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Les organismes africains de statistiques doivent être plus indépendants vis-à-vis des gouvernements. Il y va de l’intégrité et de la fiabilité de leurs études. Tels sont les conseils formulés depuis Marrakech dans le cadre du 61e Congrès mondial des statistiques.

Pris entre le marteau et l’enclume, les instituts nationaux africains de statistiques réclament plus d’indépendance. Ces structures sont en effet souvent confrontées à un véritable dilemme : comment publier des données pas toujours favorables aux gouvernements dont ils dépendent ? Le débat s’est invité dans les discussions du 61e Congrès mondial des statistiques qui se tiennent actuellement à Marrakech. Lors d’un panel organisé ce mercredi 19 juillet sur les «défis de la promotion de la littérature statistique en Afrique», les interventions ont déraillé sur l’autonomie et l’indépendance des instituts nationaux de statistiques. Hélas, le constat n’est pas très reluisant pour le continent : dans la plupart des pays africains, les organismes chargés de fournir des données fiables à l’État et à l’opinion publique sont sous la tutelle de départements ministériels. Par conséquent, ils ont souvent du mal à avoir un son de cloches différent des désirs des gouvernements sous peine de voir leurs budgets réduits, ou tout simplement, pour leur fonctionnaires et responsables, de perdre leur emploi.

Intégrité et leadership
Dans ce contexte de forte dépendance, une bonne partie des instituts de statistiques préfèrent s’attarder sur les indicateurs «verts» plutôt que d’alerter sur les clignotants «rouges». Les données ainsi fournies ont pour but de conforter les gouvernements dans leur lecture intéressée de la situation politique, sociale et macro-économique. Seulement, «si les données sont fausses, toutes les politiques le seront aussi. C’est dans l’intérêt des gouvernements d’avoir des données fiables», observe Oladejo Oyoleke Ajayi, ancien directeur des statistiques du Nigeria. Ce vieux routier en appelle ainsi à «l’intégrité et au leadership» des responsables des directions nationales des statistiques pour résister aux pressions des politiques car selon lui, «c’est un besoin professionnel nécessaire». Pour leur part, les gouvernements sont invités à privilégier la véracité des chiffres afin de disposer de données fiables qui leur permettent d’avoir une lecture nette de la situation dans leur pays. Le contraire peut non seulement fausser leur orientation, mais constitue aussi un «danger» pour l’exécution des stratégies et politiques publiques.

Financement étranger
Enfin, lors de ces échanges à Marrakech, les experts africains ont insisté sur l’obligation pour les gouvernements d’accorder les moyens adéquats aux instituts de statistiques. Sur ce point, l’enjeu est double : renforcer les capacités des instituts de statistiques et en même temps éviter l’ingérence étrangère. En effet, selon les experts, les financements en provenance des bailleurs ne doivent nullement se substituer aux budgets des États africains pour la mise en place de systèmes nationaux de statistiques fiables et intègres. 


Oladejo Oyoleke Ajayi
Consultant indépendant et ancien directeur des statistiques du Nigeria

Les Inspirations ÉCO : Pensez-vous que les instituts nationaux africains de statistiques soient réellement indépendants ?  
Oladejo Oyoleke Ajayi : Dans la pratique, les organismes en charge des statistiques ne sont pas encore capables d’acquérir l’indépendance qu’il leur faut face à leurs tutelles. Cette impuissance s’explique par leur dépendance financière vis-à-vis des gouvernements qui d’ailleurs ne leur allouent pas les budgets suffisants pour bien faire leur travail. Pourtant, l’un des 10 principes fondamentaux des Nations-Unies sur les statistiques insiste sur l’intégrité des données que les organismes de statistiques doivent fournir.

Que faut-il alors pour les rendre indépendants ?
À mon avis, le leadership des directeurs des instituts de statistiques est primordial. Il faut des hommes et des femmes leaders qui soient capables de défendre l’intégrité des statistiques. C’est un besoin professionnel nécessaire. Ainsi, les gouvernements finiront par accepter la réalité et la vérité des chiffres produits par les instituts de statistiques. C’est certes un risque de résister aux pressions du gouvernement, car cela peut vous coûter votre poste, mais il faut, dans ce genre de situation, être prêt à perdre son travail car la vérité des données est primordiale. Si les données sont fausses, toutes les politiques le seront aussi. C’est dans l’intérêt des gouvernements d’avoir des données fiables.  

Les instituts de statistiques se plaignent d’un manque de moyens...
Il est important d’allouer les ressources nécessaires aux instituts de statistiques. Les gouvernements doivent comprendre que cela leur coûte moins cher de disposer de données complètes que de manœuvrer sans visibilité.  

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