A lire aussi

22-11-2019 21:11

Vidéo. Derby : Sellami fait le point sur la préparation du Raja

Résultat de recherche d'images pour "Sellami leseco.ma"
Le nouvel entraineur du Raja de Casablanca, Jamal Sellami, a fait le point vendredi soir, lors…
Rejoignez nous sur :
Les Cahiers des ÉCO
Alfa Oumar Dissa, ministre burkinabè de l’Énergie, des mines et des carrières

Le Burkina Faso vient de lancer un Plan national de développement économique et social (PNDES) censé dynamiser plusieurs secteurs phares de son économie. Dans cette interview, le ministre burkinabè de l’Énergie, des mines et des carrières évoque les grands projets électriques de son département et invite les entreprises marocaines à en saisir les opportunités.

Les Inspirations ÉCO: Comment le Plan national de développement économique et social (PNDES) peut-il améliorer le taux d’électrification au Burkina?
Alfa Oumar Dissa : Nous sommes actuellement à 19,2% de taux d’électrification au Burkina Faso. Mais la question de l’électricité ne peut pas se limiter à la seule électrification. Trois volets sont impliqués: la production, le réseau de transport et la distribution. Avec le PNDES, nous compter relever le niveau de la production de 325 mégawatts actuellement à 1.000 mégawatts. S’agissant du réseau de transport, le taux de couverture est de 40% et nous envisageons de l’améliorer à 80%. Enfin, pour ce qui est de la distribution, le taux de raccordement, donc celui d'’électrification, est de 19,2% et nous compter le hisser à 34%. Comme vous le voyez, c’est un tout qui doit aller ensemble et nous accordons l’attention nécessaire à chaque segment.

Dans quels projets électriques les entreprises marocaines peuvent-elles être impliquées  ?
Les entreprises marocaines peuvent se lancer dans de nombreux projets. Nous avons au moins 10 appels d’offres qui seront ventilés très prochainement dans le journal des marchés publics. Le premier porte sur l’efficacité énergétique, car l’action du PNDES pour résoudre les problèmes liés à l’électricité s'articule autour de trois axes: le mix énergétique pour augmenter la part du renouvelable dans notre système, l’efficacité énergétique, qui se concentre sur tout ce qui permet d’économiser de l’énergie, et enfin le renforcement du conventionnel existant.

Quels sont les projets en cours dans ces trois segments?
Concernant l’efficacité énergétique, nous avons un marché à pourvoir et qui porte sur 1,5 million de lampes LED, afin de diminuer la consommation liée à l’éclairage, car celui-ci représente 30% de la consommation du pays. Nous allons désormais prioriser les lampes d’une puissance de 15 watts au lieu de 40 actuellement. Cela nous permettra de diminuer la part de l’éclairage dans la consommation à 15%. Toujours dans la même ligne de l’efficacité énergétique, nous avons un projet d’utilisation de lampadaires LED. Une partie de ce projet est déjà achevée et la deuxième phase va bientôt commencer, en plus de l’achat de 3.000 lampadaires solaires. Aussi, les bâtiments publics passeront au solaire, sachant que le Burkina est un pays bien ensoleillé. L’objectif est d’installer des mini-centrales solaires pour alimenter les bâtiments publics afin de libérer l’énergie au profit de la consommation des ménages. Un budget de 8 milliards de francs CFA (près de 123 MDH) est dégagé à cet effet. 46 centres médicaux et 4 CHU seront également dotés de mini centrales solaires d’une puissance de 42 kilowatts.

Qu’en est-il de l’électrification rurale?
Concernant l’électrification rurale, 100 villages ont été ciblés et seront équipés de mini-centrales solaires de 50 à 300 kilowatts, en plus de 10 grandes centrales solaires que nous comptons réaliser. Au total, le Burkina envisage de réaliser 140 mégawatts solaires. Dans le thermique, deux projets de 70 MW et de 195 MW. Tout ceci pour dire qu’il y a beaucoup de marchés à prendre au Burkina Faso.

Quelles sont les pistes de coopération possibles entre les deux pays ?
Certains des projets que je viens de citer sont inscrits dans le budget de l’État, tandis que d’autres sont en partenariat public-privé (PPP). Je pense que nous pouvons coopérer avec le Maroc pour en réaliser certains. Par exemple, dans le solaire, le Maroc dispose d’une belle expertise et il y a lieu de développer un partenariat. Notre objectif est que chaque chef-lieu de nos 13 régions dispose d’une centrale solaire de 10 MW. 8 régions sont déjà couvertes et je pense que la coopération avec le Maroc pourrait contribuer à atteindre l’objectif total fixé. Nous pourrons autoriser, dans le cadre de nos nouvelles dispositions législatives, des entreprises marocaines à développer ces centrales pour ensuite revendre de l’électricité à l’État.

Quel peut-être le rôle des entreprises marocaines dans ces chantiers  ?
La méthodologie consiste à proposer des offres à travers des cahiers de charges que nous, en tant que ministère de l’Énergie, étudierons. Si le cahier des charges est cohérent, il sera soumis à l’Autorité de régulation, qui en étudiera la conformité. Sur la base de cette conformité, le ministère de l’Énergie octroie une licence de production. Ainsi, l’entreprise pourra soit signer des partenariats avec la SONABEL, soit avec des clients éligibles, à savoir des entreprises privées. Dans les deux cas, les opportunités de partenariat sont nombreuses, notamment à travers notre programme d’exploitation minière, qui augmentera la demande en électricité.  

Le ministre des Affaires étrangères mène une tournée dans le continent pour porter, aux chefs d'États, la volonté du Maroc d'intégrer la famille oust-africaine. Une visite qui l'a jusque-là mené au Sénégal, en Guinée-Bissau et au Niger. Les feedbacks sont très positifs.

La campagne diplomatique pour l’adhésion du Maroc à la CEDEAO bat son plein. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération a enchaîné, durant les derniers jours, les contacts avec les gouvernements africains à ce titre. Et il faut dire que les actions de Mezouar sont de loin fructueuses. Samedi 18 mars, en effet, Mezouar a été reçu à Dakar par le président Macky Sall pour porter un message écrit du roi Mohammed VI relatif à l’intégration du Maroc dans la CEDEAO. À Dakar, tant les officiels marocains que sénégalais ont tenu à rappeler que le Sénégal «est et restera le premier allié du Maroc en Afrique». D’ailleurs, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye, avait même affirmé, il y a quelques mois, lors d’un point de presse, que le Maroc est l’un des quatre fondamentaux de la diplomatie sénégalaise, aux côtés de la France, de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis. Cela étant, le président Macky Sall a réitéré à l’émissaire du roi, tout son engagement et l’engagement de son pays aux côtés du Maroc et de son roi.

Le chef de l’Etat sénégalais «a beaucoup apprécié la démarche et considère que la place naturelle du Maroc est aussi au sein de la CEDEAO». Au Sénégal, de l’avis de plusieurs observateurs, cette entrée du Maroc dans la famille ouest-africaine, si elle se concrétise, fera de la région la 16ème puissance économique mondiale. S’il y a quelques réticences, notamment dans certaines franges du patronat sénégalais, l’arrivée du Maroc à la CEDEAO est, en revanche, perçue par beaucoup d’acteurs comme étant une énorme opportunité pour les investissements et le commerce. L’apport sera considérable en terme humain, économique et d’attractivité des investissements, du développement et de complémentarité entre les économies, note Mezouar, faisant également état de «ce que peut apporter modestement le Maroc» en matière de contribution dans des secteurs sensibles et importants, tels que le développement de l’agriculture, les infrastructures et aussi les aspects liés à la sécurité.

Durant le week-end dernier, également, Mezouar faisait une autre déclaration de taille à propos de ce dossier. Le chef de la diplomatie marocaine a en effet assuré avoir reçu, samedi à Bissau, les garanties du président bissau-guinéen de soutenir l'intégration du Maroc à la CEDEAO. Après une audience avec le chef de l'Etat, Mezouar a ainsi annoncé à la presse avoir reçu l’assurance que «la Guinée-Bissau est 100% disponible pour soutenir l'intégration du Maroc dans la CEDEAO». Il a souligné « les excellentes relations historiques d'amitié, culturelle et économique existant entre Rabat et quinze états membres de la CEDEAO ».Dans la lignée de ces contacts, il faut le dire très positifs, Mezouar a entamé cette semaine par une rencontre (lundi 20 mars à Niamey) du président de la république du Niger, Mahamadou Issoufou lequel a déclaré soutenir entièrement la d’intégration du Maroc à la famille de la CEDEAO.

Pour le président Issoufou, Cette organisation est «un espace naturel pour le Maroc, compte tenu des liens historiques et d’amitié entretenus par le royaume avec les pays de la région, mais aussi eu égard aux initiatives et actions entreprises par SM le roi et par le Maroc au profit de cet espace». 


En filigrane de la visite au Niger…

Profitant de sa visite au Niger, Salaheddine Mezouar a également abordé avec le président nigérien la mission qui a été confiée au chef de l’Etat nigérien par ses pairs, lors du Sommet africain de l’action présidé par le roi Mohammed VI, et relative au développement durable et à la lutte contre les changements climatiques dans le Sahel. « Nous avons évoqué avec le président Issoufou l’état d’avancement des travaux de cette commission et nous avons convenus de passer, en juin prochain, à la phase de finalisation après validation », a indiqué Mezouar. Des questions se rapportant au Lac du Tchad et au Niger, ont été également au menu de l’entrevue qui a abordé les programmes de développement économique et les projets de nature notamment à faire reculer la désertification, et permettre le développement d’activités génératrices de revenus pour les populations locales, ainsi que le développement des énergies propres et le renforcement des échanges entre les différents pays de la région, a souligné Mezouar.

Entre juillet 2013 et juillet 2017, Ciment d'Afrique (CIMAF) sera passé de la production du premier sac de ciment au rang de leader du marché ivoirien. Le démarrage de l'unité de San Pedro, au sud-ouest du pays, devrait intervenir dans quatre mois, assorti de perspectives plus que prometteuses.

L’opérateur CIMAF a investi 120 millions d'euros, induisant la création de 2.000 emplois durant la phase de construction et de 250 emplois par unité en phase d'exploitation. La majorité du personnel est locale et a bénéficié d'une formation multidisciplinaire dans les usines de CIMAT au Maroc. C'est là un bel exemple de coopération Sud-Sud entre le Maroc et la Côte d'Ivoire, mais aussi avec les neuf autres pays où est installé CIMAF. Cinq autres pays, où des projets sont en étude, devraient s'ajouter à la liste.

Leader continental
En moins de dix ans, CIMAF devrait devenir un leader incontesté avec une présence dans au moins quinze pays grâce à une vingtaine d'unités industrielles. CIMAF, appartenant au groupe Sefrioui, entamait la construction de sa première unité industrielle ivoirienne à Abidjan en novembre 2011. Le projet était doté d'un montant d'investissement de 30 millions d'euros. S'étendant sur un terrain de 50.000 m², elle a ainsi permis une importante percée dans ce marché central d'Afrique de l'Ouest. CIMAF a profité de l'engagement du gouvernement ivoirien à produire un ciment de haute qualité pour faire de cette dernière son credo sur ce marché. D'ailleurs, par rapport à la concurrence, la différenciation s'est matérialisée par la qualité des produits et services, ainsi que la mise sur le marché de nouveaux produits répondant aux besoins réels des utilisateurs et respectant les meilleurs standards internationaux en termes de performances techniques et environnementales. Cette recette a été payante: une année après la production du premier sac en août 2014, CIMAF commençait les travaux de la 2e ligne, pour un investissement de 24 millions d'euros. Celle-ci est opérationnelle depuis février 2016, portant ainsi la production annuelle de ciment à un million de tonnes.

Extension régionale
La cimenterie de Sefrioui lance l'exploitation de son unité de San Pedro, 20 mois après le début de sa construction, pour un investissement de 40 millions d'euros et 200 emplois directs et indirects. Cette unité permettra de produire un million de tonnes supplémentaires, ce qui devrait conférer une longueur d'avance à CIMAF face à ses concurrents, à savoir le français Lafarge, le nigérian Dan Goté ciments et une cimenterie turque. Cet investissement permettra au marché ivoirien de porter la production globale en Côte d'Ivoire à 5,5 millions de tonnes pour une consommation de 3,5 millions de tonnes, ce qui devrait ouvrir le marché à l'export.

D'ailleurs, CIMAF San Pedro sera tournée en partie vers le marché du Liberia dans un premier temps, et la Sierra Leone devrait peut-être suivre. La reprise du BTP, avec les nombreux chantiers de construction et de réhabilitation (ouvrages d'art, barrages, centrales thermiques, aéroports, bâtiments, etc.) en plus de la croissance du secteur immobilier, représentent un potentiel considérable pour le développement du secteur du ciment. Selon Khalid Iben Khayat, directeur général CIMAF Côte d'Ivoire et Congo, CIMAF compte accompagner cette dynamique en lançant une troisième cimenterie à Bouaké pour un investissement de 30 millions d'euros, dotée d'une capacité de production de 500.000 tonnes dédiée exclusivement au marché local.

La demande officielle adressée par le Maroc à la CEDEAO veut faire du royaume un membre à part entière de l’organisation. L’intégration du Maroc pourrait toutefois opter pour une démarche plus progressive à travers la mise en œuvre, dans un premier temps, d’une libéralisation des échanges commerciaux avant d’entamer la libre circulation des personnes, le tarif extérieur commun et la monnaie unique.

La demande a été formelle : Le Maroc veut intégrer la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest en tant que membre à part entière. Le royaume du Maroc a d’ailleurs informé la présidente en exercice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) Ellen Johnson Sirleaf, de sa volonté d’adhérer à cet ensemble régional en tant que membre à part entière. Une demande faite en conformité avec les dispositions du Traité fondateur de la CEDEAO et en satisfaction totale de ses critères d’adhésion.

La balle est actuellement dans le camp des instances de la CEDEAO qui devront statuer sur la suite à donner à cette demande. Dans l’hypothèse d’une validation officielle de l’adhésion du Maroc, la question du modèle d’intégration à suivre se posera avec acuité. Si le traité d’Abuja défini l’État-membre comme celui «ayant ratifié le traité», toute la question est de savoir si un État membre devient de facto partie de la communauté dans son niveau d’intégration actuel ou si celui-ci peut opter pour une progressivité dans la démarche d’adhésion. Autrement dit, le Maroc intégrera-t-il d’office la zone de libre circulation des biens et des personnes ou optera-t-on plutôt pour une progressivité dans l’ouverture ? Le premier scénario présente selon toute vraisemblance certaines difficultés.

La CEDEAO étant une zone de libre circulation des biens et des personnes, une adhésion du Maroc à cette intégration en l’état pourrait causer des soucis de mise à niveau. Dans ce sens, s’agissant d’une zone disposant d’un passeport et d’une carte d’identité uniques, le Maroc devra procéder à de grandes mutations administratives et sera même amené à adapter sa politique migratoire. Par ailleurs, la Communauté économique régionale ayant appliqué les principes fondateurs d’une Union douanière, le Maroc devra faire appliquer le tarif extérieur commun (TEC) en vigueur dans la zone depuis 2015. Il s’agira en outre d’harmoniser les politiques budgétaires, surtout dans la perspective de l’adoption d’une monnaie commune à l’horizon 2020. Face à ces défis, les économistes avancent qu’une approche progressive tant sur la forme que sur le contenu serait plus appropriée.

Progressivité
Il s’agirait pour le Maroc de démarrer son intégration en accédant dans un premier temps à la Zone de libre-échange (ZLE) avec un partenariat consacré principalement à la libre circulation des biens et marchandises et éventuellement des services. Un accord de partenariat économique (APE) suivant les modèles d’un accord de libre-échange devrait dans ce cas de figure être signé et adopté entre le Maroc et les pays de la CEDEAO. Le royaume procéderait ensuite à l’élargissement de ce partenariat à travers l’intégration de la libre circulation des personnes et l’adoption d’un tarif extérieur commun dans le cadre d’une Union douanière. Les efforts pourront ensuite être déployés afin de réussir la transition vers une Union monétaire et la mise en place d’une monnaie unique.

L’ambition étant actuellement pour les pays membres de la CEDEAO de parvenir à cet objectif à l’horizon 2020. Il s’agit selon toute vraisemblance d’un scénario plausible, d’abord en raison de la pratique internationale en la matière qui préconise une intégration en plusieurs étapes en vue d’éviter les grands chocs que peut engendrer une ouverture économique, monétaire et douanière trop brusque. Ensuite, ce scénario semble être celui visé jusqu’ici par les autorités marocaines qui se préparent depuis plusieurs années à la mise en place d’un accord de partenariat économique avec cette communauté régionale. Une étude d’impact préalable à l’ouverture commerciale du Maroc vers la CEDEAO, réalisée en 2015, visait d’ailleurs la mise en place d’un accord de ce genre. Les officiels marocains parlaient également d’accord commercial et d’investissement avec cette région.

La ZLEC en perspective
Il faut dire que la volonté affichée par le Maroc de devenir membre de la CEDEAO répond également à l’intérêt porté par le Maroc aux négociations autour de la mise en place d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEC) actuellement en cours de discussion au sein de l’Union africaine. La ZLEC constitue une étape importante vers la mise en place du marché commun africain et de la communauté économique africaine, objectif ultime de l’intégration continentale visé par le Traité d’Abuja ainsi que l’acte constitutif de l’Union africaine. La zone constitue également une étape stratégique pour renforcer l’insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale. Si le royaume appartient officiellement à deux Communautés économiques régionales (CER) concernées par le processus d’Abuja, il faut dire que l’intégration économique ne semble pas faire partie des priorités des agendas respectifs de ces deux CER.

D’une part, la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), première CER dont le Maroc est partie, compte des pays issus de six autres communautés africaines : CEDEAO, CEEAC (Communauté économiques des États de l’Afrique Centrale), IGAD (Autorité intergouvernementale sur le développement), COMESA (Marché commun pour l’Afrique Orientale et Australe), CAE (Communauté de l’Afrique de l’Est) ou encore l’UMA (Union du Maghreb Arabe). La quasi-totalité de ces pays ont initié leur processus d’intégration économique et commerciale au sein de leurs CER respectives. En plus, bien que la création d’une zone du libre-échange et le marché commun des produits agricoles fassent partie des objectifs de la CEN-SAD, la question de la sécurité et de la stabilité occupe une place prépondérante dans son agenda.

D’autre part, le projet maghrébin d’accord de libre-échange paraphé en 2010 par les pays membres de l’UMA est resté lettre morte. Cette situation accule donc le Maroc à chercher à se joindre à certaines intégrations régionales en tant que membre à part entière afin de se prémunir contre toute éjection du processus d’Abuja. Dans une récente analyse sur le sujet, le Conseil national du commerce extérieur (CNCE) estime toutefois que «tout porte à croire que les négociations de la ZLEC ne seront pas menées par les CER, mais directement par les membres de l’Union Africaine». En effet, c’est la position exprimée par la plupart des délégations africaines ayant pris part aux travaux des premières réunions du Forum de négociation de la ZLEC tenues au cours du premier semestre de l’année 2016. La raison avancée serait que les CER ne sont pas toutes habilitées à négocier un accord de libre-échange au nom de leurs pays membres. Reste qu’une adhésion à l’une des CER africaine prémunirait le Maroc contre toute mauvaise surprise. 


Hassan Sentissi
Président Association marocaine des exportateurs (ASMEX)

Cette adhésion sera extrêmement positive pour nous et nous permettra de nous ancrer davantage en Afrique. Elle facilitera les échanges dans les deux sens, dans un esprit gagnant-gagnant».

Adil Douiri
PDG MUTANDIS

L’adhésion du Maroc à la CEDEAO est une initiative très intéressante pour l’industrie marocaine. Elle se traduira par une sensible amélioration de notre compétitivité puisque nous subissons aujourd’hui des droits de douane très élevés. Mais cette adhésion n’empêchera pas les industriels marocains d’aller investir sur place».

Affaibli par un déficit sucrier de 8 à 9 millions de tonnes, chaque année, l’Afrique devra, dans l’avenir, faire face à une forte hausse de la demande tirée par une croissance démographique galopante. La suppression des quotas à l’entrée de l’UE, prévue en octobre prochain, compliquera davantage la situation des exportateurs de sucre roux africain, bénéficiaires d’un régime d’accès préférentiel.

L’Afrique a encore du chemin à faire pour s’imposer sur le marché mondial du sucre. Les chiffres annoncés en marge de la deuxième édition de la Conférence internationale du sucre, organisé du 22 au 23 février à Marrakech, conjointement par l’Association professionnelle sucrière (APS) et l’Organisation internationale du sucre (OIS) font état d’un déficit annuel de 8 à 9 millions de tonnes chaque année. En 2015, le secteur sucrier africain a enregistré une production évaluée à 10,3 millions de tonnes, représentant 6% de la production mondiale, évaluée à 169 millions de tonnes. La consommation du sucre en Afrique, elle, se situe à environ 18,7 millions de tonnes contribuant, pour près de 11%, à la consommation mondiale estimée à 168,7 millions de tonnes. La part du continent africain dans les échanges internationaux est d’environ 22% des importations globales et seulement 7% des exportations mondiales du sucre. Ce constat soulève clairement un problème de souveraineté nationale et de sécurité alimentaire. En effet, le taux d’autosuffisance n’a cessé de se détériorer au fil des ans, passant de 61% en 2014, à 55% en 2015. Plusieurs pays africains sont dans l’obligation d’importer une partie, voire la totalité de leurs besoins intérieurs. Cela s’explique par le recul de la production sucrière des pays de l’Afrique australe, affectés par une sécheresse sévère, causant la réduction des rendements de production et une vulnérabilité de plus en plus sensible de la canne à sucre face aux insectes nuisibles.

Excédents
L’Afrique devra faire face à une forte hausse de la demande en sucre durant les prochaines années, tirée par une croissance démographique galopante. Dix-huit pays parmi les 25, dont la population est la plus jeune, se situent en Afrique. Mieux, 20 à 25 pays africains vont doubler leur population dans les dix prochaines années. En réponse à cette perspective et à l’évolution de la demande et l’offre sur les marchés mondiaux et aux répercussions de la réforme de l’UE (la fin des contingents prévue dès octobre 2017), plusieurs producteurs de sucre en Afrique ont l’intention de démarcher des clients plus près de chez eux, particulièrement ceux bien placés pour servir les marchés régionaux. Ajoutons à cela l’effet des changements au niveau des habitudes de consommation qui stimulent la demande en sucre en Afrique. Le déficit «sucrier» en Afrique cache en vérité des disparités entre les zones géographiques. Ce sont bien les pays de l’Afrique de l’Ouest qui constituent la zone déficitaire du continent. Contrairement aux pays du Sud et ceux de l’Est qui affichent un excédent et restent même très actifs sur les marchés de l’export.

Importations
Mais globalement, les projections de la région Afrique et Moyen-Orient, tablent sur un doublement du déficit sucrier sur les dix prochaines années, à en croire le spécialiste du trading des matières premières et directeur Analyse des marchés chez le mastodonte agroalimentaire asiatique Wilmar, l’actionnaire de référence du groupe sucrier marocain Cosumar. Ce qui devrait naturellement accentuer la tendance à la hausse des importations du sucre, essentiellement du sucre roux (le Maroc a importé un million de tonnes de sucre roux en 2016 et seul aujourd’hui le Soudan importe du sucre blanc en l’absence de raffineries). Faisant référence à la région englobant les pays du Mena, le représentant de Wilmar constate un triplement des capacités de raffinage depuis le début des années 2000 à aujourd’hui. «Nous estimons qu’il y a encore du potentiel avec la construction de nouvelles raffineries ou bien l’extension de celles déjà existantes», estime Karim Salamon. En Afrique subsaharienne, le schéma est inversé étant donné que les pays de cette zone importent un peu plus de 5 millions de tonnes dont les deux tiers sous forme de sucre blanc (seul le Nigéria importe du sucre roux dans cette région). Cela dit, tous les pays de l’Afrique subsaharienne importent des quantités inférieures à 300.000 tonnes de sucre. La majorité du sucre importé émane du Brésil, de l’Inde, du Guatemala, du Mexique, etc. L’Afrique se positionne également sur les marchés de l’export à travers le sucre de l’Afrique du Sud et celui de l’Afrique de l’Est, destiné au marché européen dans le cadre d’un régime préférentiel (2 à 2,5 millions de tonnes annuellement).

Réforme
Les filières sucrières devront faire face à deux principaux défis. D’une part, la production qui aura du mal à accompagner la hausse de la consommation. D’autre part, la réforme du règlement du sucre européen (la suppression des quotas) aura pour conséquence directe une hausse du sucre européen exportable et moins de demandes pour les pays bénéficiant jusqu’ici de régimes préférentiels qui devront désormais rechercher de nouveaux débouchés, soit en Afrique, soit sur le reste du marché mondial. Cela se traduirait, prédisent les observateurs du marché mondial du sucre, par l’accentuation d’un jeu de compétition entre les raffineries du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, les producteurs européens et éventuellement les principaux exportateurs, notamment le Brésil et l’Inde, ce dernier ayant exporté, rien qu’en 2016, environ 3,5 millions de tonnes, dont une bonne partie vers l’Afrique de l’Est.

Fin des quotas
L’abolition des contingents du régime sucrier européen, dès octobre prochain, donne des sueurs à un pays comme l’Île Maurice qui bénéficie d’un accès préférentiel à l’UE. «Les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) auraient toujours un accès préférentiel hors taxes, mais la disponibilité du sucre va augmenter, ce qui va accentuer la concurrence», explique Devesh Dukhira, le président du Syndicat du sucre en Île Maurice. Présente depuis trois siècles, la culture de la canne à sucre occupe le tiers de la surface de ce pays. Les Mauriciens craignent un excès de volatilité des prix sur les marchés européens au risque de nuire à la viabilité de leur modèle sucrier. Tout dépendra du fait que l’Europe reste ou non un marché assez rémunérateur pour leurs agriculteurs. En tout cas, depuis l’annonce en 2013 de la suppression des quotas, les prix ont suffisamment chuté jusqu’à se rapprocher des prix pratiqués sur le marché mondial, en ligne avec les attentes des autorités européennes.


Elyes Gasmi
Directeur général de la Générale industrie du nord (Tunisie)

Les Inspirations ÉCO : Quels sont les objectifs du plan de restructuration de l’industrie sucrière tunisienne ?
Elyes Gasmi : La Tunisie a opéré une profonde réorganisation de la filière sucrière impliquant l’ensemble des intervenants. Nous avons mis l’accent également sur la R&D pour augmenter la part de l’amont agricole. L’objectif est de faire émerger des success stories à l’échelle régionale et d’atteindre un taux de couverture de 20 à 25% du besoin national en sucre à l’horizon 2020. Nous avons créé une unité de gestion par objectifs gérée actuellement par l’État mais il est prévu de la transformer en fédération à l’image de l’expérience marocaine. Nous avons eu la chance de nous inspirer des nouvelles expériences réussies autour de nous, notamment le Maroc et l’Union européenne. La culture sucrière est aujourd’hui 100% mécanisée. Tout est conforme aux standards européens (arrachage, préparation des sols, etc.).

En quoi l’expérience marocaine vous a-t-elle été utile ?
Dès 2012, nous avons pris contact avec la Fimasucre et Cosumar pour présenter l’expérience marocaine aux responsables tunisiens. La transformation de la filière marocaine nous a beaucoup inspirés et les Marocains, je dois l’avouer, nous ont prêté main forte dans ce domaine. Permettez-moi de saluer, à cette occasion, le dévouement et les efforts fournis par le Pdg de Cosumar, Mohammed Fikrate, considéré d’ailleurs chez nous comme le parrain de la restructuaration de la filière sucrière en Tunisie.

Peut-on rêver d’une intégration complète de l’industrie sucrière en Afrique ?
Je reste confiant dans les perspectives de l’industrie du sucre en Afrique. Il y a encore de la marge et beaucoup de potentiel pour évoluer. Pour moi, l’expérience marocaine au niveau de Cosumar est une expérience qu’il vaut mieux transmettre à tous les Africains, ça permettrait une évolution rapide. Il y a une possibilité d’une intégration à 100% pratiquement du secteur en Afrique.


Karim Salamon
Directeur Analyse des marchés, chez Wilmar

«L’industrie sucrière africaine est déjà compétitive»

Les Inspirations ÉCO : Peut-on imaginer des projets communs entre Wilmar et Cosumar en terre africaine ?
Karim Salamon : Notre partenariat avec Cosumar a pour but d’aller conquérir des marchés. Cosumar est aujourd’hui très compétitive. Notre projet commun en Arabie Saoudite le sera également. L’Afrique est un marché en croissance avec un déficit structurel qui va s’accentuer à mon avis dans les prochaines années. La production locale a du mal à suivre la consommation galopante. L’objectif est d’aller conquérir des marchés en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est, voir en Afrique centrale. À travers Cosumar, nous voulons conquérir des parts de marché structurelles additionnelles en Afrique.

Hors Cosumar, avez-vous d’autres projets sucriers dans le viseur en Afrique ?
Il y a deux manières d’investir dans le sucre. La première consiste à investir dans la production (usines et surfaces agricoles à irriguer). Or, le temps de retour sur investissement est assez long : il faut compter trois à quatre ans d’intervalle entre la première canne plantée et le premier morceau de sucre produit. C’est la raison pour laquelle il y a peu de projets nouveaux en Afrique, hormis ceux d’extension des capacités de production. C’est assez compliqué et c’est très coûteux d’investir. L’autre possibilité, c’est d’investir dans le raffinage (le cas de notre projet avec Cosumar en Arabie Saoudite. Actuellement, nous n’avons pas de nouveaux projets en Afrique, mais nous regarderons les opportunités qui se présentent autant dans la production que dans le raffinage. Encore faut-il que l’environnement politique et réglementaire soit stable.

L’industrie sucrière africaine peut-elle être compétitive à votre avis ?
Elle est déjà compétitive dans certains pays, notamment en Afrique de Est, la Zambie, le Zimbabwe, le Swaziland et le Mozambique. Ces pays sont dotés de grosses usines disposant de leurs propres surfaces irriguées de canne avec un très bon rendement. Certains pays vont devoir gérer l’insuffisance structurelle de l’eau, la culture de la canne étant très demandeuse d’eau. À défaut de se trouver dans une zone pluviale, la culture de la canne a besoin de gros investissements d’irrigation. Des projets de ce type existent en Égypte (le Nil) et en Éthiopie. Il y a eu des projets au Soudan mais la stabilité politique dans ce pays n’est pas simple à gérer. Il y a donc un potentiel pour développer la culture de la canne en Afrique, mais il faut tenir également de la stabilité financière et politique des pays d’implantation.

La visite royale historique en Zambie a été l’occasion pour les gouvernements et les secteurs privés des deux pays de jeter les bases d’une coopération économiques «gagnant-gagnant». 19 accords gouvernementaux et de partenariat économique ont été signés, lundi 20 février, à Lusaka.

C’est une visite historique qui ouvre la voie aux échanges économiques. C’est ainsi qu’il faudra comprendre le séjour du roi Mohammed VI et de sa délégation en Zambie. 19 accords gouvernementaux et de partenariat économique ont été signés ce lundi 20 février dans la capitale zambienne entre les deux parties. En plus des accords bilatéraux portant sur les secteurs de la coopération économique, de la formation, et de la promotion des investissements, Rabat et Lusaka ont également signé un accord sur les services aériens. Ce dernier devrait ouvrir la voie au lancement de vols commerciaux entre le Maroc et ce lointain pays d’Afrique australe anglophone. On retiendra aussi les mémorandums d’entente conclus entre les deux délégations, dont ceux portant sur la coopération industrielle et sur le secteur agricole. Le développement des projets d’énergies renouvelables, des infrastructures et du secteur financier n’a pas non plus été en reste.

Banques, assurances
Quant au secteur privé, seuls les grands établissements bancaires et les opérateurs des assurances ont pu nouer des partenariats à Lusaka. C’est ainsi qu’Attijariwafa bank et la Banque centrale populaire ont, chacune, conclu un partenariat avec Zambia National Commercial Bank. Dans les assurances, il faut citer l’accord de coopération technique entre la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance et l’Association des assureurs en Zambie. Pour sa part, la Mutuelle agricole marocaine d’assurances (MAMDA) a signé une convention de coopération pour le développement d’une assurance des récoltes en Zambie, en partenariat avec Zambia State Insurance Corporation. Enfin, MAMDA-Re et la Société zambienne de réassurance, à responsabilité limitée, ont, pour leur part, conclu un mémorandum d’entente pour développer leur partenariat.

Et sur le Sahara ?
Avant la signature de ces accords, les deux chefs d’État s’étaient entretenus. Aucune information n’a filtré sur le contenu de leurs échanges, mais tous s’attendent à ce que la Zambie clarifie sa position sur le dossier du Sahara. Cela, d’autant plus que Lusaka a multiplié, ces derniers temps, les postures contradictoires sur cette question, en déclarant tantôt retirer sa reconnaissance à la RASD avant de faire volte-face au gré des circonstances. 


Edgar Lungu
Président de la Zambie

Les relations entre la Zambie et le Maroc seront renforcées pour passer au niveau d’une coopération bilatérale solide au service des intérêts des peuples des deux pays. Rabat et Lusaka partent pour le raffermissement de leur partenariat d’une base solide, reposant sur des relations cordiales et de forts liens d’amitié, de respect et de coopération.

Harry Kalaba
Ministre zambien des affaires étrangères

Cette visite est historique dans la mesure où elle intervient au lendemain du retour du Royaume du Maroc au sein de l’Union Africaine. C’est un grand honneur pour nous et nous espérons que cette visite qui contribuera au renforcement des relations entre nos deux pays amis».

Miriem Bensalah Chaqroun
Présidente de la CGEM

Nous avons la responsabilité de développer nos pays et notre continent et nous devons le faire main dans la main. Notre objectif est de faire des investissements industriels, de créer des joint-ventures, de créer des emplois locaux et de partager la richesse».


8,5 millions de dollars d'échanges en 2016

Les échanges entre Rabat et Lusaka, ne se sont chiffrés en 2016 qu’à 8,5 millions de dollars. D’ailleurs, lors du Forum d’affaires, tenu entre les opérateurs économiques marocains et zambiens, samedi 18 février à Lusaka, il a été constaté que ce niveau des échanges est encore en deçà du potentiel existant. Le ministre zambien des Finances, Félix Mutati, a ainsi indiqué que son pays était ouvert aux investisseurs marocains qui peuvent bénéficier du climat des affaires qui règne dans le pays et des opportunités dont il dispose en matière agricole, touristique et industrielle. Le ministre zambien a également indiqué que son pays a beaucoup à apprendre du Maroc, notamment son expérience de développement du secteur du tourisme, soulignant aussi que le royaume dispose d'un capital humain important et d'un savoir-faire «adapté aux besoins de la plupart des pays africains».

C’est un évènement qui restera longtemps gravé dans les annales de l’histoire africaine. Le retour du royaume du Maroc au sein de la famille continentale, acté solennellement le 31 janvier 2017, après trois décennies de rupture institutionnelle, marque la consécration d’une volonté affiché au plus haut sommet de l’État marocain, de participer ensemble avec les autres pays du continent au développement et à l’émergence de l’Afrique. L’enthousiasme affiché suite à  l’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA), 33 ans après avoir quitté pour des raisons  légitimes la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA), traduit à lui seul le fait que l’Afrique a manqué au Maroc et autant le Maroc a manqué à l’Afrique. Comme l’ont exprimé plusieurs chefs d’État africains, ce retour du royaume dans le giron continental, n’est que «la correction d’une anomalie». Un sentiment largement partagé au delà du continent à l’heure où l’intégration continentale fait, plus que jamais, l’unanimité comme un des leviers stratégiques pour que l’Afrique puisse enfin prendre en charge ses propres défis et se greffer à la dynamique mondiale contemporaine. En soutenant massivement le retour du Maroc dans la famille continentale, les chefs d’État africains ont ainsi voulu témoigner leur reconnaissance à ce pays frère qui a été de tout temps à leur côté surtout au moment où ils en avaient le plus besoin, notamment en temps de crise humanitaire.

Initiatives pour l’Afrique
À l’heure où le Maroc réintègre la famille continentale, la dynamique d’expansion marocaine en Afrique surfe sur de nouvelles opportunités. Il s’agit d’investir de nouveaux créneaux stratégiques comme la sécurité alimentaire et le développement des infrastructures en particulier dans le secteur des énergies renouvelables. Plusieurs initiatives ont été lancées dans ce sens par le Maroc comme le gazoduc Atlantique ou l’Initiative «Triple A» pour l’adaptation de l’agriculture africaine. C’est aussi dans ce sens que, fort de son potentiel en phosphates et engrais, le Maroc compte mettre ses ressources au développement de l’agriculture africaine avec notamment l’installation des unités de production de fertilisants au Gabon, en Éthiopie et au Nigéria, ainsi que des points de ventes dans plusieurs pays à travers la nouvelle filiale africaine de l’OCP.

Le Maroc a aussi fait de la COP22,  tenue en novembre dernier à Marrakech, une occasion pour l’Afrique de faire entendre sa voix à travers notamment un sommet africain du climat. D’autant plus que  le royaume a  tous les atouts pour apporter son expérience de développement Sud-Sud et enrichir ses racines africaines.  

 

La réussite du secteur agricole au Maroc inspire de nombreux pays africains dont le Soudan du Sud, que le royaume s’engage à accompagner pour l’essor de son agriculture. Avec le retour du Maroc à l’Union Africaine, l’expérience pourrait s’étendre plus rapidement sur le continent. 

Le modèle de développement agricole du Maroc s’exporte sur le continent. Lors de la toute première visite du roi Mohammed VI au Sud-Soudan le 1er février, le Maroc et le plus jeune État d’Afrique ont signé neuf accords et mémorandums bilatéraux, dont un consacré au domaine agricole. Ce dernier, devrait permettre au royaume d’accompagner le Soudan du Sud à restructurer son secteur hydro-agricole et de développer des ressources humaines dans le secteur agricole. Lors d’une audience que lui a accordée le président sud-soudanais, Salva Kiir Mayardit, le ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch, a indiqué que l'accent sera également mis sur l'examen des moyens susceptibles de développer l'agriculture des semences de sorgho, largement cultivées dans le pays. Cela, d’autant plus que le Soudan du Sud regorge d'énormes potentialités à même de permettre la mise à niveau de son secteur agricole et de vastes terres, dont seulement 4% sont exploitées, alors que la population rurale constitue 80% des habitants du pays.

Sénégal, Nigéria et Éthiopie
Cet engagement marocain dans ce pays au sol fertile, intervient quelques mois après la signature, en novembre 2016, d’une convention avec le Sénégal, pour «le développement équilibré et inclusif de la petite agriculture et du monde rural, à travers la mise en place d’un dispositif adapté aux réalités de l’agriculture familiale sénégalaise». Auparavant, en Éthiopie et au Nigéria, le royaume avait surpris plus d’un avec la mise en branle de projets chiffrés sur plusieurs milliards de dollars. Ceux-ci mettent en avant l’Office chérifien des phosphates (OCP), appelé à développer, dans ces deux pays très peuplés du continent, des unités de production de phosphates.

Triple A à l’UA
En outre, l’initiative «Triple A», dédiée à l’adaptation de l’agriculture africaine (www.leseco.ma), est soutenue par une trentaine de pays du continent. Avec le retour effectif du Maroc à l’Union africaine, depuis le 28e sommet, tenu fin janvier à Addis-Abeba, le royaume espère partager davantage son expérience agricole avec le reste du continent. D’ailleurs, dans son discours devant ses pairs africains, le roi Mohammed VI n’a pas manqué de mettre en avant les objectifs attendus à travers l’initiative «Triple A», en déclarant : «L’initiative triple A vise à lever un financement plus important au profit de l’adaptation de la petite agriculture africaine; elle accompagnera également la structuration et l’accélération de projets agricoles». 


Aziz Akhannouch
Ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime

L’audience qui a eu lieu à Juba avec le président du Sud-Soudan, ndlr sur instructions de Sa Majesté le Roi a été consacrée à l’examen des moyens et actions à entreprendre pour la mise en œuvre de l’accord de coopération bilatérale dans le domaine agricole. Les perspectives sont prometteuses au vu de l’énorme potentiel de partenariat offert par les deux pays dans ce domaine».

José Graziano Da Silva
Directeur général de la FAO

Le Maroc joue désormais un rôle de leadership en matière agricole dans le cadre de la coopération Sud-Sud. J’invite les pays à multiplier les échanges d’expériences, non seulement au niveau des cadres, mais aussi via des visites mutuelles entre les agriculteurs».


Partage de savoir-faire

Depuis quelques années, le Plan Maroc Vert a commencé à s’exporter en Afrique subsaharienne. Le royaume apparaît désormais comme un modèle de réussite en matière de politique agricole. Ce constat avait été fait depuis décembre 2014 à Marrakech, lors de la conférence sur la coopération Sud-Sud agricole. Cette rencontre avait mobilisé le directeur général de la FAO, José Graziano Da Silva, ainsi que 14 ministres et 26 délégations issus de toutes les régions du continent. Les travaux avaient permis aux différents pays participants d’avoir un aperçu sur le modèle agricole marocain. Au terme des échanges, plusieurs axes de coopération avaient été identifiés. Le Maroc avait alors fait part de son intention de mettre en partage son expertise en ingénierie et montage opérationnel de système de subventions. Des conseils avaient également été donnés sur les mécanismes de partenariats public-privé, de même que sur la mise en place de procédures de système d’information.

Mo Ibrahim, homme d’affaires et président de la Fondation Mo Ibrahim

De passage à Casablanca, l’homme d’affaires anglo-soudanais, l’une des personnalités les plus en vue sur le continent, analyse la vie politico-économique du Maroc et commente le retour du royaume à l’Union africaine.

Les Inspirations ÉCO : Quel est votre avis sur la réintégration du Maroc à l’Union africaine ?
Mo Ibrahim : J'ai toujours été convaincu que le Maroc réintégrerait l'Union africaine et je suis très heureux que les choses soient en bonne voie. Je pense que toute la famille africaine devrait être à «l'intérieur d’une même tente», même si l'UA n'est pas parfaite. L’organisation a ses défauts et elle a besoin d'élever encore plus son niveau d’efficacité, mais c'est la seule organisation que nous avons à l’échelle du continent. Il faut savoir que le Maroc est un pays important, donc il ne devrait pas rester à l’écart de l’organisation. Je pense que tous les différends et les conflits devraient être résolus pacifiquement et en se parlant. C'est, à mon avis, la chose la plus sensée à faire pour nous Africains.

Le Maroc est-il un bon élève dans votre «indice sur la gouvernance africaine» ?
Oui, je pense que le Maroc est un bon élève dans notre indice. Le Maroc se positionne en 12e place dans notre classement qui compte 54 pays africains. L’approche utilisée par le Maroc, lors du «printemps arabe» a été différente de celle d’autres pays de la région. Ce fut une approche inclusive, qui ne consiste pas à exclure certaines composantes nationales du système. Le Maroc a réussi à gérer cette situation avec succès. Malgré tout, je pense que le pays doit encore faire des efforts dans le domaine de l’éducation, car son classement n’y est pas du tout honorable. Cela ne m’a pas beaucoup surpris car lors des échanges avec les acteurs de la société civile, il est apparu que le secteur de l’éducation constitue encore un vrai défi pour le pays.

Sur le plan politique, pensez-vous que le Maroc peut-être qualifié de pays démocratique ?
Le pays vient de tenir ses élections législatives le 7 octobre dernier. Après la reconduction de l’actuel chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, à son poste, on assiste à des tractations intenses pour la formation d’une majorité gouvernementale. Je vois que les discussions se poursuivent entre les différents partis. Malgré la durée assez longue de ses tractations, cela me paraît tout à fait sain du point de vue de la démocratie. Je pense que le processus démocratique avance de façon raisonnable dans son ensemble. Nous pouvons signaler deux choses. Le Maroc est depuis dix ans le 8e des pays qui connaissent les avancées les plus rapides. Sur le critère économique, le royaume du Maroc arrive en 3e position en matière d'évolutions continentales.

Quelle appréciation faites-vous justement de l’évolution de l’économie marocaine ?
Je pense que le Maroc avance bien sur le plan du développement. Comme la plupart des pays africains, il est confronté au défi de l'emploi pour les jeunes et à la nécessité d'améliorer son système d'éducation. Cela dit, l'économie du Maroc est robuste et à l’inverse de beaucoup de pays africains, elle ne dépend pas d'une seule ressource, ce qui lui donne de la résilience.

Votre fondation publie chaque année un indice sur la gouvernance. Où et comment va se tenir cet important évènement cette année ?
Notre réunion annuelle aura lieu à Marrakech. C'est notre dixième anniversaire et comme vous le savez, nous tenons nos réunions dans les capitales africaines, néanmoins cette année, ce sera au tour de Marrakech au Maroc. Cet important évènement est prévu du 7 au 9 avril. Nous espérons que ce sera une grande réussite.

Concernant la gouvernance en Afrique, comment jugez-vous le changement de régime intervenu en Gambie ?
En Gambie, nous avions affaire à un dictateur qui est, par ailleurs, unique dans son caractère et son comportement. On avait parfois l’impression d’avoir affaire à un clown. Je suis franchement très surpris qu'il n'a pas contrôlé l'élection plus étroitement comme on pouvait s’y attendre. Il a clairement surestimé sa propre popularité, tout en sous-estimant son principal opposant. Bien qu’il ait accepté le résultat des élections dans un premier temps, il ne voulait pas quitter le pouvoir. Dans ce cas de figure, il devait en être évincé et c’est ce qui s’est passé. C'est une victoire pour les Gambiens et c'est un problème qui n'aurait pas dû en arriver là. Nous souhaitons maintenant que le nouveau président, Adama Barrow, nous montre une autre façon de gouverner son pays. Nous espérons qu'il sera un bon président. Alors nous attendons pour voir. 

Après avoir adopté l’acte constitutif de l’Union africaine et déclaré avoir obtenu le nombre de soutiens requis, le Maroc devrait être logiquement réadmis au sein de l’instance panafricaine. Toutefois, à Addis-Abeba, le royaume devrait s’expliquer sur sa future attitude envers un autre membre de l’UA, la «RASD».

Ce devait être une simple formalité, mais la réalité est tout autre. Depuis le dépôt officiel de la candidature du Maroc pour adhérer à l’Union africaine en septembre dernier, c’est quasiment le silence radio du côté d’Addis-Abeba. La Commission de l’UA, dirigée par la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma n’a quasiment pas fait signe de vie, hormis un communiqué diffusé récemment pour nier des accusations de blocage portée à son encontre par le royaume. La procédure d’admission devait, en principe, ne durer que trois mois, et ainsi permettre au Maroc de participer aux travaux du 28e sommet, qui ont démarré le dimanche 22 janvier dans la capitale éthiopienne, siège de l’Union africaine. Mais jusque-là, rien ne filtre du côté de l’UA, hormis l’inclusion, dans l’ordre du jour du sommet, de la question relative à l’adhésion du Maroc.

Clarifications
Rabat estime avoir obtenu plus que le nombre de soutiens requis, soit la majorité simple des 54 États membres. Lors du vote du projet de loi au Parlement, le chef de la diplomatie marocaine a même indiqué que 40 pays ont officiellement donné leur feu vert au retour du Maroc. Sur cette base, la réintégration du royaume au sein de sa famille africaine ne devrait (enfin) être qu’une simple formalité. Le sommet des chefs d’États permettra d’avoir le compte-rendu de la présidente de la Commission sortante. À cette occasion, Nkosazana Dlamini-Zuma donnera les chiffres sur le nombre de soutiens en faveur du Maroc, et éventuellement les réserves émises par certains États. En parlant de réserves, il y a lieu de clarifier que c’est à ce niveau que le bât blesse. Si la majorité des États sont favorables au retour du Maroc, certains appellent à un respect des frontières actuelles comme elles sont définies du point de vue de l’UA. Autrement dit, même si le Maroc obtient son retour, il ne devrait nullement être question pour Rabat d’exiger l’exclusion de la «RASD» de l’UA. Ce qui est du reste, loin d’être gagné, au regard de la motion déposée lors du 27e sommet de l’UA à Kigali par 28 pays exigeant la suspension de la «RASD».

Mohammed VI à Addis-Abeba…
En tout cas, du côté du royaume, l’on se prépare activement à vivre un moment historique lors de ce sommet qui cristallise toutes les attentions. Une centaine de responsables marocains sont d’ores et déjà annoncées à Addis-Abeba. À en croire le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, même le roi Mohammed VI devrait faire le déplacement pour assister à la réadmission du Maroc au sein de l’instance panafricaine.

Dans le cadre du 27e sommet Afrique-France tenu ce week-end à Bamako, le Maroc, représenté par son ministre des Affaires étrangères a appelé à la non-ingérence dans les affaires intérieures des États africains.

Pari réussi pour le Mali ! Sa capitale, Bamako, a accueilli ce samedi 14 janvier, le 27e Sommet Afrique-France. Alors que les inquiétudes pesaient sur la bonne organisation de cet important événement, notamment sur le plan sécuritaire, la manifestation s’est déroulée sans incidents notables. En plus du président français, François Hollande, la capitale malienne a accueilli une trentaine de chefs d’États africains, venus faire le point sur la coopération entre le continent noir et l’Hexagone. Pour sa part, le Maroc a été représenté à ce sommet par le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar.

La voix du Maroc
Ces retrouvailles entre dirigeants français et africains placées sous le thème du «partenariat, la paix et l’émergence», ont été précédées la veille par la réunion des ministres des Affaires étrangères. À cette occasion, le chef de la diplomatie marocaine a souligné que la participation du Maroc au 27e sommet Afrique-France vient confirmer les hautes orientations royales en faveur du développement, de la sécurité et de la stabilité sur le continent. Mezouar a également mis l’accent sur «l’importance du respect de la souveraineté, de la stabilité et de la sécurité des États ainsi que de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États», indique un communiqué de son département. En outre, le Maroc a insisté, lors de cette rencontre «sur l’impératif de préserver et de développer les richesses du continent africain qui souffre encore de la pauvreté». Le royaume a ainsi rappelé les actions prises en faveur du développement durable de l’Afrique à la lumière notamment de la COP22 qui a lancé une initiative hautement saluée portant sur la sécurité alimentaire et dont la mise en œuvre est prévue au cours de cette année. Le Maroc, dont la présence et l’influence sur le continent ne cessent de prendre de l’importance, ne pouvait donc passer inaperçu lors de ce 27e sommet, cela d’autant plus que le royaume entretient avec la France un «partenariat d’exception» tout en jouant le rôle de relais pour les entreprises françaises ayant des visées africaines.

Tripler l’aide
Cela dit, le Sommet de Bamako a été marqué par les «adieux» du président Hollande à l’Afrique. Le chef de l’État français, qui ne se représentera pas pour un second mandat, a insisté sur les différentes interventions militaires françaises sur le continent. Le locataire sortant de l’Élysée estime que ces opérations, notamment au Mali et en Centrafrique, ont permis de sauver ces pays de l’instabilité chronique. Sur le plan économique, la France a promis de quasiment tripler son aide publique au développement (APD) sur les cinq prochaines années. «Je veux dire aujourd'hui que l'aide au développement de la France passera à 23 milliards d'euros pour les 5 prochaines années» a déclaré François Hollande. Jusque-là, la France qui a injecté 8,1 milliards d’euros dans son aide publique se classait au 5e rang mondial dans ce domaine derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon. L’Afrique reçoit 45% de l’aide française qui se concentre essentiellement dans la zone subsaharienne. Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la Côte d’Ivoire est avec 2,29 milliards d’euros la première destination africaine de l’APD française. Elle est suivie par le Sénégal (970 millions d’euros) et l’Afrique du Sud (827,5 millions d’euros).

Abdoul Alassane Kane, expert consultant en Intégration régionale et ancien fonctionnaire de la CEA (Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique)

Au-delà des opportunités bilatérales, le partenariat économique entre le Maroc et la Mauritanie devrait s’ouvrir sur une perspective régionale. Tel est le point de vue d’Abdoul Alassane Kane, expert consultant en Intégration régionale pour qui Nouakchott peut être dans de bons termes à la fois avec Rabat et Alger.  

Les Inspirations ÉCO : Avec la visite du chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, pensez-vous que l’imbroglio entre la Mauritanie et le Maroc est désormais derrière nous ?
Abdoul Alassane Kane : Il devrait en être ainsi, tout au moins pour la cause immédiate dudit imbroglio. Une rencontre à un si haut niveau devrait, ensemble avec les déclarations non-équivoques des officiels marocains qui l’ont précédée ou suivie, permettre de mettre un terme à l’incompréhension et à la polémique générées par les propos du responsable du Parti de l'Istiqlal. A-t-elle été suffisante pour aplanir toutes les divergences et apurer les ressentis qui semblent perceptibles depuis quelques années entre les deux pays ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Les échéances à venir -le tout prochain sommet de l’Union africaine notamment- nous donneront probablement quelques indications ou signaux y afférents.

Comment la Mauritanie peut-elle à la fois être dans de bons termes avec Rabat et Alger ?
Question simple et complexe à la fois. Simple, si on se réfère aux idéaux et principes qui structurent les relations entre États -respect de la souveraineté de chacun, bon voisinage, coopération mutuellement avantageuse, règlement pacifique des différends-. Complexe, quand on prend en compte l’ampleur des divergences existantes entre Rabat et Alger sur le dossier du Sahara, et ce, depuis quatre décennies. L’enjeu pour la Mauritanie, c’est d’avoir sa propre diplomatie, avec une approche holistique, lisible et cohérente dans la durée. Il est communément admis que pour un pays, les facteurs structurants de la diplomatie devraient être d’abord sa géographie, ensuite ses intérêts, et enfin ses sentiments. La diplomatie régionale de la Mauritanie doit refléter sa géographie -toute sa géographie-, ne doit pas être réduite à un mouvement de balancier entre tel et tel voisin, et être sous-tendue par ses intérêts stratégiques. Il n’y a pas que Rabat et Alger autour de la Mauritanie, et son positionnement régional gagnerait en pertinence et en opportunités, s’il est inclusif de tout son voisinage. Les relations avec un pays voisin ne peuvent pas se définir par opposition à un autre voisin. Vu sous cet angle, être en bons termes avec le Maroc et l’Algérie est du domaine du possible, pour peu que les relations soient basées sur des partenariats mutuellement avantageux, et libérées autant d’un certain angélisme anachronique (du genre «nous sommes frères arabes» ou «frères africains») et des soupçons de condescendance qui ont de temps à autre pollué lesdites relations.

Comment analysez-vous les échanges économiques entre le Maroc et la Mauritanie ?
Les données statistiques de la période 2008-2014 montrent notamment que la Mauritanie est en pourcentage, le 3e partenaire commercial du Maroc en Afrique subsaharienne (ASS), avec 8,3%, juste derrière le Nigéria (15,7%) et le Sénégal (11%). Si l’on se réfère aux seules exportations de l’exercice 2014, la Mauritanie a été la première destination des produits marocains avec 12%, devant le Sénégal (9,4%) et la Côte-d’Ivoire (9,1%), loin devant le Mali (4,1%). Pour autant, la Mauritanie reste encore l’un des «parents pauvres» des IDE marocains vers l’ASS, avec seulement 1% durant la période 2003-2013 (au même niveau que le Togo), très loin derrière le Mali (15%), la Côte-d’Ivoire (9%) ou le Burkina (8%). Le ratio Exportations/IDE du Maroc n’est en équilibre qu’avec le Sénégal, la Côte d'Ivoire et -dans une moindre mesure- le Gabon. La Mauritanie fait partie des marchés porteurs pour les exportations marocaines en Afrique, mais elle n’apparaît presque pas sur les radars IDE du royaume chérifien. Il y a donc là un besoin de rééquilibrage, le renforcement et la durabilité de tout partenariat étant tributaire d’une bonne répartition des gains escomptés.

Qu’est-ce que la Mauritanie et le Maroc ont à gagner en développant, chacun leur partenariat ?
Au-delà des opportunités bilatérales, l’optimalité du partenariat économique Mauritanie-Maroc devrait être recherchée dans une perspective régionale. Le Maroc ambitionne de développer ses exportations vers l'Afrique de l’Ouest, et a donc besoin d’une économie mauritanienne ouverte et performante, notamment en matière de transport -transit inter-États, de fourniture de services logistiques et de facilitation du commerce. Le royaume chérifien gagnerait donc à accompagner la Mauritanie dans ses efforts de réalisation et d’entretien d’un réseau routier de qualité, à travers différentes formules de PPP. De son côté, la Mauritanie a un besoin impératif de diversifier son économie, encore largement tributaire du commerce de quelques produits primaires. Cela passe impérativement par une insertion dans des chaînes de valeur régionales, aux fins de promouvoir la transformation desdits produits et une industrie de services dynamique. Une arrivée soutenue d’investisseurs marocains dans le secteur manufacturier, notamment dans le cadre de la Zone franche de Nouadhibou, serait pour l’économie mauritanienne un important levier de croissance et de diversification. Mais pour une plus grande attractivité des IDE -marocains ou autres- la Mauritanie devra gagner le pari de réformes plus audacieuses pour une véritable administration de développement, une amélioration sensible de certains indicateurs de l’environnement des affaires et un retour formel dans le marché régional CEDEAO.

Pensez-vous que le Maroc peut partager avec la Mauritanie son expérience de développement économique, notamment dans des secteurs comme l’Agriculture ?
Le Maroc et la Mauritanie ont en commun un certain nombre de défis de développement dont l’importance du stress hydrique, un déficit céréalier structurel, une forte dépendance aux importations de produits énergétiques d’origine fossile. Sur ces questions, comme sur d’autres, le Maroc développe, depuis quelques années, des politiques et stratégies de réponse à long terme (Plan Maroc Vert, Masen/Énergies renouvelables…) dont les enseignements seraient très utiles pour la Mauritanie, et pas seulement. 


Une économie en quête de rebond

Après avoir fléchi en 2015, l’activité de la Mauritanie a accéléré en 2016 et devrait rester sur une bonne dynamique en 2017. La croissance devrait être soutenue par la relance de la production de la pêche qui compenserait partiellement le ralentissement de l’industrie manufacturière et minière. Le secteur primaire,  pilier majeur de l’économie, reste  particulièrement vulnérable aux fluctuations pluviométriques. Malgré le recul de la production manufacturière, le secteur secondaire reste lui aussi central et devrait être stimulé par les activités de construction et de travaux publics dans le cadre d’un programme d’investissement structurant. S’agissant du secteur tertiaire (secteur financier et commerce), celui-ci devrait poursuivre son expansion pour devenir le premier contributeur à la formation du PIB. L’activité dans le secteur manufacturier pourrait ralentir, et le secteur minier, dominé par la production de cuivre mais surtout de minerai de fer, continuerait à souffrir d’une demande extérieure peu porteuse et de l’absence de rebond du prix de ces matières premières après la baisse observée en 2015.

Les années fastes de la croissance africaine sont-elles derrière nous ? Dans l’immédiat, tout porte à le croire, tant l’économie du continent peine à se relever depuis le plongeon brusque des prix des matières premières. Alors qu’en 2016, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) ont plafonné la croissance africaine à respectivement 1,4 et 1,6%, ces deux institutions financières internationales tablent sur une probable légère reprise de l’activité sur le continent en cette année 2017. Plus optimiste, le FMI s’attend à un rebond à 3%, alors que la BM mise sur une progression du PIB africain de 2,9%.

Menaces
«Sous réserve que des réformes soient lancées rapidement pendant les prochains mois, la croissance pourrait remonter à près de 3% en 2017. Mais pour cela, les pays les plus touchés, en particulier les pays exportateurs de pétrole, doivent agir sans tarder», prévenait, dès fin octobre dernier, Abebe Aemro Selassie, directeur du Département Afrique au FMI. Pour ce responsable, «un effort d’ajustement global s’impose d’urgence dans trois domaines : un ajustement budgétaire vigoureux, un renforcement des mesures de protection sociale et des réformes structurelles pour améliorer la compétitivité et la diversification de l’économie». Du côté du FMI, on estime en effet que tout nouveau report des mesures nécessaires pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques aura «inéluctablement pour résultat de compromettre davantage encore les perspectives de croissance et de retarder l’évolution vers une reprise robuste et créatrice d’emplois».

Matières premières
Du côté de la BM, on prédit que malgré ce léger rebond de la croissance, les cours des matières premières devraient «rester bien en deçà des niveaux record enregistrés entre 2011 et 2014», du fait d’une reprise mondiale fragile. Ainsi, dans son dernier rapport «Africa’s Pulse», la BM indiquait qu’en 2017 les performances économiques des pays du continent continueraient d’être contrastées. «Si les plus grandes économies de la région et les autres pays exportateurs de matières premières devraient enregistrer une légère hausse de leur croissance, au fur et à mesure que les cours se stabiliseront, le reste de l’Afrique progressera à un rythme soutenu, notamment grâce aux investissements dans les infrastructures», note la BM.

Encore des pas ?
Par ailleurs, il est à noter que dans leurs perspectives de croissance, les institutions de Bretton Woods insistent sur la nécessité pour certains pays africains, de procéder à de nouveaux «ajustements structurels». Ceux-ci doivent être «plus importants» qu’ils ne le sont actuellement afin, disent-elles, de réduire les déficits budgétaires des économies concernées et de «mieux résister aux chocs économiques». Enfin, pour la BM, ces pays devront également réorienter leur politique macroéconomique et accélérer les réformes structurelles dans l’optique d’améliorer leurs perspectives de croissance à moyen terme.   


Abebe Aemro Selassie
Directeur du Département Afrique au FMI

Un effort d’ajustement global s’impose d’urgence dans trois domaines : un ajustement budgétaire vigoureux, un renforcement des mesures de protection sociale et des réformes structurelles pour améliorer la compétitivité et la diversification de l’économie».

Albert Zeufack
Économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique.

Les pays qui s’en sortent le mieux sont également ceux qui disposent d’un cadre de gestion macroéconomique plus solide et d’une réglementation plus favorable aux activités commerciales. Leurs exportations sont aussi plus diversifiées et leurs institutions plus efficaces».

Punam Chuhan-Pole
Économiste principale de la Banque mondiale pour l’Afrique

Il est impératif d’améliorer la productivité des petits exploitants agricoles pour augmenter les revenus des populations rurales et réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne».

L’année 2016 qui s’écoule a marqué un tournant dans les relations entre le Maroc et ses voisins africains. En plus de la demande de retour à l’Union africaine formulée par le Maroc, les douze derniers mois ont été enrichis par l’ouverture du royaume sur l’Afrique anglophone !

Le Maroc s’intéresse à ses racines

Si la visite officielle historique du président rwandais au Maroc, Paul Kagame, les 20 et 21 juin derniers, avait été l’occasion pour Rabat et Kigali de baliser la voie à une meilleure coopération économique, ce déplacement de l’homme fort de Kigali a certainement été déterminant dans la prise de l’une des plus importantes décisions de la diplomatie marocaine. En effet, à peine un mois après cette visite, le Maroc annonçait son intention de regagner sa «famille africaine naturelle». Cette demande de (re)intégration à l’Union africaine (UA) a été formulée par un message royal, le 17 juillet, lors du 27e Sommet des chefs d’États de l’UA à Kigali, la capitale du Rwanda. 32 ans après son départ fracassant de la plus haute instance panafricaine, le Maroc a suscité un grand engouement en formulant cette requête, officiellement transmise à la présidence de la Commission de l’UA le 22 septembre. Depuis, la procédure qui a priori ne devait être qu’une simple formalité, s’est apparemment enlisée. Le royaume est même allé jusqu’à reprocher publiquement à la présidente sortante de l’UA, la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, d’obstruer son retour. Quoiqu’il en soit, le prochain Sommet de l’UA prévu fin janvier à Addis-Abeba, permettra à coup sûr de tirer cette affaire au clair. Le Maroc clame avoir reçu plus que le nombre de soutiens nécessaires (2/3 des États membres), alors que l’actuelle Commission de l’UA exige des engagements fermes du royaume pour respecter les frontières des États, c’est-à-dire, de ne pas remettre en cause la présence de la «RASD» au sein de l’UA, ce qui est loin d’être gagné. Pire, cette volonté de retour du royaume à l’UA a permis de dévoiler au grand jour l’inimité continue et le bras de fer dommageable auxquels se livrent le Maroc et l’Algérie sur la scène continentale. 

Nouvelle orientation

En dehors de cette demande de retour à l’UA, le Maroc a ouvert en 2016 un front longtemps resté en repérage : l’Afrique anglophone. Après plus d’une décennie de fort encrage sur les pays francophones d’Afrique de l’Ouest et du centre, le Maroc a mis à profit cette belle expérience et «tenté» enfin l’Afrique anglophone. Cette connexion s’est faite en octobre dernier avec une tournée royale historique dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Le périple anglophone du roi Mohammed VI et de sa forte délégation d’officiels et d’hommes d’affaires a démarré avec le Rwanda, puis la Tanzanie, avant de se poursuivre plus tard en Éthiopie et de prendre fin chez le géant nigérian. Plusieurs dizaines d’accords de coopération ont été signés durant ces séjours. Sur le plan économique, de grands projets d’investissements ont été annoncés. L’Office chérifien des phosphates (OCP) va ainsi construire une usine d’engrais en Éthiopie pour un investissement de 3,7 milliards de dollars, ainsi qu’au Nigéria, en partenariat avec le groupe Dangote pour un montant de 2,5 milliards de dollars. Cette forte implication de l’OCP montre à quel point le royaume fait du secteur agricole un de ses jokers favoris sur le continent. Avec le géant nigérian, il a été convenu de construire un gazoduc ouest-africain à destination de l’Europe. Contrairement à l’Afrique francophone, où elles raflaient facilement les établissements bancaires, les banques marocaines, n’ont réussi pour leur part, qu’à signer des partenariats avec les géants bancaires des pays visités, hormis au Rwanda où Attijariwafa bank a pu racheter la Cogebanque. Le groupe Banque Centrale Populaire (BCP) tentera, en ce qui le concerne, de se lancer dans la micro-finance dans plusieurs économies d’Afrique de l’Est. En dehors de cette région très dynamique et prometteuse, le roi Mohammed VI a une nouvelle fois, comme durant l’ensemble de ses tournées africaines, effectué une visite au Sénégal, premier partenaire du Maroc sur le continent. La République de Madagascar a également eu droit à une visite royale ponctuée par la signature de 22 accords et de conventions entre les deux parties.

Sommet africain de l’action

Le Maroc a profité de la COP22 à Marrakech pour organiser une rencontre historique en son genre : le premier Sommet africain de l’action. Ce rassemblement tenu le 16 novembre dans la ville ocre a réuni une quarantaine de pays du continent avec la participation effective de plus d’une dizaine de chefs d’États. Durant ce sommet, le «leadership» du roi Mohammed VI a été mis en avant par ses pairs africains, notamment le président rwandais Paul Kagame. Cette réunion s’est soldée par une déclaration engageant les pays participants à harmoniser leurs stratégies pour faire face aux défis posés par le changement climatique. À cette occasion, le royaume a proposé de mettre son «savoir-faire à la disposition de ses partenaires». Dans son discours, le roi Mohammed VI avait indiqué que le Maroc «animera un réseau africain d’expertise climatique, à partir du Centre de compétences en changements climatiques installé au Maroc». Enfin, dans le cadre de la présidence marocaine de la COP22, le souverain promet d’ériger en priorité africaine la «mobilisation des financements publics, la diversification des montages financiers et la facilitation de l’accès aux fonds consacrés au climat».

Les IDE marocains  en hausse

Selon le ministère de l’Economie et des finances, les IDE marocains sur le continent ont plus que doublé en 2015 par rapport à l’année précédente. Ils ont atteint 3 MMDH, soit plus de 51% des IDE marocains à l’étranger. Entre 2007 et 2015, le secteur des banques a investi quelques 8,53 MMDH, soit 47% des IDE marocains en Afrique. Les télécommunications pointent à la 2e place, totalisant plus de 4,4 MMDH, soit 23% des investissements réalisés en Afrique. L’industrie vient en troisième position, avec un peu plus de 1 MMDH au cours des huit dernières années, devant les prises de participation dans des holdings africaines et qui ont enregistré la principale opération en 2015 avec un investissement de l’ordre de 620,5 MMDH. Par ailleurs, selon une enquête réalisée par le cabinet BearingPoint, en partenariat avec l’ASMEX auprès d’entreprises marocaines, le continent pèse plus de 5 % des revenus pour près de la moitié des répondants, et 20 % d’entre elles estiment que l’Afrique constituera plus de 50 % de leur chiffre d’affaires global dans les cinq prochaines années.  

Selon le dernier rapport de McKinsey Global Institute sur les perspectives économiques de l’Afrique, le Maroc pourrait multiplier par quatre le volume de ses exportations automobiles vers le continent en une décennie.

Le McKinsey Global Institute s’attend à un avenir radieux pour l’automobile marocain en Afrique. C’est du moins ce qui ressort de son dernier rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique, intitulé «Les Lions en mouvement II – Réaliser le potentiel économique de l’Afrique». Cette étude ouvre une fenêtre sur les «trois grandes opportunités» que le Maroc peut tirer de l’essor africain. Pour le royaume, note le rapport, la croissance africaine est une occasion d'accroître ses débouchés commerciaux, densifier ses liens économiques avec l’Afrique de l’Est et le Nigéria et, enfin, renforcer la coopération technique en diffusant les bonnes pratiques du modèle marocain. L’accroissement des débouchés commerciaux profite à plusieurs secteurs, dont celui de l’automobile. «Concernant les produits manufacturés, le Maroc pourrait viser, en l’espace de dix ans, de faire passer ses exportations automobiles vers l’Afrique de 1,6 à 7 MMDH», estiment le McKinsey Global Institute, un think tank adossé au cabinet de conseil McKinsey. La hausse des ventes vers le continent viendra ainsi renforcer le volume global des exportations de ce secteur dont le volume s’est établi à 50 MMDH en 2015, soit une augmentation de 20% par rapport à 2014. Avec les arrivées continues des grands constructeurs mondiaux, le royaume a en effet de belles perspectives dans ce secteur sur le continent, à l’image de plusieurs autres pays africains, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte ou encore le Nigéria.

Marchés potentiels
En dehors de l’automobile, le rapport prévoit également une hausse des exportations agroalimentaires du Maroc vers le reste du continent. Celles-ci pourraient passer, en une décennie, de 1,4 à 5,9 MMDH, alors que celles pour le matériel électrique atteindraient 4,5 MMDH, contre 1,5 actuellement. «La consommation pour ces catégories de produits devrait être tirée surtout par deux segments, les consommateurs de classe moyenne mondiale et les consommateurs émergents, qui disposent d’un pouvoir d’achat discrétionnaire. Géographiquement, c’est au Nigéria et en Afrique de l’Est que ces segments connaîtront la croissance la plus rapide», résume un communiqué de McKinsey & Company au Maroc.

Autres opportunités
La même source s’attend aussi à une densification des liens économiques avec l’Afrique de l’Est et le Nigeria. «Deux vecteurs prioritaires peuvent aider le Maroc à conforter son rôle économique dans ces régions à haut potentiel. Il s’agit d’abord des champions nationaux devenus champions africains, en particulier dans les secteurs bancaire et de l’assurance, les télécoms et l’industrie, mais également l’agriculture et les fertilisants, critiques dans la transformation agricole de l’Afrique de l’Est», indique Yassir Zouaoui, directeur associé de McKinsey au bureau de Casablanca et coauteur de l’étude. Selon lui, ces champions pourraient jouer un rôle opportun de «tête de pont» en s’implantant dans ces zones. Quant au second vecteur d’importance, il s’agit de la logistique, commerciale et aérienne: «il conviendrait notamment de renforcer les liaisons aériennes avec les principales métropoles d’Afrique de l’Est comme Nairobi, Kigali ou Addis-Abeba, qui sont en plein essor aujourd’hui, et d’envisager l’établissement de plateformes logistiques régionales à même de favoriser le commerce inter-régional», poursuit Yassir Zouaoui. Enfin, dans son rapport, le McKinsey Global Institute note à son tour que l’essor africain est une opportunité, pour le Maroc, de renforcer sa coopération technique. C’est déjà le cas sur le terrain ! 

Les entreprises marocaines et françaises enregistrent une croissance soutenue de leur chiffre d’affaires en Afrique subsaharienne. Tel est le principal constat de la troisième édition du Baromètre du développement international élaborée par BearingPoint et l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX).

Selon la troisième édition du Baromètre du développement international du cabinet international BearingPoint, intitulée «Se développer en Afrique: regards croisés d’entreprises marocaines et françaises», réalisée avec l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), l’Algérie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal sont les cinq pays dans lesquels les 250 entreprises marocaines et françaises interrogées sont les plus implantées. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Gabon arrivent en tête pour les entreprises marocaines du panel qui sont essentiellement présentes en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, le Maroc et le Cameroun occupent les trois premières places pour les groupes français interrogés qui se déploient aussi dans certains pays anglophones (Nigeria, Afrique du Sud et Kenya).

50% du chiffre d’affaires
Concernant la nature des opérations menées par les entreprises du panel, plus de 60% des répondants marocains exportent et distribuent leur production en Afrique subsaharienne, souvent à travers un réseau de partenaires, ce qui constitue la première étape avant d’envisager une implantation sur place. Avec un temps d’avance, les entreprises françaises sont plus implantées localement, notamment dans la transformation et l’industrie. Il y a cinq ans, pour 86% des entreprises marocaines interrogées, l’Afrique représentait moins de 5% de leur chiffre d’affaires. En 2016, le continent pèse pour plus de 5% sur les revenus pour près de la moitié des répondants, et 20% d’entre eux estiment que l’Afrique constituera plus de 50% de leur chiffre d’affaires global dans les cinq prochaines années.

Classe moyenne
Cet optimisme se confirme en France également. En 2011, l’Afrique représentait moins de 5% du chiffre d’affaires pour 49% des entreprises interrogées. Elles ne seront que 14% dans ce cas en 2020. En dix ans, la part de l’Afrique dans le chiffre d’affaires global du panel va augmenter de 75%. «Ces chiffres marocains et français confirment une tendance lourde, le «risque africain» lié aux situations politiques et à l’environnement des affaires ne constitue plus un obstacle rédhibitoire. Le potentiel et les opportunités du continent avec ses 2 milliards d’habitants en 2050, dont plus de 900 millions appartenant à la classe moyenne, sont des paramètres autrement plus puissants dans la définition des stratégies de développement international des entreprises», analyse Jean-Michel Huet, associé chez BearingPoint. 


Jean-Michel Huet
Associé chez BearingPoint

On constate un effet de rattrapage des entreprises marocaines, finalement assez nouvelles sur le continent, par rapport à leurs homologues françaises présentes pour certaines depuis plus de cent cinquante ans. L’afro-optimisme est, à présent, très clairement partagé par les patronats marocain et françai, et cela se décline dans les stratégies de croissance et les investissements engagés

Hassan Sentissi
Président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX)

Nous assistons depuis quelques années à une impulsion très forte du secteur privé marocain vers la région subsaharienne. L’appui des autorités du pays et les exemples de réussite portés notamment par les services financiers et l’immobilier ont accéléré le mouvement.


Le textile marocain s’exporte en Côte d’Ivoire
La présence marocaine en Côte d’Ivoire se renforce. Une convention de partenariat portant sur un projet d’installation à Abidjan, d’une unité industrielle de confection intégrée de tenues et uniformes pour les services de sécurité et de défense ivoiriens, a été paraphée jeudi 8 décembre dans la métropole économique ivoirienne par le groupe marocain SEFITA et son homologue ivoirien SEIFA. D’un coût global de 700 millions de FCFA (environ 1,06 million euros), ce projet compte deux lignes d’assemblage d’uniformes et de tenues pour le personnel et les effectifs du secteur de la défense et de la sécurité intérieure de la Côte d’Ivoire, pour une capacité de production prévue de 12.000 vêtements par mois. Cette unité industrielle démarrera ses activités début 2017 et permettra de développer le «Made in Côte d’Ivoire» en générant 150 emplois directs et 75 indirects. Le partenariat comprend un second volet crucial pour la Côte d'Ivoire, à savoir le transfert de technologie et de savoir-faire du groupe marocain au profit du la société SEIFA.

OCP a conclu deux importants partenariats au Nigéria. Le premier, d’une valeur de 2,5 milliards de dollars, lie le groupe marocain à celui de l’homme d’affaires Aliko Dangote. Le second, portant sur la fourniture d’engrais au marché, a été signé avec la Fédération des producteurs et distributeurs d’engrais du Nigéria (FEPSAN).

L e groupe OCP entre par la grande porte au Nigéria. Dans le cadre de l’étape nigériane de la tournée royale en Afrique subsaharienne, le Groupe OCP a noué deux partenariats importants à Abuja. Le premier est un «accord stratégique» signé avec le groupe de l’homme d’affaires nigérian et première fortune d’Afrique, Aliko Dangote. Le second mémorandum a été conclu avec la Fédération des producteurs et distributeurs d’engrais du Nigéria (FEPSAN). Ces nouveaux partenariats sont destinés à soutenir l’agriculture nigériane à travers la production et la fourniture d’engrais. «Le royaume du Maroc et la République fédérale du Nigéria font levier sur leurs ressources naturelles respectives pour créer des unités complémentaires et un investissement croisé dans le domaine des engrais», commente le patron de l’OCP, Mostafa Terrab.

Big deal avec Dangote
L’accord signé avec le Dangote Group prévoit la construction d’une plateforme de production d’engrais au Nigéria, alimentée par du phosphate marocain et du gaz nigérian. Dans une première phase, il se matérialisera par la mise en commun d’unités de production complémentaires, en cours de construction, à Jorf Lasfar et à Lekki Free Zone au Nigéria dans une nouvelle structure dont l’actionnariat sera porté par le Groupe OCP et par Dangote Industries. Ces actifs ont nécessité un investissement de 2,5 milliards de dollars US déjà engagés par les deux groupes. Ces unités «seront fin prêtes dans probablement un an et demi», ajoute Mostafa Terrab. L’OCP indique que «la nouvelle structure commune développera, par la suite, une usine d’engrais additionnelle au Nigéria, avec une capacité annuelle initiale d’un million de tonnes à horizon 2018, et qui pourrait être portée à 2 millions de tonnes à terme». Cette nouvelle capacité aura pour vocation de répondre à la forte croissance de la demande d’engrais au Nigéria et dans les pays de la région.

Agriculture durable
Quant au mémorandum d’entente signé avec la Fédération des producteurs et distributeurs d’engrais du Nigéria (FEPSAN), il permet d’étendre la collaboration entre le Groupe OCP et la FESPAN à la totalité de la chaîne de valeur agricole. Il s’agit de «la mise en place de solutions fertilisantes adaptées à la nature des sols et des cultures nigérians, à la disponibilité de ces engrais sur le marché local et à la mise en place de mesures d’accompagnement auprès des agriculteurs locaux», explique l’OCP. Cette collaboration devrait permettre la sécurisation de l’approvisionnement du marché local en engrais à des prix compétitifs, le partage d’un réel savoir-faire en matière de développement de structures de blending locales, ainsi que la promotion de l’innovation et l’effort en R&D, le renforcement des circuits de distribution locaux, de même que l’approfondissement des pistes d’extension des systèmes agricoles existants. «Dans un esprit de partenariat Sud-Sud par excellence, ce partenariat a pour objectif final de développer une agriculture durable au Nigéria tout en aidant à améliorer le quotidien des agriculteurs», note l’OCP.

Geoffrey Onyeama
Ministre nigérian des Affaires étrangères

«Nous nous félicitons des nombreuses conventions conclues entre les deux parties, notamment, l’accord sur le développement d’une plateforme de production d’engrais au Nigéria. Notre objectif est de faire en sorte que le Nigéria devienne un grand exportateur en Afrique».

Mostafa Terrab
PDG du Groupe OCP

«Le royaume du Maroc et la République fédérale du Nigéria font levier sur leurs ressources naturelles respectives pour créer des unités complémentaires et un investissement croisé dans le domaine des engrais. Ce sont des unités qui sont déjà en phase de construction et qui seront fin prêtes dans probablement un an et demi».

Dernière Minute

Nos derniers Tweets...

Suivez-nous sur Facebook

Vidéos des ÉCO

Vidéos des ÉCO