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La réunion des directeurs des instituts africains de statistique tenue à Marrakech en marge du 61e Congrès mondial de la statistique s’est soldé par le souhait formulé par le Maroc d’abriter une conférence continentale en 2019.

Après le 61e Congrès mondial de la statistique, le Maroc accueillera une nouvelle rencontre d’envergure dans deux ans. Il s’agit de la conférence continentale sur le «Rôle de la statistique dans le processus d’intégration de l’Afrique». Telle a été l’une des principales conclusions de la réunion des directeurs des instituts africains de statistique tenues ce jeudi 21 juillet à Marrakech, en marge du 61e Congrès mondial de la statistique. Cette réunion a réuni une quarantaine de pays africains, sous la houlette de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA) et du Haut-commissariat au plan du Maroc. À l’issue de la réunion, une Déclaration de Marrakech a été adoptée, appuyant essentiellement la volonté marocaine d’organiser cette conférence continentale sur les statistiques.

Expériences nationales
L’utilité de cette rencontre porte sur sa contribution à placer les statistiques et leur mise à niveau, parmi les priorités des gouvernements africains. Car, à en croire les déclarations de certains directeurs de statistiques ayant pris part aux échanges de Marrakech, ce domaine est encore à la traîne dans plusieurs pays du continent. La représentante de la Tanzanie a par exemple fait savoir, lors des débats, que se posait un sérieux problème de «volonté politique» pour promouvoir ce domaine si essentiel à la planification économique et sociale. La diffusion des outils des statistiques figure également parmi les actions attendues. Cette requête a été émise par le bureau Afristate, qui s’active dans l’univers des études et de collection des données. À Djibouti, les inquiétudes portent sur l’absence de données face au phénomène de la migration. C’est du moins le constat fait par son représentant qui appelle à «s’intéresser aux mesures de la migration». Son collègue de la Guinée équatoriale s’est pour sa part attardé sur les besoins de financements. «Il faut accorder des budgets suffisants aux instituts de statistique et leur faciliter les financements afin qu’ils mènent à bien leur mission», a-t-il plaidé.

Le cas du Maroc
Dans ce concert de demandes et de constats plutôt alarmants, le Mali s’est distingué par ses «avancées» en la matière. À en croire le représentant malien, son pays a déjà créé un Fonds national de développement de la statistique. Cet outil opérationnel bénéficie d’une part assez importante dans le budget de l’État. «Nous sommes donc disposés à partager notre expérience», dira-t-il à ses homologues du continent. En parlant d’expérience, le cas du Maroc a été cité en exemple. De nombreux pays ont, en filigrane, manifesté leur souhait d’en bénéficier. D’ailleurs, dans son discours d’ouverture, le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami, qui se considère comme le «patriarche» de la statistique sur le continent, est revenu sur les avancées réalisées par son institution. Plus important encore, Lahlimi a insisté sur l’urgence, pour les pays africains, d’ériger le domaine des statistiques au rang de priorité. «Si nous ne le faisons pas, d’autres viendront le faire à notre place et se permettront même de nous dicter les données portant sur nos propres pays», a-t-il alerté. In fine, l’ensemble des idées émises lors de cette rencontre devraient être prises en compte en vue des préparatifs de la conférence continentale sur le «Rôle de la statistique dans le processus de l’intégration de l’Afrique» que le Maroc est désormais chargé d’accueillir en 2019.  


Ahmed Lahlimi Alami
Haut commissaire au Plan

Nous appelons à la mise en place d’une académie africaine des sciences, de la statistique et de l’économie appliquée, ainsi que de mener une réflexion théorique de haut niveau sur les théories de développement pour adapter les concepts et les approches avec les réalités africaines.

Pedro Luis do Nascimento Silva
Président sortant de l’Institut  international des statistiques (ISI)

L’ISI s’est engagé à appuyer et soutenir l’appel lancé en faveur du développement de la statistique en Afrique. Nous saluons les efforts considérables menés par le HCP et les organisateurs pour assurer la réussite de ce congrès au Maroc.


Aligner les statistiques sur les ODD et l’Agenda 2063

La mise en œuvre de l’Agenda 2063 et la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (ODD) nécessitent le renforcement des systèmes de statistiques nationaux et la coordination entre ces systèmes. C’est dans ce cadre que la réunion des directeurs généraux des instituts africains de statistique est importante: afin de lister les préoccupations des différents pays. Avec l’appui de la CEA et des bailleurs de fonds comme la Banque africaine de développement, une nouvelle dynamique continentale est attendue afin de mettre à niveau les systèmes nationaux de statistiques. Après la réunion de Marrakech, les directeurs africains des instituts de statistique devraient se retrouver courant 2017 au Soudan, puis en Zambie en 2018, afin de poursuivre leur réflexion sur les défis de leur domaine. Entre-temps, le Maroc se préparera activement à abriter la conférence continentale de 2019 !


«Le Maroc est un partenaire clé de la CEA»

Giovanie Biha, secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), chargée de la diffusion du savoir

Pour Giovanie Biha, secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), le Maroc est un «partenaire clé» de l’institution onusienne et peut partager son expertise dans de nombreux domaines, notamment les statistiques.

Les Inspirations ÉCO : Que retenir de la réunion des directeurs africains des instituts de statistiques qui s’est tenue à Marrakech ?
Giovanie Biha : Je me réjouis tout d’abord de la présence des directeurs généraux, mais aussi de la nature des discussions qui ont porté sur les défis auxquels font face les instituts de statistiques en Afrique ainsi que des opportunités. Je me réjouis aussi de la proposition qui a été faite par le Haut commissariat au Plan du Maroc d’organiser une conférence africaine sur les statistiques en 2019 pour traiter des problèmes liés au domaine des statistiques, qui suivra le calendrier déjà établi au niveau continental.

Quel rôle le Maroc peut-il jouer dans ce processus de mise à niveau du domaine des statistiques en Afrique ?
Le Maroc est un partenaire important de la CEA. Le Maroc abrite le bureau sous-régional de l’Afrique du Nord. C’est donc notre pays hôte. Nous avons une collaboration très active, très positive et très fructueuse. En ce qui concerne les statistiques et de leur mise à niveau, le Maroc est un partenaire clé dans la coopération sud-sud. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec le HCP afin de voir comment élargir cette coopération sud-sud pour que le Maroc apporte son expertise dans la mise à niveau des comptes nationaux sur la base du système national des statistiques 2008. Le Maroc apporte son expertise aux autres pays africains et nous avons aussi discuté des possibilités pour le royaume de bénéficier de l’expérience d’autres pays dans d’autres domaines.

Quelle est l’utilité des statistiques dans la concrétisation des agendas 2063 et des ODD ?
Cette contribution est essentielle ! Elle est essentielle parce que les données des statistiques nous permettent d’avoir une base de départ, de savoir où nous en sommes, de pouvoir tracer une feuille de route, de fixer des objectifs crédibles et de faire le suivi efficace et effectif de la mise en œuvre de ces agendas. Si nous n’utilisons pas des données de statistiques viables, nous ne pourrons pas parler de l’atteinte de ces objectifs. C’est impossible.

Pensez-vous que les instituts nationaux africains sont suffisamment outillés pour mener à bien ces missions ?
On ne peut pas parler de façon générale. Il y a des pays qui ont un niveau de développement différent des autres. Cela dépend aussi de la volonté politique au niveau de chaque pays, donc les instituts nationaux se trouvent à des stades de développement différents. Nous avons des pays plus ou moins mieux que d’autres, mais le plus important c’est qu’avec l’adoption des agendas 2063 et des ODD, ainsi que celui portant sur l’intégration régionale, les décideurs politiques et techniciens se rendent compte que l’on doit investir des ressources adéquates afin de développer les statistiques au niveau continental et ce travail est en train d’être fait.

L’indépendance de ces instituts nationaux de statistiques est un vrai défi. Que faut-il faire à ce niveau ?
Il faut d’abord reconnaître que les données statistiques sont un bien public. Ce bien public est mis à la disposition des décideurs politiques afin de les aider dans la prise de décision sur les politiques de développement qui répondent aux besoins de leurs pays, mais en même temps, ces données sont mises à la disposition des utilisateurs qui peuvent être moi ou vous ou quelqu’un d’autre, comme les entrepreneurs, investisseurs, etc. Il est vrai qu’en Afrique et ce n’est pas une exception africaine, les instituts de statistiques dépendent souvent des gouvernements. Le travail de collecte de ces données demande des ressources assez importantes ainsi qu’un certain engagement en ce qui concerne les arrangements institutionnels, les compétences techniques et l’établissement de normes. Actuellement, il existe une charte de statistiques au niveau du continent africain et des stratégies de développement national des statistiques, ce qui est donc recommandé est de travailler en suivant les normes et les standards internationaux. En adoptant ces normes, je ne pense pas qu’il puisse y avoir des inquiétudes par rapport au fait que ces instituts soient sous la responsable de ministères techniques comme les ministères des Finances.

Les négociations sont en cours pour l’établissement d’une zone de libre-échange continentale. Quand peut-on espérer son lancement ?
Tous les États et les institutions internationales impliquées sont en train de faire de leur mieux afin d’atteindre les objectifs fixés pour la concrétisation de cette zone de libre-échange continentale. Nous sommes dans la phase des négociations. Des accords ont récemment été conclus à Niamey sur la libre-circulation des biens et je suis convaincu que nous aurons des résultats satisfaisants d’ici fin 2017. À Dakar, la réunion ministérielle annuelle conjointe entre la CEA et l’UA a été annulée en raison du différend sur le Sahara.

Quelle en a été l’incidence sur le fonctionnement de la CEA ?
Après le blocage de Dakar, nous avons pu tenir une réunion à Addis-Abeba avec les ambassadeurs permanents des pays africains et en accord avec les pays membres afin de nous pencher sur les questions statures de la CEA. L’une d’entre elles portait sur le budget 2018-2019. 

Une délégation marocaine conduite par la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Mounia Boucetta a effectué une tournée dans quatre pays d’Afrique de l’Est et australe. Objectif: suivre l’évolution des partenariats récents noués avec le Maroc.

La concrétisation des accords et conventions signés entre le Maroc et ses nouveaux partenaires africains est une priorité pour la diplomatie marocaine. La semaine dernière, la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Mounia Boucetta, a ainsi effectué une tournée africaine dans la partie Est et australe du continent. Ces déplacements l’ont conduite, en compagnie d’une délégation incluant le secteur privé marocain, en Éthiopie, au Rwanda, puis en Tanzanie et à Madagascar. L’objectif était de procéder au suivi de l’exécution de la centaine d’accords et conventions bilatéraux signés entre ces pays et le royaume, lors de la toute première tournée royale dans ces régions en 2016. À l’issue de ces visites de Mounia Boucetta, aucun bilan global et précis n’a encore été communiqué. Ce qui est souvent mentionné, c’est le fait que, dans chaque pays visité, les responsables ont salué la démarche marocaine consistant à suivre l’état d’exécution des accords et conventions signés lors des tournées royales.

Comités de suivi
À ce jour donc, il est impossible de dresser un état d’avancement concret. La nouveauté est que dans quasiment chaque pays, il a été convenu, avec la partie marocaine, de mettre en place un «comité de suivi» ou un «groupe de travail» pour veiller à l'évaluation effective des accords conclus. Dans certains cas, des réunions seront tenues tous les trois mois pour faire le point. En Éthiopie et au Rwanda, l’accent a surtout été mis sur le secteur agricole, eu égard au potentiel impressionnant dont disposent ces deux pays dans le domaine. C’est dans ce cadre que la délégation marocaine a effectué une visite dans les locaux du Bureau régional d’OCP à Addis-Abeba, ainsi qu’au centre de formation de classe mondiale dédié au secteur de l’eau et de l’irrigation. Au Rwanda également, la délégation marocaine s’est déplacée sur le terrain «pour s’enquérir de l’état d’avancement des projets lancés entre le Maroc et ce pays d’Afrique de l’Est, dont un projet pharmaceutique, premier du genre réalisé par un groupe industriel marocain au Rwanda», indique le département des Affaires étrangères.

Attentes
Ce même rythme a été maintenu en Tanzanie, mais surtout à Madagascar, où de nombreuses rencontres ont été tenues avec plusieurs départements ministériels. Une visite de terrain dans la ville d’Antsirabé était également au programme pour suivre l’état d’avancement des projets convenus lors de la visite royale dans ce pays en octobre 2016. Par ailleurs, les responsables malgaches, notamment la ministre des Affaires étrangères, Béatrice Atallah, ont rappelé que leur priorité porte sur le secteur des énergies renouvelables, l’agriculture et agro-industrie et le tourisme. «Il y a néanmoins certains domaines qu’il faut prioriser parce qu’ils sont stratégiques pour l’économie malgache, dans lesquels le Maroc dispose d'expériences avancées qui pourraient profiter à Madagascar», a-t-elle souligné.


Le secteur privé en avance ?

Le secteur privé marocain n’a pas perdu de temps pour entrer en action au lendemain de la signature de conventions dans les pays d’Afrique de l’Est et australe. C’est ainsi que dans plusieurs de ces pays se sont déjà concrétisés -ou sont en cours de concrétisation- les deals qui impliquent les entreprises marocaines. Dans le secteur bancaire par exemple, les négociations sont en phase finale au Rwanda pour l’acquisition de la Bank of Kigali et de la Cogebanque par, respectivement, la BCP et Attijariwafa bank. Dans l’immobilier et la pharmaceutique, les chantiers sont en cours au pays des mille collines. Idem en Tanzanie où la BMCE Bank of Africa se félicitait, depuis plusieurs mois déjà, d’avoir dégagé les financements nécessaires aux projets qui la concernaient. En Éthiopie, OCP s’active sur plusieurs fronts, tandis qu’à Madagascar, la réalisation du canal des Pangalanes a aussi été au centre de plusieurs rencontres entre responsables malgaches et Marchica Med.

Selon le classement 2017 du magazine «The Banker», Attijariwafa bank est la quatrième plus grande banque africaine. Trois autres groupes bancaires marocains figurent aussi dans le top 25 des banques continentales.

Les banques marocaines continuent leur montée en puissance sur le continent. Cette année, elles sont 4 à figurer dans le classement des 25 plus grandes banques africaines, selon le magazine londonien «The Banker», du groupe Financial Time. Il s’agit donc d’un pas en avant pour les groupes bancaires marocains, car en 2016, ils n’étaient que 3, avant que le Crédit Agricole du Maroc ne réussisse une très belle percée dans ce classement 2017, avec une très honorable 23e place continentale. Mais, côté marocain, la palme revient à Attijariwafa bank, qui défend farouchement sa 4e place de plus grande banque africaine, avec un tier 1 évalué à 3,57 milliards de dollars. Par rapport à l’année précédente, la filiale du groupe SNI améliore ses performances, puisque son tier 1 (fonds propres de base) plafonnait à 3,15 milliards de dollars.

Expansion
La 2e place marocaine revient, à l’instar du précédent classement, au Groupe Banque Populaire (BP), dont le tier 1 évalué à 3,25 milliards de dollars, le place au 6e rang continental. Petit bémol, la BP, malgré des indicateurs en hausse, régresse d’une marche, contrairement à BMCE Bank of Africa, qui passe de la 12e à la 11e place, avec un tier 1 de 2,05 milliards de dollars. Le Crédit Agricole du Maroc, comme mentionné plus haut, grossit la représentation marocaine dans ce classement annuel très attendu, avec une 23e place dans le top 25 africain, pour un tier 1 de 643 millions de dollars. Si les banques marocaines poursuivent leur dynamique d’expansion sur le continent, elles réussiront surement à se renforcer dans cette compétition. Leur récente implantation en Afrique de l’Est et australe (notamment pour Attijariwafa bank et Banque Populaire, qui y retrouvent BMCE Bank of Africa), fait du secteur bancaire marocain, l’un des rares africains à couvrir toutes les régions d’Afrique. Ce qui n’est pas sans avantages face à leurs concurrentes sud-africaines et nigérianes.

Domination sud-africaine
Ces deux nations anglophones continuent de dominer le top 25 africain. L’Afrique du Sud garde la main sur le trio de tête, constitué de Standard Bank Group (8,62 milliards de dollars), de First Rand (6,89 milliards), et de la NedBank Group (4,82 milliards). En tout, la première puissance économique africaine est représentée dans ce classement 2017 de «The Banker» par 6 grands groupes bancaires, à l’instar du Nigéria, mais dont la plus grosse banque, Zenith Bank (2,10 milliards), ne point qu’à la 10e place. En dehors de ces deux géants africains, l’Égypte réussit également à placer 4 de ses plus grands établissements financiers dans le top 25 africains, alors que 4 autres pays à l’échelle continentale voient leurs banques figurer sur cette «short list». Il s’agit du Kenya (2 banques), du Togo, de l’Île Maurice et de l’Angola. À noter que ce classement des 25 plus grandes banques africaines est publié par «The Banker», dans le cadre de son évaluation annuelle des 1.000 premières banques mondiales. À l’instar des années précédentes, le top 5 mondial est dominé par les mastodontes chinois (3), devant les américains (2). 


2 trophées pour la filiale congolaise de BMCE Bank

La filiale congolaise de BMCE Bank of Africa, la Congolaise de Banque (LCB) vient de remporter deux prix internationaux. Il s’agit du «Best Regional Entreprise» et «Best Manager Of The year», décerné par le Comité international Socrates de l’organisme britannique European Business Assembly (EBA). Ces trophées «certifient la haute compétence de La Congolaise de Banque (LCB), filiale du Groupe BMCE Bank Of Africa. Cette distinction répond aux critères de positionnement fort sur le marché, de réputation dans la région, de compétitivité technologique, de haute qualification du personnel et de notation de placement et d’attractivité internationale du groupe BMCE Bank Of Africa dans le cadre de ses relations économiques internationales», se félicitent le groupe marocain. «Dédié à récompenser les efforts et les investissements engagés par l’entreprise, ce prix représente une consécration pour BMCE Bank Of Africa et agit comme un facteur de confiance durable auprès de tous les partenaires aussi bien locaux qu’internationaux», poursuit la même source dans un communiqué. 

La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) vient de tenir ses 24e Assemblées générales annuelles à Kigali. Pour booster le commerce intra-africain, la banque basée au Caire prévoit d’accorder 25 milliards de dollars de financements.

Afreximbank veut sortir de l’anonymat. En organisant en grande pompe ses 24e assemblées générales annuelles à Kigali du 27 juin au 1er juillet, la banque africaine de l’import-export entend marquer les esprits et se positionner comme une institution africaine de financement de première classe. En effet, des journalistes issus des quatre coins du monde ainsi été conviés pour la première fois à ce conclave, afin de donner plus de visibilité aux actions d’Afreximbank. L’accent a été mis, durant presque une semaine, sur les réalisations de la banque, ses objectifs à l’horizon 2021, mais aussi, sur les moyens de renforcer le commerce intra-africain. Pour éclairer sur tous ces points, Afreximbank n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands. Une belle brochette de personnalités politiques et économiques d’Afrique et d’ailleurs ont ainsi animé les échanges qui avaient pour cadre le somptueux Kigali Convention Centre, un complexe dédié à l’organisation et l’accueil de grands événements internationaux dans la capitale rwandaise. Le président rwandais, Paul Kagame, qui a assuré avec brio l’un des tous derniers actes du programme, mais aussi, son «frère et ami» Olusegun Obasanjo, l’ancien président du Nigéria, étaient de la partie, à l’instar de l’homme le plus riche d’Afrique, un autre Nigérian, Aliko Dangote.

15% de commerce intra-africain
Chacune de ces personnalités a livré ses idées et partagé son expérience dans son domaine, afin d’inspirer le reste du continent dans la voie du développement. Plus concrètement, tous les participants, durant les nombreux et très diversifiés panels qui ont rythmé ces journées d’échanges, ont constaté que le niveau actuel du commerce intra-africain est «très faible». En effet, il ne représente que 15% des échanges globaux du continent. Ailleurs dans le monde, le commerce entre pays européens, asiatiques voire américains, dépasse au bas mot 50% de leurs échanges avec le reste des économies mondiales. Autre indicateur alarmant, malgré la hausse en 2015, à 1,2 trillion de dollars du volume du commerce de l’Afrique, contre 10 milliards de dollars en 2006, le continent ne pèse que pour 3% du commerce mondiale. « Il nous faut donc s’industrialiser et faire mieux qu’exporter nos matières premières si nous voulons améliorer les choses », recommande-t-on à Afreximbank. Mais pour y arriver, de nombreux obstacles doivent être franchis.

Circulation difficile
Le premier est lié à la libre-circulation des personnes, des biens et des services. Aliko Dangote a d’ailleurs rappelé à l’occasion que s’il doit se déplacer à travers l’Afrique, il lui faut 35 visas, alors que son concurrent britannique lui, n’en a besoin que 5. « Il faut supprimer les obstacles à la libre-circulation des personnes», ont clamé en chœur l’ensemble des intervenants. À ce propos, l’instauration du passeport africain lors du 27e Sommet de l’UA à Kigali n’a, un an plus tard, pas du tout permis d’enregistrer des progrès importants. En effet, peu de pays ont fini de ratifier cette décision de l’Union Africaine. Les hommes d’affaires africains, à l’instar des autres fils du continent, peine toujours à se mouvoir facilement. Ce qui constitue un frein au développement des relations commerciales.

Monnaies, matières brutes
L’autre épine, et pas des moindres, touche à l’exportation brute des matières premières. «Les Africains doivent cesser d’exporter leurs matières premières en état brut, et ils doivent être moins naïfs dans leurs relations commerciales avec le reste du monde», assène sèchement Olusegun Obasanjo. Ce point de vue est partagé à tous les niveaux, notamment auprès d’Afreximbank, qui estime qu’il est grand temps de se mettre à l’ère de l’industrialisation. Enfin, le foisonnement des monnaies africaines, qui demeurent toutes très faibles, pose problème. «Entre l’Afrique de l’Ouest et centrale par exemple, on constate que le Franc CFA est utilisé dans toutes ces deux zones, mais malheureusement, le Franc CFA de l’Afrique de l’Ouest n’est pas consommable en Afrique centrale et vice-versa. Cette différence doit cesser», conseille pour sa part le Gilberto De Barro de la Banque mondiale. En somme, lors de ces 24e AG de l’Afreximbank, des pistes claires ont été identifiées afin de permettre un décollage du commerce intra-africain.

Augmenter la part de l’Afrique
Ces pistes, l’Afreximbank, dirigé par le Nigérian Benedict Oramah, entend bien les explorer, afin de booster le niveau des échanges sur le continent. C’est ainsi que la banque s’est dotée d’une nouvelle stratégie à l’horizon 2021. Son objectif est de porter, au terme des 5 prochaines années, la part du commerce intra-africain de 15% à 22%. Ce qui permettrait, de passer, valeurs absolues, de 170 milliards de dollars en 2016 à 255 milliards de dollars en 2021. De même, Afreximbank promet de contribuer à faire évoluer la contribution de l’Afrique dans le commerce mondial de 1 trillion de dollars en 2016 (soit 2,5% du total mondial), à 1,16 trillion de dollars en 2021 (soit 3,3%). À noter que le volume du commerce mondial devrait sur la même période passer de 33,7 trillions de dollars à 35,1 trillions de dollars. Pour l’Afrique, les ambitions sont assez grandes, mais si les conditions sont réunies, cet objectif reste réalisable.

25 milliards de dollars en 5 ans
Afreximbank dit vouloir y contribuer en augmentant ses financements accordés aux États et aux entreprises africaines. Mais c’est surtout son stratégie «Impact 21», la cinquième du genre depuis la création de la banque en 1993, qui constitue le nouvel catalyseur des actions d’Afreximbank. Lancée en décembre 2016, «Impact 2021», un plan quinquennal de 90 milliards de dollars, vise quatre grands objectifs : améliorer le commerce intra-africain ; renforcer l’industrialisation des pays africains et développer les exportations ; de même qu’accroitre son leadership dans le financement du commerce, et enfin, atteindre une solidité et une performance financières. 25 milliards de dollars seront octroyés en prêts aux États et entreprises africaines afin de booster le commerce intra-africain. À Kigali, lors de ses 24e AG, Afreximbank a respectivement signé des accords de prêts avec la Banque de développement du Rwanda (10 millions de dollars), avec le groupe du Nigérian Tony Tony Elumelu (100 millions de dollars), en plus du groupe Dangote pour des financements pouvant atteindre 1 milliard de dollars.  


Olusegun Obasanjo
Ancien président du Nigéria

Si l’Afrique disposait d’un réseau de transport performant, nous aurions dépassé le niveau faible du commerce intra-africain que nous avons actuellement. Même s’ils ne produisent que des matières premières, les pays africains doivent commercer entre eux».

Claver Gatete
Ministre rwandais des Finances et de la planification économique

En tant que nouveau président du conseil d’administration d’Afreximbank, je veillerais à ce que la banque continue d’aller de l’avant. Nous allons essayer de voir comment rendre le secteur privé moins risqué afin qu’il puisse bénéficier davantage de fonds d’Afrexilbank».


Benedict Oramah
Président d’Afreximbank

Afreximbank ambitionne de débourser 25 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, afin de supporter le commerce intra-africain. Ces projections exigent, de notre part, d’importants efforts, mais aussi bien notre personnel que direction générale montrent leur disposition à les atteindre. Nous sommes conscients que nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes auxquels notre continent est confronté, mais nous pouvons au moins commencer à montrer la voie! La stratégie «Impact 2021», la cinquième du genre mise en place par Afreximbank, vise quatre objectifs. Le premier est de minimiser l’exposition des pays africains au ralentissement économique des autres régions et de faciliter la production interne à travers la promotion du commerce intra-africain. Le deuxième objectif est de contribuer à la transformation structurelle des économies des États membres d’Afreximbank, en leur apportant du soutien pour la mise en place d’une industrie d’exportation de produits manufacturées. Le troisième consiste à assurer un meilleur accès au financement du commerce, et ce faisant, aboutir au quatrième objectif qui est de faire de notre institution une banque résiliente et rentable. Dans les années à venir, nous concentrerons nos efforts sur la réalisation des objectifs de cette stratégie. Nous avons identifié et mis en œuvre des processus internes, des systèmes et des stratégies de gestion des risques qui garantissent la bonne exécution de nos objectifs communs. 


Afreximbank : Des projets en gestation avec le Maroc

Le Maroc qui vient d’officialiser son adhésion en tant que pays membre d’Afreximbank n’a pas encore profité des largesses de l’institution financière basée au Caire, en Égypte. Mais, auprès de la banque, on annonce qu’il y a un « intérêt grandissant » dans la coopération avec le royaume. Les contacts seraient plus étroits avec le secteur privé marocain, fait-on savoir à Afreximbank. Ses responsables n’excluent pas de conclure des partenariats de financements avec le gouvernement ou les entreprises marocaines. Après avoir promulgué en 2011 une loi portant approbation du principe de l'adhésion du royaume du Maroc à la Convention portant création de la Banque africaine pour l'import-export, le Maroc a déposé, en septembre 2013, les instruments de ratification de la convention. En février dernier, le royaume a officialisé cette adhésion. À Kigali, la présence des délégués du Maroc aux 24e AG d’Afreximbank était quasi invisible.

Selon le classement Mercer 2017 sur le coût de la vie, deux villes africaines figurent dans le top 15 des plus chères au monde, alors que Tunis est la capitale la moins coûteuse de la planète. Casablanca et Rabat sont les plus chères au Maghreb.

Les rapports de Mercer sur les villes africaines se suivent et se ressemblent. A l’instar des précédentes éditions du classement du cabinet américain sur le coup de la vie, on constate globalement que l’Afrique, dans l’édition 2017 de la publication de Mercer, est une destination à la fois très couteuse et relativement abordable pour les salariés expatriés. En effet, selon l’étude de Mercer de 2017 sur les «tendances mondiales en matière de gestion des talents», un certain nombre de villes africaines continuent à apparaître dans le haut du classement. Il s’agit notamment de la capitale angolaise, Luanda, qui redevient la ville la plus chère au monde, détrônant ainsi Hong Kong. Ce retour dans le haut de ce classement est pourtant assez paradoxal sachant que la monnaie de l’Angola, le kwanza, a beaucoup perdu de sa valeur. En dehors de Luanda, c’est Victoria (14e mondial) aux Îles Seychelles qui arrive en deuxième place au niveau africain. Celle-ci est suivie par la capitale tchadienne, Ndjamena (16e). Dans ce pays de l’Afrique centrale, c’est plutôt la rareté et l’indisponibilité de la plupart des commodités qui rend la vie chère.

Top 10
Après ce trio de tête, Kinshasa (18e mondial) arrive en quatrième position continentale. La capitale de la RDC améliore son classement sachant qu’en 2016, elle occupait une inquiétante 8e place à l’échelle planétaire. Lagos, au Nigéria, est cinquième africain en 2017, avec une 29e place mondiale. Là aussi, le recul est important en termes de cherté du niveau de vie, car il y a tout juste un an, la bouillante métropole nigériane était classée 13e mondiale. La chute du Naira, la monnaie nigériane y est sûrement pour quelque chose. Enfin, dans le top 10 africain, on compte également Libreville (33e), Abidjan (42e), Djibouti (49e), Accra (54e) et Abuja (59e).

Abordables
A l’inverse de ce top 10 des villes les plus chères, il faut noter que Tunis (209e mondial), est la capitale la moins coûteuse en Afrique et dans le monde. Quant aux 2 villes marocaines figurant sur ce classement, à savoir Casablanca et Rabat, elles se placent respectivement aux 130e et 169e rangs au niveau mondial. Sur le plan africain, ces deux cités moyennement classées, même si elles sont les plus chères dans le Maghreb. Enfin, il est à noter que les plus grandes capitales d’Afrique de l’Ouest, où se concentrent la majorité des entreprises marocaines, apparaissent comme relativement chères. C’est le cas d’Abidjan (42e), de Dakar (93e) et de Bamako, légèrement moins chère avec une 126e place mondiale sur un classement qui comprend 209 villes. Cette étude annuelle, qui en est à sa 23e édition, mesure le coût comparatif de plus de 200 éléments dans chaque lieu, y compris le logement, les transports, l’alimentation, l’habillement, les articles ménagers et les divertissements. 


Ilya Bonic
Associé principal et Président du service des ressources humaines chez Mercer

La globalisation des marchés est bien documentée, de nombreuses entreprises étant établies dans plusieurs pays du monde et encourageant les missions internationales afin d'améliorer l'expérience de leurs futurs responsables. Qu'il s'agisse de missions à court ou à long terme, l'expatriation des employés présente de nombreux avantages au niveau personnel et organisationnel, dont le développement de leur carrière grâce à l'expérience internationale acquise, la création et le transfert de compétences, et la redistribution des ressources».

Nathalie Constantin-Métral
Responsable de la compilation du classement Mercer

La décision de l'Égypte de permettre à sa devise de fluctuer librement en échange d'un prêt de 12 milliards de dollars sur trois ans pour renforcer son économie a résulté en une dévaluation massive de la livre égyptienne de plus de 100% par rapport au dollar américain, ce qui a fait chuté Le Caire dans le classement».


Méthodologie

L'enquête annuelle de Mercer sur le coût de la vie révèle que les villes africaines, asiatiques et européennes arrivent en tête de la liste des destinations les plus chères en termes d'affectation à l'étranger. Malgré des changements dans le monde, les multinationales s'appuient sur leur main-d'œuvre mobile pour soutenir l'avancement professionnel et garantir la compétitivité à l'échelon mondial, indique Mercer. Il est à noter que les chiffres de Mercer relatifs aux comparaisons du coût de la vie et du logement locatif sont issus d'une enquête réalisée en mars 2017. Les taux de change en cours à cette période et le panier international des biens et services compilés par Mercer ont été utilisés comme mesures de base. Les gouvernements et les grandes entreprises s'appuient sur les données de cette enquête afin de protéger le pouvoir d'achat de leurs employés en affectation à l'étranger ; les données sur le coût du logement locatif sont utilisées pour déterminer les primes de logement locales des expatriés. La sélection des villes étudiées est fonction de la demande en matière de données.

Le Maroc, selon l’Élysée, a de la volonté pour soutenir la France dans le déploiement d’une force de stabilisation au Sahel, mais quelle serait la nature de ce soutien ?

Au sortir de sa première entrevue avec le roi Mohammed VI jeudi 15 juin à Rabat, le nouveau président français, Emmanuel Macron, qui effectuait sa première «visite de travail et d’amitié» au Maroc, semblait heureux. En tout cas, sur un point précis : le dossier relatif au Sahel. En effet, face à la presse, le nouveau locataire de l’Élysée a déclaré à propos du souverain marocain : «J’ai vu un partenaire concerné, et qui a de la volonté de participer à nos efforts dans la stabilisation au Sahel. Je pense que c’est un élément important et la volonté aussi d’être très vigilant sur tous les foyers potentiels de déstabilisation en Afrique». La France, qui peine à supporter les coûts de son opération militaire «Barkhane» dans la région sahélienne est dans une recherche active de partenaires pour lui alléger le fardeau. À l’ONU, l’Hexagone tente péniblement d’obtenir le feu vert du Conseil de sécurité des Nations-Unies pour soutenir la mise sur pied d’une force de 5.000 hommes par les États membres du G5, c'est-à-dire des pays du Sahel que sont la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. Américains et Britanniques se sont opposés à une résolution engageant un financement de cette force par l’ONU. L’Administration Trump, soucieuse de baisser drastiquement ses contributions financières aux opérations onusiennes, refuse pour l’heure d’accéder à la requête française.

350 millions d’euros
Ce blocage au niveau du Conseil de sécurité oblige la France à chercher et à diversifier les soutiens, notamment sur la scène africaine. La question a ainsi été évoquée la semaine dernière à Alger par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Presque au même moment, son mentor, Emmanuel Macron, sollicitait auprès de la haute bienveillance royale l’implication du Maroc dans ce dossier complexe car il faut le rappeler, à peine 50 millions d’euros de promesses de contributions financières ont été obtenus jusque-là, en provenance de l’Union Européenne alors que la force du G5 Sahel aura besoin d’environ 350 millions d’euros par an pour son fonctionnement.

Renseignement marocain
Si logiquement, les troupes du G5 Sahel ne devraient être constituées que des soldats issus des pays situés sur cette zone aride aux portes du Sahara, toute autre contribution étrangère se limiterait à une assistance soit technique, soit financière. Dans ce contexte, si, comme le déclare le président français, le Maroc a la volonté de participer aux efforts français dans la région du Sahel, le royaume pourrait alors participer aux opérations sur le terrain par son expertise dans le domaine du renseignement. C’est probablement l’un des rares moyens d’action possible depuis Rabat, au regard de la sensibilité de ce vaste espace géographique et surtout de la complexité des acteurs en jeu. Les pays membres du G5 Sahel ne sont pas forcément les meilleurs alliés du Maroc sur le continent. Ils sont traditionnellement plus proches du voisin algérien. Le Maroc, en dépit de sa disposition à contribuer à la «stabilisation» du Sahel comprend certainement que le sable mouvant de cet espace géographique requiert une grande prudence. 


Renseignement et maintien de la paix

En Afrique, le Maroc se distingue dans le domaine du renseignement. Le royaume est de plus en plus sollicité par les pays du continent pour partager son expertise. C’est notamment le cas de la Côte d’Ivoire qui a fait appel aux services sécuritaires marocains au lendemain des attentats meurtriers du Grand Bassam en mars 2016, qui avaient fait 19 morts. Le Burkina Faso a également sollicité la coopération marocaine dans le renseignement (www.leseco.ma). Rabat a dans ce sens reçu la visite du ministre burkinabè de l’Intérieur pour concrétiser les axes de cette coopération. En dehors du renseignement, les interventions militaires du royaume sur le continent se limitent jusque-là au cadre des missions de maintien de la paix ou d’assistance humanitaire. Actuellement, quelque 1.596 militaires marocains participent à ces opérations, notamment en République Centrafricaine. 


Emmanuel Macron
Président de la République Française

[En Afrique], le Maroc joue un rôle croissant et nous ne pouvons que nous féliciter de l’entrée du Maroc à l’Union Africaine et prochainement au sein de la CEDEAO, mais aussi de la volonté affirmée qui est la sienne de coopérer avec la France dans sa stratégie de stabilisation régionale. J’ai vu un partenaire concerné, et qui a de la volonté de participer à nos efforts dans la stabilisation au Sahel. Je pense que c’est un élément important et la volonté aussi d’être très vigilant sur tous les foyers potentiels de déstabilisation en Afrique. Plus largement, je suis pour ma part convaincu que la France et le Maroc ont aujourd’hui ensemble en Afrique une politique commune à conduire. Celle qui consistera à développer avec les entrepreneurs privés, avec les artistes, le monde éducatif et culturel, une forme de libération des sociétés partout où elles sont en train de s’épanouir et de repenser une relation équilibrée en Afrique s’appuyant sur les sociétés civiles. C’est le cœur de la politique partenariale que je souhaite conduire, où à côté de la sécurisation parfois nécessaire, il y a des actions que nous avons à conduire. Il doit y avoir une volonté de développement, une politique éducative beaucoup plus forte. Également un travail avec les entrepreneurs, avec la société civile, avec le monde universitaire, pour permettre qu’adviennent justement les changements qui aujourd’hui sont en train de se faire en Afrique. C’est de cela dont nous avons également parlé avec le roi du Maroc et je crois qu’il partage aujourd’hui cette vision.  

Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale

La célébration de la «Journée de l’Afrique» à Rabat a été l’occasion pour le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, d’expliquer la nouvelle politique africaine du Maroc et surtout de revenir sur le processus d’adhésion du royaume à la CEDEAO. Extraits...

 «La politique africaine du Maroc n’est plus sous-régionale mais continentale»
 La célébration annuelle de la «Journée de l’Afrique» est faite dans tous les pays africains. Cette année, au Maroc, cet événement a un goût particulier puisqu’il coïncide avec une série d’événements très importants qui ont couronné tout un investissement royal pour le retour du Maroc à l’Union Africaine et l’adhésion à la CEDEAO. Ces deux événements constituent des évolutions importantes dans la politique africaine du Maroc mais au-delà le seuil nouveau atteint par la politique africaine du royaume se décline en plusieurs éléments. D’abord, c’est une politique qui n’est plus sous-régionale, mais continentale. Les déplacements royaux le démontrent. Sa majesté a été aussi bien en Afrique de l’Ouest, Centrale, de l’Est qu’Australe. Donc le déploiement diplomatique du Maroc est devenu continental.

«Une politique de petits et de grands projets»
Le deuxième élément est que cette politique africaine combine à la fois la réalisation de petits projets que de projets d’envergure. La construction d’une nouvelle ville au Soudan du Sud, l’aménagement du canal des Pangalanes à Madagascar et celui de la baie de Cocody à Abidjan ainsi que la construction d’une cité d’affaires à la place de l’actuel aéroport international de Dakar, sont des projets qui nécessitent des investissements importants et une expertise pointue mais à côté des projets de moindre envergure et à fort impact ont également été lancés. C’est le cas par exemple de la construction d’hôpitaux, de centres de formation, etc. Ce sont des projets de petite taille mais à fort impact.

«En Afrique, aucun pays n’a une offre similaire au Maroc»
Une autre dimension de l’évolution de la politique africaine du Maroc est que l’offre marocaine en Afrique est non seulement singulière, mais multidimensionnelle. Aucun pays n’a une offre similaire. Elle combine à la fois le militaire, le sécuritaire, le religieux, l’économique, le diplomatique, l’humain, le social, etc. C’est ce qui donne de la crédibilité à cette politique et par conséquent une réponse et une réaction positives de nombreux pays africains à l’offre marocaine. Enfin, cette évolution se décline sur un autre plan, à savoir le fait que la dimension institutionnelle est utilisée comme un élément amplificateur de la dimension bilatérale. C’est un moyen de renforcer la coopération sectorielle avec les pays. C’est comme une sorte de plateforme pour que le Maroc pèse dans l’agenda africain au niveau de la paix et de la stabilité, du développement, etc.

«Climat, migration, terrorisme : le Maroc positionne l’Afrique»
Il se trouve que le Maroc préside cette année trois grandes instances multilatérales : la COP22, le Forum global pour les migrations et le développement et le Forum global pour la lutte contre le terrorisme. Ces trois thématiques sont centrales et très importantes pour l’Afrique. Et sur ces trois thématiques, le Maroc essaie de placer l’Afrique au cœur de ces problématiques et fait en sorte que la voix de l’Afrique soit entendue sur ces thématiques.

«Le Traité de la CEDEAO doit évoluer»
Concernant la CEDEAO, l’accord de principe qui a été donné par le dernier sommet à Monrovia conforte le royaume dans sa démarche parce que le Maroc souhaitait d’abord une réponse politique à la demande politique formulée par sa majesté le roi le 24 février dernier. Cette réponse politique a été claire, nette et quasi-unanime en faveur de l’adhésion du Maroc. Les prochaines étapes portent notamment sur l’adaptation juridique. Il s’agit pour le Maroc d’adhérer au Traité de la CEDEAO. Et à ce propos, il y a une procédure constitutionnelle à suivre. Cela dit, je pense que le Traité de la CEDEAO doit évoluer pour inclure un nouveau pays. C’est une construction qui a plus de quarante ans, et donc des acquis. Ces acquis, le Maroc doit les intégrer et pour les intégrer, il faut des négociations qui tiendraient compte des objectifs du Maroc et des réalités des pays de la CEDEAO. Ce processus, le Maroc l’a prévu dès le départ, avec ses différentes étapes, savoir politique, juridique, etc.

«Le Maroc n’adhère pas à une région, mais à une organisation d’intégration régionale»
Même si l’on prend la réalité géographique, la CEDEAO regroupe les pays d’Afrique de l’Ouest. Et j’imagine qu’il n’y a pas un pays africain plus à l’Ouest que le Maroc. Le nom arabe ancien du Maroc c’est «Al Maghrib Al Aqsa», c'est-à-dire le pays de l’extrême Ouest. Qui est plus à l’Ouest entre le Maroc et le Niger ? Et puis si nous poursuivons dans cette logique, comment un pays plus au Sud que le Nigeria peut-il adhérer [à la CEDEAO, ndlr] alors que le Maroc, qui est à l’Ouest n’y adhère pas ? En plus, le cas de la Tunisie est un exemple éloquent. C’est un pays d’Afrique du Nord qui a rejoint la COMESA, laquelle regroupe les pays d’Afrique de l’Est et australe. Donc ce n’est pas une contrainte. Le Maroc n’adhère pas à une région car il est déjà dans une région qui s’appelle l’Afrique de l’Ouest, mais plutôt à une organisation d’intégration régionale.  

Les chefs d’État des pays membres de la CEDEAO sont favorables à l’adhésion du Maroc à leur groupement sous-régional. Après ce feu vert politique, place aux étapes juridiques et techniques.

Le Maroc est le bienvenu dans la CEDEAO. Tel est le message délivré par le sommet des chefs d’État de la communauté économique ouest-africaine, à l’issue de sa 51V session tenue ce dimanche 4 juin dans la capitale libérienne, Monrovia. En réponse à la candidature d’adhésion marocaine déposée fin février dernier, les présidents des pays membres de la CEDEAO ont donné leur «accord de principe». Par ce feu vert exprimé dans le communiqué final qui a sanctionné leurs travaux, les leaders ouest-africains acceptent la possibilité d’une intégration du Maroc à leur groupement sous-régional, «eu égard aux liens forts et multidimensionnels de coopération» qu’ils entretiennent avec le royaume. Dans le processus d’adhésion du Maroc à la CEDEAO, un premier palier vient donc d’être franchi avec succès.

Phase 2
Après cette étape politique, place désormais aux phases juridiques et techniques. En effet, la conférence des chefs d’État a instruit la commission de la CEDEAO «d’examiner les implications d’une telle adhésion conformément aux dispositions du traité révisé de la CEDEAO et de soumettre les résultats à sa prochaine session». Celle-ci est prévue en décembre à Lomé, capitale du Togo, dont le président Faure Gnassingbé est élu à la présidence tournante de l’organisation pour un an. Le roi Mohammed VI, qui a annulé sa participation au sommet de Monrovia en raison de la présence du premier ministre israélien Benyamin Nethanyahou, pourrait prendre part à cette prochaine session à Lomé, puisqu’une invitation lui a été adressée par ses homologues ouest-africains.

Complexité
Quant à l’étape technique, très cruciale, elle permettra aux deux parties de négocier les modalités de cette adhésion et d’évaluer les conséquences économiques de l’intégration du Maroc à cet espace sous-régional de 15 États aux 320 millions de consommateurs. Cette phase pourrait prendre du temps et s’avérer complexe, en raison des craintes exprimées par les opérateurs économiques de plusieurs pays membres de la CEDEAO sur une éventuelle concurrence des produits marocains.


Nasser Bourita,
Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale

Après le retour du royaume au sein de l’Union africaine en janvier dernier, la décision prise aujourd’hui par les chefs d’État membres de la CEDEAO conforte le Maroc et le roi dans la politique africaine du royaume et dans cette priorité accordée par le souverain à l’Afrique, qui se trouve au cœur de la politique étrangère du royaume».

Mohamed Benhammou
Président du Centre marocain des études stratégiques (CMES)

La présence du Maroc en tant que membre au sein de ce groupement régional va donner encore plus de poids, de force et de dynamisme à ce groupement et le hisser encore plus haut, que ce soit par son rang et son poids économiques ou par sa place en tant que marché».

Jean-Paul Dias
Ancien président du Conseil des ministres de la CEDEAO

S’il rejoint la CEDEAO, le Maroc se verrait offrir un vaste marché. En outre, étant mieux organisé que le Nigeria, il se révélerait le pays le plus fort de la zone et se positionnerait favorablement dans la perspective de capter toutes les retombées issues de la mise en œuvre des APE avec l’Europe».


Quid de la Tunisie et de la Mauritanie ?

À Monrovia, les chefs d’État de la CEDEAO n’avaient pas qu’à trancher sur les dossiers préoccupant leur sous-région. En effet, il était beaucoup question du Maghreb lors de leurs échanges. En plus de la candidature du Maroc, la CEDEAO devait apporter des réponses aux requêtes de la Tunisie et de la Mauritanie. Ces deux voisins du Maroc sollicitaient respectivement le statut d’observateur et d’associé. Si la Tunisie a reçu une réponse favorable, la Mauritanie a été, elle, invitée à reprendre à zéro avec la CEDEAO. Nouakchott, qui court derrière un accord d’association, est appelé à «présenter une demande de pleine adhésion», après avoir pourtant quitté cette même organisation en 2000, lui préférant l’Union du Maghreb arabe (UMA). Mais aujourd’hui, la flamme de l’intégration maghrébine s’est bel et bien éteinte, obligeant ses pays membres à aller frapper aux portes d’autres organisations sous-régionales. Si seulement cette situation paradoxale pouvait servir de leçon et raviver cette flamme si nécessaire à l’essor économique du Maghreb.


DR Moustapha Diouf, spécialiste en relations internationales

Adhésion du Maroc à la CEDEAO : Un vrai bouleversement juridique

Dans cet entretien, Moustapha Diouf, magistrat et docteur en relations internationales (droit de l’intégration), donne un aperçu sur les étapes juridiques et techniques de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. 

Les Inspirations ÉCO : Sur le plan juridique, qu'implique l'adhésion du Maroc à la CEDEAO ?
Moustapha Diouf : Il faut d’abord souligner que le traité révisé de la CEDEAO de 1993 ne contient pas de disposition relative à l’adhésion de nouveaux membres. Mais puisque rien ne s’y oppose, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement (CCEG), l’institution suprême, peut souverainement y admettre un autre État, comme elle avait déjà octroyé au Maroc le statut d’observateur. Le cas échéant, et comme toute adhésion à une organisation d’intégration, c’est d’abord une soumission totale à ce qu’on appelle l’acquis communautaire (amendé au besoin). Il s’agit de l'ensemble du corpus juridique de l’entité, à la somme des droits et obligations juridiques qui lient déjà les États membres, conformément à la temporalité qui aura été fixée à l’occasion des négociations relatives à ladite adhésion. L’adhésion, c’est également la caducité -en principe- des accords à caractère économique, technique ou encore culturel que le Maroc a signés avec des États membres de la CEDEAO pris individuellement, des États tiers ou d’autres organisations internationales, du moins dans toutes leurs dispositions incompatibles avec le traité révisé de la CEDEAO (article 84).

Quels traités et accords le Maroc doit-il désormais obligatoirement ratifier ?
L’adhésion du Maroc sera une première au niveau de la CEDEAO, où il n’y a pas de procédure définie. Mais dans la pratique, on établit après négociations un traité d’adhésion entre les États membres (pas la communauté) et le candidat à l’adhésion. C’est le cas par exemple au sein de l’Union européenne, de l’UEMOA avec l’accord d’adhésion de la Guinée-Bissau de mars 1997, ou encore, dans une organisation d’intégration sectorielle, le traité d’adhésion de la Guinée à l’OMVS.

Combien et comment les États membres de la CEDEAO cotisent-ils pour participer au budget de fonctionnement de l'institution ?
Les contributions des États membres au budget de la communauté s’opèrent à travers un prélèvement communautaire d’intégration de 0,5 % perçu par les États membres sur les importations en provenance de l'extérieur de la région. Il est recouvré par les administrations nationales des douanes des États membres, et reversé dans un compte de la CEDEAO, ouvert dans les livres de la Banque centrale du pays membre.

Quels sont les organes les plus influents qui pourraient intéresser le Maroc, en tant que membre de la CEDEAO ?
L’organe suprême (CCEG), qui fonctionne pratiquement comme en régime présidentialiste fort, regroupe tous les États membres. Au sein du Conseil des ministres, comme au Parlement communautaire aussi, tous les États membres sont représentés. Quant aux institutions à vocation supranationale (la Commission et la Cour de justice), tous les États sont appelés par rotation à y avoir respectivement leur commissaire et leur magistrat. Est intéressante la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), une sorte de société holding régionale, avec deux filiales spécialisées, à savoir le Fonds régional de développement de la CEDEAO (FRDC), pour appuyer le secteur public, et la Banque régionale d’investissement de la CEDEAO (BRIC) pour accompagner le secteur privé. Sa gouvernance respecte également l’égalité souveraine des États membres.

En termes de droit des affaires, des répercussions sont-elles à attendre pour le Maroc ?
Pas outre mesure à mon avis, pour ce qui est du «droit privé des affaires», car ce droit reste celui qu’il a été pendant que le Maroc était déjà en relations bilatérales avec 13 États membres. C'est-à-dire que 8 États de la CEDEAO, à savoir les États UEMOA, sont dans un droit unifié des affaires avec les États de la zone franc d’Afrique centrale, au sein de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). Les États restants ont leur propre droit des affaires, et comme le Maroc, ils gardent le leur tant qu’ils n'intégreront pas l’OHADA. Cela veut dire que la création de ses sociétés commerciales et la gestion de leurs difficultés, ainsi que leur liquidation, le recouvrement des créances, les sûretés, de même que les litiges qui naissent de tout cela et les contrats y afférents resteront soumis à un droit casuel, c'est-à-dire appliqué au cas par cas.

Qu’en est-il du droit public des affaires ou droit public économique ?
Intégrant à maints égards le droit CEDEAO, les règles communautaires de la concurrence (acte additionnel relatif à l'adoption de règles communautaires en matière de concurrence et des modalités de leur mise en œuvre dans l'espace CEDEAO,) et celles relatives à la commande publique (Code des marchés publics CEDEAO), en tout ce qu’elles disposeront, viendront s’imposer à l’ordre juridique marocain, et bouleverseront sans doute certaines pratiques. Les acteurs mettront du temps à les comprendre et à se les approprier. 

À quelques jours du Sommet de la CEDEAO à Monrovia, la diplomatie marocaine poursuit son opération séduction auprès des chefs d’État de la sous-région ouest-africaine. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération se dit «confiant» quant à l’acceptation de la candidature marocaine.

Dernier virage avant le verdict final. À 4 jours du Sommet tant attendu des chefs d’État des pays membres de la CEDEAO, le Maroc continue de défendre sa candidature dans la sous-région ouest-africaine. Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, a ainsi effectué une ultime tournée auprès de certains présidents de l’Afrique de l’Ouest. Le chef de la diplomatie marocaine a ainsi été reçu, jeudi 25 mai à Abidjan, par le président ivoirien, Alassane Ouattara, avant de poursuivre son périple au Togo, avec une audience à Lomé avec le chef d’État Faure Gnassingbé. Aussi bien dans la capitale ivoirienne que togolaise, il a été question, à en croire les déclarations à la presse du ministre marocain, du prochain Sommet de la CEDEAO, prévu ce dimanche 4 juin à Monrovia, capitale du Liberia.

Soutien unanime?
Ces nouveaux déplacements de la diplomatie marocaine interviennent au moment où des voix font état de réticences de la part de certains poids lourds de la sous-région, notamment de la part du Nigeria, sur l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Sur ce point, Nasser Bourita a récemment fait savoir, lors d’un entretien accordé à RFI, qu’«il n’y a pas de pays réticent à l’intégration du Maroc à la CEDEAO. Au contraire, beaucoup de pays se sont exprimés soit oralement, soit par écrit en soutien à la candidature marocaine». Une chose est sûre: l’entrée du royaume, en tant que 16e État-membre de la CEDEAO, est donc fort probable. Il reste à savoir quel en sera le procédé d’acceptation. S’agira-t-il d’un vote par consensus ou à la majorité simple? En tout cas, pour la CEDEAO, qui n’a jamais été confrontée à pareille situation, c’est aussi un vrai test pour sa cohésion, surtout pour une communauté sous-régionale réputée être la plus intégrée sur le continent.


Nasser Bourita
Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale

Il n’y a pas de pays réticent à l’intégration du Maroc à la CEDEAO. Au contraire, beaucoup de pays se sont exprimés soit oralement, soit par écrit en soutien à la candidature marocaine».

Marcel Alain de Souza
Président de la Commission de la CEDEAO

Le Maroc étant situé un peu loin de notre zone géographique, nous ne pouvons pas forcément dire qu’il peut intégrer la CEDEAO, mais nous pouvons mettre en place un partenariat gagnant-gagnant».


Une impulsion aux exportations selon CMC

Dans son numéro du mois de mai de «Maroc Conjoncture», le Centre marocain de conjoncture (CMC) se penche sur la candidature du royaume à la CEDEAO. Analysant les répercussions d’une éventuelle adhésion du Maroc, le CMC estime que l’impact économique de cette entrée au sein du groupement régional peut être évalué à travers la dynamique d’exportation. «Dans l’éventualité que l’admission du Maroc au sein de la CEDEAO donne lieu à une forte impulsion aux exportations dans la région, l’effet multiplicateur sur l’ensemble de l’activité peut être assez significatif», écrit le CMC. À plus long terme, poursuit le document, «on peut également ajouter l’intensification des flux d’investissement et leur incidence sur les capacités productives, sachant que le Maroc figure déjà, à l’heure actuelle, parmi les premiers investisseurs de la zone». En somme, le CMC estime que l’impact économique de l’adhésion du royaume à la CEDEAO peut être mesuré par l’effet multiplicateur du surcroît de la demande adressée au Maroc par les pays de la région sur la production, la valeur ajoutée et l’emploi.

Le Maroc a été fortement représenté au 1er Salon international de l’artisanat de Dakar (15-20 mai) avec la participation d’une trentaine d’exposants, qui ont saisi cette rencontre pour faire la promotion des produits artisanaux du royaume.

Le stand du Maroc au Salon international de l’artisanat de Dakar (SIAD) a été l’un des points d’attraction des visiteurs. C’est un arsenal d’ornements esthétiques aux couleurs marocaines qui a été déployé pour décorer le stand fait de chapiteaux. Le sol est aussi décoré avec de jolies moquettes et des tapis rouges. Les entrées et sorties de quelques visiteurs donnent un peu d’animation à l’endroit. Les exposants marocains, une trentaine, rivalisent de créativités. Certains exposent des produits finis, d’autres, par contre, font la fabrication dans des ateliers de fortune installés à l’occasion dudit salon. Ces artisans évoluent notamment dans la poterie, le textile, la décoration, les cosmétiques issus de l’argan, le cuir…

Nouer des contacts
Salah Zegzouti, propriétaire de l’entreprise «L’art du bois» est l’un des exposants ayant fait le déplacement à Dakar. Cet artisan originaire de Marrakech fabrique ses produits à partir du bois mort. Il n’oubliera pas de sitôt son premier voyage-découverte dans la capitale sénégalaise. «Ce salon est d’une grande importance. J’en ai profité pour faire de nouvelles connaissances, nouer des contacts avec d’autres artisans. Ce sont de belles rencontres durant lesquelles nous avons échangé des expériences et de bonnes pratiques dans le métier du bois», se réjouit S. Zegzouti. Ses produits exposés sont composés essentiellement d’objets d’art, de boîtes à bijoux, de matériel de cuisine en bois. Addib Lhoucine, un autre artisan marocain, expose sur des étagères de belles chaussures en cuir fabriquées manuellement. Comme beaucoup de ses collègues, il apprécie le grand intérêt des visiteurs pour les produits marocains, même s’ils ne se bousculent pas, pour le moment, dans les stands. «C’est un grand plaisir pour moi d’avoir participé à ce salon qui présente beaucoup d’opportunités pour les exposants», soutient Lhoucine. Il espère écouler ses produits avant la fin de la foire. Une de ses voisines, sous le sceau de l’anonymat relève pour sa part le manque de rush des clients acheteurs. «Certes, il y a beaucoup de visiteurs qui passent juste pour regarder les produits, mais rares sont ceux qui achètent. Nous pensons que la situation va changer dans les prochains jours», nous explique-t-elle, lors de notre passage au SIAD, mercredi 17 mai. Elle se félicite néanmoins du choix des initiateurs du salon de faire du Maroc l’invité d’honneur de ce SIAD.

Une vitrine pour l’art marocain
Des exposants sénégalais magnifient aussi la participation remarquable du royaume à ce salon. «Le Maroc a une grande expérience dans le domaine de l’artisanat et ce salon est une opportunité pour découvrir des produits artisanaux marocains dans toute leur diversité», se félicite Habibou Dieng, propriétaire d’une bijouterie.  


Mahammad Boun Abdallah Dionne
Premier ministre du Sénégal

Le Salon international de l’artisanat de Dakar (SIAD) s’inscrit dans l’ambition du chef de l’État du Sénégal de faire de l’artisanat un moteur de la croissance durable et inclusive. Cette option du gouvernement est fondée sur le haut potentiel de l’artisanat en termes de création d’emplois. L’artisanat est un facteur essentiel de valorisation de nos ressources locales d’où sa contribution significative à la lutte contre la pauvreté».

Jamila El Moussalli
Secrétaire d’État chargée de     l’artisanat (Maroc)

Le SIAD constitue le lieu le plus propice d’échanges et de partenariat entre les différents pays de la sous-région. Il est aussi un cadre de la promotion des relations fortes et solides entre le Maroc et le Sénégal. La délégation marocaine est venue à Dakar avec un échantillon de différentes facettes de l’artisanat, avec les valeurs culturelles et de la civilisation du royaume».

Mbagnick Diop
Président du groupe Promo consulting, maître d’œuvre du salon

Pendant la journée dédiée au Maroc, il y a eu des signatures d’accords entre l’Agence en charge de la promotion de l’artisanat du Sénégal et son homologue marocain. Beaucoup de partenariats vont se nouer durant ce salon».


L’artisanat, niche d’emplois au Sénégal

L’artisanat constitue l’un des secteurs sur lesquels l’État du Sénégal compte s’appuyer pour la création d’emplois. Pour ce faire, le gouvernement a mis l’accent sur la formation de 10.000 jeunes à travers le pays pour un apprentissage rénové, la facilitation de l’accès au financement avec des conditions souples (sans apport et sans taux d’intérêt). L’État a également mis en place une ligne de crédit d’un milliard de FCFA (1,5 million d’euros) et a installé huit centres pilotes d’artisanat d’art sur les sites touristiques et trois centres d’exposition et de commercialisation de produits artisanaux. Mieux, les entreprises artisanales peuvent désormais accéder à la commande publique. L’État leur réserve 15% des marchés dans la fourniture du mobilier national.

Le gouvernement ivoirien va accorder un abattement fiscal de 50% sur l’IS (impôt sur les sociétés) aux promoteurs immobiliers actifs dans le logement social. C’est une très bonne nouvelle pour les grands groupes marocains opérant en Côte d’Ivoire et une belle incitation fiscale pour les opérateurs attirés par le marché ivoirien.

Développer le logement social à tout prix. Telle semble être l’obsession de l’État ivoirien qui, malgré la mauvaise passe que traverse l’économie nationale en raison de la baisse des prix du cacao, a décidé d’accorder une nouvelle carotte fiscale aux opérateurs immobiliers. En effet, ce mercredi 11 mai, le gouvernement d’Alassane Ouattara a annoncé, à l’issue de son Conseil des ministres, d’exonérer de 50% sur l’IS (impôt sur les sociétés) toutes les entreprises qui lanceraient des projets de logements économiques et sociaux dans la région d’Abidjan.

Cette décision est une bonne nouvelle pour les entreprises marocaines du secteur immobilier opérant en Côte d’Ivoire. Surtout pour Addoha et Alliances, deux mastodontes marocains qui y sont déjà engagés sur d’importants projets (www.leseco.ma). Avec cet encouragement, l’avenir s’annonce plus prometteur pour ces deux majors, à l’heure où le marché ivoirien attire de plus en plus de promoteurs marocains. «Les entreprises marocaines opérant dans le secteur de l’immobilier sont de plus en plus présentes en Côte d’Ivoire. En dehors des grands groupes que tout le monde connaît, de nombreux autres acteurs de l’immobilier sont intéressés par le marché ivoirien et viennent s’y implanter», confirme Abdelilah El Hamdouni, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Maroc en Côte d’Ivoire.

Réalités complexes
À Abidjan, les promoteurs immobiliers se félicitent également de bien d’autres mesures que le gouvernement ivoirien a prises ces derniers temps pour rendre le secteur attractif. Sangaré Siriki, président de la Chambre nationale des promoteurs et constructeurs agréés de Côte d’Ivoire, aime souvent rappeler «les exonérations de la TVA sur le social, ainsi que la baisse du coût du foncier». L’État ivoirien a aussi décidé de limiter les prix des logements sociaux et économiques entre 5 et 10 millions de francs CFA (83.000 et 166.000 DH) contre 25 millions (416.000 DH) quelques années auparavant.

Pour autant, les promoteurs marocains attirés par le marché ivoirien sont encore confrontés aux réalités d’un marché très différent de celui du Maroc. La cherté des coûts de production et les lenteurs administratives entament souvent le moral de nombreux promoteurs qui finissent par plier bagages. Un empressement que le président de la chambre de commerce marocaine juge contre-productif, appelant «à plus de patience, et à prendre le temps de comprendre ce marché local». 


Abdelilah El Hamdouni
Président de la Chambre de commerce et d'industrie du Maroc en Côte d'Ivoire

Les Inspirations ÉCO: Cette mesure va-t-elle profiter aux entreprises marocaines opérant dans l’immobilier en Côte d’Ivoire?  
Abdelilah El Hamdouni : Cette mesure est une bonne nouvelle pour les entreprises opérant dans le secteur de l’immobilier en Côte d’Ivoire. Ces dernières années, on a noté de la bonne volonté de la part des autorités ivoiriennes pour promouvoir le secteur immobilier. Il y a une volonté d’apporter des exonérations et de simplifier les procédures administratives, afin de faciliter l’accès des citoyens à la propriété.

Ce secteur continue-t-il d’attirer les groupes marocains?
Les entreprises marocaines opérant dans le secteur de l’immobilier sont de plus en plus présentes en Côte d’Ivoire. En dehors des grands groupes que tout le monde connaît (Addoha, Alliances, ndlr), de nombreux autres acteurs de l’immobilier sont intéressés par le marché ivoirien et viennent s’y implanter. Les projets immobiliers de l’État ivoirien attirent les promoteurs immobiliers marocains.

Globalement, comment jugez-vous le comportement des investisseurs marocains en Côte d’Ivoire?
C’est dommage de constater que tous les hommes d’affaires n’ont pas la patience requise, et certains repartent assez vite. D’ailleurs, la Chambre de commerce du Maroc en Côte d’Ivoire essaie de les sensibiliser sur ces réalités locales. Chaque pays, même les plus développés, ont les leurs. Notre conseil est le suivant: les entreprises marocaines qui arrivent en Côte d’Ivoire doivent faire preuve de patience, prendre le temps de comprendre ce marché ainsi que les réalités locales. 

Avec un montant des IDE sur le continent estimé à 4 milliards de dollars en 2016, le Maroc ravit la première place à l’Afrique du Sud, même si la Nation «arc-en-ciel» a repris la place du premier investisseur africain en nombre de projets.

D’année en année, le Maroc s’affirme comme acteur majeur des investissements en Afrique. En 2016, le royaume s’est non seulement hissé à la première place des économies les plus attractives du continent, mais il a surtout été le pays africain dont le montant des investissements sur le continent s'est révélé le plus important. En effet, à en croire le dernier rapport du cabinet Ernst & Young (EY) publié en ce début mai, le Maroc a investi quelque 4 milliards de dollars sur le continent, soit près de 40 MMDH, en 2016, ce qui représente 5,1% du total des IDE en Afrique, constate le rapport d’EY. Ce volume place le Maroc à la tête des investisseurs africains sur le continent, même si, en nombre de projets lancés, l’Afrique du Sud conserve encore jalousement sa première place avec 29 projets continentaux activés en 2016. Autrement dit, en termes de montant des investissements, le Maroc est bel et bien le premier investisseur africain en Afrique, mais le critère mis en avant par le rapport annuel d’EY prend d’abord en considération le nombre de projets. Ce critère place ainsi le Maroc au rang de 13e investisseur mondial en Afrique.

3.957 emplois créés par le Maroc
Devancé par l’Afrique du Sud sur le nombre de projet, le Maroc distance tout de même tous les autres poids lourds africains. Il s’agit notamment du Nigeria, qui n’hérite que de la 4e place continentale avec 11 projets lancés en dehors de son pays, d’une valeur de 400 millions de dollars. Le géant nigérian est tout de même devancé par l’économie montante de l’Afrique de l’Est, à savoir le Kenya, qui occupe la 3e position sur le continent en 2016 avec 14 projets lancés, mais d’une valeur modeste de 100 millions de dollars. En termes de création d’emplois aussi, les projets dans lesquels les entreprises marocaines ont investi en Afrique sont les plus «généreux». Selon les chiffres d’EY, le Maroc, grâce à ses investissements sur le continent en 2016, y a créé 3.957 emplois, soit une hausse de 3,1% par rapport à l’année précédente, bien plus que les 2.925 emplois créés par les projets sud-africains. En tout, les postes créés par les investissements marocains représentent 3,1% du total des emplois créés par les IDE en Afrique.

Banques
En guise de commentaire, EY note en effet que «les investissements du Maroc sont également devenus plus importants en 2016, initiant 17 investissements sur le continent, soit le chiffre le plus élevé depuis plus d'une décennie. Cela s'inscrit dans une tentative plus large du Maroc de diversifier son économie loin d'une dépendance excessive de l'Europe. C’est dans ce contexte que le Maroc a rejoint l'Union africaine en janvier 2017, après une absence de plus de trois décennies. Les plus grandes banques du Maroc ont fait une forte poussée vers le Sud durant la dernière décennie». Il y a lieu de rappeler effectivement qu’avec l’ouverture du Maroc entamée en 2016 sur l’Afrique de l’Est et australe, les banques marocaines, comme Attijariwafa bank et la Banque Populaire, ont énormément contribué à renforcer le volume des IDE marocains sur le continent, avec le rachat de Cogebanque et Barclays en Égypte (Attijariwafa bank) et de la Banque de Kigali. Les projets immobiliers et les unités de fabrication de médicaments lancés dans la région est-africaine sont également à citer dans le cadre de cette dynamique.


La Chine, premier investisseur dans le continent

On avait l’habitude de dire que la Chine se contentait uniquement de gagner des marchés en Afrique et n’y investissait que très peu. En 2016 en tout cas, l’Empire du milieu a montré un autre visage. Selon le rapport d'EY, la Chine a investi 36,1 milliards de dollars sur le continent, soit 38,4% du total des IDE réalisés en Afrique, avec pas moins de 66 projets lancés. C’est une véritable première pour les Chinois, qui dament ainsi le pion aux puissances économiques traditionnelles qui dominent le marché africain, à l’instar des États-Unis, de la France ou encore de la Grande-Bretagne. En 2016 toujours, les emplois créés par les 66 projets lancés par les Chinois s'élèvent à 38.417, soit 29,7% du total des emplois générés par les IDE. À titre de comparaison, les États-Unis, qui détiennent la palme du nombre de projets lancés (91), n’en ont créés que 11.430, soit trois fois moins que les Chinois. La France, avec 3,6 milliards de dollars, semble davantage céder du terrain sur le continent.

Mohamed Lahlou, président du Club des investisseurs marocains au Sénégal (CIMAS)

Fort de ses quarante ans passés au Sénégal, Mohamed Lahlou symbolise, d’une certaine manière, le lien très étroit entre le Sénégal et le Maroc. C’est sans doute pour cette raison qu’il souhaite que les relations d’affaires soient à la hauteur de l’amitié entre les deux pays. Le président du Club des investisseurs marocains au Sénégal (CIMAS) fait le point sur les relations économiques entre le royaume et son partenaire sénégalais.

Les Inspirations ÉCO : Quelle est la mission du  CIMAS ?
Mohamed Lahlou : Le CIMAS est un club assez jeune. Il compte plusieurs membres dont de grandes sociétés marocaines installées au Sénégal comme Attijariwafa bank. Le but de ce club est d’encourager les investisseurs marocains à venir en masse, parce que c’est le souhait du roi Mohamed VI, afin de consolider les liens économiques et sociaux entre les deux pays. Nous voulons faciliter l’arrivée des investisseurs marocains et, en même temps, être un relais entre les responsables sénégalais en premier lieu, africains par la suite, et ces investisseurs. Nous avons choisi de commencer par le Sénégal, parce que c’est la porte d’entrée de l’Afrique, pour ensuite élargir notre présence dans les autres pays.

Combien d’entreprises marocaines sont présentes au Sénégal ?
C’est difficile à dire parce qu’il y a de petites entreprises qui ne sont pas affiliées à notre club pour le moment. Ce que je peux dire, c’est qu’il y en a de plus en plus. Et chaque semaine, nous accompagnons des investisseurs qui viennent nous consulter pour s’installer au Sénégal.

Comment se porte l’investissement marocain au Sénégal ?
L’investissement marocain au Sénégal se comporte beaucoup mieux qu’avant, puisque le roi avait encouragé des associations comme le CIMAS. En même temps, les autorités marocaines ont eu cette idée de suivre chaque projet et chaque convention signée entre les deux pays. Et ça donne confiance aux investisseurs. Le Maroc entretient des relations séculaires avec le Sénégal, mais les échanges économiques n’ont pas suivi les relations affectives et fraternelles. Et ce, même si le dernier séjour du roi au Sénégal a donné un coup de fouet à ces relations et un élan très favorables aux relations économiques.

Le groupe d’impulsion économique (GIE), piloté par les patronats des deux pays, avait formulé une dizaine de recommandations. Où en est aujourd'hui la mise en œuvre de ces recommandations ?
Malheureusement, cela reste encore timide. Il y a une commission de suivi, mais la mise en œuvre de certains projets ou accords prend beaucoup de temps. Il est vrai qu’entre novembre [date de la dernière visite du roi à Dakar] et aujourd’hui, il ne s’est pas passé beaucoup de temps, mais cela devrait normalement prendre beaucoup moins de temps que ça. Il y a beaucoup de lenteurs administratives et décisionnelles.

Comment appréciez-vous l’environnement des affaires au Sénégal ?
Au Sénégal, il y a encore beaucoup à faire pour l’amélioration de l’environnement des affaires.

Outre la finance, quels sont les secteurs prioritaires de l’investissement marocain au Sénégal ?
L’agriculture peut jouer un très grand rôle dans les relations d’affaires entre le Sénégal et le Maroc. Le Maroc a une grande expérience dans ce domaine et fait tout pour tirer le Sénégal avec lui vers l’émergence. Et pour cela, il faut absolument s’attaquer à l’agriculture. Le Sénégal dispose de terres arables, d’eau; il ne reste qu’à les mettre en valeur. Le Plan Maroc vert et la prévoyance du roi Hassan II d’avoir initié la politique de barrages ont donné au Maroc un élan extraordinaire et une moindre dépendance à la pluie. Il faudrait que le Sénégal prenne exemple de cette vision pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.

En parlant d’agriculture, est-ce vrai que le groupe Addoha va se lancer dans la riziculture dans la vallée du fleuve Sénégal avec l’attribution de 10.000 hectares ?
Le Groupe Addoha et d’autres investisseurs marocains ont demandé à accompagner le Sénégal dans le développement de l’agriculture. C’est donc un souhait, mais rien n’est encore fait. Le Groupe Addoha a déjà montré ses preuves dans l’immobilier, mais il y a d’autres groupes qui sont beaucoup plus aptes dans le domaine agricole.

Vous voulez dire que l’investissement marocain va désormais s’orienter davantage vers le secteur agricole ?
Tout à fait. Et ce sera bénéfique aux deux pays. Le Maroc, comme je l’ai dit, a une grande expérience dans le domaine agricole et est leader mondial dans les engrais. Il peut accompagner le Sénégal qui a tout ce qu’il faut pour réussir dans ce domaine.

Mis à part la finance et l’agriculture, quels sont les autres secteurs qui intéressent les investisseurs marocains qui sollicitent votre
accompagnement ?
C’est assez divers. En dehors de ces deux secteurs que vous venez de citer, il y a notamment l’énergie et les services. Le Sénégal est un pays très prisé par les investisseurs marocains. Mais il faudrait que les autorités sénégalaises ouvrent davantage la porte pour que les investisseurs marocains puissent venir en masse parce qu’ils sont demandeurs. Nous, nous sommes disposés à accompagner toutes les initiatives dans ce sens. Il y a beaucoup de potentialités ici, et beaucoup de moyens et d’expérience de l’autre côté.

En tant qu’opérateur économique, comment accueillez-vous la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO ?
C’est une excellente initiative. Si elle se concrétise, ce sera une excellente chose pour le Maroc et pour les pays de la sous-région. Pour moi, le message derrière cette demande d’adhésion, c’est que le Maroc est lié à l’Afrique, qu’il fait partie de la CEDEAO, qu’il soit accueilli ou non.

Mais le patronat sénégalais redoute une concurrence des entreprises marocaines. Est-ce que vous comprenez ces craintes ?
Ces craintes ne sont pas légitimes. J’ai échangé plusieurs fois avec mes amis du patronat sénégalais sur cette question. Le Sénégal était déjà réticent à un accord de libre-échange entre le Maroc et l’UEMOA. Et je ne vois pas pourquoi, puisque les opérateurs sénégalais travaillent en joint-ventures avec les Marocains. Il n'y a donc pas de raisons d’avoir peur d’une entrée du Maroc dans la CEDEAO, dans la mesure où elle s'inscrirait dans une optique gagnant-gagnant. Chacun pourrait profiter de l’expérience de l’autre. Le Maroc a besoin des ressources de l’Afrique de l’Ouest qui, à son tour, a beaucoup à recevoir du savoir-faire du Maroc.

Malgré les relations séculaires et multiformes entre le Sénégal et le Maroc, c’est la Côte d’Ivoire qui accueille le plus grand volume d’investissements marocains en Afrique. Comment expliquez-vous cette situation ?
Pour moi, l’explication, c’est que, au Sénégal, la politique prime sur l’économie. Autrement dit, on pense politique d’abord, et économie ensuite. En Côte d’Ivoire, c’est le contraire. Le Sénégal devait normalement accueillir plus d’investissements marocains que la Côte d’Ivoire. Malheureusement, ici, la politique a tendance à ralentir l’économie. En tant qu’investisseur dans l’industrie pharmaceutique, j’ai investi beaucoup d’énergie pour promouvoir le modèle et le savoir-faire marocain au Sénégal, malheureusement il y a trop de lenteurs. En Côte d’Ivoire, un autre groupe marocain, qui a un projet similaire, a pu avancer plus rapidement.

Êtes-vous en train de dire que, par manque de pragmatisme, le Sénégal est en train de perdre de potentiels investisseurs, notamment marocains ?
Je ne le dirai pas ça comme ça. Mais il y a une compétition pour capter l’investissement étranger. Aujourd’hui, les Marocains vont jusqu’au Soudan ou au Mozambique, des pays très lointains avec qui il n’avait pas de relations, pour investir. Nous, Marocains et Sénégalais, devons réfléchir sur ce paradoxe: nous avons des relations fraternelles, cultuelles et politiques très fortes, et nous avons tendance à nous endormir sur ces lauriers et ne pas suffisamment travailler pour le développement des relations économiques. Et c’est dommage.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, a du pain sur la planche.

Adhésion du Maroc à la CEDEAO, poursuite de l’ouverture sur l’Afrique de l’Est et australe, mais aussi, gestion de la cohabitation avec les adversaires du royaume à l’Union africaine. Tels sont les grands chantiers du gouvernement d’El Otmani sur le continent.

«Nous œuvrerons à poursuivre le rayonnement du Maroc en Afrique, à travers son modèle politique, son modèle de gestion du champ religieux, en défendant les intérêts de la nation africaine, mais aussi en défendant le droit de l’Afrique à l’indépendance, et à disposer de son propre modèle de développement». Telles sont les grandes lignes de la politique africaine du gouvernement de Saad Eddine El Otmani.

Le nouveau chef de l’Exécutif marocain les a édictées ce mercredi 19 avril devant le Parlement à Rabat, lors de son discours de politique générale.

L’ancien ministre des Affaires étrangères entend ainsi poursuivre l’orientation nouvelle de la diplomatie marocaine, qui place l’Afrique au cœur de ses priorités. Toutefois, lors de son adresse devant les élus, le chef de gouvernement, issu des rangs du PJD (dit islamiste), mettait en avant l’appartenance du Maroc au monde «arabe, islamique» avant l’Afrique. Dans les faits, au regard des grands dossiers hérité par son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, force est de s’attendre à une omniprésence de l’Afrique dans l’action diplomatique du royaume. 

Adhésion à la CEDEAO
Dans l’immédiat, c’est l’adhésion du Maroc à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui sera le premier test pour l’équipe d’El Othmani. En effet, dès début juin prochain, le Maroc sera fixé sur son sort, lors du Sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEDEAO à Monrovia, la capitale du Liberia. Les quelques semaines avant cette date fatidique permettront ainsi au nouveau ministre des Affaires étrangères de se mettre en action, même si, à vrai dire, ce dossier semble géré à un niveau supérieur, en plus du travail déjà accompli par l’ex-chef de la diplomatie, Salaheddine Mezouar. En effet, après ses tournées dans plusieurs capitales ouest-africaines, tout indique que ce chantier est quasiment achevé. Une bonne partie des pays membres de la CEDEAO s'est, d’ores et déjà, publiquement prononcée en faveur de l'intégration du Maroc. Par conséquent, beaucoup s’attendent à ce que le prochain sommet de Monrovia ne soit qu’une simple formalité pour l’adhésion du Maroc. Si tel est le cas, le gros du travail portera sur la phase post-adhésion, et surtout, sur la contribution du Maroc à la CEDEAO. Cette tâche ne sera sûrement pas des plus faciles, à l’instar de celle qui attend le royaume à l’Union africaine (UA).

Les premiers pas à l’UA
Depuis son retour au sein de l’instance panafricaine, en janvier dernier, le Maroc semble faire profil bas, hormis le grave incident survenu fin mars à Dakar (www.leseco.ma), et qui a empêché la tenue de la réunion des ministres africains des Finances et de la planification, organisée annuellement sous l’égide de l’UA et de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA). En tant que nouveau membre de l’UA, le royaume se met encore à jour sur le fonctionnement des arcanes de l’institution basée à Addis-Abeba, même s’il a refusé de participer en mars toujours, à une réunion sur le Sahara, tenue sous la houlette de la Commission paix et sécurité, dirigée par l’Algérien Smaïl Chergui. Cette place du dernier venu n’empêche toutefois pas le Maroc de s’intéresser à des dossiers d’importance, comme c’est le cas de la gestion migratoire, dont la politique africaine lui a été confiée. Le 29e sommet des chefs d’États de l’UA, prévu dans 3 mois, permettra au Maroc de se prononcer sur les sujets africains de l’heure. Et sur ce plan, le travail du nouveau gouvernement sera de taille dans l’exécution des propositions du royaume.

Asseoir la présence en Afrique de l’Est et australe
Après la percée réussie en 2016 par le royaume en Afrique de l’Est et australe, l’heure est à la consolidation des acquis et au suivi des engagements. Les dizaines d’accords bilatéraux, signés entre le Maroc et ses nouveaux partenaires, auront certainement besoin d’un grand intérêt de la part du nouveau gouvernement pour ne pas tomber dans l’oubli. Cela est surtout vrai pour les accords entre gouvernements, dont la ratification accuse souvent beaucoup de retard. Ce qui l’est moins avec les secteurs privés, très prompts à concrétiser leurs business. Mais là aussi, l’appui gouvernemental est plus que nécessaire pour en faciliter la concrétisation. En même temps, et dans la suite logique des contacts entrepris avec des pays souvent hostiles au Maroc, il serait salutaire de continuer le rapprochement avec les pays membres du bloc de l’Afrique australe. En effet, de meilleures relations avec l’Afrique du Sud, le Mozambique, l’Angola ou encore le Zimbabwe, ne seront que bénéfiques pour le Maroc dans la résolution en douceur de l’équation du Sahara à l’Union africaine.

Plusieurs pays africains entendent désormais privilégier l’approvisionnement en médicaments «made in Africa» plutôt que d’importer des produits fabriqués par les multinationales étrangères. C’est l’une des principales perspectives ouvertes par la première rencontre sur la coopération Sud-Sud pour le développement de la santé, organisée à Casablanca par les laboratoires marocains Galenica.

Une nouvelle ère s’annonce sur le continent: bientôt, les pays africains n’auront peut-être plus besoin d’importer des médicaments à des coûts exorbitants depuis l’étranger. C’est du moins l’impression qui se dégage si l’on se fie aux déclarations de certains responsables ministériels et acteurs de l’industrie pharmaceutique africains qui ont pris part à la première rencontre «Menafrique Santé». Celle-ci se s'étend sur deux jours (17 et 18 avril) à Casablanca, à l’initiative des laboratoires Galenica, dirigé par le très actif Abdelghani El Guermai, fondateur de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Lors de cet événement, il est clairement apparu que l’industrie pharmaceutique marocaine se propose de se substituer à de nombreux exportateurs de médicaments non africains. L’offre marocaine, qui excelle dans les médicaments génériques, joue sur la compétitivité, plus importante que celle des multinationales des autres continents.

89 fois moins cher
C’est notamment le cas en ce qui concerne le traitement de l’hépatite C. «Au Maroc, le prix du médicament contre l’hépatite virale C coûte 89 fois moins cher qu’en Europe et aux États-Unis», a insisté le ministre de la Santé El Haussaine Louardi, avant d’appeler subtilement ses homologues africains à privilégier l’approvisionnement en médicaments à partir du royaume. Ce message semble avoir été bien entendu. Les quelques ministres africains de la Santé présents à cette rencontre, notamment ceux du Gabon et de la Centrafrique, ont exprimé leur disposition à acheter à des prix plus avantageux. «Dans nos pays, nous subissons encore les décisions et influences de grands groupes pharmaceutiques internationaux. Nous sommes venus au Maroc trouver des offres cadrant avec nos besoins, ainsi que des médicaments de qualité», a insisté la ministre centrafricaine de la Santé, Fernande Ndjengbot. Doyen du corps diplomatique au Maroc, l’ambassadeur Ismaila Nimaga, également de la Centrafrique, a pour sa part plaidé pour une «réelle indépendance thérapeutique en Afrique». C’est dans cette ambiance de «panafricanisme médical» que ces deux jours de rencontres devraient permettre à l’AMIP, mais surtout aux laboratoires Galenica, de conclure de nouveaux partenariats à l’export. 


El Haussaine Louardi
Ministre de la Santé

Le Maroc propose de partager, avec les pays africains frères, son expérience dans le domaine de la santé. Dans le cas de l’hépatite C par exemple, le traitement coûte 89 fois moins cher au Maroc qu’ailleurs en Europe ou en Afrique.

Leon Nzouba
Ministre de la Santé du Gabon

Les coûts des médicaments sont élevés dans nos pays. Nous voulons un approvisionnement régulier avec des médicaments de qualité. Le Gabon soutient les initiatives du Maroc dans le domaine de la santé en Afrique.

Abdelghani El Guermai
Président-directeur général de Galenica

Le potentiel de coopération dans le domaine de la santé en Afrique n’est pas exploité. Le Maroc, à travers son industrie pharmaceutique, est prêt à apporter son expertise et à partager son expérience.


Création du comité permanent «Menafrique Santé»

La rencontre de Casablanca a été marquée par la création d’un comité permanent «Menafrique Santé». L’accord autour de sa mise en place a été signé de la main de ministres présents à cet événement. Ce comité permanent sera chargé de concrétiser plusieurs actions devant, in fine, déboucher sur l’accroissement des échanges de produits médicamenteux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Le transfert de technologies aux pays du continent, ainsi que le développement de la R&D en Afrique, figurent également parmi les axes programmés dans le cadre de ce comité, sans parler de la lutte contre la contrefaçon des médicaments. Abdelghani El Guermai, président-directeur général de Galenica, a proposé que son groupe prenne en charge le fonctionnement de ce comité durant un premier mandat de 2 ans. 

L’Afrique de l’Est et australe est en réalité plus proche qu’elle n’y parait. Du moins, en termes d’opportunités d’affaires. La tournée d’une semaine des opérateurs marocains au Rwanda, en Tanzanie et à Madagascar, a suscité un grand engouement aussi bien auprès des gouvernements que des secteurs privés locaux. 

RWANDA
Transfert de technologie
Le Rwanda a été l’étape, non pas la plus fructueuse, mais la plus attachante de cette 2e édition de l «African Business Connect». Suite à la visite historique du roi Mohammed VI en octobre 2016, c’était la toute première fois qu’une mission d’affaires d’envergure s'est rendue dans ce pays encore associé au génocide vécu en 1994. Mais, au pays des milles collines, à part le Mémorial du Génocide de Kigali, rien, mais vraiment rien ne peut attester qu’une telle tragédie s’y est produite, il y a tout juste 23 ans. La page sombre de l’histoire de ce petit pays logé au milieu de la région des grands lacs semble définitivement tournée. Ce constat se dégage dès l’atterrissage à l’aéroport international de la capitale de l'état rwandais, dirigé par Paul Kagamé. Presque tout y est exécuté avec diligence, professionnalisme et discipline. Dès la sortie de l’aéroport, le visiteur, même s’il y atterrit de nuit, est impressionné par la propreté, l’éclairage et la beauté de cette ville de plus de 1 millions d’habitants.

C’est le cas des membres de la délégation, constitué de plus de 120 personnes, dont près de 80 entreprises venues prospecter cette économie comptée parmi les plus dynamiques du continent. Ce dynamisme, les opérateurs marocains l’ont senti dès le 3 avril, lendemain de leur arrivée sur place. Durant cette journée de B to B (560 y ont été réalisées) avec les représentants de 400 entreprises rwandaises, les échanges ont davantage porté sur le transfert de technologie que l’achat de produits fabriqués au Maroc. «En fait au Rwanda, ils veulent plus apprendre à pêcher qu’à acheter du poisson», résume un membre de la délégation marocaine. Avec l’enclavement du pays (pas d’accès à la mer), il s’avère évident que l’acheminement de produits depuis le Maroc relève du parcours de combattant. «Faire venir un conteneur du Maroc au port de Dar es Salam en Tanzanie coûte 1.500 dollars, alors que le transport par camion de la Tanzanie au Rwanda, reviendra à 3.500 dollars», ajoute un chef d’entreprise marocain actif dans la commercialisation d’insecticides. Suffisant donc pour comprendre que le business avec le Rwanda se fera surtout dans les services. Ce secteur est probablement le plus chanceux de prospérer dans la « smart city » africaine qu’est devenue Kigali. Les professionnels de agriculture et de l’agro-industrie peuvent également s’y offrir de belles opportunités, à condition d’aller s’installer sur place. Une chose est sûre, dans la ville verte qu’est Kigali, la qualité de la vie est très agréable !

TANZANIE
Bouillonnante et «inhospitalière» Dar es Salam
Le visiteur qui quitte Kigali ferait mieux de chercher une autre destination que Dar es Salam, 2e étape de la mission d’affaires. Environ 1.400 km séparent les deux capitales. Et, tout les oppose. La différence se constate dès l’aéroport de Dar es Salam, où les opérations sont terriblement lentes par rapport à Kigali. Cela, sans parler des nombreuses coupures de courant sur la très fréquentée plateforme aéroportuaire de Julius Nyerere. Contrairement à Kigali, la circulation est infernale dans la métropole tanzanienne.

Dar es Salaam est à l’image de Casablanca : une capitale économique où la circulation est dense et difficile ; elle dispose aussi d'un grand port et d'une immense cité d’affaires. En parlant d’affaires, quelques 220 entreprises locales ont répondu  à l’invitation de la délégation marocaine. Le 5 avril, 1.120 rencontres B to B ont été menées, soit le double des chiffres de Kigali. De l’avis des opérateurs marocains, la plupart de ces rencontres ont été infructueuses. «Les contacts que nous avons eu ne correspondaient pas à nos domaines d’activités. Beaucoup étaient là juste par curiosité», avouent-ils. De quoi écorner l’image positive donnée par les autorités locales représentées lors de l’ouverture des B to B par le ministre des Finances de Zanzibar, Khalid Salum Mohamed. C’est donc avec empressement, que la délégation marocaine a quitté «la demeure de la paix» (Dar es Salam), pour mettre le cap sur Antananarivo, la 3e et dernière étape de l’«African Business Connect».

MADAGASCAR
Le meilleur pour la fin
Après la déconvenue de la Tanzanie, les opérateurs marocains ne s’attendaient pas à grand-chose à Madagascar, pays le moins avancé des trois visités. Mais, sur la grande île, les surprises ont été plutôt bonnes. «À Madagascar, tout reste à faire. Il y a un réel besoin et nous avons vu des entreprises très intéressées à faire du business avec nous», résume-t-on du côté des opérateurs marocains. Les autorités malgaches voyaient en la venue des entreprises marocaines, une opportunité de créations d’emplois dans ce pays très touché par le chômage et où le premier employeur n’est autre que la filiale locale de BMCE Bank of Africa. C’était en somme le message délivré par le premier ministre malgache, qui est venu en personne présider les travaux, vendredi 7 avril. À Antananarivo, où les délestages sont plus que préoccupants, les sociétés comme Gemadec et Finatech ont pu conclure des partenariats aux perspectives prometteuses. Et c’est sur note positive, que la forte délégation marocaine a regagné Casablanca, 14h après avoir décoller du coquet aéroport de la capitale malgache.


SATISFECIT DES ORGANISATEURS

Maroc Export et BMCE Bank of Africa, co-organisateurs de l’«African Business Connect», indiquent que les résultats  obtenus dépassent leurs attentes et pensent déjà à de nouvelles missions d’affaires dans cette région.

Zahra Maafiri, DG de Maroc Export

«2.700 B-to-B ont été réalisées dans les trois pays visités»

Les Inspirations ÉCO : Pensez-vous que l’objectif de cette 2e édition de l’«African Business Connect» a été atteint ?
Zahra Maafiri  : L’objectif était surtout une prise de conscience, une sensibilisation aux régions de l’Afrique de l’Est et australe, ainsi que de voir les potentialités et les opportunités d’échanges entre le Maroc et les 3 pays visités. Cette mission consistait aussi à évaluer les défis de la langue, dans les pays anglophones, et de la logistique. Je peux dire que nos espérances ont été dépassées. La présence de très hauts responsables gouvernementaux lors des différentes étapes a été un message clair.

Qu’en est-il de la qualité  des B-to-B ?
Les entreprises marocaines ont eu des B-to-B préparées à l’avance par les équipes de Maroc Export et de la BMCE Bank of Africa. Nous avons constaté que les entreprises des pays visitées étaient très intéressées. Sur les trois pays, nous avons rencontré plus de 1.200 opérateurs et réalisé 2.700 B-to-B. C’était impressionnant, et cela a dépassé nos attentes. Les entreprises marocaines se sont déjà inscrites dans l’investissement et ont trouvé des environnements d’affaires très positifs et très transparents. Nous pouvons donc créer de la valeur ensemble et faire confiance à une partie du continent très loin du Maroc. J’ajouterai aussi que plusieurs partenariats ont été signés entre les associations professionnels, les organismes de promotion, la banque et les organismes locaux. Cela a renforcé notre réseau à tous les niveaux.  

Quelle différence  y-a-t-il  entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest ?
Aucune. Les pays des deux régions disposent de plans de développement ambitieux, et la bonne gouvernance s’améliore partout. On note un développement régional impressionnant qu’il faut prendre en considération. Le Rwanda, la Tanzanie et Madagascar sont des portes et des hubs régionaux. L’intégration régionale ouvre la voie à de grands marchés. C’est le cas en Afrique de l’Ouest avec de groupements régionaux forts, comme la CEDEAO. Aujourd’hui, nous nous inscrivons pour le développement du commerce intra-africain, le développement de l’Afrique et la montée en compétitivité de nos économies.


M’fadel El Halaissi, DG de BMCE Bank of Africa

«Les résultats se situent au-delà de nos espérances»

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous de cette mission d’affaires ?
M’fadel El Halaissi  : Globalement, les résultats se situent au-delà de nos espérances, parce qu’en dépit du nombre de B-to-B et des entreprises des 3 pays visités qui ont participé à cette édition, nous avons constaté que des projets concrets ont été réalisés. D’autre part, nous avons senti que les attentes des pays visités, surtout à Madagascar, étaient supérieures à ce que l’on espérait. Nous sommes donc en train de réfléchir pour repartir sur place avec des missions d’affaires plus ponctuelles, plus pointues par secteur d’activité et plus concrètes afin d’avoir des projets de co-investissements.

Quel pays, selon vous, a présenté le plus d’opportunités pour les entreprises marocaines ?
Honnêtement, Madagascar est le pays que je placerai en tête. C’est une économie qui présente de nombreuses opportunités pour deux raisons. Primo, ils attendent énormément de nous, et je pense que les institutions du pays nous y accueilleront très bien. Secundo, les besoins y sont énormes et les entreprises marocaines s’y adapteront facilement, notamment dans un environnement francophone où les entreprises parlent le même langage. Après Madagascar, c’est le Rwanda qui me paraît le plus porteur. Ce pays dispose d’un grand potentiel pour le développement des relations économiques avec le Maroc. D’ailleurs, certaines entreprises marocaines pensent déjà à s’y installer.

Quels secteurs se sont le plus démarqués, durant les B-to-B ?
Le secteur des BTP est celui qui a le plus attiré l’attention, car il y a beaucoup de choses à faire dans ces pays. Le deuxième, et qui est primordial pour des pays comme Madagascar, c’est l’énergie. D’ailleurs, un accord de partenariat a été signé dans ce sens entre la société malgache Filatex et la marocaine Finatech. Cet accord constitue, pour nous, tout un symbole, car l’énergie est un élément fondamental pour le développement économique de Madagascar. Le troisième secteur le plus sollicité est l’agroalimentaire qui, avec le textile, peut aussi faire l’objet d’une prochaine mission dans les pays visités. 

L’étape rwandaise de la mission d’affaires «African Business Connect» a suscité un grand engouement auprès des entreprises locales. Des centaines de B to B ont été réalisés dans ce pays où les projets récemment initiés par le Maroc «avancent bien».

«C’est la première fois que je vois une salle si pleine à l’occasion de rencontres réunissant des hommes d’affaires rwandais avec leurs homologues étrangers». Ce constat est du président de la Fédération rwandaise du secteur privé, Benjamin Gasamagera. Il résume éloquemment la première étape de la mission d’affaires l'«African Business Connect», organisée en Afrique de l’Est et australe par Maroc Export et la BMCE Bank of Africa. Ce déplacement, auquel prend part une centaine d’entreprises marocaines, a suscité un grand engouement à Kigali, la très accueillante capitale du Rwanda. En tout cas, les organisateurs parlent déjà «réussite». En effet, ce lundi 3 avril, les acteurs du tissu économique rwandais sont venus en masse pour explorer les opportunités d’affaires et nouer des partenariats avec leurs visiteurs marocains. En tout, selon un premier bilan communiqué par Maroc Export et BMCE Bank of Africa, plus de 400 sociétés issues des deux pays ont réalisé quelque 560 rencontres B to B.

Attentes rwandaises
Du côté rwandais, les attentes vis-à-vis des partenaires marocains sont nombreuses, malgré le dynamisme économique de ce pays stratégique d’Afrique de l’Est. «Nous voulons améliorer les capacités financières de nos entreprises, renforcer notre expertise, notamment dans le textile et l’agriculture, mais aussi faciliter l’environnement des affaires de part et d’autre pour nos sociétés, surtout les PME», avance-t-on du côté de la fédération rwandaise du secteur privé. Les énergies figurent également parmi les intérêts prioritaires des opérateurs locaux, dont le pays traîne encore dans l’électrification. L’offre marocaine est, selon eux, en mesure de répondre à plusieurs de leurs préoccupations.

Progrès
Cette disposition à travailler avec le Maroc, reflète le climat de confiance qui s’installe entre Rabat et Kigali depuis les récentes visites réciproques des deux chefs d’État. Ces rencontres en haut lieu avaient débouché sur la signature de nombreux partenariats publics et privés. «Environ 11 projets de grands groupes marocains, annoncés au Rwanda, sont déjà à un stade avancé. Dans l’immobilier par exemple, les terrains commencent à prendre forme», a rassuré l’ambassadeur du Maroc au Rwanda, Youssef Imani. En effet, l’OCP, Cooper Pharma, SNTL et Palmeraie Développement s’activent pour concrétiser leurs engagements au pays des milles collines.

Logistique
Désormais, le gros du travail porte sur la logistique. Distant de plus de 8 000 km, le Rwanda est encore difficile à atteindre depuis le Maroc, surtout avec l’absence de liaisons aériennes. «Nous avons l’espoir qu’une décision soit prise très prochainement afin que Royal Air Maroc puisse desservir Kigali», a indiqué l’ambassadeur du Maroc. Du côté du ministère du Commerce extérieur également, on indique que des études sont en cours pour la mise en place de plateformes logistiques sur le continent afin de faciliter les échanges entre le Maroc et ses partenaires subsahariens, y compris le Rwanda. Enfin, notez que la mission «African Business Connect» se poursuit demain en Tanzanie, avant de se terminer à Madagascar le samedi 8 avril. 


Mohammed Benayad
Secrétaire général du ministère du Commerce extérieur

La logistique constitue un sérieux problème au développement des échanges avec le Rwanda, mais aussi avec de nombreux pays africains. Mais nous travaillons sur la mise en place de plateformes logistiques sur le continent afin de résoudre cette équation.

Benjamin Gasamagera
Président de la Fédération rwandaise du secteur privé.

Les opérateurs économiques rwandais sont disposés à faire du business avec leurs partenaires marocains. Dans de nombreux domaines, notamment l’agriculture et le textile, le Maroc est en avance sur nous et nous aimerions bénéficier d’un transfert de technologie».

M’Fadel El Halaissi
Directeur délégué BMCE Bank of Africa.

Nous espérons qu’après cette mission B to B, les échanges commerciaux entre le Maroc et le Rwanda se développeront».

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