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Les pylônes de téléphonie mobile continuent d’inquiéter les associations et les riverains. A Casablanca, beaucoup de ces appareils seraient illégaux et devraient être démontés. Le conseil de la Ville et les opérateurs télécoms sont pointés du doigt car ils favorisent le développement de ces dispositifs nocifs pour la santé.

Encore plus de pylônes de téléphonie mobile à Casablanca ! En effet, selon des sources proches du dossier, d’autres pylônes seront installés dans différents quartiers du Grand Casablanca. Durant la période 2016-2017, les trois opérateurs télécoms devraient développer l’installation d’antennes sur de nouveaux pylônes à haute tension. Il s’agit d’un marché très important. «Le besoin étant estimé à des centaines de nouveaux sites au cours des quatre prochaines années pour les trois sociétés de télécoms afin d’améliorer la qualité de leurs réseaux dans la ville de Casablanca et sa région», est-il précisé.

Inquiétudes…
L’annonce fait déjà des mécontents notamment au sein des associations des droits des consommateurs. Ceux-ci ne cessent en effet de manifester leur inquiétude quant à l’implantation abusive de ces pylônes de téléphonie mobile dans des zones d’habitat. Ainsi, l’Association Uniconso-Casablanca et la Fédération marocaine des droits des consommateurs, montent au créneau pour dénoncer la prolifération de ces pylônes. Ces ONG ont, à plusieurs reprises, interpellé les élus et le bureau exécutif du Conseil de la ville sur ces pylônes qui pullulent dans l’espace public des villes marocaines. De nombreux courriers ont été adressés par ces associations pour déplorer ce qu’ils qualifient d’anarchie dans ce domaine public. «­­Nous avons constaté que depuis le début de cette année, il y a eu une multiplication des pylônes télécoms et ce, dans toutes les villes.

La fédération déplore la prolifération de ces dispositifs dans le paysage urbanistique de nos villes. D’ailleurs, ces pylônes vont l’objet de nombreuses réclamations de la part des populations riveraines», souligne Bouazza Kherrati, président de la fédération marocaine des droits des consommateurs. «Aujourd’hui, il semble qu’il y a une concurrence entre les trois opérateurs qui cherchent à se positionner. Ils ne tiennent compte ni de la proximité des écoles, des hôpitaux ou des résidences aux alentours de ces pylônes. Les riverains ne cessent de réclamer leur déplacement», ajoute Bouazza Kherrati. À l’Association Uniconso-Casablanca le constat est le même, selon son président Wadii Madih. «Nous assistons à un processus similaire à celui de la pollution visuelle du paysage urbain par les panneaux publicitaires. Et nous regrettons que ces pylônes défigurent aujourd’hui le paysage de notre ville». Pour lui, ce n’est seulement une question d’esthétique urbaine mais aussi une question sécurité des personnes. De fait, ces grands pylônes sont parfois installés au bord des chaussées mettant en péril les automobilistes.

Pylônes illégaux ?
Sur le terrain, la réalité est tout autre. Des acteurs associatifs et des élus de la ville de Casablanca avouent que beaucoup des pylônes installés dans la ville sont illégaux et devraient être démontés. «Les autorités doivent obliger les opérateurs qui font installer ces pylônes de respecter la loi», est-il souligné. Au Maroc, conformément au dahir 1914, une enquête « commodo et incommodo » doit normalement se faire avant l’installation de ces appareils visant à améliorer la qualité des réseaux des opérateurs télécoms. Dans le cadre de cette enquête, un avis doit être affiché au niveau de la commune concernée par le projet d’installation du pylône pour aviser les populations afin que celles-ci puissent donner leur avis sur le sujet. «Or, cela ne se fait pas à cause de la connivence entre les élus et les sociétés de télécoms !», accuse Bouazza Kherrati. Cette question d’installation de pylônes telle qu’elle est régie aujourd’hui dans la ville de Casablanca mécontente riverains et associations. Des pylônes sont installés sur des espaces publics, le long des routes, dans les coins de rues tout près des habitations, sans même respecter la distance exigée par la loi. Les associations proposent dans leurs doléances plusieurs mesures, dont notamment une mise en place de ces dispositifs dans un rayon de près de 300 mètres autour des écoles maternelles et primaires. Mais force est de constater que leur requête n’est pas toujours entendue. «Lorsque nous saisissons les responsables au Conseil de la ville ou aux arrondissements pour leur annoncer la présence de pylônes illégaux, ils hésitent à agir, sans doute à cause du lobbying exercé par les sociétés de télécoms», déplorent les associations. En réaction, les riverains prennent le taureau par les cornes et s’opposent avec virulence à ce type d’installation. Cela a été le cas, récemment, dans un quartier de Ain Chock. L'affaire s’est finalement terminée par une victoire contre l'opérateur télécoms qui voulait y installer un pylône de téléphonie mobile près d'un établissement scolaire.

Elections oblige, les élus se mobilisent !
Certains candidats aux prochaines échéances prennent le parti de limiter l’installation de ces équipements. «La ville était censée réduire la place de ces pylônes. Mais, elle en autorise désormais de plus en plus. Ces équipements, véritables sources de pollution visuelle, sont plantés parfois à côté des établissements scolaires et des établissements sanitaires. Ce problème devrait normalement inquiéter les responsables», soulignait, cette semaine, un candidat. Au Conseil de la ville, il semble que les projets d’installation des pylônes de téléphonie mobile ne sont pas acceptés par toutes les composantes. Des représentants de la majorité reconnaissent, eux aussi, la problématique. «Après les panneaux publicitaires, qui ont dénaturé l’espace urbain de la ville, on voit aujourd’hui ces pylônes qui pullulent dans nos rues. Et il est temps de nous préoccuper de cette question, en limitant l’emplacement de ces équipements», explique aux «Inspirations ÉCO», Ahmed Benboujida, président de la Commission des infrastructures.

Pour la mairie, c’est un héritage
Abdelkrim Lahouichri, élu PJDiste et chargé de ce dossier au sein du Conseil de la ville de Casablanca est, lui, formel. «La décision d’autoriser l’installation des pylônes de téléphonie mobile par les opérateurs télécoms à Casablanca ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait plusieurs années que ces équipements sont plantés sur le domaine public de la ville. «C’est d’ailleurs l’ancienne équipe dirigeante du Conseil de la ville qui a conclu un accord avec les sociétés de télécoms les autorisant à installer ces pylônes», précise-t-il. L’élu rappelle que les projets d’installation de ces équipements sont concernés par une décision fiscale, laquelle fixe les conditions et modalités de mise en œuvre de ces projets portés par les trois opérateurs télécoms. «Avant la mise en place de ces pylônes, il y a toujours une commission qui est dépêchée pour voir l’emplacement et s’assurer que toutes les conditions requises sont réunies à même d’éviter qu’il y ait des problèmes par la suite», rassure Lahouichri. A la question de savoir le nombre exact des pylônes que compte actuellement Casablanca, notre interlocuteur s’est dit incapable d’avancer un chiffre : «pour l’heure, il n’y a pas encore de statistique à ce sujet. Il nous est donc impossible de donner le nombre de ces pylônes de téléphonie mobile installés au niveau de la ville de Casablanca». Toutefois, le PJDiste fait savoir que le Conseil de la ville est actuellement à l’œuvre pour recenser tous les pylônes existant à Casablanca. Cette opération, conclut-il, a aussi pour but de connaitre la situation en termes de fibres optiques, notamment en mètres linéaires en vue de fixer les tarifs dont devront s’acquitter les opérateurs, lesquels n’auraient pas payé les redevances imposées pour ces fibres optiques et ce, depuis 2012.

Danger sanitaire !
Les pylônes de téléphonie mobile font l’objet de nombreuses protestations. La raison, les dangers sanitaires que peuvent causer ces dispositifs. La Fédération marocaine des droits des consommateurs, réclame un débat public sur la dangerosité des radiations émanant de ces appareils. Son président, Bouaza Kherrati, qui dit vouloir continuer la bataille jusqu’à gain de cause, ne manque pas d’arguments : « nous avons constaté que les cigognes, à Kénitra, fuient ces pylônes et évitent d’y installer leurs nids. Ce qui veut dire que les radiations sont nocives». Autre exemple, les ruches installées à proximité de ces pylônes sont également désertées par les abeilles. La Fédération a interpellé l’ANRT à plusieurs reprises et lui a demandé d’effectuer des contrôles dans plusieurs villes du royaume, dont notamment Kénitra, Rabat et Guelmim où des manifestations de colère ont été organisées par des riverains à ces pylônes. De fait, l’agence a dépêché une commission dans les zones suspectées. «Après avoir effectué son contrôle, l’agence nous a adressé un rapport dans lequel il est souligné que les radiations ne dépassaient les normes requises», déclare notre interlocuteur, qui ne semble pas convaincu pour autant. «Le problème se pose après le fonctionnement de ces appareils», explique Kherrati. Ce matériel importé, qui le contrôle à l’importation ? Qui nous dit que ce n’est pas un matériel de deuxième main ? Qui contrôle son fonctionnement et maintient ses radiations électromagnétiques à un niveau faible ? Autant de questions qui sont soulevées par le président de la fédération, qui ne manquera pas de préciser que «tant qu’il n’y a pas un organisme indépendant à 100%, on n’aura pas de réponses à ces questions».

Les opérateurs se défendent…
Du côté des sociétés de télécoms, on se veut rassurant. «Les opérateurs marocains adhèrent totalement aux recommandations relatives aux valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux des télécommunications ou par les installations radioélectriques», affirme une source au sein d’une société de la place. Souvent ces sociétés s’en remettent aux documents qui leur sont délivrés par l’ANRT et par le ministère de la Santé pour défendre leur activité commerciale. Dans ces documents, est-il précisé, il est écrit clairement qu’il n’y a pas de risque des radiations émises de ces pylônes de téléphonie mobile. Pour les acteurs associatifs, «rien ne prouve, scientifiquement que les ondes électromagnétiques se dégageant de ces équipements n’ont pas un rôle cancérigène». En 2015, notons-le, de nombreuses études sur les radiations électromagnétiques ont été menées par des scientifiques indépendants de divers pays et ont, toutes, dévoilé des effets dangereux pour la santé humaine. La précaution reste donc de mise ! 


Bouazza Kherrati
Président de la fédération marocaine des droits des consommateurs

La fédération déplore la prolifération de ces dispositifs dans le paysage urbanistique de nos villes».

 

Wadii Madih
Président d’Uniconso-Casablanca.

Nous assistons à un processus similaire à celui de la pollution visuelle du paysage urbain par les panneaux publicitaires».


Que dit la loi ?

Ces équipements doivent se mettre en conformité avec la loi qui régit le domaine. Ils sont destinés à améliorer la qualité des réseaux des trois sociétés télécoms et à condition qu’ils n’occultent pas les fenêtres des habitants, ces pylônes peuvent être autorisés par les Conseils des villes. Face aux problèmes rencontrés dans l’installation des antennes relais sur les terrasses des immeubles et la réticence des riverains, les opérateurs télécoms ont commencé, depuis quelques années, à opter, de plus en plus, pour l’installation des pylônes sur le domaine public. A Casablanca, par exemple, c’est en 2005 que ces opérateurs ont été autorisés par le Conseil de la ville pour installer leurs dispositifs dans différentes zones de la ville. Avant cette date, le Conseil ne percevait aucune taxe en contre partie de l’exploitation de son espace public par les trois sociétés de télécoms. Ce n’est bien plus tard que le Conseil commençait à percevoir des redevances contre cette exploitation. Le montant à verser par les opérateurs a été fixé par une décision fiscale de 2012 et ce, selon le type de chaque pylône (25.000 DH ou 50.000 DH tout les ans). C’est le guichet unique (Dar khadamate) qui a été chargé à délivrer les autorisations pour l’implantation de ces dispositifs, lesquels doivent être installés dans le domaine public ou l’espace communal. Pour avoir cette autorisation, indique-t-on au guichet unique, l’opérateur doit présenter un dossier technique, lequel fixe, quant à lui, les endroits où ces pylônes doivent être installés. À noter enfin que la loi régissant ce domaine, impose aux sociétés télécoms de tout mettre en œuvre et de prendre toutes les précautions nécessaires afin qu’auprès des écoles ou des centres hospitaliers situés dans un rayon de 100 mètres du pylône, l’exposition aux radiations électromagnétiques soit très faible. 

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