayant pour ambition de permettre aux collaborateurs de délivrer un très haut niveau de service, de fédérer les différentes compétences fonctionnelles et techniques et d’apporter une réelle valeur ajoutée dans la programmation et le suivi des projets futurs avec une planification financière optimisée. Al Omrane est d’ailleurs en phase de mettre en place une business intelligence (BI) afin de mener à bien l’accompagnement des grands projets du CAP 2020.

Qu’en est-il de la performance du système d’information en termes de fiabilité et de sécurité des données ?
Quant à la partie sécurité du SI, le groupe poursuit son chantier de mise en conformité avec la directive nationale de sécurité des systèmes d’information (DNSSI). L’objectif à terme étant de réussir la sécurisation de notre SI selon les standards internationaux (ISO 27001). Notons également que plusieurs chantiers ont été initiés notamment la mise en place d’un Data Center aux normes internationales et la mise en place d’un site de secours afin de garantir la continuité de l’activité en cas de sinistre.

Quid de la gouvernance ?
Le chantier de la gouvernance a été entamé en 2011 avec d’importantes réformes visant à renforcer le contrôle et à moderniser les outils de gestion du groupe avec la mise en place d’un contrôle interne renforcé et indépendant. S’ajoute à cela l’implémentation d’outils modernes sur le plan commercial permettant des avancées technologiques, notamment en matière de vente inter-filiales et sur le plan de la gestion des projets. Cette dynamique de modernisation s’accélère à travers la concrétisation des projets du CAP 2020. 

Charafat Afilal, Secrétaire d’État chargée de l’eau

La Commission interministérielle chargée de la question de l’eau se réunit aujourd’hui sous la présidence du chef du gouvernement. Charafat Afilal, secrétaire d’État chargée de l’eau, nous présente le premier bilan des travaux de cette instance et les défis à venir pour le Maroc dans ce domaine.

Les Inspirations ÉCO : Où en sont les travaux de la commission interministérielle mise en place sur instructions royales pour se pencher sur la situation du stress hydrique au Maroc ?
Charafat Afilal : Suite aux instructions royales, une commission composée de toutes les parties prenantes s’est penchée sur le sujet et apporté des réponses aux problématiques resurgies l’été dernier, causant pas mal de perturbations en termes de dessertes de l’eau potable pour la population et pour l’irrigation. Nous avons constitué par la suite une commission technique qui a travaillé d’arrache-pied pendant deux mois.

Quels sont les résultats obtenus ?
Nous disposons d’un programme en deux parties. La première a un caractère urgent et elle est déjà mise en œuvre. Nous nous préparons pour l’arrivée de l’été. Des interventions sont en cours dans les zones qui ont été touchées et enclavées. Ces régions sont desservies par des systèmes fragiles comme les points d’eau aménagés et donc assujettis aux impacts des changements climatiques.   

Le gouvernement peut-il promettre que le scénario à Zagora ne se reproduira plus cet été ?
La situation à Zagora est un engagement personnel et j’en ai fait un dossier prioritaire au sein du département de l’eau. Depuis l’été, nous travaillons pour améliorer la disponibilité de l’eau dans cette région. Nous avons pu réaliser plusieurs forages et des arbitrages ont été nécessaires pour trancher entre les besoins en eaux pour les habitants et l’activité agricole.

Qu’en est-il de la deuxième partie du programme  ?
La deuxième partie a développé la vision à moyen terme. La commission propose d’accélérer le programme d’investissement dans les infrastructures hydrauliques. Ceci se traduira par le respect des engagements et des deadline annoncés. Un barrage annoncé pour 2018 doit être lancé cette année là, on ne peut plus tolérer les retards.  

Le dessalement est aussi une option. Pourquoi  ?
Nous avons opté pour le dessalement de l’eau de mer et la diversification des modes d’approvisionnement en eau. Au départ ce mode était réservé aux régions désertiques comme nos provinces du sud. Maintenant, ce n’est plus possible  de se limiter aux ressources conventionnelles et attendre les pluies. Notre approche à moyen terme est de desservir tout le littoral et spécialement les grandes métropoles à partir de l’eau dessalée. Des chantiers sont déjà lancés dans ce sens comme la station d’Agadir. Les études pour la future station de Casablanca seront lancées dans les jours qui viennent. Un projet similaire est en cours de développement à Al Houceïma. L’objectif est de sécuriser l’accès à l’eau pour la population et l’agriculture. Par contre, la ressource en eau conventionnelle sera consacrée aux villes internes sans façades maritimes. Ce plan sera présenté aujourd’hui au chef du gouvernement pour des arbitrages nécessaires avant d’être présenté prochainement à sa majesté le roi.

Le dessalement est coûteux  financièrement....  
Oui. Quel que soit le mode choisi, dessalement ou barrage, les deux se valent. Un barrage coûte 1,5 MMDH, c’est le prix à payer pour une station de dessalement. Mais l’eau dessalée revient cher à cause du coût d’exploitation et de l’énergie. Mais parfois nous n’avons pas le choix. Il faut investir et supporter le surcoût.  Si on veut sécuriser l’accès à l’eau pour la population marocaine, il faut que l’État supporte une partie des coûts, bien entendu, tout en préservant le pouvoir d’achat des populations défavorisées.

Ne faut-il pas revoir le mode de  production agricole au Maroc ?
Partout dans le monde, l’agriculture est le premier client et consommateur de l’eau dans le monde. Le Maroc ne fait pas exception. Dans ce contexte, des efforts sont déployés pour améliorer la qualité de l’irrigation. Un programme très ambitieux pour une reconversion vers un programme plus économe en eau est développé. D’ailleurs, les agriculteurs se sont portés volontaires pour supporter une partie du coût de la station d’Agadir. Ceci dit, nous ne pouvons pas mettre en péril des investissements colossaux ainsi que les emplois agricoles et les enjeux sociaux qui les accompagnent. Nous n’avons pas le choix, nous devons en même temps assurer la sécurité hydrique et la sécurité alimentaire de la population marocaine.

 

Hakim Marrakchi, Candidat à la présidence de la CGEM

Pour Hakim Marrakchi, candidat à la présidence de la CGEM avec Assia Benhida, il faut donner aux entreprises les moyens pour se développer. Il s’agit de lever tous les obstacles qui freinent leur croissance. Explications. 

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous porter candidat à la présidence de la CGEM ?
Hakim Marrakchi : Industriel depuis plus de 30 ans, je dispose d’une entreprise dans l’industrie agroalimentaire, je fabrique des emballages en plastique, je propose également des services à l’industrie, en particulier le ratio de développement des photovoltaïques et système d’efficacité énergétique. J'ai été vice-président de la CGEM de 2009 à 2012, président de la Commission des Conseils d’affaires puis de la Commission internationale de la CGEM depuis 2012 et vice-président de la CGEM depuis 2015. J’ai également été vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) de 1999 à 2014, président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI) et président du Centre technique de l’agro-industrie (CETIA) de 2007 à 2009. Cela a poussé plusieurs chefs d’entreprises à me convaincre de me porter candidat à la tête de la CGEM. Je me suis laissé convaincre et ai donné ma parole d'aller jusqu’au bout pour être élu lors des élections du 22 mai.

Comment voyez-vous  aujourd’hui le monde  de l’entreprise au Maroc ?
Le monde de l’entreprise a évolué en raison de deux phénomènes intervenus après les années 90. En effet, les accords de libre-échange n’ont pas permis au Maroc de remodeler le système réglementaire. Autrement dit, le marché a été ouvert, mais les réglementations n’ont pas suivi de façon à ce que l’équité soit garantie entre les opérateurs du commerce intérieur et ceux du commerce extérieur. Ce «déficit d’équité» a poussé les Marocains se lancer de plus en plus dans l'importation, ce qui a accéléré l’essoufflement du monde de l’entreprise. Nous constatons également que le nombre de jeunes diplômés devenant entrepreneurs ne dépasse pas 1%, alors que dans des économies avancées, ce pourcentage est supérieur à 10%. C’est donc ce «manque de souffle» de notre économie qui caractérise aujourd’hui le monde de l’entreprise. Malheureusement, s’il n’y a pas assez d’entrepreneurs et que l’entreprise ne se développe pas, l’économie ne créera pas assez d’emplois. Nous avons des investissements extrêmement importants au Maroc. Là, il faut rappeler que le taux d’investissement est l’un des plus élevés au monde mais, en même temps, les créations d’emplois sont très décevantes.

Une fois à la tête de la CGEM, que comptez-vous faire pour l’entreprise ?
Nous avons beaucoup d’ambition pour replacer nos entreprises au cœur du système économique et social. Mais d’abord, on doit les encourager à créer de la valeur. En effet, notre projet se décline en cinq principaux axes. Il faut agir pour la croissance et la compétitivité, le développement des opérateurs économiques, le développement régional et la croissance à l’international des entreprises marocaines, le développement des compétences et de l’employabilité et enfin pour une CGEM influente et proche de ses adhérents. Il consiste également à établir un pacte de confiance avec le gouvernement et l’administration, à revaloriser l’entreprise et à la mettre au centre du progrès économique et social, à libérer le potentiel de développement de l’entreprise en améliorant le climat des affaires et soutenir les entreprises dans leur développement régional et leur croissance à l’international. Pour réussir notre programme, nous aurons besoin d'un pacte de confiance avec nos partenaires, de façon à pouvoir engager les réformes qui nous permettront de réaliser nos objectifs.

Le slogan de votre campagne est «Libérer l’entreprise».  La libérer de quoi?
Libérer l’entreprise de tout ce qui l’empêche de se développer et de créer de la valeur. Nos entreprises, PME et TPE surtout, font face à des lourdeurs qui empêchent en effet leur développement. L’entreprise pâtit de la
méfiance de certaines administrations. Elle doit déployer une grosse partie de son temps d’activité et de ses ressources pour accéder à un service public auquel elle a droit, pour récupérer ses créances ou pour faire tout simplement valoir ses droits. De même -et depuis trop longtemps- nos entreprises mènent la bataille de la concurrence des produits étrangers à armes inégales. En effet, lorsque le travail et la production sont taxés, nous préparons le terrain aux importations et bridons  la création de  richesses. La fiscalité devrait  davantage reposer sur la consommation et le profit pour libérer le travail et l’entrepreneuriat. Je suis conscient de l’inquiétude qui saisit nos entrepreneurs, face à une réglementation tatillonne et à une administration parfois hostile. Enfin, je suis convaincu que les chefs d’entreprises souhaitent être représentés par l’un des leurs pour mener le dialogue avec toutes les parties prenantes du monde de l’entreprise sans autre considération que leurs développement et croissance. 

 Abdelahad Fassi Fehri, ministre de l’Aménagement  du territoire national, de  l’urbanisme, de l’habitat et  de la politique de la ville

Nombre de critiques sont adressées aux programmes d’habitat lancés par le gouvernement pour faciliter l’accès aux logements aux différentes couches sociales. Dans une interview accordée aux Inspirations ÉCO, le ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville, Abdelahad Fassi Fehri, livre sa vision sur ces programmes dont celui dédié au milieu rural. Il fait aussi le point sur sa recette pour lutter contre les bidonvilles et la stratégie de renouvellement urbain.

Les Inspirations ÉCO : Ne pensez-vous pas qu’il faut réviser le programme de logement social à 250.000 DH ?
Abdelahad Fassi Fehri  :  La production de logements sociaux est une préoccupation constante et un enjeu majeur du secteur immobilier. L’objectif étant la résorption du déficit en logements accusé par le Maroc, l’intensification et la diversification de l’offre. L’ensemble de mesures visant à promouvoir l’investissement dans ce type de logements (exonérations fiscales au profit des promoteurs, l’octroi d’une aide directe sous forme du versement du montant de la TVA du logement acquis au profit des ménages) ont boosté le secteur immobilier et ont poussé les promoteurs surtout du secteur privé à investir dans ce créneau. En termes de bilan et depuis le lancement du produit à ce jour, 361.000 unités ont été réalisées. Un dynamisme de production qui a permis de participer à résorber le déficit en logements qui est passé de 800.000 unités en 2012 à près de 450.000 unités actuellement. Par ailleurs, le département a réalisé en 2015 une étude d’évaluation de ce produit. Les principales recommandations de cette évaluation prônent un recadrage du dispositif pour une efficience meilleure notamment en ce qui concerne les superficies, les incitations de différents types, le nombre de logements, les sites d’implantation, la prise en compte du paysage urbain, etc. Il est à souligner également que les résultats de l’étude sur la demande en habitat a fait ressortir une demande en logements sociaux (140.000 DH et 250.000 DH) dépassant 40% des demandeurs au niveau national.

Le programme de logements à 140.000 DH mis en place en faveur des ménages les plus défavorisés semble tourner au ralenti. Comment votre département compte-t-il susciter de l’engouement auprès de la population cible ?
L’objectif assigné à la création de ce produit lancé en 2008 était la mise en place d’un nouveau produit d’habitat à faible valeur immobilière au profit des ménages dont le revenu est inférieur ou égal à 2 SMIG. Ce type de logements initialement destiné au programme «Villes sans bidonvilles (VSB) sert aussi les ménages concernés par le relogement dans le cadre du traitement des autres types d’habitat insalubre notamment l’habitat menaçant ruine et la mise à niveau. Selon l’étude d’évaluation du programme lancé en 2015, l’évaluation des impacts de ce dispositif ne saurait se limiter aux indicateurs quantitatifs de sa contribution en termes de production de logements et d’emplois sur le secteur de l’habitat mais doit prendre en considération sa particularité en termes d’impact sur l’ensemble des secteurs de l’économie et de retombées de nature sociale visant la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans ce sens, des pistes de réflexion sont en cours par le département notamment en ce qui concerne l’amélioration et la célérité de la sélection des ménages bénéficiaires. En effet, la commercialisation de ce produit se fait sur la base d’une liste établie au niveau local où la priorité est accordée aux ménages bidonvillois et ceux résidant dans des constructions qui menacent ruine. Notre réflexion porte sur la révision du système d’octroi des avantages fiscaux pour une meilleure attractivité de l’investissement dans ce segment et pour assurer un engouement pour ce produit.

Comment est-il possible de relever le défi de l’emplacement du foncier pour le lancement des opérations étatiques de logement ?
Le foncier est considéré comme une richesse indispensable pour la réalisation du développement durable dans toutes ses dimensions. Il est en effet la plateforme sur laquelle se bâtissent toutes les politiques publiques de l’État dans tous les domaines économique, social, culturel et environnemental. Il demeure un mécanisme essentiel pour la promotion des programmes d’habitat et pour l’amélioration des conditions et du cadre de vie des citoyens. Sa maîtrise reste la clé principale pour la régulation du marché immobilier. Pour ce faire, une nouvelle stratégie d’intervention doit envisager de garantir l’intégration du foncier destiné à l’habitat dans la dynamique du développement économique et social et ceci à travers la facilitation de sa mobilisation et de son accès aux investisseurs selon les règles de la transparence et de la bonne gouvernance. Cette nouvelle stratégie implique le renforcement de la position du ministère sur le plan local et régional en matière de mobilisation et de gestion foncières pour répondre aux attentes des citoyens d’une part et assurer les conditions nécessaires pour réduire le déficit en logement, d’autre part, sans oublier la maîtrise du financement du logement in fine. De même, cette nouvelle approche doit donner la priorité à la mobilisation foncière au profit des programmes de l’État ayant un impact social et économique positif (logement destiné aux couches sociales à faible revenus, lutte contre les bidonvilles, les logements menaçants ruine, les actions préventives pour répondre à la pression démographique et à l’exode rural actuel et à venir, la création de zones d’activités ainsi que les projets structurants, etc.). Tout cela ne peut se faire sans le renforcement de la mobilisation du foncier public et l’intégration du foncier privé dans la chaîne économique.

S’agissant du programme dédié à la classe moyenne, les réalisations sont encore timides par rapport aux besoins. Que prévoyez-vous pour que la relance de ce segment ?
Ce programme a connu une faible adhésion des promoteurs immobiliers du fait qu’ils ne bénéficient d’aucun encouragement ou avantage fiscal ou autre. En effet, ce dispositif offre des avantages orientés uniquement vers les acquéreurs qui bénéficient de l’exonération des droits de timbres, d’enregistrement et des droits d’inscription sur les registres fonciers. Face à cette situation et en vue de répondre à la demande de ce type de logements, le département de l’Habitat a lancé des pistes de réflexion concernant divers types d’incitations permettant d’alléger le coût de revient et de stimuler l’investissement dans ce segment et ceci en concertation avec les départements concernés.

Croyez-vous que le soutien financier à la population cible est la solution pour la promotion de l’habitat en milieu rural ?
La problématique de l’habitat en milieu rural est complexe et diversifiée car l’amélioration des conditions d’habitat des ménages ruraux est le résultat du développement des conditions économiques des ménages concernés ; par conséquent la promotion de l’habitat rural est une action indissociable du développement économique du territoire en question qui nécessite une intervention concertée et convergente entre les départements concernés, notamment le ministère de l’Agriculture, l’INDH, le ministère de l’Équipement et du transport, etc. Toutefois, ce département a toujours été présent dans les territoires considérés ruraux par des actions fortes de mise à niveau en matière de viabilisation et d’amélioration des conditions de vie et ceci par le biais de divers programmes, à savoir les programmes de restructuration (Le ministère a signé entre 2002 et 2017, 271 conventions au profit de 361.667 ménages ruraux avec une enveloppe budgétaire d’environ 8 MMDH). Ces opérations permettent de régulariser et de mettre à niveau ces territoires pour leur permettre d’évoluer et de se projeter significativement dans le développement global de ces zones. D’autre part, ce département, en collaboration avec le PNUD, est en cours d’intervention dans la réhabilitation des Ksour et Kasbah. Cette intervention permet non seulement d’améliorer et de sauvegarder ce patrimoine mais aussi de développer des activités génératrices de revenus pour permettre aux ménages de pérenniser l’entretien de ces sites. Sans omettre l’assistance architecturale, service offert gratuitement pour les ménages souhaitant construire leur logement en milieu rural. Tous ces programmes sont appuyés par un financement du département en charge de l’Habitat au profit des ménages en question ; toutefois le soutien financier direct pourrait constituer une des solutions potentielles, seulement, il peut connaître un glissement de l’aide vers d’autres dépense que leur destination cible. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’actuellement les services du ministère sont en train d’étudier plus profondément la possibilité ou l’alternative de faire intervenir d’autres moyens ou outils de gestion plus souples et plus proches des citoyens cibles (associations, amicales, ONG, autorité locale…).

Que comptez-vous faire pour pallier toutes les contraintes relatives à la lutte contre les bidonvilles ?
Malgré les contraintes, le programme «Villes sans bidonvilles» a permis l’amélioration des conditions de vie de 258.000 ménages, soit plus d’un million d’habitants à travers la déclaration de 58 villes sans bidonvilles sur un total de 85 villes concernées. Pour les ménages restants, quelques 20.315 unités de résorption (lots/logements) sont disponibles et attendent le transfert des ménages et 46.330 unités en cours de travaux et 24.220 sont à l'étude. Pour ce qui est des contraintes, il est à préciser que la principale est celle qui consiste en l’augmentation du nombre de ménages. Quant aux mesures à prendre en vue de pallier aux contraintes et permettre l’accélération du programme, on peut citer la nécessité d’accélérer le transfert des ménages concernés par des unités disponibles (20.315 unité) ; de mobiliser le foncier nécessaire pour la résorption des ménages restants (Casablanca : 410 Ha, Marrakech : 200 Ha, Guercif :182 Ha …) ; d’activer les instances de gouvernance du programme au niveau central présidé par le chef du gouvernement, au niveau régional sous la présidence des walis et au niveau local sous la présidence des gouverneurs et d’intensifier les efforts pour respecter les délais de déclaration des villes restantes sans bidonvilles. Il faut aussi trouver des solutions au problème de l'augmentation continue des ménages vivant dans les bidonvilles avec les secteurs et les parties concernés et développer une base de données sur les ménages bénéficiaires au niveau national afin d'éviter le phénomène de glissement.

Pourquoi est-il important d’élbrer une stratégie de renouvellement urbain ?
La mise en place d’une «stratégie nationale de renouvellement urbain au Maroc» s’impose aujourd’hui comme réponse idoine au phénomène d’étalement urbain et un outil d’aide à la décision des acteurs qui leur permet d’asseoir une vision et une stratégie d’aménagement et de valorisation du potentiel foncier dans les tissus urbains existants et la rationalisation de l’utilisation des infrastructures et réseaux publics. Face à ces enjeux urbains , le ministère de l’Aménagement a initié une réflexion stratégique pour la mise en place d’une «stratégie nationale de renouvellement urbain» ayant pour objectifs l’identification du potentiel foncier des villes en vue de rehausser leurs capacités de renouvellement urbain et les possibilités d’optimisation du tissu existant visant une expansion urbaine maîtrisée des villes, une utilisation rationnelle de la ressource foncière et la construction d’un modèle futur de développement urbain permettant de promouvoir la «ville intense, compacte et renouvelée». Il s’agit à travers cette stratégie d’identifier les gisements fonciers mobilisables au niveau de près de quinze villes du royaume qu’il s’agisse de friches urbaines, des sites de mutations urbaines ou des dents creuses afin d’optimiser les conditions de leur croissance urbaine, d’améliorer leur capacité de densification et d’aménagement, d’anticiper leur développement et de rationaliser la consommation de leur potentiel foncier existant.


Les priorités

Deux dossiers sont inscrits en tête des priorités d’Abdelahad Fassi Fehri : la résorption des bidonvilles et l’habitat menaçant ruine. S’agissant de la lutte contre les bidonvilles, l’objectif est de déclarer à court terme Brouj, Tétouan et Moulay Yacoub villes sans bidonvilles et à moyen terme celles de Challalat, Missour, Sidi Yahya Zaer, Al Hoceïma et Tanger et élaborer des programmes et des conventions au profit des ménages non encore programmés pour mettre fin à ce phénomène. En se référant à la déclaration du gouvernement, l’objectif étant la résorption de 50% des 120.000 ménages restants. S’agissant du second dossier, le ministère en collaboration avec les départements concernés adoptera une approche conventionnelle visant le traitement du reliquat des constructions menaçant ruine recensées en 2012 et veillera à l’application de la loi 94-12 relative aux constructions menaçant ruine et à rendre effectif le rôle de l’Agence nationale de la rénovation urbaine et de la réhabilitation des constructions menaçant ruine.


Le Maroc face aux défis de l’urbanisation

La population urbaine s’est vue multipliée par six, passant de 3,4 millions d’habitants en 1960 à 20,17 millions d’habitants en 2014. Un véritable défi, selon le responsable gouvernemental d’autant plus que les villes marocaines abriteraient en 2050 près de 75% de la population, comme le soulignent les projections du HCP. Abdelahad Fassi Fehri énumère plusieurs défis et enjeux en termes de compétitivité, de création d’emplois, de mixité sociale, d’accès au logement, de cadre de vie et d’environnement, de sécurité, aussi bien qu’en termes de développement humain lié à l’inégalité d’accès aux services de base et à l’emploi. «Soumises à une importante pression urbaine, les villes s'étendent de plus en plus et appellent à de nouvelles réponses en termes d’équipements et de services publics. Ces nouvelles extensions urbaines sont synonymes de surconsommation d’espace, notamment au détriment des terres agricoles et impliquent l’extension des réseaux (transport, assainissement, eau potable, électricité, aménagement de nouvelles voiries, etc.) induisant ainsi des surcoûts pour les collectivités territoriales», souligne-t-il.

Asmae Hajjami, Directrice du pôle Ressources générales et banque de flux, Société Générale

Dans cette interview, la directrice du pôle RGBF explique les mesures prises par la SG pour déployer de manière agile le processus de transformation digitale. Illustration de cette démarche, le projet Bankaty, qui a été mis en place en trois mois.

Les Inspirations ÉCO : En quoi le projet Bankaty est-il l'illustration d'une implémentation «agile» d'une stratégie de transformation digitale ?
Asmae Hajjami  :  Le projet Bankaty est l’illustration d’une implémentation agile de par la démarche adoptée. Nous nous sommes en effet «attelés» au projet en mode «commando», avec une équipe multidisciplinaire, un coach agile, une startup… ayant tous un seul objectif: délivrer rapidement le MVP (Minimum Vital Product), c'est-à-dire l’essentiel de l’offre en trois mois. L’accent est mis sur l’expérience client, la simplicité du parcours et la nécessite de délivrer un premier niveau de service (en l’occurrence l’ouverture de compte en ligne), tout en continuant à l’enrichir et à l’améliorer. Comme pour les implémentations agiles en général, Bankaty a été une expérience enthousiasmante, vivifiante pour les équipes qui ont travaillé sur le projet. C’est aussi, en soi, un facteur clé de réussite.

Sur le plan organisationnel, quels changements avez-vous entrepris pour faciliter la transformation ?
Le développement du projet Bankaty a reposé sur de nouvelles méthodes de travail et une organisation dédiée, qui stimulent et favorisent l’échange interactif, la collaboration permanente mais aussi l’autonomie de décision, dès lors que les principes et guidelines sont clairement définis. Concrètement, nous nous sommes appuyés sur une équipe pluridisciplinaire, nous avons regroupé dans un même espace marketeurs, informaticiens, designers de site, commerciaux, développeurs... Ce regroupement de compétences a permis de mieux dialoguer, partager, interagir en direct et de prendre en considération les inputs de chacun, selon son domaine d’expertise. Ainsi constituée, cette organisation agile, qui allie des compétences variées et fonctionne en mode start-up interne, s'adapte rapidement au marché et est capable de délivrer de l’innovation en continu. Elle dispose d’une forte capacité d’ouverture et d’adaptation.

Quelles sont les mesures prévues (ou déjà prises) pour pérenniser cet acquis ?
Tout d’abord, la pérennisation du projet repose sur une vision stratégique claire de la transformation digitale et une feuille de route partagée avec les principaux acteurs et contributeurs.Par ailleurs, nous conservons la structure agile qui sera appelée à délivrer en continu de l’innovation et de nouveaux services. S’agissant de la solution Bankaty, des évolutions et améliorations sont régulièrement prévues pour enrichir l’expérience et les parcours clients. De même, des dispositifs d’écoute et de feed-back clients seront mis en place dans un objectif de co-construction efficace.

Les instruments collaboratifs sont prisés à la SG. Quel usage en faites-vous ?
Nous utilisons de nombreux outils collaboratifs: Intranet, réseau social d’entreprise, plate-forme d’échanges d’idées et de débats, Skype for Business… À titre d’exemple, tout récemment, nous avons mené une expérience inédite avec le groupe Société Générale, qui a consisté à mettre en place une plate-forme digitale, ergonomique et interactive, permettant aux collaborateurs de s’exprimer facilement en postant leurs idées, leurs convictions, mais aussi de dialoguer et de se challenger entre eux sur des sujets transversaux concernant les métiers et enjeux de la banque et de l’environnement bancaire. Il s’agit là d’une nouvelle approche d’intelligence collective, un exercice participatif innovant dénotant une volonté de co-construction. En d’autres termes, nous avons créé un véritable réseau social intra-entreprise.

Ibtissam El Boukhari, Directrice pôle Technologies, processus et organisation de BMCE Bank

BMCE Bank vient de remporter un nouveau prix de «l’innovation digitale dans le secteur bancaire», dans la catégorie «Maturité des initiatives d’innovation digitale». Ibtissam El Boukhari, directrice Pôle Technologies, processus et organisation de la BMCE, revient sur les principaux stades d’implémentation de ce concept.

Les Inspirations ÉCO : Selon votre expérience, que signifie concrètement la «maturité des initiatives d'innovation digitale» ?
Ibtissam El Boukhari : Selon notre expérience, la maturité des initiatives d’innovation digitale est la somme de plusieurs facteurs complémentaires, fortement imbriqués. J’en citerai quelques-uns qui me semblent les plus importants. Tout d’abord, la maturité digitale perçue par les clients. C’est une constituante fondamentale. Des Focus Groups Clients (FGC) réguliers sont organisés afin d’être toujours plus proches de nos clients et de répondre à leurs besoins grandissants en termes de produits et services digitaux en proposant des expériences et parcours clients adaptés. Dans un monde où le comportement de nos clients et des consommateurs de manière générale a changé, notre capacité à accompagner ce changement est la clé. Cela passe par la capacité à répondre aux requêtes, à offrir les services et plus seulement des produits bancaires selon l’adage clé du Digital ATAWAD (AnyTime, AnyWhere, Any Device) et surtout rester à l’écoute et ouvert aux améliorations pour enrichir l’expérience client.

Comment ?
Cela s’appuie sur un point important, celui de la maturité technologique et de la fluidification des processus. En effet, BMCE Bank investit considérablement, depuis plusieurs années, dans son système d’information urbanisé bâti sur des infrastructures solides, permettant de construire des processus simplifiés, avec la notion de temps réel et de multi-canal pour livrer le meilleur service à notre clientèle. Ensuite, tout ceci ne serait possible sans la maturité organisationnelle qui est également une composante décisive. Ainsi, dans le cadre de la transformation digitale engagée, BMCE Bank s’est avant tout organisée en conséquence en repensant l’organisation interne (avec notamment la création de nouveaux métiers) et en lançant de nombreuses initiatives consolidées au sein d’un même programme de transformation doté d’une gouvernance à la hauteur des ambitions stratégiques du sujet. Par ailleurs, la veille permanente, les démarches d’expérimentation (test & learn) dans la gestion et la conduite de projets, le brainstorming (afin de développer l’intelligence collective) et le design-thinking sont également importants et contribuent à notre maturité digitale.

S'agit-il de la fin du processus de transformation digitale ou d'un stade intermédiaire ?
Concernant le monde du digital, comme disait il y a bien longtemps Héraclite d’Éphèse, «rien n’est permanent à part le changement». En effet, de par l’évolution constante des technologies, des marchés et des besoins de nos clients, la transformation digitale s’envisage pour BMCE Bank comme un processus d’amélioration continue avec un focus majeur sur l’expérience client mais aussi l’expérience de nos collaborateurs en interne. En effet, le programme digital de BMCE Bank est pensé de manière globale, adressant aussi bien l’expérience client que les processus internes. Le programme lui-même est enrichi de manière continue, tenant compte de la veille permanente, des besoins remontés par nos clients ainsi que de l’intelligence collective des ressources internes, notamment via les idées novatrices transmises par nos collaborateurs. Nous sommes clairement à un stade intermédiaire d’un processus quasi permanent, qui inscrit plus que jamais l’innovation et le digital dans nos réflexes au quotidien.

En amont de la mise en place de ce processus, quelles sont les préalables sur lesquels vous vous êtes appuyés ?
En amont de la mise en place de notre programme de transformation digitale, nous nous sommes tout d’abord appuyés sur un système d’information intégré, performant et modulable qui nous a permis de construire des processus pérennes et optimisés nous ayant permis d’être notamment parmi les pionniers dans la mise en place de plusieurs nouveaux services à distance à destination de notre clientèle. Les compétences, l’expertise, l’esprit d’innovation et l’engagement de nos collaborateurs, autant du siège que du réseau, demeurent la pierre angulaire sur laquelle nous nous sommes appuyés afin de construire sereinement et avec force notre programme de transformation digitale.

Quels sont les axes essentiels de votre transformation digitale ?
En synthèse, notre stratégie de transformation digitale poursuit trois ambitions stratégiques: (1) améliorer l’expérience client sur l’ensemble des canaux de la Banque (dont l’agence bancaire physique) tout en (2) digitalisant les processus métiers front to back et (3) en positionnant BMCE Bank comme l’acteur de référence dans le digital et les innovations, qui est dans notre ADN depuis plusieurs années. À titre d’exemple, BMCE Bank travaille, aujourd’hui, notamment avec des acteurs Fintechs sur la mise en place de services dotés des technologies de machine learning (intelligence artificielle), de big data, etc. Ceci, dans le souci permanent de satisfaire nos clients tant internes qu’externes. 

 

Thierry Divoux, Expert et chercheur en Ethernet

Dans le cadre d’une série de conférences dans les différents campus de l’ISGA sur le thème «Ethernet, l'épopée d'un réseau universel», Thierry Divoux, expert et chercheur reconnu mondialement en Ethernet, a séjourné au Maroc du 23 au 27 mars. Dans une interview exclusive accordée aux Inspirations ÉCO, il tente d'analyser le marché national des coupleurs Ethernet.

Les Inspirations ÉCO : Dans quel contexte venez-vous faire cette conférence au Maroc ?
Thierry Divoux : Je coopère avec les collègues de l'ISGA depuis 22 ans, dans le cadre d'un partenariat pérenne avec l'Université de Lorraine. Nous avons commencé par la délocalisation de diplômes de master, puis nous avons participé à la formation de permanents de cette école qui sont venus préparer leur thèse de doctorat au sein de mon laboratoire. Aujourd'hui, nous accompagnons l'ISGA dans le développement de son centre de recherche.

On compte aujourd'hui près de 4 milliards de coupleurs Ethernet dans le monde, mais les besoins en la matière sont en constante hausse. Qu’est-ce qui explique cela ?
Il y a encore de nouvelles installations d'usage classique d'Ethernet (construction de nouveaux immeubles de bureaux, etc.), mais aussi de nouveaux usages de ce réseau qu'on implémente aujourd'hui dans l'industrie (ateliers de production, chaînes de montage, etc.) ou qu'on utilise, embarqué, dans l'aéronautique (A380), ou par les opérateurs de télécoms dans leur cœur de réseau. Le titre de ma conférence, «Ethernet, l'épopée d'un réseau universel», illustre cette extension des usages: j'y présente les évolutions qui ont conduit à cette hégémonie, et en particulier mes propres travaux de recherche, qui consistent à qualifier Ethernet pour être embarqué dans les futurs lanceurs spatiaux. Il faut pour cela lui conférer des propriétés satisfaisantes et des exigences très dures (temps réel, reconfiguration rapide, tolérance à la séparation d'étages, observabilité, etc.), et je décris les intérêts stratégiques et financiers d'une telle orientation.

Dans ces conditions, faut-il développer de nouveaux protocoles pour répondre à la forte demande ?
Non, mais faire évoluer l'existant dans le cadre d'une compatibilité ascendante: ce qui fait la force d'Ethernet, c'est son statut de standard mondial (comme IP par exemple). Il faut donc seulement faire évoluer la norme pour qu'elle prenne en compte les nouveaux usages.

Qu’en est-t-il du Maroc ?
Comme tous les pays «émergents», le Maroc fait des sauts technologiques: il ne suit pas l'évolution plus progressive des pays développés, et quand il développe un nouvel usage, il passe tout de suite à la technologie la plus récente: les nouveaux opérateurs comme Inwi par exemple ont sans doute directement déployé Ethernet dans leur cœur de réseau.

Les coupleurs d’Ethernet, de par leur utilité, sont très prisés par les opérateurs qui les utilisent comme cœur de réseau. Quelle devrait être leur valeur ajoutée pour les entreprises marocaines ?
Pas que pour le Maroc! L'intérêt majeur réside dans la continuité technologique de bout en bout: entre 2 ordinateurs de chaque côté de la planète, on respecte une seule et même pile protocolaire: TCP-IP sur Ethernet.

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