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Les conséquences des émeutes meurtrières du «samedi noir» devraient coûter au Raja de Casablanca la somme de 5 MDH dans un premier temps. En effet,  la facture devrait s'allonger rapidement. De plus,  le renouvellement de certains contrats de sponsoring du club est également compromis.

Le drame est avant tout humain, culturel et sportif. Mais ses conséquences ne manqueront pas d’impacter lourdement les finances du Club vert de la métropole casablancaise. Le Raja de Casablanca est en effet toujours en train de recenser les dégâts des émeutes meurtrières du 19 mars, à l’issue d’une rencontre «anodine», coïncidant avec le 67ème anniversaire de la création du Club. Désormais, le mal est fait, se comptant en victimes humaines aux valeurs inestimables. En revanche, les pertes financières qui vont plomber les finances rajaouies sont, elles, parfaitement quantifiables.

Au lendemain de la tragédie du «samedi noir», les sanctions disciplinaires de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) sont tombées: 100.000 dirhams d’amende, et surtout, cinq journées de championnat Botola Pro disputées à huis-clos. Face aux 100.000 dirhams d’amende pécuniaire, les pertes directes liées au verdict du huis clos sont infiniment plus significatives, non seulement en termes de handicap sportif, mais également en pertes sonnantes et trébuchantes. En effet, parmi les cinq matchs qui seront disputés à huis clos, deux rencontres stratégiques seront soumises à cette sanction.

Il s’agit en l’occurrence du derby face au WAC, et du classico national face à l’AS FAR. Or, ces deux événements représentent les plus gros revenus en termes de billetterie pour le club. Selon une source proche du dossier, le manque à gagner à cause du bannissement des supporters des gradins se chiffre à 5 millions de DH, dont 2 millions lors du prochain derby contre le WAC et 1 million en ce qui concerne le classico contre les FAR. Une perte considérable qui risque de mettre à mal l’équilibre financier déjà fragile du Club.

Une histoire d'image
Pire encore, les dégâts ne se limitent pas à cette perte directe. En effet, les revenus de sponsoring sont également remis en question. Les sponsors anticipent les retombées négatives sur leur image commerciale, et brandissent la menace du non renouvellement du contrat. C’est notamment le cas de la marque automobile Hyundai, commercialisée au Maroc par la société Global Engines. Ce sponsor, «transporteur officiel du Raja depuis 2005», a en effet publiquement fait part de ses inquiétudes au club, laissant ainsi planer le doute sur le renouvellement du contrat de sponsoring qui lie les deux parties.

Dans un communiqué au vitriol, Hyundai Maroc «incite le Raja de Casablanca à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux violences». Une manière de signifier que l’enseigne n’acceptera pas que son image soit liée à des connotations négatives que représentent le hooliganisme et la violence dans le sport, qui plus est avec des pertes humaines dans le stade. «Nous sommes partenaires du Raja depuis de longues années. C’est un club avec qui nous partageons les valeurs de respect, de dépassement de soi et de réussite par l’effort, valeurs qui se trouvent aujourd’hui entachées par cette triste situation.

Malheureusement, ce n’est là que le dernier épisode d’une longue série de dérapages. Un épisode qui a coûté la vie à trois de nos concitoyens, et je pense qu’il est temps de dire stop à ces incivilités dignes du Moyen-Age», peut-on lire dans le courrier adressé au management du Raja de Casablanca, signé par Zineb Oukacha, Directrice Marketing et Communication de Hyundai Maroc. Hyundai Maroc a, aussi, incité le club à «assumer la responsabilité qui est sienne dans ces incidents» renouvelés, et à «reprendre le contrôle de ses clubs de supporteurs (ndlr. Les Ultras)». La perte éventuelle de ce sponsor ferait perdre au club 1,8 MDH supplémentaires, soit le montant annuel versé par Global Engines dans le cadre du contrat de sponsoring. A moins que le club n’arrive à trouver un nouveau sponsor selon les mêmes conditions financières.

Dommages collatéraux
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et les conséquences de la catastrophe du 19 mars vont au-delà de ces manques à gagner avérés ou éventuels. En effet, après avoir accepté dans un premier temps de réaliser les travaux de mise à niveau du complexe Mohammed V progressivement et en parallèle des rencontres sportives, la wilaya de Casablanca a décidé sa fermeture, à partir du 28 mars, suite à la débâcle du samedi dernier. Ce qui compliquera encore plus l’implication des supporters, tout en revoyant à la baisse les ventes de billets et en prévoyant des dépenses supplémentaires en guise de déplacements, et ce aussi bien pour Raja que pour le WAC.

Rappelons que la wilaya a, également, donné ordre d’interdire l’ensemble des activités des Ultras du Raja de Casablanca qui mènent leurs activités «hors du cadre réglementaire». L’image du Raja et du football marocain de manière générale subit un coup dur, qui nécessite des mesures structurelles et globales, et non seulement des sanctions ponctuelles avec des impacts purement financiers. Trois jeunes supporters sont morts le 19 mars, 54 ont été blessés et 43 hooligans présumés ont été arrêtées.