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Lors de la visite royale au Nigeria, des accords historiques ont été signés entre les deux pays qui veulent assumer le rôle de l’intégration régionale de l’ouest du continent. Outre la levée de plusieurs entraves pour les investissements, le gazoduc reliant plusieurs pays et le Maroc et le renouveau agricole sont les principaux indicateurs du nouvel état d’esprit des relations bilatérales.

La visite du roi Mohammed VI au Nigeria a été marquée par des accords d’une dimension jamais égalée dans le cadre de la tournée royale au sein de plusieurs pays du continent. Samedi dernier à Abuja, le souverain et le président nigérian Muhammadu Buhari ont présidé la cérémonie de lancement d'un projet de réalisation d’un gazoduc régional reliant le Nigeria et le Maroc. Le communiqué conjoint publié à l’issue de cet accord insiste sur l’aspect de continuité avec la COP22 ainsi que sur la volonté commune des deux pays de faire aboutir ce projet en gestation depuis 2010, date de la fin de la construction du plus grand gazoduc d'Afrique de l'Ouest reliant les zones gazières du sud du Nigeria aux marchés consommateurs d'énergie de la côte ouest-africaine (Bénin, Togo, Ghana).

Les deux chefs d’État ont ainsi décidé de prendre des mesures concrètes pour la promotion de ce projet. Dans le détail, le pipeline sera conçu avec la participation de toutes les parties prenantes, dans le but d'accélérer les projets d’électrification dans toute la région, servant ainsi de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité. Plus encore, ce chantier gigantesque vise à alimenter non seulement le marché européen de l’énergie, mais aussi à développer des pôles industriels intégrés dans la sous-région dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais. Il s'agit aussi d’attirer des capitaux étrangers, d’améliorer la compétitivité des exportations et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles largement disponibles pour les marchés nationaux et internationaux.

Partenariat win-win
Les deux pays veulent ériger en exemple leur projet destiné à accélérer la transformation structurelle des économies nationales de la région. La phase opérationnelle est déjà lancée avec la création d’un Fonds d'infrastructure écologique pour l'Afrique, qui sera financé par les fonds souverains Nigeria Sovereign Investment Authority (NSIA) et Ithmar Al Mawarid. Rappelant les mesures prises lors du Sommet des chefs d'État pour l'action en Afrique, tenu en marge de la COP22 à Marrakech, Tarik Senhaji, dg d’Ithmar Al Mawarid a précisé que «le partenariat entre Ithmar Capital et NSIA vient conforter l’initiative de création du Fonds d'infrastructure écologique pour l'Afrique, et permettra le développement d'une véritable force africaine qui attirera d'autres fonds d'investissement souverains africains, avec le soutien de la Banque mondiale». En attendant que le bailleur de Fonds mondial active les modalités de financement, les deux pays ont procédé à la création d’un organe de coordination bilatéral chargé de suivre le projet de gazoduc, qui est en étroite imbrication avec le Fonds écologique du continent en vue d’une transition réussie vers l’économie verte.

Pluie de conventions
Au total, ce sont 14 accords qui ont été signés durant la 3e journée de la visite royale, et qui se sont ajoutés au cinq conventions portant sur la pêche et les énergies renouvelables entre MASEN et le ministère nigérian de l’Énergie et des services aériens. La suppression des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques a également été actée. Les autres domaines concernés par les accords bilatéraux sont les hydrocarbures, les mines, la formation et le renforcement des compétences des jeunes. Les deux pays ont également convenu d’approfondir leurs relations pour le tourisme, les banques, les finances, les assurances et la logistique. L’agriculture a été pour sa part hissée en priorité. Deux conventions ont été approuvées entre OCP-SA et Dangote Industries Limited pour le développement d’une plateforme de production d’engrais au Nigéria.


Alioune Gueye
PDG du Groupe Afrique Challenge

Au Nigeria, il y a actuellement une volonté claire de faire de l’agriculture un enjeu majeur, après que le secteur a été minimisé durant la période de l’euphorie pétrolière. Après la chute des cours du pétrole, l’intention est là d’opérer la transformation structurelle de l’économie. Le voyage du roi au Nigéria est d’abord politique, avec le retour du Maroc dans l’UA, mais aussi le partage de l’expertise du Maroc en matière de lutte contre le terrorisme. D’un autre côté, le Maroc a réussi à rompre les distances psychologiques, et ce voyage va certainement créer le déclic et ouvre la voie devant d’autres déplacements dans le futur qui vont permettre aux relations des deux pays de s’adoucir. Enfin, les facilités d’entrée au Maroc et l’allègement des procédures d’octroi des visas restent parmi les enjeux majeurs en vue de créer une empathie positive entre les investisseurs des deux pays».

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