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19-11-2019 12:33

Abdessamad Kayouh reçoit la médaille d'or du Sénat français.

Abdessamad Kayouh a reçu, ce lundi 18 novembre, la médaille d'or du Sénat français, lors d'un…
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Le ministre de la Santé Anass Doukkali ambitionne d’instaurer une nouvelle gouvernance dans le secteur palliant les carences et répondant aux différents besoins, tant sur le plan central qu’au niveau des services déconcentrés. C’est là l’un des messages clés du responsable gouvernemental, invité d'Horizon TV dans le cadre de l'émission «Fi Samim».

La promotion du secteur de la santé au Maroc passe par la réforme de la gouvernance. C’est en effet l’un des axes fondamentaux du nouveau Plan national de la santé. Pour atteindre les objectifs escomptés, la qualification des ressources humaines s’impose. Le chef du département de la Santé mise sur la mobilisation des compétences pour pouvoir dépasser les problématiques liées à la gestion. Il s’agit désormais d’une conviction après les visites de terrain effectuées par le ministre dans les régions. Il en ressort que, parfois, les dysfonctionnements peuvent être résolus sur le plan local ou régional. Aussi est-il grand temps que les responsables régionaux puissent assumer pleinement leur mission, afin d'éviter les couacs inutiles qui freinent le développement du secteur. À ce titre, les attributions seront déléguées aux services déconcentrés dans le cadre de la très attendue Charte de la déconcentration administrative.

C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrivent la nouvelle vision de la mobilité et les nominations aux postes de décisions, qui ont récemment suscité une grande polémique. Doukkali a fait appel à un bureau d’étude externe pour évaluer les compétences des ressources humaines de la santé en vue d’atteindre une gestion efficace et optimale sur la base d’une cartographie détaillée des cadres. Désormais, la responsabilité devra être attribuée sur la base de l’élaboration d’un projet en phase avec les objectifs du Plan national de la santé. Le message du responsable gouvernemental est très clair: la responsabilité est dorénavant basée sur un contrat-programme en vue de renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi. L’ambition est d’instaurer une nouvelle culture et d’insuffler une nouvelle dynamique dans le secteur, miné par nombre de dysfonctionnements. Doukkali réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué? En tout cas, il affiche une ferme conviction, celle du changement, grâce à l’approche de concertation et à l’implication des différentes parties prenantes. Plusieurs mesures de contrôle de gestion seront instaurées. Le nouveau mode de gouvernance concerne aussi la gestion budgétaire. Les ressources financières allouées au secteur restent toujours limitées par rapport aux besoins, bien que le budget de la santé ait augmenté au cours des dernières années, passant de 11,88 MMDH en 2012 à 14,79 MMDH en 2018, soit une hausse de 19,7%. L’OMS, rappelons-le, recommande de consacrer 12% du budget général de l’État au secteur de la santé. Le Maroc est loin de cet objectif, avec 5,6 % seulement.

Pour dépasser cet écueil, le ministre de la Santé mise sur l’efficience budgétaire afin de générer plus de résultats dans la limite du budget imparti ainsi que la mobilisation d’instruments financiers innovants. Il s’agit notamment de la promotion du partenariat public-privé pour soutenir les efforts d’investissement public. «On ne peut pas poursuivre ce grand élan d’investissement. Un CHU nécessite un budget de 1,5 à 2 MMDH, et un centre hospitalier provincial, 400 à 500 MDH. Il faut injecter les ressources financières privées pour alléger le budget et l’orienter vers la gestion basée sur le rendement», souligne le ministre de la Santé. Il faut aussi développer les capacités de gestion afin d’améliorer le taux d’exécution du budget qui demeure encore en deçà des aspirations. Le budget de 2019 doit être structuré autour des objectifs essentiels du plan national de santé. L’arbitrage entre les différents départements sera bientôt lancé.

Le secteur de la santé a fortement besoin du renforcement des ressources financières et humaines. En 2018, le nombre des postes budgétaires alloués au secteur était de 4.000. Doukkali espère atteindre les 6.000 postes en 2019. La contractualisation, bien qu’elle soit contestée, est une voie envisagée pour faire face à la déficience des ressources humaines. Par ailleurs, le chef du département de la Santé entend introduire une rubrique spéciale «RAMED» dans le budget pour faire face aux problèmes de financement du régime. Par ailleurs, la création d’une agence indépendante pour gérer le RAMED s’avère désormais être une nécessité en vue de garantir sa pérennisation et son financement. Pour réussir le pari, les hôpitaux doivent avoir la capacité de négocier leur budget. Aussi faut-il développer un système informatique de facturation dans les hôpitaux à l’instar des CHU.

Les experts marocains en France proposent leur savoir-faire lors du premier atelier thématique sur les potentialités du numérique. Une nouvelle dynamique s’ouvre au partenariat Maroc-France porté par les MRE qui viennent avec des projets  pour le Maroc. Le ministre de tutelle plaide pour un Forum France-Maroc sur la migration à l’image de l’expérience menée avec l’Espagne.

L’économie du savoir est sans aucun doute l’avenir de toute volonté de développement pour un Maroc à la recherche de nouvelles perspectives. Les Marocains résidant à l’étranger (MRE) représentent dans cette optique un vrai vivier de compétences. Ils ont fait, souvent avec brio, leurs preuves dans les pays d’accueil et ils sont tout autant prêts à en faire profiter leur pays d’origine. C’est dans ce contexte que s’est tenu, hier à Skhirat, le 1er atelier thématique des experts marocains en France autour du thème : «Innovation et nouvelles technologies : les opportunités pour le Maroc». Il fait partie de 12 ateliers thématiques au nombre des régions du royaume visant à mobiliser les compétences marocaines en France.

Pour un forum migration France-Maroc
Un an après la mise en place de la 13e région dédiée aux entrepreneurs marocains du monde en collaboration entre le ministère des MRE et la CGEM, ce genre d’initiatives vise à rapprocher et mutualiser les efforts tout en encourageant l’entrepreneuriat de la diaspora marocaine dans des secteurs de pointe comme le numérique, le digital, l’énergie, l’éducation...Vu l’importance de la communauté marocaine en France dont le nombre atteint 1,5 million de personnes dont 690.000 binationaux, Abdelkrim Benatiq, ministre des MRE et des affaires de la migration, a appelé à la mise en place d’un forum franco-marocain sur la migration à l’image de l’expérience menée avec l’Espagne.

Ce forum permet un contact permanent loin de la pression des agendas et leurs urgences afin de réfléchir ensemble et en bonne intelligence sur les problématiques migratoires et leurs solutions car pour le ministre, la stabilité de l’Europe est liée à celle des frontières sud du Maroc. Un clin d’œil que Benatiq a fait sur ce prolongement stratégique de l’espace européen au-delà du détroit de Gibraltar. Le Maroc qui est une pièce maîtresse dans l’équation migratoire mondiale est un partenaire privilégié de l’Hexagone, parmi les rares pays qui ont une conscience profonde de cette réalité. C’est à Marrakech que les Nations Unies ont choisi de tenir la Conférence internationale sur la migration les 10 et 11 décembre prochains avec la présence de 50 chefs d’États et de gouvernements. Cette même conférence qui aura pour objectif d’adopter le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. La France à travers son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, vient d’exprimer sa disposition à soutenir les objectifs de ce pacte mondial.

À ce propos, Jean-François Girault, ambassadeur de France à Rabat, a affirmé que son pays soutient le Maroc dans ses initiatives et à leur tête celle de s’ouvrir aux compétences des Marocains de France. Ils étaient 38.000 à s’inscrire dans les écoles et universités françaises en 2017, un record jamais atteint.

Le numérique, une priorité
L’intérêt que le Maroc accorde aujourd’hui au numérique trouve son écho dans une tendance mondiale. La France a investit en 2017 pas moins de 2,5 milliards d’euros dans le cadre de la Frenchtech qui soutient les startups et les initiatives innovantes dans le domaine du numérique. Aujourd’hui, l’on assiste à un renversement de la vapeur ou plutôt les prémices d’une nouvelle politique qui s’inscrit à contre-courant du phénomène de fuite des cerveaux qui a sévi durant une certaine période. Le Maroc compte bien accompagner les projets potentiels d’investissement portés par des compétences marocaines résidant en France ou dans d’autre pays d’accueil. Cette volonté s’inscrit en droite ligne des efforts visant à favoriser le transfert de technologie et de savoir-faire pour soutenir la recherche scientifique. À travers sa stratégie «Maroc numérique 2020», le royaume ambitionne de devenir un hub numérique dans la région. Cela passe par la dématérialisation de 50% des démarches administratives, la connexion de 20% des PME marocaines pour in fine réduire de moitié la fracture numérique. En atteste aussi le récent lancement de l’Agence pour le développement du digital qui se chargera de la conception et la mise en oeuvre des projets de l’administration électronique.

La campagne de boycott fait ressortir le ras-le-bol d'une «majorité silencieuse». Si les données macro-économiques permettent de dire que l'inflation est maîtrisée, le ressenti des ménages n'est pas le même, la faute à un calcul «rétrograde», basé sur un panier dépassé. Pourtant, lors du dernier arrêté des comptes nationaux, les ménages sont considérés comme le premier moteur de l'économie...

Il aura fallu une controverse violente, où ministres et citoyens s'envoient, depuis l'hémicycle ou derrière un ordinateur, des quolibets et des anathèmes de traîtrise, pour que les réels enjeux macro-économiques prennent place dans le débat public. Alors qu'à la conception de la nouvelle loi de Finances, l'attention du gouvernement était surtout portée sur l'investissement, la tournure qu'ont pris les événements pourraient bien lui faire changer de priorité. En effet, depuis le 20 avril dernier, les réseaux sociaux sont secoués par une campagne inédite de boycott, qui cible 3 produits, issus de marques considérées en «position dominante»: l'eau minérale Sidi Ali, le distributeur de carburant Afriquia et le lait de Centrale Danone. Cette dernière affirme être la plus touchée par la campagne et a donc décidé de réduire, début juin, ses approvisionnements en lait, tout en mettant aux contrats d'une partie de ses intérimaires. La filière serait même «en danger», selon le gouvernement, et le ministre délégué, chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, Lahcen Daoudi, n'a pas hésité à accompagner les salariés de Centrale Danone, dans leur sit-in organisé dans la nuit du 5 au 6 juin.

Inflation mesurée et inflation ressentie
Le leitmotiv de la campagne de boycott est sans aucun doute la cherté de la vie qui ne cesse d'augmenter. Une situation intenable d'autant que les salaires- dans le privé comme dans le public- continuent de stagner. Ainsi, l'inflation devrait progresser tout en restant à des niveaux modérés, pour atteindre 1,8% en 2018, après une décélération à 0,7% en 2017, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib. L'inflation a connu, comme prévu dans le rapport sur la politique monétaire de décembre dernier, une décélération en 2017 à 0,7%, résultat d'un recul des prix des produits alimentaires à prix volatiles, alors qu'au moyen terme, elle augmenterait tout en restant à des niveaux modérés, pour atteindre 1,8% en 2018, portée notamment par le relèvement des tarifs réglementés, et revenir à 1,5% en 2019. En revanche, la composante sous-jacente de l'inflation- qui exclut les produits et services à prix volatiles et publics - s'est accélérée à 1,3% en 2017, après une sensible baisse temporaire en 2016 à 0,8%, et devrait, sous l'effet de la consolidation de la demande intérieure et de la hausse de l'inflation importée, se situer à 1,4% en 2018 puis à 1,9% en 2019, selon le Banque centrale. Ainsi, l'inflation semble largement maîtrisée. Entre 2000 et 2017, en effet, la hausse des prix à la consommation au Maroc n'a dépassé 3% que deux fois: en 2006 (3,3%) et en 2008 (3,7%). En moyenne sur cette période de 18 ans, l'inflation a été d'1,6%. Et presque toujours, ce sont les produits alimentaires qui sont à l'origine de cette augmentation. Encore en janvier de cette année, ils ont réalisé la variation la plus importante: +2,2%, au lieu de+1,3% pour les produits non alimentaires, en glissement annuel. Les économistes estiment que cette remontée des prix des produits alimentaires, après le recul enregistré sur la première moitié de 2017, est due aux craintes liées au retard des précipitations. Et comme le poids de l'alimentaire dans le panier servant de référence au calcul de l'IPC, demeure encore très important (39%), tout mouvement des prix de ce poste de dépenses impacte significativement l’inflation globale. Seulement, la «majorité silencieuse» qui s’est exprimée dans cette campagne de boycott n’a pas le même ressenti, et les constats macro-économiques ne semblent pas refléter le vécu quotidien des citoyens. En effet, mesurer l'inflation consiste le plus souvent à observer un «panier » pondéré de biens représentatifs de l'ensemble des biens consommés par les ménages. En effet, ce sont les prix de consommation finale des ménages qui sont pris en compte dans la mesure d'inflation. Les prix intermédiaires (prix de transferts à l'intérieur d'une chaîne de production, prix de vente du producteur au détaillant, etc.) sont exclus du spectre de prix pris en compte pour l'inflation. Ces biens sont répartis parmi les différents postes de consommation des ménages. Les pondérations de ce panier sont définies par la part de la consommation représentée par chacun de ces biens ou services. Un indice des prix à la consommation mesure les variations enregistrées par le panier observé, traduisant ainsi la variation du coût de la vie pour les consommateurs, et de la valeur de la monnaie dans ses aspects les plus concrets pour les ménages. Dans cette conception, les indices d'inflation se rapportent par construction exclusivement à la consommation des ménages, les prix des valeurs (mobilières comme immobilières), faisant l'objet d'un investissement potentiel de la part des ménages mais pas de consommation, sont exclus. Typiquement, les prix du logement, du mobilier… sont exclus, ce qui fausse largement le calcul, car ce sont des postes qui conditionnent le comportement des ménages, et leurs consommations. D’autant que d’autres paramètres, comme la libéralisation des prix du carburant et la décompensation progressive de certains produits de base, n’est pas prise en compte. Il existe donc un gap important entre l’inflation mesurée et l’inflation ressentie.

Les ménages rongent leurs freins
Une conclusion facile à tirer quand on voit que 29,8% des ménages déclarent s’endetter ou devoir puiser dans leur épargne pour couvrir les dépenses relatives à leur subsistance et seulement 5,4% affirment pouvoir épargner une partie de leur revenu. La grande majorité (64,8%) estime que son revenu sert seulement à couvrir leurs dépenses. Selon la dernière note du Haut commissariat au Plan sur le sujet, le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle des ménages est resté ainsi négatif, à moins 24,4 points après avoir été de moins 22,6 points le trimestre précédent et de moins 28,7 points le même trimestre de l’année précédente. Sur les 12 derniers mois, des ménages considèrent que leurs finances se sont dégradé 31,4%, contre 14,7% qui déclarent le contraire. Par ailleurs, 53,8% des ménages marocains estiment que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables, contre 28,2% pensant le contraire. Pourtant, le dernier arrêté des comptes nationaux, qui fait ressortir une amélioration de la croissance économique nationale, se situant à 4,1% au quatrième trimestre 2017 au lieu de 1% durant la même période de l’année 2016, est surtout porté par les dépenses de consommation finale des ménages ont connu une hausse de 3,4% au lieu de 3,7%, contribuant pour 1,9 point à la croissance au lieu de 2,1 points. Les ménages seraient donc le vrai moteur de l’économie, contrairement à l’investissement brut (formation brute de capital fixe et variation de stocks), qui a, quant à lui, carrément enregistré une baisse de 2,3% au quatrième trimestre 2017 au lieu d’une hausse de 13,8% une année auparavant, avec une contribution négative à la croissance de 0,3 point au lieu d’une contribution positive de 4 points, durant le même trimestre de l’année précédente. Une raison en plus pour que le gouvernement se penchent sur les contraintes de ceux qui poussent, réellement, la croissance vers le haut…


Larabi Jaïdi,
Économiste et professeur universitaire

De nombreux indicateurs statistiques sont critiqués sur l’argument qu’ils ne donnent qu’une information partielle, appauvrie, voire biaisée du phénomène observé. L’actualité récente nous en fournit de multiples exemples, et le taux d'inflation en fait partie. Le HCP se voit reprocher de déverser sur les acteurs une information jugée non représentative de la "réalité" et qui ne rend point compte de la complexité du réel».

Said Bennis, professeur de sciences sociales à l’Université Mohammed V de Rabat

Said Bennis, professeur de sciences sociales à l’Université Mohammed V de Rabat analyse le sens social du mouvement de boycott. Lecture éclairante.

Les Inspirations ÉCO : Que signifie ce mouvement de boycott ? Une révolte de la classe moyenne ou un coup de gueule politique ?
Said Bennis : Le mouvement de boycott peut revêtir deux significations de facture différente. La première renvoie à une valeur matérielle d’ordre économique visant à réagir à un coût de consommation jugé et estimé comme étant hors norme compte tenu de la plage des salaires et du niveau de vie au Maroc. La seconde réfère à une valeur symbolique aspirant à ancrer et à initier un nouveau comportement citoyen de facto sans leader (s) ni meneur (s) affiché (s), lequel comportement est co-construit virtuellement pour infléchir les politiques économiques au profit du citoyen. Est-ce qu’il s’agit d’une révolte de la classe moyenne ou d’un coup de gueule politique ? La réponse se situe entre une situation d’émiettement de la classe moyenne et une re-politisation de la tranche des jeunes à travers un hacktivisme responsable, intelligent et créatif.

L’institution visée par ce mouvement est «l’entreprise». peut-on dire que cette institution est en train de perdre sa légitimité à l’instar des partis politiques, des syndicats, des associations ?
Le constat général tend à discréditer les «structures» organisées telles que l’entreprise, le parti politique, les organisations de la société civile et les associations. Cette tendance peut être inférée à une transition citoyenne qui affecte non seulement le Maroc mais tous les pays de la région MENA. Cette transition citoyenne peut être décrite à partir du passage d’une citoyenneté réelle à une citoyenneté virtuelle neutralisant toute médiation organisée. Ce dernier type de citoyenneté ne reconnaît pas les contraintes induites du principe de «la structure» autrement évince et remet en cause la légitimité de toutes les institutions sociales parmi lesquelles se trouve l’entreprise. La légitimité contrôlant la dynamique sociale est confrontée au principe de l’agentivité suivant lequel l’individu citoyen est libre de sa décision, de ses comportements, de sa vie et réagit hors de l’emprise de «la structure» que représentent la société, les institutions, les compromis sociaux, le vivre ensemble… Aussi, le boycott est-il une stratégie de délégitimation de l’entreprise à partir d’une «singularité collective» au travers de laquelle l’individu se «confond» avec la collectivité et la collectivité «se noie» dans l’individu, notamment en érigeant des mots d’ordre et des hashtags en arabe du genre de :  

Comment expliquez-vous la posture du gouvernement à vouloir défendre à tout prix les entreprises au détriment du mouvement de boycott ?
Devant l’absence d’un interlocuteur «affiché», le gouvernement est acculé à défendre les institutions organisées, en l’occurrence les entreprises, à la fois pour des raisons objectives se résumant dans le fait que ces dernières représentent des partenaires et aussi pour des raisons subjectives ; c’est qu’il ne peut supporter et corroborer une position sociale, en l’occurrence le boycott puisqu’il est tenu responsable et «complice» de la hausse des prix de produits de consommation, objets du boycott. Toutefois, les sorties médiatiques de responsables gouvernementaux ont décelé une ambivalence qui bascule entre déni et reconnaissance du boycott.

Dans le cas précis du lait, est-ce que la campagne du boycott ne relève pas d'une incompréhension entre le monde rural (les éleveurs et producteurs de lait) et le monde urbain (consommateur de la production) ?
Dans le contexte de la vague de boycott qui dure depuis plus d’un mois, il ne s’agit pas d’incompréhension entre deux espaces de vie, le rural et l’urbain, il est foncièrement question d’une nouvelle conscience citoyenne des droits, notamment le droit à un niveau de vie accessible aussi bien à une classe urbaine «pauvre» qu’à une classe urbaine «moyenne» qui court le danger d’un émiettement, d’une «chute», d’un déclassement et d’une descente vers la classe «inférieure». Les éleveurs et les producteurs de lait ne sont pas en situation d’«adversaire social», ce qui est visé par les consommateurs urbains c’est la justification sociale de l’entreprise, autrement dit la conviction que les activités de l’entreprise doivent servir le bien commun collectif, que l’entreprise est une affaire de société et que sa légitimité est fonction de son rapport et apport à l’environnement marocain.

Les salariés de Centrale Danone s’attendent «au pire des scénarii». Une  mobilisation sociale est en préparation dans le contexte de division syndicale au sein de l’entreprise.

«Nous sommes prêts à tout», lance d'entrée de jeu Abdelhak Atida, secrétaire général du syndicat Centrale Danone affilié à l'UMT, joint au téléphone par Les Inspirations Éco. Les salariés sont sur le qui-vive depuis la décision de l'entreprise de se séparer des 886 intérimaires, suite à la baisse de l'activité, conséquence de la campagne de boycott. Pour le chef de file des syndicalistes «la logique des multinationales basées sur les profits peut amener à tout moment l'entreprise à prendre de nouvelles décisions douloureuses pour les salariés. Aujourd'hui, tous les actifs des entreprises sont en leasing, même l'ordinateur du PDG est en location», prévient-il. Le syndicat UMT exige que «l'entreprise et les parties protègent les personnes licenciées et leurs familles»; tout en rappelant la nécessité de «préservation des emplois, l'arrêt du harcèlement et les abus à l'adresse des salariés».

Vers une nouvelle vague de licenciements ?
Pour l'UMT, «l'entreprise comme le gouvernement sont responsables de la situation actuelle». Ces deux parties auraient mis en péril «l'avenir de la société, les emplois et les agriculteurs». Le syndicat des salariés affiliés à la CDT ne partage pas ce diagnostic de situation et appelle en priorité «les Marocains à arrêter leur boycott des produits de l'entreprise; vu les dégâts irrémédiables sur de nombreuses familles marocaines et les conséquences négatives sur l'investissement extérieur et l'économie marocaine globalement», tout en faisant porter «au gouvernement et à l'État, l'entière responsabilité de la situation, la dégradation sociale des citoyens et du pouvoir d'achat». D'ailleurs, la CDT se joint au sit-in prévu ce soir à ce sujet devant le parlement. Du côté de l'UMT, on préfère prendre une position médiane de la campagne du boycott. «Il est indéniable que ce mouvement ait eu des conséquences sur l'activité de l'entreprise, mais le boycott est une expression citoyenne que nous respectons. Ce mouvement n'aurait jamais eu autant d'impact si ce n'étaient les sorties maladroites de certains, notamment un ministre qui insulte les marocains au parlement», insiste Atida, qui fait état «d'une réduction de l'activité de 50 à 60%». Une estimation corroborée par la baisse des résultats prévisionnels pour le 1er trimestre de cette année (voir encadré). «Dans les unités de Meknès et El Jadida, l'activité est réduite d'une à deux journées de travail par semaine», détaille Atida. À l'UMT, on craint que la vague de départ ne touche d'autres salariés, spécialement les nouvelles recrues. «Si ça démarre avec les intérimaires, ces licenciements vont toucher tôt ou tard, les salariés statuaires et surtout ceux dont l'ancienneté n'est pas longue», prévoit le SG de l'UMT. Interrogé à cette fin, il note que l'entreprise n'a pas souhaité faire de commentaire- pour le moment-. En prévision de nouvelles décisions de la direction, ce syndicat affiche la couleur. «Nous appelons tous nos membres à la mobilisation pour sauver les emplois et les acquis et prendre part aux formes de contestation prévues prochainement aux niveaux national, régional et local», rappelle le représentant de l'UMT. Ce contexte de tension sociale intervient après une année marquée par les contestations des salariés contre le nouveau système de distribution intitulé «Projet Tarik». Ce mode de rémunération du département commercial avait connu un levier de boucliers des salariés concernés. «La politique de réduction des charges a fini par donner des résultats inverses», conclut le secrétaire général du syndicat des salariés de Centrale Danone.

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