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Événement majeur de l’année 2017, le retour du Maroc à l’Union africaine a vite débouché sur l’annonce de la création d’un ministère délégué aux Affaires africaines dans un contexte de candidature marocaine à la CEDEAO et de «rapprochement» avec l’Afrique Australe. Zoom sur les faits saillants des relations maroco-africaines en 2017.

Retour du Maroc à l’UA
Tournant majeur !
Le retour du Maroc à l’Union Africaine, le 30 janvier dernier, est non seulement l’événement majeur de l’année 2017, mais aussi de ces dernières décennies dans la politique africaine du royaume. Près de 33 ans après son départ fracassant de l’institution panafricaine, au soir du 12 novembre 1984, ce retour triomphal a été facilité par le poids grandissant du Maroc sur la scène continentale. Malgré son absence de l’organisation continentale, le royaume a pu développer des relations privilégiées avec plusieurs pays au sud du Sahara, qui ont d’ailleurs toujours milité en faveur de ce «come-back». En même temps, le nombre d’États africains ayant retiré leur reconnaissance à la pseudo «RASD» s’est considérablement accru. D’une trentaine lors du départ du Maroc de l’OUA à peine la moitié d’entre-eux continue aujourd’hui de reconnaître l’entité du Polisario. Autant dire que ce retour s’est opéré au meilleur moment pour le royaume, qui est désormais l’un des principaux pays investisseur sur le continent. Le lendemain de la réintégration du Maroc, le roi Mohammed VI a tenu un discours historique devant la Conférence des chefs d’État des pays membres, leur assurant que le Maroc n’était pas venu pour diviser l’UA, mais plutôt pour réunifier la famille africaine. Depuis, le royaume se met à jour sur le plan institutionnel par rapport aux textes de l’UA et essaie également de partager son expérience de développement dans plusieurs domaines, notamment l’agriculture. Enfin, le roi Mohammed VI s’est vu proposer par ses pairs chefs d’État africains, de prendre en charge le dossier de la migration au sein de l’UA. Le souverain a, à cet effet, édicté des axes stratégiques à suivre, dont certains ont été évoqués fin novembre dernier à Abidjan, lors du 5e Sommet euro-africain.

Adhésion à la CEDEAO
«Oui, mais…»
Moins d’un mois après son retour à l’Union africaine, le Maroc avait surpris plus d’un observateur en annonçant sa candidature pour l’adhésion à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Dans un communiqué publié le 24 février, le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale indiquait que cette décision s’inscrit dans «la vision royale de l’intégration régionale comme clé de voûte du décollage économique de l’Afrique». Dans la foulée, plusieurs visites sont effectuées dans les pays membres de la CEDEAO par le chef de la diplomatie de l’époque, Salahedine Mezouar et son numéro 2 et futur successeur, Nasser Bourita. L’objectif était de convaincre les dirigeants ouest-africains du bien-fondé de la candidature marocaine. Ceux-ci vont d’ailleurs rapidement donner «leur accord de principe» lors de leur 51e sommet tenu à Monrovia début juin, tout en chargeant la Commission de la CEDEAO de mener une étude d’impact sur cette adhésion. Jusque-là, tout convergeait vers une intégration du Maroc dès une nouvelle rencontre des présidents ouest-africains mais c’était compter sans les craintes, réserves et oppositions fermes exprimées par le secteur privé des pays membres. Au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, des voix alertent sur «les répercussions négatives» qu’entraînerait une éventuelle adhésion du royaume sur les économies et le tissu industriel de la sous-région. Tout d’un coup, ce qui paraissait acquis d’avance s’est avéré plus compliqué que prévu. C’est dans ce contexte que s’est tenu le 52e sommet de la CEDEAO à Abuja, où les résultats de l’étude d’impact ont été évoqués. À l’issue de leurs discussions à huis clos, au lieu d’accorder l’adhésion au Maroc, les chefs d’États de ce groupement régional ont préféré temporiser. Ils désignent un comité de 5 pays constitués du Nigéria, du Ghana, du Togo, de la Guinée Conakry et de la Côte d’Ivoire pour gérer les dossiers d’adhésion du Maroc en tant que membre à part entière, mais aussi de la Tunisie et de la Mauritanie, qui réclament respectivement le statut d’État observateur et d’associé. Pour l’heure, le mystère demeure entier sur la suite de cette candidature marocaine, surtout en ce qui concerne le timing de l’adhésion, fut-t-elle progressive et graduelle.

Maroc-Afrique du Sud
Nouveau départ ?
C’est également un fait marquant de l’année 2017 : la poignée de main entre le roi Mohammed VI et le président sud-africain, Jacob Zuma en marge du 5e sommet euro-africain à Abidjan en fin novembre dernier. Cette rencontre historique entre les deux dirigeants est vue comme un nouveau départ entre le Maroc et l’Afrique du Sud depuis la rupture des relations diplomatiques intervenue en 2004, lorsque la nation arc-en-ciel alors dirigée par le successeur de Nelson Mandela, Thabo Mbeki, a accordé sa reconnaissance à la pseudo «RASD». À l’issue de leur audience dans la capitale ivoirienne, les deux chefs d’État ont convenu de tourner la page de tensions qui ont marqué les relations entre les deux pays. Dans la foulée, Rabat et Pretoria rétablissent leurs relations diplomatiques avec la désignation d’un ambassadeur à la tête de leur représentation diplomatique. De retour chez lui, le président Zuma s’est montré plutôt tendre à l’égard du Maroc en déclarant ne pas très bien maîtriser les dessous de l’affaire du Sahara. Suffisant pour que l’Afrique du Sud retire sa reconnaissance à la pseudo «RASD» pour se ranger du côté du royaume ? Rien n’est moins sûr. Du côté marocain, ce serait une grande victoire, sachant que Pretoria domine la sous-région d’Afrique Australe où sont localisés la majorité des États africains soutenant l’entité du Polisario. D’ailleurs, en plus du président sud-africain, le roi a également reçu en audience un autre dirigeant de cette même sous-région, le tout nouveau président angolais, João Lourenço. Pour de nombreux observateurs, ces rencontres constituent un bon signe et pourraient donner raison au chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, qui annonce de prochains retraits massifs des reconnaissances de la «RASD» sur la scène continentale. Affaire à suivre.

Diplomatie
ministère des Affaires africaines
Signe que l’Afrique est désormais la nouvelle priorité de l’action diplomatique du Maroc, le roi Mohammed VI a annoncé, le 13 octobre dernier, devant le Parlement la création d’un ministère délégué aux Affaires africaines. Après 1961, en pleine période de décolonisation, c’est la 2e fois que le royaume se dote d’un département dédié exclusivement aux questions continentales. Aujourd’hui, sous l’action de ce nouveau ministère délégué, la politique africaine du Maroc sera plus coordonnée. Ce département permettra d’animer et d’inspirer l’action du royaume à l’Union africaine. Sur un plan purement politique, il va sans dire que le curseur sera mis sur le dossier du Sahara. Pour le Maroc, il s’agira d’anticiper et de contrer plus efficacement les initiatives et manœuvres adverses sur cette question sensible. En plus de l’angle politique, les «affaires africaines» du continent sont abordées sous des aspects économiques et sécuritaires, vu les enjeux marocains en jeu sur le continent. D’où «la mise en place de deux cellules de suivi, l’une au ministère de l’Intérieur et l’autre au ministère des Finances». L’objectif sera certainement de suivre les intérêts marocains, mais aussi d’accompagner la concrétisation des projets d’investissements ainsi que des accords et conventions impliquant les secteurs public et privé du royaume. Sur le plan sécuritaire, le Maroc est de plus en plus sollicité par les pays amis du continent dans la lutte contre l’extrémisme, aussi bien à travers l’enseignement religieux que par l’action de ses services de renseignement. C’est notamment le cas avec la Côte d’Ivoire ou encore le Burkina Faso.

IDE
Le Maroc premier investisseur africain en Afrique
C’est un rapport qui est passé quasi inaperçu dans le royaume en mai dernier. Pourtant, il livre une information de taille : En 2016 et pour la première fois, le Maroc a ravi la vedette à l’Afrique du Sud en occupant le fauteuil du premier investisseur africain en Afrique. C’est le cabinet mondial Ernst & Young (EY), qui publie une étude annuelle sur les IDE qui le constate. Selon cette étude, le Maroc a investi quelque 4 milliards de dollars sur le continent en 2016, soit près de 40 MMDH, ce qui représente 5,1% du total des IDE en Afrique durant l’année écoulée et place le royaume au 13e rang mondial des pourvoyeurs d’IDE pour le continent. En plus de l’Afrique du Sud, le Maroc, toujours à en croire le rapport annuel d’EY, distance tous les autres poids lourds africains, à l’instar du Nigeria et du Kenya, principales économies africaines dont les entrepreneurs misent ailleurs sur le continent. Le cabinet EY note que les investissements marocains en Afrique sont les plus «généreux» en termes de création d’emplois. Selon les chiffres publiés à cet effet, le Maroc, grâce à ses investissements en 2016 a créé 3.957 emplois sur le continent, soit une hausse de 3,1% par rapport à l’année précédente et beaucoup plus que les 2.925 emplois créés par les projets sud-africains.  

photo de famille des dirigeants des pays membres de la cedeao a abuja, lors du 52e sommet de la cedeao.

Au lieu d’acter l’entrée du Maroc dans la CEDEAO, le 52e sommet des présidents ouest-africains a débouché sur la création d’un comité de 5 pays chargé de se prononcer sur «les implications de cette adhésion».

L’adhésion du Maroc à la CEDEAO s’avère moins évidente que prévue. Alors que tous s’attendaient à une entrée dès le dernier sommet qui vient de se tenir ce week-end à Abuja, le royaume devra encore patienter avant de faire partie de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. À l’issue de leur 52e rencontre, les chefs d’État des pays membres de la CEDEAO ont décidé de créer un comité ad hoc composé des présidents du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Togo pour aussi bien examiner le cas du Maroc, celui de la Tunisie et de la Mauritanie, qui demandent chacun un partenariat taillé sur mesure. «Pour ce qui est de l’adhésion à part entière du Maroc à la CEDEAO, de la Tunisie en qualité d’observateur et de la Mauritanie comme membre associé, le sommet a mis en place un comité composé des présidents togolais, ivoirien, ghanéen, guinéen et nigérian pour adopter les termes de références et superviser l’étude approfondie des implications de cette adhésion», lit-on sur le communiqué final sanctionnant ce sommet suivi avec intérêt au Maroc et au-delà.

Étude discutée
Quant à l’étude d’impact sur l’adhésion du Maroc commanditée par la CEDEAO lors de son avant dernier sommet à Monrovia en juin dernier, elle a été livrée. D’ailleurs, dans leur déclaration finale, les présidents ouest-africains n’ont pas manqué de féliciter la commission sortante ainsi que les partenaires techniques de la CEDEAO, pour la «qualité» de ce rapport. À Abuja, il en a été question et plus globalement de l’intégration du Maroc. Le sujet a toutefois été discuté à huis clos. Quant à l’éventuelle tenue d’un sommet extraordinaire en janvier prochain sur le cas précis du Maroc, le communiqué final reste muet à ce propos. Logiquement, cette échéance paraît trop proche au regard du nouveau comité des chefs d’État, qui vient d’être mis sur pied pour traiter ce dossier. Le seul rendez-vous confirmé est celui de juin prochain à Lomé, pour la 53e Sommet ordinaire. Ce qui est sûr, c'est que l’étude d’impact revient aussi bien sur les avantages que les craintes suscités par la candidature du Maroc. Si les points positifs sont certains pour la CEDEAO, la levée de boucliers du secteur privé ouest-africain a sûrement contribué à freiner le processus, sans parler de probables réserves exprimées par le Nigéria, première puissance économique de la sous-région. 


Changement de tête à la Commission de la CEDEAO

Les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont attribué le poste de président de la Commission de l’organisation à la Côte d’Ivoire à l’issue de leur 52e session ordinaire. Ils ont ainsi approuvé la nomination de l’actuel ministre ivoirien de l’Industrie et des mines, Jean Claude Brou, en qualité de président de ladite commission pour un mandat de quatre ans à compter du 1er mars 2018. Jean Claude Brou remplace ainsi le Béninois Marcel Alain de Souza dont le mandat n’est pas renouvelé comme prévu. Auprès de la CEDEAO, on met en avant la nécessité de procéder à des alternances à la tête de l’organisation. De Souza ne sera pas le seul à quitter le navire. C’est également le cas de la plupart des autres responsables en postes statutaires dans les États membres. Toujours sur le plan organisationnel, les chefs d’État ont réitéré la nécessité d’opérer les réformes structurelles et institutionnelles devant permettre à la CEDEAO d’être plus efficace et plus efficiente. 

Le 16 décembre à Abuja, le Maroc s’apprête à devenir le 16e membre de la CEDEAO. À quelques jours du sommet tant attendu des chefs d’État ouest-africains, état des lieux sur les plans juridiques, politiques et économiques.

En attendant la ratification du traité de la CEDEAO
On se rappelle, en janvier dernier, c’est au forceps que le Maroc a ratifié l’acte constitutif de l’Union africaine, à moins d’une semaine du début des travaux du 28e Sommet de l’organisation panafricaine qui a abouti à son retour au sein de la famille institutionnelle continentale. Pour ce qui est de la CEDEAO, l’adhésion passe également avant tout, par la ratification d’un traité. Sauf qu’à quelques jours de la tenue du 52e Sommet de la Communauté économique régionale ouest-africaine, le traité de la CEDEAO n’a été approuvé ni en Conseil de gouvernement, ni en Conseil des ministres, sans parler du Parlement, qui ne peut se prononcer qu’après ces deux premières étapes.  En tout cas, si le traité de la CEDEAO reste muet sur l’entrée de nouveaux membres, il prévoit clairement que sont membres de la Communauté, «les États qui [le] ratifient». Peut-être que le royaume préfère d’abord être fixé sur son sort lors du Sommet d’Abuja avant de mettre en branle le processus de ratification.  

Feu vert des chefs d’État… ?
Lors de leur 51e Sommet à Monrovia, au Libéria, en début juin dernier, les chefs d’État de la CEDEAO avaient donné leur «accord de principe» à l’adhésion du Maroc. Il se murmure, jusqu’à présent, que certains poids lourds de la sous-région, à l’instar du Nigéria, ne seraient pas entièrement favorables à l’entrée du Maroc, ou du moins expriment toujours leurs réserves. À Abuja, la décision finale sera prise par consensus et non par vote. Du côté des alliés traditionnels du Maroc dans la zone, à l’instar du Sénégal, on met en avant, chez les officiels, la contribution positive de l’arrivée du royaume. Pour le président sénégalais, Macky Sall, l’intégration du Maroc facilitera le processus de création d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Donc, la levée des barrières douanières sur les produits marocains, s’inscrit dans une dynamique continentale qui devrait bientôt être concrétisée avec la fin des négociations sur la ZLEC. En tout cas, le secteur privé continue de voir d’un mauvais œil l’arrivée de la «concurrence marocaine». Pour sa part le Maroc poursuit son action de lobbying auprès des patronats et gouvernements des pays membres de la CEDEAO pour les convaincre de soutenir sa candidature.

Que dit le rapport de la CEDEAO ?
Sur instructions des chefs d’État des pays membres, la Commission de la CEDEAO a concocté un rapport qui s’attarde aussi bien sur les avantages que les menaces de l’entrée du Maroc. Pour l’heure, rien ne filtre sur le contenu de ce document, dont les conclusions et recommandations seront examinées par les dirigeants ouest-africains. Cependant, l’accord pour l’adhésion du Maroc sera contrebalancé par une série de négociations ultérieures à mener entre les deux parties. La mise en place d’accords asymétriques pour protéger les industries des pays membres de la CEDEAO est d’ores et déjà évoquée. Il sera notamment question d’échelonner le démantèlement tarifaire de certains produits. En bref, pour la CEDEAO aussi, l’arrivée du Maroc est l’occasion de profiter au maximum des avancées économiques du royaume, tout en protégeant ses économies membres.


Adhésion du Maroc à la CEDEAO : Mode d’emploi

Moustapha Diouf, Spécialiste en relations internationales 

Moustapha Diouf, magistrat et docteur en Relations internationales (droit de l’intégration), donne un aperçu sur les étapes juridiques et techniques de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO.

Les Inspirations ÉCO : Sur le plan juridique, qu'implique l'adhésion du Maroc à la CEDEAO ?
Moustapha Diouf : Il faut d’abord souligner que le traité révisé de la CEDEAO de 1993 ne contient pas de dispositions relatives à l’adhésion de nouveaux membres mais puisque rien ne s’y oppose, la Conférence des chefs d’États et de gouvernement (CCEG), l’institution suprême peut souverainement y admettre un autre État, comme elle avait déjà octroyé au Maroc le statut d’observateur. Le cas échéant et comme toute adhésion à une organisation d’intégration, c’est d’abord une soumission totale à ce qu’on appelle l’acquis communautaire (amendé au besoin). Il s’agit de l'ensemble du corpus juridique de l’entité, à la somme des droits et obligations juridiques qui lient déjà les États membres, conformément à la temporalité qui aura été fixée à l’occasion des négociations relatives à ladite adhésion. L’adhésion, c’est également la caducité en principe, des accords à caractère économique, technique ou culturel que le Maroc a signé avec des États membres de la CEDEAO pris individuellement, des États tiers ou d’autres organisations internationales, du moins en toutes leurs dispositions incompatibles avec le traité révisé CEDEAO (article 84).

Quels traités et accords le Maroc doit-il désormais obligatoirement ratifier ?
L’adhésion du Maroc sera une première au niveau de la CEDEAO où il n’y a pas de procédure déjà définie mais dans la pratique, on établit après négociations un traité d’adhésion entre les États membres (pas la Communauté), et le candidat à l’adhésion. C’est le cas par exemple au sein de l’Union européenne, de l’UEMOA avec l’accord d’adhésion de la Guinée Bissau de mars 1997, ou dans une organisation d’intégration sectorielle, le traité d’adhésion de la Guinée à l’OMVS.

Quels sont les organes les plus influents qui pourraient intéresser le Maroc en tant que membre de la CEDEAO ?
L’organe suprême (CCEG) qui, pratiquement, fonctionne comme en régime présidentialiste fort, regroupe tous les États membres. Au sein du Conseil des ministres, comme au Parlement communautaire aussi, tous les États membres sont représentés. Quant aux institutions à vocation supranationale (la Commission et la Cour de justice), tous les États sont appelés par rotation à y avoir respectivement leur commissaire et leur magistrat. Intéressante est la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), une sorte de société holding régionale avec deux filiales spécialisées, à savoir le Fonds régional de développement de la CEDEAO (FRDC) pour appuyer le secteur public et la Banque régionale d’investissement de la CEDEAO (BRIC) pour accompagner le secteur privé. Sa gouvernance respecte également l’égalité souveraine des États membres.

En termes de droit des affaires, des répercussions sont-elles à attendre pour le Maroc ?
Pas outre mesure à mon avis, pour ce qui est du «droit privé des affaires» car ce droit reste celui qu’il a été pendant que le Maroc était déjà en relations bilatérales avec 13 États membres. C'est à dire que 8 États de la CEDEAO que sont les États UEMOA sont dans un droit unifié des affaires avec les États de la zone franc d’Afrique Centrale au sein de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). Les États restants ont leur propre droit des affaires et comme le Maroc, ils gardent le leur tant qu’ils n’intégreront pas L’OHADA. Cela veut dire que la création de ses sociétés commerciales et la gestion de leurs difficultés ainsi que leur liquidation, le recouvrement des créances, les sûretés, etc, de même que les litiges qui naissent de tout cela et des contrats qui y sont relatifs resteront soumis à un droit casuel, c'est-à-dire appliqué au cas par cas.

Qu’en est-il du droit public des affaires ou droit public économique ?
Intégrant à maints égards le droit CEDEAO, les règles communautaires de la concurrence (Acte additionnel relatif à l'adoption de Règles communautaires en matière de concurrence et des modalités de leur mise en œuvre dans l'espace CEDEAO) et celles relatives à la commande publique (Code des marchés publics CEDEAO), en tout ce qu’elles disposeront viendront s’imposer à l’ordre juridique marocain et bouleverseront sans doute certaines pratiques, mettront du temps à être comprises et appropriées par les acteurs.

Combien et comment les États membres de la CEDEAO cotisent-ils pour participer au budget de fonctionnement de l'institution ?
Les contributions des États membres au budget de la communauté s’opèrent à travers un prélèvement communautaire d’intégration de 0,5% perçues par les États membres sur les importations en provenance de l'extérieur de la région. Il est recouvré par les administrations nationales des Douanes des États membres, et reversé dans un compte de la CEDEAO ouvert dans les livres de la Banque centrale du pays membre.

Retrait de la reconnaissance de la pseudo RASD ou simple normalisation des relations avec le Maroc ? L’Afrique du Sud, dont le président a rencontré le roi Mohammed VI à Abidjan, va bientôt trancher. Mais à Pretoria, l’équation n’est pas des plus simples.

Se dirige-t-on vers une nouvelle ère dans les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud ? Treize ans après la rupture créée par la reconnaissance de la pseudo RASD par la Nation de l’arc-en-ciel, Rabat et Pretoria se dirigent vers une normalisation de leurs relations politiques. Les deux pays vont à nouveau désigner un ambassadeur à la tête de leur représentation diplomatique et promettent de tourner la page des désaccords et des malentendus depuis 2004. Ce sont là les premiers fruits de la rencontre «surprise» entre le roi Mohammed VI et le président sud-africain Jacob Zuma à Abidjan, mercredi 29 novembre à Abidjan, en marge du 5e Sommet euro-africain. Pour de nombreux observateurs, la poignée de main entre les deux chefs d’État est synonyme d’un retour à la normale. Dès son retour au bercail, Jacob Zuma a indiqué que sa rencontre avec le souverain marocain lui a permis de mieux comprendre la position de Rabat sur le dossier du Sahara. Il ne dit pas, pour l’instant, s’il va retirer ou non la reconnaissance de l’Afrique du Sud à la pseudo RASD. Mais du côté du pays de Nelson Mandela, les analystes s’y attendent déjà. C’est le cas de François Conradie, qui pronostique que «Pretoria pourrait retirer sa reconnaissance à la RASD».

Zuma «marocophile»
Toutefois, Jacob Zuma, qui quitte la tête du Congrès national africain (ANC), dans quelques jours, doit également achever son second mandat de président d’Afrique du Sud dès mai 2019. Lui qui se montre subitement si marocophile, après avoir émis de sérieuses réserves sur l’adhésion du royaume à l’Union africaine, aura-t-il le temps de retirer la reconnaissance à la RASD avant la fin de sa magistrature ? Rien n’est moins sûr. Ou peut-être optera-t-il pour une normalisation des relations avec le Maroc, sans pour autant lâcher le Polisario, comme c’est actuellement le cas de plusieurs pays d’Afrique anglophone, à l’instar du Rwanda, de la Tanzanie, ou encore de l’Éthiopie ? En tout cas, à Pretoria, le sourire affiché par Zuma envers le Maroc agace l’aile dure de l’ANC. Le parti au pouvoir s’est, en effet, empressé de diffuser un communiqué pour critiquer cette manœuvre, tout en rappelant son attachement au Polisario. Certaines voix y accusent même Jacob Zuma, fragilisé sur le plan interne, de préparer sa retraite en cherchant à se rapprocher du Maroc (sic). Cependant, en Afrique du Sud, les élites politiques et économiques n’ignorent plus l’acteur majeur qu’est devenu le Maroc sur le continent.   


Jacob Zuma
Président de l’Afrique du Sud

Le Maroc est une nation africaine. Il est normal d’avoir des relations diplomatiques avec ce pays. Nous n’avons jamais eu des problèmes avec lui. Sur le Sahara, nous respectons leurs opinions, ils connaissent mieux leurs histoires. Mais nous avons également nos opinions sur les droits de l’Homme et généralement les droits de toutes les nations».

Nasser Bourita
Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Déclaration faite à EFE

Actuellement, la tendance ne pointe pas vers une reconnaissance (de la RASD, ndlr). Vous souvenez-vous d'un seul pays qui l'a reconnue dernièrement ? Je peux vous dire par contre que certains la retirent, comme le Malawi. À partir de demain, il y en aura d'autres (pays d'Afrique, ndlr) et cela continuera ainsi».


Afrique australe : Vents favorables pour le Maroc

En Afrique australe, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et l’Angola sont les principaux pays «adversaires» du Maroc sur la scène continentale. Lors des différentes rencontres entre officiels africains, ces pays ne se gênent pratiquement jamais à exprimer leur opposition par rapport à la position marocaine, notamment sur la question du Sahara. Mais à Abidjan, le roi Mohammed VI ne s’est pas seulement contenté de recevoir en audience Jacob Zuma d’Afrique du Sud, le souverain s’est aussi entretenu avec le tout nouveau président angolais, Joao Lourenço. Ce dernier qui vient de succéder à Jose Eduardo Dos Santos peut être tenté de tourner la page de la méfiance entre Rabat et Luanda. Idem du côté de Harare, où le successeur de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa est source d’espoirs quant à un revirement sur la question du Sahara.


«Pretoria pourrait retirer sa reconnaissance à la RASD»

François Conradie, Analyste au cabinet sud-africain NKC African Economics

En Afrique du Sud, la rencontre officielle historique entre le roi Mohammed VI et le président sud-africain Jacob Zuma a été interprétée comme un changement de position de Pretoria sur la question du Sahara. C’est ce que rapporte François Conradie, analyste au cabinet sud-africain NKC African Economics. Selon lui, cet «adoucissement» de la position de l’un des principaux soutiens du Polisario présage d’un retrait de la reconnaissance à la «RASD». Interview.

Les Inspirations ÉCO : La rencontre entre le roi Mohammed VI et le président Jacob Zuma à Abidjan en a surpris plus d’un. Comment l’interprétez-vous depuis l’Afrique du Sud ?
François Conradie : Ce n’est pas tant la rencontre qui a surpris, que l’engagement de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays. En Afrique du Sud, cela a surtout été interprété comme un changement de position sur le dossier du Sahara, un adoucissement de la position de Pretoria. Il y a eu jusque-là peu de discussions sur les opportunités que représentera une meilleure relation avec le Maroc.

Sur la question du Sahara, une entente est-elle possible entre Rabat et Pretoria ?
Je pense que oui. Il est clair que la «RASD» est en train de perdre ses soutiens, et cette rencontre à Abidjan fait penser que Pretoria pourrait retirer sa reconnaissance, chose qui paraissait invraisemblable il n’y a pas longtemps. Souvenons-nous que l’Afrique du Sud n’a reconnu la RASD qu’en 2004, en réaction à la position de Rabat sur la question du référendum. Je crois que Pretoria pourra accepter l’impossibilité de l’indépendance du Sahara, mais continuera à insister sur ce qu’ils appellent ici son droit à l’autodétermination. En tout cas tant que  l’ANC (Congrès national africain) est au pouvoir en Afrique du Sud.

Selon-vous, quels sujets de convergence peuvent exister entre l’Afrique du Sud et le Maroc ?
Il y en a beaucoup, à commencer par les affaires. Les grandes sociétés marocaines sont très présentes en Afrique francophone tandis que les groupes sud-africains ont fait des percées dans les pays anglophones. Nous pourrons bientôt voir des champions véritablement panafricains émerger de partenariats entre des sociétés marocaines et sud-africaines, probablement dans les services financiers dans un premier temps.

Jacob Zuma étant bientôt sur le départ, «la bonne entente» qui a prévalu lors de l’audience d’Abidjan a-t-elle des chances de porter ses fruits ?
Le mandat de Zuma ne prend fin qu’en mai 2019, normalement donc il reste quand même deux ans afin de voir se concrétiser quelque chose. Il est vrai qu’il sera remplacé comme président de l’ANC d’ici trois semaines, mais je ne crois pas que son remplaçant prendrait des positions publiques qui pourraient affecter les relations étrangères du pays.

Comment l’élite politique et économique sud-africaine perçoit-elle la percée du Maroc en Afrique ?
Elle n’a pas été très largement remarquée, à part parmi les spécialistes du continent. Nous souffrons d’une certaine myopie quant à l’Afrique et avons tendance à ne considérer que sa partie anglophone. Pour l’élite politique, cela changera avec la présence du Maroc au sein de l’UA et je pense que nous devrons anticiper une concurrence entre les diplomates des pays pour exercer de l’influence. Pour les élites économiques, je pense qu’on pourrait voir bien plus de coopération, vu les complémentarités qui existent entre les opérations des groupes marocains et sud-africains

Pensez-vous qu’avec les récents changements de présidents à la tête de plusieurs pays d’Afrique Australe, le temps soit favorable au Maroc pour y nouer des relations de confiance ?
Oui, une opportunité se dessine pour un rapprochement avec l’Angola et le Zimbabwe mais comme pour l’Afrique du Sud, il va falloir du progrès sur le dossier du Sahara. Les États de la sous-région insistent aussi sur le caractère des droits de l’Homme.   

Renforcer le «partenariat d’exception» qui lie le Maroc et la Côte d’Ivoire mais aussi participer au 5e Sommet Union africaine-Union européenne. Tel est le contexte dans lequel intervient la 4e visite du roi Mohammed VI en Côte d’Ivoire depuis 2013.

Du multilatéral et du bilatéral à la fois. La visite du roi Mohammed VI en Côte d’Ivoire entamée ce dimanche 26 novembre est un déplacement qui compte double. Celle-ci est à la fois l’occasion pour le Maroc et la Côte d’Ivoire de renforcer leur partenariat désormais qualifié d’«exception» mais aussi pour le royaume de participer au 5e Sommet euro-africain, désormais baptisé «Sommet UA-UE». En étant le premier chef d’État à fouler le sol ivoirien, le souverain réitère sa proximité et renouvelle les relations fortes qui le lient au président ivoirien Alassane Dramane Ouattara. Cette nouvelle visite en Côte d’Ivoire, la quatrième du genre depuis 2013, permettra, sur le plan bilatéral, «de faire le suivi des projets lancés au cours des précédents déplacements royaux, d’imprimer une impulsion encore plus forte à cette relation et de poursuivre la tradition de concertation entre SM le roi et son frère le président Ouattara sur les questions régionales et internationales», indique le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita.

Débarquements
Des entretiens entre les deux chefs d’États sont au menu de cette visite de «travail et d’amitié». Il est également prévu, à en croire l’agence ivoirienne de presse, l’inauguration de deux points de débarquement offerts par le roi lors d’une visite en Côte d’Ivoire en mars 2013. «D’un coût de plus de 3,3 milliards de francs CFA (environ 50 MDH), ces deux points de débarquement ont été aménagés respectivement dans le quartier de Locodjoro et dans la ville de Grand-Lahou». L’évolution du gigantesque projet d’aménagement de la baie de Cocody sera au cœur des discussions entre les deux parties, qui entendent renforcer leur partenariat. Ce dernier s’érige désormais comme un modèle en Afrique car en quelques années, la Côte d’Ivoire est devenue la première destination des investissements extérieurs marocains. En 2015, le royaume y a même occupé le rang de premier investisseur étranger pour l’année 2015, avec un volume d’investissements dépassant les 132 milliards de Fcfa (2MMDH). L’intérêt des entreprises marocaines pour ce «poumon économique» de l’UEMOA demeure même si durant le premier semestre de l’année 2017, leurs investissements n’y ont pas excédé 8 milliards de Fcfa (123 MDH).

Balance commerciale
Globalement, les échanges commerciaux entre Rabat et Abidjan ont triplé à leur tour ces dernières années. Le volume des exportations marocaines est passé de 39.487 millions de Fcfa en 2012 à 106.305 millions de Fcfa en 2016. Quant aux importations marocaines en provenance de la Côte d’Ivoire, elles ont connu à leur tour une évolution pour atteindre 14.188 millions de Fcfa en 2016, contre seulement 8.230 millions Fcfa en 2012. La balance commerciale demeure excédentaire en faveur du Maroc avec plus de 92.117 millions de Fcfa en 2016.


Sommet UE-UA : Un discours royal attendu sur la migration

Le Maroc prend part au Sommet UA-UE, qui se tient les 29 et 30 novembre à Abidjan. La participation du roi Mohammed VI à ce rendez-vous important donne plus de relief à ce sommet, qui intervient dans un contexte tendu relatif à la migration. Cela d’autant plus que le souverain a en charge le dossier de la migration auprès de ses pairs de l’Union africaine. Dans ce sens, le discours royal sera très attendu au Sommet UA-UE, qui sera axé sur la sécurité, la jeunesse et la migration. Le scandale international de la vente de migrants africains comme esclaves en Libye a de nouveau mis sur le devant de la scène de façon tragique la question de l'immigration africaine vers l'Europe. Le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, a d’ailleurs demandé des «mesures urgentes et coordonnées entre les autorités libyennes, l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations Unies». Quelque 83 chefs d'État et de gouvernement sont ainsi attendus à Abidjan pour deux jours, en plus des 5.000 autres participants. 

La France souhaite renforcer sa présence aux côtés du Maroc pour que les deux économies agissent ensemble en Afrique.

Agir ensemble en Afrique! Telle est l’entente qui semble se dégager entre le Maroc et la France. Au sortir de la 13e Réunion de haut niveau entre les deux pays qui s’est tenue le jeudi 16 novembre à Rabat, le Premier ministre français, Édouard Philippe, a déclaré: «Nous pensons que la France et le Maroc ont beaucoup à gagner à agir ensemble à destination du continent africain et à avancer ensemble vers de nouveaux champs de développement économiques et sociaux». Selon le chef du gouvernement français toujours, «il ne s’agit pas de soutenir le Maroc dans sa politique africaine, mais plutôt de dire que nous avons un intérêt et un horizon communs». Édouard Philippe a expliqué sa position en indiquant que la coopération bilatérale entre les deux pays peuvent leur «permettre ensemble d’être plus forts face à des concurrences qui sont parfaitement légitimes et auxquelles nous devons faire face chacun de notre côté. Il s’agit donc de faire en sorte que nos tissus économiques, nos systèmes financiers, notre capacité à intervenir puissent être conjugués pour que du côté marocain et français, nous maximisions notre investissement». En face, son homologue marocain, Saâd-Eddine El Othmani, a préféré s’attarder sur le caractère «gagnant-gagnant» de ce partenariat, non seulement pour le royaume et l’hexagone, mais aussi pour les pays africains. Le discours de partenariat Sud-Sud prôné par le Maroc, est, aux yeux des autorités marocaines, un idéal à ne pas écarter dans toute autre forme de partenariat. Les deux pays alliés doivent alors réfléchir ensemble afin de trouver le rythme qui satisfasse toutes les parties concernées.

Appui financier
En attendant, la France manifeste officiellement son approbation face à la dynamique d’ancrage du Maroc sur le continent. La Déclaration finale publiée à l’issue des travaux entre les deux gouvernements mentionne ainsi que «La France salue le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, ainsi que la perspective de son adhésion à la CEDEAO (…), des étapes majeures dans la voie de l’intégration, de la stabilité et du développement de l’Afrique». En outre, sur un plan purement économique, l’hexagone se place aux côtés des grands établissements marocains pour accompagner leur politique africaine. C’est notamment le cas de l’Agence marocaine des énergies renouvelables (MASEN), qui a bénéficié d’un soutien financier de 500.000 euros (plus de 5 MDH) en guise d’appui à son «développement industriel renouvelable vers l’Afrique».  

Quels sens pour l’intégration du Maroc à l’UA et à la CEDEAO ? La question a fait l’objet d’un panel lors de la 10e édition des MEDays à Tanger. Compte rendu.

C’est probablement l’un des panels les plus suivis lors de cette 10e édition du Forum MEDays. Et il avait pour thème : «UA-CEDEAO : Quels sens pour l’intégration du Maroc». Sur la tribune, l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise, Mankeur Ndiaye, le conseiller spécial de l’actuel premier ministre du Sénégal, Moubarak Lo, au côté de Mohamed Methkal, directeur général de l’Agence marocaine de la coopération internationale (AMCI) et Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI). Devant une salle presque comble, ils ont tous, pendant environ une heure, défendu le dossier et les positions du Maroc aussi bien à l’Union africaine que le royaume a (re)intégrée en janvier dernier, qu’à la CEDEAO, qui s’apprête à accueillir le Maroc en tant que 16e pays membre.

Contribution positive
À l’UA, Mankeur Ndiaye, qui était ministre des Affaires étrangères du Sénégal lors du retour du Maroc, a rappelé le vif débat qui a opposé la majorité favorable au dossier marocain, à la minorité réticente à cette réadmission. Globalement, a-t-il laissé entendre, il est apparu que les objections de certains États, en majorité d’Afrique australe, ne faisaient pas le poids face à la légitimité pour le Maroc de réintégrer sa famille africaine. Désormais, le travail, doit porter, selon le directeur général de l’Agence marocaine de la coopération internationale (AMCI), sur la reconnaissance totale de la souveraineté marocaine sur le Sahara. «Pour nous, la question sur la souveraineté nationale est non négociable», a lancé Mohammed Methkal, laissant comprendre que le royaume ne baissera pas les bras tant que la pseudo «RASD» siège au sein de l’UA. Mankeur Ndiaye rassurera en projetant un règlement de cette question «d’ici quelques années». En dehors de cette question épineuse sur le Sahara, tous les intervenants sont d’accord sur la «contribution positive» du Maroc à l’UA, notamment en partageant ses succes-stories dans de nombreux secteurs avec le reste du continent.

Migration
Une fois la question de l’UA «évacuée», le débat a vite bifurqué sur la CEDEAO. Dans l’assistance, constituée de responsables politiques et économiques, mais aussi de très nombreux étudiants, l’attention redoublait d’intensité. Certes le débat était à sens unique, mais à ce niveau, plusieurs craintes sont apparues en filigrane des interventions. Face à Jawad Kerdoudi, président de l’IMRI, qui alerte sur la pression migratoire et la nécessité pour le Maroc de s’y préparer une fois son admission au sein de la CEDEAO actée, le conseiller spécial du premier ministre sénégalais a préféré s’attarder sur «les avantages» pour les pays de la CEDEAO et du Maroc. Même son de cloche de la part du diplomate Mankeur Ndiaye, qui a longuement rappelé que lors du Sommet de Monrovia en juin dernier, aucun chef d’État ouest-africain ne s’était opposé à l’entrée du Maroc.

Questions sans réponses
Au fur et à mesure de l'avancée du débat, on sentait le public certes absorbé par les interventions des panélistes, mais «le diplomatiquement correct» qui a prévalu lors des échanges a laissé une bonne partie de l’assistance sur sa faim. À part le défi migratoire, beaucoup de questions ont été minutieusement passées sous silence. Toutefois, une chose est presque sûre : contrairement à son entrée à l’UA obtenue au terme d’une confrontation farouche avec ses adversaires, le Maroc n’aura pas besoin de trop forcer pour être membre de la CEDEAO. En tout cas, pour Mankeur Ndiaye, «l’opportunité» qu’offre cette adhésion prime sur tout, y compris le critère géographique. Le verdict sera connu dans une vingtaine de jour à l’occasion du prochain sommet des pays membres de la CEDEAO.


Mankeur Ndiaye
Ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères

Il n’y a pas d’obstacle juridique à l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Le traité de la CEDEAO reste muet sur l’admission d’un nouvel État, donc seule une décision politique des chefs d’État pourra résoudre le problème.»

Moubarak Lo
Conseiller spécial du premier ministre sénégalais

L’entrée du Maroc dans la CEDEAO pose certes des défis, mais apporte aussi des avantages. La CEDEAO doit davantage s’intéresser aux apports positifs de l’intégration du Maroc.»

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI

«Avec son adhésion à la CEDEAO, le Maroc exportera plus, mais aussi importera plus. La libre-circulation des personnes va accentuer le phénomène migratoire. Le Maroc doit se préparer à recevoir plus de migrants subsahariens.»

Le président de la commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat a été reçu par le roi Mohammed VI vendredi dernier à l’occasion de sa première visite au Maroc depuis le retour du royaume à l’UA. Plusieurs dossiers continentaux ont été abordés.

Le roi Mohammed VI a reçu, vendredi dernier à Rabat, le président de la Commission de l’Union Africaine (UA) Moussa Faki Mahamat. Lors de cette audience, «le président de la Commission de l’UA a relevé l’apport important du Maroc, depuis son retour, en janvier dernier, au sein de sa famille institutionnelle panafricaine, à l’agenda de paix, de stabilité et de développement du continent», indique un communiqué du cabinet royal. Moussa Faki Mahamat a également salué l’action de souverain en faveur d’une coopération Sud-Sud interafricaine et son engagement «en tant que leader sur la question de la migration au sein de l’Union Africaine», poursuit la même source. L’entretien a, en outre, porté sur les défis multiples auxquels fait face le continent africain, ainsi que les opportunités à saisir en vue d’installer l’Afrique irréversiblement sur la voie de l’émergence économique, du développement social et de la stabilité politique. Les prochaines échéances continentales ont, par ailleurs, été à l’ordre du jour de cet entretien, poursuit le communiqué du cabinet royal. Le sommet UA-UE, prévu les 29 et 30 novembre à Abidjan en est le plus immédiat. Il sera suivi, fin janvier 2018, à Addis-Abeba, du sommet semestriel de l’UA, et qui verra le président guinéen, Alpha Condé, passer le flambeau à son homologue rwandais, Paul Kagame à la présidence en exercice de l’UA.

De nombreuses priorités
Cette audience royale avec le président de la Commission de UA, intervient dans le cadre d’une visite de jours dans le royaume, entamée le vendredi 3 novembre, à l’invitation du gouvernement marocain. L’UA a notamment indiqué que ce séjour était l’occasion pour Moussa Faki Mahamat d’aborder plusieurs questions se rapportant au premier Plan décennal de mise en œuvre de l’Agenda 2063 et ses projets phares, y compris la Zone continentale de libre-échange et le Marché unique aérien africain, conformément à la Déclaration de Yamoussoukro. Les dossiers relatifs aux programmes sectoriels de l’UA tel que le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PPDA-CAADP) étaient également au menu des rencontres avec les autorités marocaines.

Cinq grands opérateurs télécoms se livrent une bataille sans merci sur le continent. Au-delà de la course à l’expansion, ces «big five» doivent également s’affronter sur la data et le mobile money.

La guerre des télécoms fait rage en Afrique. Ce secteur, l’un des plus dynamiques des économies du continent attire plus que jamais les convoitises des mastodontes mondiaux. Du français Orange, au sud-africain MTN, en passant par l’indien Bharti ou encore l’émirati Etissalat (via Maroc Telecom), chaque opérateur essaie d’étendre sa sphère d’influence. Dernier acte en date, l’annonce par le géant français Orange du lancement de sa marque en Sierra Leone, plus d’un an après l’acquisition de l’opérateur Airtel dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Pour sa part, Maroc Telecom se félicite d’une hausse de 1,1% de ses activités africaines durant les 9 mois premiers mois de 2017 après qu’elles aient contribué à hauteur de 43% de son chiffre d’affaires consolidé en 2016. Pour l’opérateur historique, l’avenir se lit plus que jamais en Afrique, son principal pôle de croissance face à la saturation du marché marocain. En plus de renforcer les performances de ses filiales africaines, Maroc Telecom est très attendu pour l’élargissement de sa présence sur le continent. Actuellement, celle-ci est visible dans dix pays, principalement en Afrique de l’Ouest, en plus de la Mauritanie, de la Centrafrique et du Gabon.

Défis
Au-delà de la course à l’expansion continentale, l’enjeu pour les grands opérateurs en Afrique se cristallise autour des data. «Les revenus traditionnels de la voix et du SMS, qui peuvent représenter 70% des revenus totaux des opérateurs vont continuer à décroître, du fait d’une concurrence intense qui entraîne les prix vers le bas et des services OTT (Whatsapp, Skype, etc.) et cannibalisent les revenus. Le défi pour les opérateurs est de compenser cette baisse par la hausse des revenus de la data et du mobile money», indique Germain Breugnot, directeur de Titane Conseil International, spécialisé dans les télécoms. Malgré les contraintes réglementaires et la nécessité de mettre à niveaux les infrastructures, plusieurs opérateurs ont déjà compris et commencent d’ailleurs à saisir les opportunités offertes par les data et le mobile banking. C’est notamment le cas dans de nombreux pays anglophones du continent comme au Kenya.
Qui sont les 5 big des télécoms en Afrique ?

MTN
Un leader sud-africain
Le groupe sud-africain MTN est présent dans 16 pays d’Afrique, il est le 1er opérateur continental en termes d’abonnés aux services mobiles, avec plus de 168 millions de clients. Ses marchés les plus importants sont le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Ghana.

Vodafone
Discret mais efficace
Le deuxième opérateur qui compte le plus d’abonnés anglais. En effet, Vodafone n’est présent que dans 8 pays d’Afrique, mais mise sur les marchés à fort potentiel comme l’Égypte (41 millions d’abonnés) et l’Afrique du Sud (37 millions). En tout, Vodafone revendique environ 120 millions d’abonnés sur le continent.

Orange
Une marque en expansion
Orange est présent dans une vingtaine de pays africains et du Moyen-Orient avec plus de 121 millions de clients. L'opérateur français indique y avoir réalisé l'an dernier 5,24 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en progression de 2,5% (contre 5% auparavant). Ses plus gros marchés se trouvent en Égypte, au Maroc, Mali, Congo et en Côte d’Ivoire. Dans la plupart des pays, Orange est en position de leader ou de numéro deux. Le service de paiement mobile Orange Money compte 32,4 millions de clients et une base active de 10 millions de clients au 30 juin 2017.

Bharti
Le joker indien
Bharti Airtel, l’opérateur numéro un en Inde avec 235,34 millions d’abonnés a racheté en avril 2010 les filiales africaines du koweïtien Zain pour près de 10 milliards de dollars. Il est présent aujourd’hui dans 16 pays d’Afrique avec environ 80 millions d’abonnés.

Etisalat
Via Maroc Telecom
L’émirati Etisalat est lui présent en Égypte avec 22 millions d’abonnés et dans 10 autres pays à travers Maroc Telecom. L’opérateur revendique 56 millions d’abonnés. En juillet dernier, la crise économique au Nigéria a eu raison de la filiale d’Etisalat, qui y comptait presque 20 millions d’abonnés. L’opérateur a finalement décidé de quitter le pays le plus peuplé d’Afrique.  

 

Les pays africains les plus porteurs

Quatre des marchés les plus peuplés en Afrique, à savoir le Nigeria, l’Éthiopie, la République démocratique du Congo et la Tanzanie compteront près de la moitié des 115 millions de nouveaux abonnés attendus d’ici 2020. Du Côté de l’Afrique de l’Ouest à fin 2016, les pays qui se sont démarqués par un parc d’abonnés relativement élevé sont le Nigeria (86 millions d’abonnés, avec un taux de pénétration de 45,4%), le Ghana (18,9 millions d’abonnés et un taux de pénétration de 66,8%), la Côte d’Ivoire (12,5 millions d’abonnés et un taux de pénétration de 52,9%), le Mali (11,1 millions d’abonnés et un taux de pénétration de 60,5%) et le Sénégal (9,6 millions d’abonnés et un taux de pénétration de 60,5%). 


«Maroc Telecom peut encore se développer en Afrique»

Germain Breugnot, Directeur de Titane conseil international 

Face à la saturation du marché marocain, Maroc Telecom peut encore poursuivre son expansion sur le continent. Les bons résultats de ses filiales africaines le prouvent. Tel est l’avis de Germain Breugnot, directeur de Titane conseil international, spécialisé dans les télécoms.

Les Inspirations ÉCO : Comment évolue Maroc Télécom en Afrique ?
Germain Breugnot : Maroc Telecom compte près de 56 millions de clients répartis dans dix pays en Afrique. Depuis sa première expérience avec Mauritel en 2001, Maroc Telecom a pris des participations majoritaires dans les opérateurs historiques du Burkina Faso en 2006, du Gabon en 2007 et du Mali en 2009. Après le rachat à Vivendi des 53% de Maroc Telecom par Etisalat en 2014, ce dernier lui a cédé ses filiales Moov au Bénin, au Gabon, au Niger, en Centrafrique, au Togo et en Côte d’Ivoire. Cette stratégie de croissance en Afrique est en phase avec la stratégie de développement sud-sud prôné par le royaume.

Les filiales africaines vont donc gagner  en importance ....
Les filiales du groupe ont participé en 2016 à hauteur de 43% du chiffre d’affaires consolidé. Et face à la baisse de la croissance des résultats sur son marché domestique, les filiales africaines sont un relais qui est appelé à se renforcer dans les années à venir. Les stratégies des filiales sont différentes entre celles qui sont des opérateurs historiques qui défendent leurs positions sur le marché et celles qui sont des challengers, et donc plus agressives pour prendre des parts de marchés. Toutes les filiales bénéficient du support de la maison mère et d’un personnel local compétent mais pour certaines la qualité de service a baissé ces dernières années au point de faire grincer les dents des usagers et des régulateurs qui ont sanctionné. Maroc Telecom a promis de faire les investissements nécessaires et cela devra se traduire concrètement par une amélioration de la qualité ressentie par les clients.

Maroc Telecom, à l’instar d’Orange, peut-il encore réussir de nouvelles implantations sur le continent ?
Les bons résultats des filiales de Maroc Telecom à l’international le prouvent. Maroc Telecom a le savoir-faire pour s’implanter et se développer sur un nouveau marché, les filiales Moov en sont un très bon exemple : 11% de croissance du chiffre d’affaires et 42% de croissance de l’EBITDA depuis le début de l’année.

Est-ce que le secteur des télécoms en Afrique est toujours promoteur ?
L'Afrique subsaharienne connaît la plus forte croissance au monde pour le secteur mobile selon l'association mondiale des opérateurs télécoms (GSMA). Avec un taux de pénétration du mobile aujourd’hui de «seulement» 43%, combiné à des perspectives de croissance économiques et démographiques, cette région est un grand réservoir de futurs utilisateurs. Elle comptera plus d’un demi-milliard d’abonnés uniques aux services mobiles d’ici à 2020.

Quel segment (téléphonie mobile, fixe ou internet) est plus rentable et offre de meilleures perspectives ?
La téléphonie mobile va continuer à croître de manière importante en Afrique subsaharienne où l’écart du taux de pénétration est important avec les marchés plus matures mais les revenus traditionnels de la voix et du SMS, qui peuvent représenter 70% des revenus totaux des opérateurs, vont continuer à décroître du fait d’une concurrence intense qui entraîne les prix vers le bas et des services OTT (whatsapp, skype, etc.) qui cannibalisent les revenus. Le défi pour les opérateurs est de compenser cette baisse par la hausse des revenus de la data et du mobile money. L’accès à l’internet haut débit 3G mais également 4G, est favorisé par des tarifs plus attractifs, grâce à une plus grande disponibilité des smartphones et des prix d’acquisition plus accessibles.

Et l’internet haut débit ?
Le segment de l’internet très haut débit sur fibre optique pour les entreprises et les particuliers peut également être un relais de croissance intéressant du fait des revenus sur ces services, des possibilités de services (TV HD, VOD). De nombreuses villes sont aujourd’hui couvertes en FTTH, les opérateurs historiques sont en général avantagés car ils disposent des infrastructures de génie civil indispensable au passage de la fibre optique. Les régulateurs ont donc un rôle important à jouer à l’instar de l’ANRT au Maroc pour favoriser une concurrence saine sur ce segment. Pour permettre aux opérateurs de réaliser ces importants investissements, les États doivent également veiller à ne pas surtaxer les opérateurs. Taxes spéciales, licences et autres amendes peuvent, certes, contribuer aux finances publiques, mais au détriment de la couverture des populations. 


En s’en prenant directement au Maroc sur le continent, le ministre algérien des Affaires étrangères annonce la couleur: l’Algérie entend faire de l’Afrique le nouveau terrain de confrontation avec le Maroc.

Les propos  diffamatoires  du chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, sur le Maroc ont ravivé les tensions entre le royaume et son voisin de l’Est. Lors d’une intervention le 20 octobre lors du Forum des chefs d’entreprises (FCE) algérien, Abdelkader Messahel a proféré de  graves accusations. Mais plus qu’une énième querelle de voisinage entre les deux pays, c’est la lutte d’influence entre le Maroc et l’Algérie sur le continent que révèle la sortie du ministre algérien des Affaires étrangères. Il est évident qu’à l’instar du Maroc, l’Algérie tente, depuis près de deux ans, de renforcer sa présence économique en Afrique. Un «Forum africain d’investissements et d’affaires» a ainsi été organisé pour la première fois à Alger en décembre 2016. Depuis, les missions d’affaires du secteur privé algérien se multiplient sur le continent. Comme le fait le Maroc depuis plus d’une décennie, les chefs d’entreprises du pays voisins ont également pris plaisir à aller tâter le terrain au Sud du Sahara, à rencontrer leurs partenaires subsahariens et à étudier des opportunités d’affaires. Néanmoins, la longueur d’avance prise par le royaume est telle que même en Algérie, on est conscient que le retard sera extrêmement difficile à rattraper. D’ailleurs, c’est ce constat quasi-fataliste exposé à Messahel par un homme d’affaires algérien qui est à l’origine de cette réponse pas du tout diplomatique.

Concurrents... vraiment ?
Alors que l’Algérie se cherche encore sur le continent, le Maroc est parvenu à y occuper le fauteuil de premier pays africain investisseur, en ravissant la vedette à l’Afrique du Sud. En 2016, en effet, le royaume a investi plus de 4 milliards de dollars en Afrique, soit 5,1% du total des IDE en Afrique, constate le cabinet mondial Ernst&Young (www.leseco.ma). La même source rapporte également que les entreprises marocaines ont créé pas moins de 3.957 emplois, l’année dernière en Afrique, soit une hausse de 3,1% par rapport à 2015. À l’heure où le Maroc gagne en respect et en prestige grâce à sa politique d’intégration des migrants subsahariens, son voisin fait l’actualité par ses campagnes d’expulsions de candidats africains à l’Eldorado européen qui transitent sur son sol. Au moment où le Maroc est en train de réussir son pari d’intégrer la CEDEAO, son voisin d’Afrique du Nord peine à gagner la confiance de ses partenaires subsahariens. En somme, comme on le dit dans le langage courant, «il n’y a pas photo» entre le Maroc et l’Algérie en Afrique. Loin de toute subjectivité ou de parti-pris, la réalité des chiffres et les actions concrètes sur le terrain sont là pour le confirmer.

Influence
Cela dit, il n’est dans l’intérêt d’aucune partie de considérer l’Afrique comme un terrain de confrontation. La sortie du chef de la diplomatie algérien devant les hommes d’affaires de son pays rappelle les joutes verbales qui rythment les rencontres d’officiels africains. Il ne se passe en effet aucune réunion à l’échelle continentale sans qu’une passe d’armes n’oppose l’Algérie au Maroc. Ces scènes n’en finissent d’agacer les responsables gouvernementaux et dirigeants africains, et par conséquent, de ternir l’image de tous. Partout sur le continent, on est certes à la recherche de partenaires économiques nouveaux, notamment dans un esprit de coopération Sud-Sud, mais on apprécie moins que les pays africains soient transformés en arène de lutte d’influence. Les milieux économiques africains le font de plus en plus savoir. Hélas, avec ses dernières déclarations, il n’est pas sûr que le ministre algérien des Affaires étrangères l’ait vraiment compris. 


Des patronats africains solidaires du Maroc

En plus du ministère des Affaires étrangères, du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), de Royal Air Maroc et du doyen des ambassadeurs africains accrédités au Maroc, le patronat marocain est monté au créneau pour condamner les déclarations du chef de la diplomatie algérienne. Dans un communiqué, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), rejette «ces propos, graves et sans fondement, [qui] constituent également une atteinte à la souveraineté des États africains et une agression contre leurs organes de gouvernance, de régulation et de sécurité». De sources proches du patronat marocain, on indique que plusieurs opérateurs économiques africains ont également condamné les propos du responsable algérien, et exprimé leur solidarité et leur confiance à leurs partenaires marocains. Certains patronats africains promettent ainsi de prendre publiquement position en faveur du Maroc. Affaire à suivre.

Le roi Mohammed VI a annoncé, le 13 octobre, la création d’un ministère délégué chargé des affaires africaines ainsi que la mise en place de deux cellules de suivi de l’action du Maroc sur le continent. Quels seront les dossiers à gérer et qui sera  désigné pour cette mission ? Réponses.

«Nous avons décidé la création d’un ministère délégué auprès de celui des Affaires étrangères, chargé des Affaires africaines et plus particulièrement de l’investissement, ainsi que la mise en place de deux cellules de suivi, l’une au ministère de l’Intérieur et l’autre au ministère des Finances». C’est le roi Mohammed VI qui l’annonçait solennellement, vendredi 13 octobre à Rabat, lors de son discours à l’ouverture de la 10e législature. Devant les parlementaires, le souverain annonce la couleur : l’Afrique va gagner en importance dans la diplomatie marocaine. La création de ce ministère rattaché au département des Affaires étrangères vient le confirmer. Après son retour à l’Union Africaine en janvier dernier et son adhésion attendue à la CEDEAO dès décembre prochain, le Maroc entend donner aux questions africaines tout le poids qu’elles méritent.

Le Sahara d’abord
Sous l’action de ce nouveau ministère délégué, la politique africaine du Maroc sera plus coordonnée. Exclusivement dédié au continent, il permettra d’animer et d’inspirer l’action du royaume à l’Union Africaine. Cela d’autant plus que la contribution marocaine aux initiatives africaines est très attendue, notamment dans l’optique de mise en place de stratégies sectorielles continentales dans les secteurs censés aider l’Afrique à réussir son émergence économique. C’est le cas notamment de l’agriculture, de l’énergie, de l’intégration économique ainsi que des défis liés à la migration. Sur un plan purement politique, il va sans dire que le curseur sera mis sur le dossier du Sahara. Pour le Maroc, il s’agira d’anticiper et de contrer plus efficacement les initiatives et manœuvres adverses sur cette question sensible.

Business et sécurité
En plus de l’angle politique, les «affaires africaines» du continent sont abordées sous des aspects économiques et sécuritaires, vu les enjeux marocains en jeu sur le continent. D’où «la mise en place de deux cellules de suivi, l’une au ministère de l’Intérieur et l’autre au ministère des Finances». À l’heure où le Maroc s’est hissé au rang de premier investisseur africain en Afrique en 2016, avec des investissements estimés à 4 milliards de dollars, il est plus que jamais opportun de créer des cellules de suivi des intérêts marocains, mais aussi d’accompagner la concrétisation des projets d’investissements ainsi que des accords et conventions impliquant les secteurs public et privé du royaume. Sur le plan sécuritaire, le Maroc est de plus en plus sollicité par les pays amis du continent dans la lutte contre l’extrémisme, aussi bien à travers l’enseignement religieux que par l’action de ses services de renseignement. C’est notamment le cas avec la Côte d’Ivoire ou encore le Burkina Faso.

Monsieur ou Madame Afrique ?
Enfin, et attendant la nomination du futur ministre délégué aux Affaires africaines, il sied de s’interroger sur la nouvelle configuration du «super» ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale. En effet, le département dirigé par Nasser Bourita dispose déjà d’une secrétaire d’État en la personne de Mounia Boucetta. Depuis sa nomination à ce poste, elle a multiplié les déplacements sur le continent pour assurer le suivi des accords signés ces dernières années par le Maroc avec ses partenaires africains. Montera-t-elle en grade pour se consacrer pleinement, en tant que ministre, aux Affaires africaines, ou fera-t-on appel à un pur produit de la diplomatie marocaine pour s’en charger ? La réponse ne saurait tarder. Affaire à suivre.


Moussa Diarra
Président de l’Association malienne d’amitié  Mali-Maroc (AMAMA)

«La création d’un ministère délégué chargé des Affaires africaines prouve que le Maroc, sous le leadership de SM le roi Mohammed VI, place le continent africain au centre de sa politique étrangère».

Rasheed Draman
Directeur exécutif du Centre africain des affaires parlementaires (ACEPA

«La création d'un ministère délégué chargé des Affaires africaines démontre la volonté du Maroc de renforcer l'intégration régionale. Elle va permettre d'accélérer le rapprochement avec l'Afrique et de suivre de près l'état d'avancement des accords signés entre le Maroc et les pays du continent».

Boubacar Séye
Président fondateur de l’ONG «Horizon Sans frontières»

«Cette initiative est significative à plus d'un titre car la mise en place d’une entité spécifique dédiée à l'Afrique et non globalement à l’ensemble des pays du monde est un pas de plus vers l'intégration africaine».

À elles seules, Attijariwafa bank et la BMCE Bank of Africa ont réalisé des bénéfices de plus de 1,1 MMDH durant le premier semestre 2017 en Afrique. La BCP, pour sa part, se félicite d’une hausse de 10% du PNB de ses filiales africaines.

Les banques marocaines tirent leur épingle du jeu en Afrique. C’est le moins que l’on puisse dire au regard des nouveaux résultats semestriels publiés à fin juin 2017. Durant les six premiers mois de l’année en cours, l’apport des filiales africaines des grands groupes bancaires marocains, installés sur le continent, a une nouvelle fois augmenté. Chez Attijariwafa bank, cette contribution de l’activité Afrique dans le RNPG (résultat net part du groupe) est passée à 27%, au terme du premier semestre dernier, contre 24% à la même période en 2016. L’acquisition à 100% de Barclays bank Egypt, a considérablement renforcé la part des filiales africaines dans les comptes globaux du numéro un bancaire marocain. D’ailleurs, le management d’Attijari note qu’«en cas de consolidation de 6 mois d’Attijariwafa bank Egypt, la contribution de la BDI [Banque de détails à l’international, c'est-à-dire les filiales africaines] aurait été de 31%». En effet, seuls 2 mois d’activités de l’ancienne Barclays bank Egypt ont été pris en compte dans les résultats, soit à partir de début mai dernier, date de finalisation effective de son acquisition. Globalement, et en valeurs absolues, 720 MDH des 2,6 MMDH de bénéfices réalisés au terme du premier semestre 2017 par Attijariwafa bank proviennent d’Afrique. Un véritable motif de satisfaction pour le management de la banque aux couleurs rouge et jaune, qui n’est pas la seule à afficher un large sourire.

442 MDH de bénéfices pour BMCE en Afrique
Chez BMCE Bank of Africa, également, on parle de «performances satisfaisantes». Durant les six premiers mois de 2017, l’Afrique est montée à 34% de son RNPG, soit 442 MDH sur 1,3 MMDH de ses bénéfices semestriels. En plus, le groupe dirigé par Othman Benjelloun se félicite d’une «croissance de 31% du RNPG du groupe BOA, ressortant à 46,3 millions d’euros». Le holding africain de BMCE a aussi réussi une hausse de 4,2% de son produit net bancaire consolidé, qui s’élève à «235,9 millions d’euros à fin juin 2017, contre 226,4 millions à fin juin 2016». À noter au passage, que pour la BMCE Bank of Africa, les activités Afrique incluent également la BDM (Banque de développement du Mali) et la LCB Bank (La Congolaise de Banque au Congo Brazzaville).

Et chez la BCP ?
Enfin, du côté du Groupe BCP (Banque centrale populaire), on est moins prolixe sur l’apport semestriel des filiales africaines. Les chiffres mis en avant font état d’une progression de 10% du produit net bancaire du réseau d’ABI (Atlantic Business International), «tirée notamment par une nette appréciation de son activité d’intermédiation». La BCP indique également que la «collecte des dépôts et la distribution de crédits du réseau des Banques Atlantique évoluent respectivement de 13 et 22% à fin juin 2017 sur une année glissante». En outre, l’acquisition de 69,5% du capital de la Banque nigérienne BIA-Niger par ABI (www.leseco.ma), a permis à la BCP de se hisser au rang de premier groupe bancaire sur le marché nigérien. La «poursuite de l’extension de la filiale Atlantic MicroFinance For Africa (AMIFA) avec une ouverture en Guinée réalisée en juillet» dernier, est inscrite sur le tableau de chasse de la BCP.

La CEDEAO et le Maroc vont négocier des accords asymétriques afin d’éviter des dommages collatéraux qui pourraient naître de l’adhésion du royaume à la communauté économique ouest-africaine.

C’est une entrée «gagnant-gagnant» que le Maroc s’apprête à faire dans la CEDEAO. Selon Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique, des «accords asymétriques» pourraient être négociés entre le Maroc et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Elalamy s’exprimait ce jeudi 28 septembre à Casablanca, lors d’une conférence à la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM) sur le thème «Le Maroc, plateforme africaine de l’investissement». Interpellé sur les craintes des opérateurs marocains suite à la demande d’adhésion du royaume à cet espace économique comptant 15 pays ouest-africains, le ministre a répondu que «rien n’est encore arrêté concernant les accords. Et même dans le cas d’une intégration du Maroc à la CEDEAO, nous sommes contraints, de part et d’autre, d’avoir ce que l’on appelle des accords asymétriques». Selon le responsable gouvernemental, c’est la CEDEAO elle-même qui a demandé la mise en place de ces accords asymétriques.

Craintes démultipliées
L’objectif de chacune des deux parties, à savoir le Maroc d’une part et la CEDEAO de l’autre, est de sauver son économie, tout en profitant des avantages d’une probable adhésion marocaine. «Si vous lâchez les industriels marocains, ils ne vont faire qu'une bouchée des économies de certains pays et ils vont y détruire le tissu économique naissant. Et réciproquement, au Maroc, les opérateurs se posent des questions». Au-delà des aspects économiques, les défis liés à la migration figurent parmi les principales peurs exprimées au sein du royaume. Sur toutes ces questions, le ministre de l’Industrie tient à rassurer et rappelle l’expérience du Maroc avec les États-Unis et l’Union européenne lors de la signature d’accords de libre-échange. «Nous avons eu des accords avec les États-Unis et l’UE. Et ces accords ne sont pas symétriques, fort heureusement pour nous. S’ils l’étaient, notre agriculture aurait disparu», a insisté Elalamy. Quoi qu’il en soit, poursuit-il, tous les sujets sensibles sont sur la table et sont «discutés avec la plus grande transparence (…). Et Il n’y a pas de folie dans la démarche», précise le ministre. Il rajoute même qu’«à cette date, ce que je vois peut nous rassurer», dans un contexte de «débat constructif».

Avantages
Lors de son intervention, le responsable gouvernemental s’est surtout fait l’avocat de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. «C’est important pour nous de faire partie de cette famille», a insisté Elalamy, en listant les gains attendus pour les exportateurs marocains. «Imaginez que les droits de douanes [de 35% actuellement] disparaissent ? Nous aurons accès à 350 millions de consommateurs! Les opérateurs marocains vont se régaler!» a-t-il laissé entendre. Enfin, il est à noter que les négociations autour de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO sont conduites par le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Toutefois, tous les autres départements concernés font partie du «tour de table» afin d’harmoniser la démarche marocaine. D’ailleurs, lors de sa visite fin août dernier, la délégation de la CEDEAO, sous la houlette du président de la commission, Marcel Alain de Souza, a multiplié les réunions avec les institutions marocaines, dont le département de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique. L’adhésion du Maroc est très attendue pour début décembre prochain, lors du prochain sommet semestriel des dirigeants des pays membres de cette communauté économique.

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Le Maroc et l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) se rapprochent. Si une adhésion n’a pas encore été publiquement évoquée, elle ne serait pourtant que bénéfique aux investisseurs marocains sur le continent.

Le Maroc deviendra-t-il bientôt le 18e membre de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA)? La question se pose plus que jamais au vu de l’intérêt croissant manifesté par les milieux d’affaires marocains au droit OHADA. Cela, d’autant plus qu’au niveau officiel, on parle désormais d’un «rapprochement» entre le royaume et l’organisation panafricaine qui regroupe actuellement 17 pays du continent. En effet, du 11 au 16 septembre courant, le secrétaire permanent de l’OHADA, Dorothé Cossi Sossa, était en «visite de travail» au Maroc, visite au cours de laquelle il a rencontré d’importants acteurs politiques et économiques marocains. Parmi eux, le conseiller du roi Omar Azziman, le ministre de la Justice Mohamed Auajjar, ainsi que le secrétaire général du gouvernement, Mohamed Hajoud. L’objet de ce déplacement dans le royaume était de faire «la promotion du droit OHADA dans ce pays et d’un rapprochement entre l’OHADA et le Maroc», synthétise un communiqué du secrétariat permanent de l’OHADA.

Qu’en pense la CGEM?
Cette visite du patron de l’OHADA au Maroc intervient après la tenue, à Casablanca en avril 2015, d’une journée de sensibilisation sur le droit des affaires en Afrique, organisée à l’époque, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie du Maroc en Côte d’Ivoire. Depuis, les choses se sont accélérées. Le retour du Maroc à l’Union africaine, mais surtout son adhésion attendue à la CEDEAO dès décembre prochain viennent conforter l’idée d’une entrée dans l’OHADA, sans parler de l’accroissement des échanges et des investissements entre le Maroc et les pays membres de l’OHADA. «Il est très logique de voir aujourd’hui les possibilités d’un rapprochement avec l’OHADA. De nombreuses entreprises marocaines sont actives dans l’espace OHADA, nous ne sommes pas, en tant que professionnels, défavorables à ce rapprochement», commente Abdou Diop, associé gérant du cabinet Mazars Maroc et non moins président de la Commission Afrique Sud-Sud de la CGEM. Même son de cloche du côté des investisseurs marocains établis au Sud du Sahara. Pour Abdelilah El Hamdouni, président fondateur de la Chambre de commerce et d’industrie du Maroc en Côte d’Ivoire, «une adhésion du Maroc à l’OHADA serait la bienvenue».

Avantages
Quant aux retombées positives d’une telle démarche, elles pourraient être nombreuses «L’adhésion du Maroc à l’OHADA peut être très bénéfique aux investisseurs marocains. Cela va leur faciliter la vie car ils auront le même référentiel comptable, les états financiers seront établis suivant les mêmes règles que dans les pays du continent où certaines de leurs filiales sont implantées. De plus, en cas de litige, ils pourront recourir à la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA (CCJA), dont le jugement prévaut sur celui des tribunaux nationaux des pays membres», explicite Labo Noma Adamou, expert comptable à Casablanca. Plus globalement, l’OHADA apparaît comme un modèle aussi bien en Afrique que dans le monde. Fondée en 1993, dans un contexte économique difficile et à la veille de la dévaluation du franc CFA, l’organisation se félicite aujourd’hui d’avoir enrichi son arsenal normatif de 9 actes uniformes. Ceux-ci sont relatifs, par exemple, au droit commercial général, au droit des sociétés commerciales et du GIE, à l’organisation des sûretés ou encore au droit de l’arbitrage. En clair, un acte normatif adopté par l’OHADA est applicable dans l’ensemble de ses 17 pays membres. Cette harmonisation donne plus de visibilité aux investisseurs, qui n’auront affaire qu’à un cadre juridique uniformisé dans plusieurs pays d'Afrique.  


Adhésion à l’OHADA: mode d’emploi

L’OHADA est «ouverte à tout État, membre ou non de l’Union africaine (UA), qui voudrait y adhérer». Pour adhérer à l’organisation, nul besoin de faire partie d’un quelconque regroupement régional ou sous-régional. Pour le Maroc, ce dossier n’aurait rien à voir avec celui de la CEDEAO. Mais au préalable, il lui faudra ratifier le traité relatif à l'harmonisation du droit des affaires en Afrique, signé à Port-Louis (Île Maurice) le 17 octobre 1993, tel que révisé à Québec (Canada) le 17 octobre 2008. « Nombreux sont aujourd’hui les États africains qui manifestent un intérêt croissant pour le processus d’unification juridique et d’État de droit économique», se félicite l’OHADA sur son site, bien que le nombre de ses pays adhérents stagne à 17 depuis plusieurs années. 

 

«Plusieurs similitudes entre les droits OHADA et marocain»

Bruce Ilembi, Enseignant chercheur à l’Université privée de Marrakech, président fondateur du club OHADA Marrakech. 

Les milieux d’affaires du royaume manifestent un intérêt croissant pour le droit OHADA. Le constat émane du président fondateur du club OHADA Marrakech, Bruce Ilembi, qui compare ici le droit des affaires au Maroc et dans l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires.

Les Inspirations ÉCO : L’adhésion du Maroc à la CEDEAO facilitera-t-elle la vie aux entreprises marocaines au sein de l’espace OHADA ?
Bruce Ilembi : Oui, l’adhésion est une véritable aubaine pour les entreprises marocaines qui auront ainsi accès à un marché de plus de 300 millions de consommateurs. Cela facilitera les échanges commerciaux et amplifiera le mouvement de libre circulation des personnes et des capitaux amorcé depuis par les 15 pays membres de cet espace. Nous espérons que cette dynamique sera profitable tant aux entreprises qu’aux populations.

Si le Maroc n’adhère pas à l’OHADA, est-ce qu’une harmonisation de son droit des affaires avec l’organisation est possible ?
Pour des raisons évidentes, le Maroc est un partenaire économique privilégié des pays de l’OHADA, même si le royaume n’en est pas encore membre. Au demeurant, le fait que le Maroc ne soit pas encore un pays membre n’est pas un véritable handicap car, eu égard aux rapports séculiers, aux liens historiques et géographiques, les échanges s'effectuent et sont réglés par les conventions et accords signés entre le Maroc et chaque pays ou groupe de pays (ce sera le cas lorsqu’il intégrera officiellement la CEDEAO en décembre prochain). Ces instruments juridiques favorisent la réalisation des échanges et permettent de régler les différends via des voies parfois diplomatiques, mais surtout en soumettant les différends commerciaux à l’arbitrage.

Quels sont aujourd’hui les obstacles auxquels les entreprises marocaines sont confrontées dans l’espace OHADA, en termes de droit des affaires ?
Il n’y a pas de véritable obstacle sur le plan juridique ou judiciaire, étant donné qu’à ce jour, les actes uniformes adoptés sont applicables et n’ont pas fait l’objet d’une dénonciation. Les États membres intègrent et appliquent ces actes uniformes dans leur corpus interne. Ceci est un gage de prévisibilité et de sécurité juridique profitable à tous les investisseurs. Néanmoins, en dépit de ces gages, on peut toujours craindre une application arbitraire des lois par certains magistrats, sans occulter la sempiternelle question des lourdeurs administratives qui peuvent décourager certains investisseurs.

Quelles similitudes y a-t-il entre le droit des affaires dans l’OHADA et au Maroc ?
Plusieurs points de convergence existent entre le droit OHADA et le droit marocain. Ce sont deux législations qui sont fortement influencées par le droit français et appliquent la tradition civiliste. En outre, des similitudes existent tant sur les formes sociétales consacrées en droit OHADA qu’en droit marocain (SARL, SA, SNC, GIE, etc). Le droit OHADA consacre également le statut de SARL avec associé unique, même si le législateur va plus loin en admettant la possibilité de créer une SA avec un actionnaire unique (cf. Art 385 AUGIE).

Quid des différences ?
Des différences sont notables en fonction du pan du droit des affaires concerné (droit des contrats, procédures collectives, droit du travail notamment). Au niveau du capital minimum exigé pour la constitution des sociétés commerciales par exemple, notons que l’exigence du capital minimum est assouplie pour la constitution de petites structures. On peut par exemple créer une SARL avec un capital librement fixé par les parties même si l’exigence demeure pour les grandes structures comme la SA. En droit OHADA, l’assouplissement a débuté et l’on peut dorénavant créer une société avec un capital minimum de moins d’un million de franc CFA. Nous notons qu’en droit OHADA ou en droit marocain, les statuts de la société peuvent être réalisés sous la forme d’acte sous-seing privé. En droit OHADA, seul l’acte authentique (acte notarié) était valable, mais l’exigence a été réduite pour faciliter les démarches de constitution des sociétés commerciales.

Sentez-vous un engouement au Maroc concernant le droit des affaires dans l’espace OHADA ?
Au Maroc, l’engouement pour le droit OHADA est lisible. Les milieux d’affaires (investisseurs) sont nombreux à nous solliciter pour connaître le cadre juridique et l’environnement des affaires dans l’espace OHADA, car ils veulent s’y implanter. Les cabinets d’avocats ou des cabinets de conseils juridiques intègrent de plus en plus l’offre en droit OHADA parmi leurs services, car ils conseillent et accompagnent des clients qui ont des contrats ou des entreprises dans les pays membres de l’OHADA. Les chancelleries (ambassades) organisent également des rencontres et des conférences sur le droit OHADA (cas de l'ambassade du Gabon). Les chambres de commerce ne sont pas en reste, organisant des rencontres en invitant des experts du droit OHADA. Idem dans le milieu universitaire, aussi bien auprès des chercheurs et étudiants marocains que subsahariens.

Le patron du groupe Addoha ne se contente plus de l’immobilier et de la cimenterie sur le continent. Il met désormais le cap sur l’agriculture en misant sur des filières en plein boom comme la riziculture.

Ils ne manquent pratiquement aucun grand rendez-vous dédié à l’Afrique. Comme des raquetteurs, on les voit souvent aborder tel officiel ou en aparté avec tel homme d’affaires africains. Ils, c’est le duo Anas Sefrioui et son neveu Saad. Et le moins que l’ont puissent dire, c’est qu’ils commencent à récolter les fruits de leur forte implication. Leur dernière prise porte sur l’octroi d’importants terrains agricoles en Côte d’Ivoire à la filiale du groupe Afri Partners, pour la culture du riz, une denrée de base dans l’alimentation en Afrique de l’Ouest. Contrairement au Sénégal, où le bail de 10.000 hectares de terres fertiles dans le nord du pays continue de susciter la polémique, peu de détails ont filtré sur le nouvel investissement d’Anas Sefrioui en Côte d’Ivoire, hormis les 2.500 emplois attendus. Il devient au moins évident que le groupe Addoha met le cap sur la diversification de ses activités sur le continent.

Agrobusiness
Loin du ciment et de l’immobilier, le cap est désormais mis sur le très émergent secteur agricole. Cette tâche est discrètement menée par Afri Partners depuis Casablanca. Misant sur les programmes d’auto-suffisances agricoles, notamment en riz, en cours d’expérimentation par les différents États ouest-africains, Afri Partners prévoit, pour le moment, de produire au bas mot 215.000 tonnes de riz par an dans ces deux pays. Au Sénégal, le 115.000 tonnes annoncées, une fois le projet relancé, devrait nécessiter un investissement d'1,2 MMDH et contribuer à réduire, à hauteur de 15%, le déficit annuel en riz qui caracole à 1 million de tonnes. Sur le marché ivoirien, le gouvernement entend combler le gap des 1,4 million de riz importé chaque année à l’horizon 2020. D’autres pays de la région à fort potentiel agricole, n’attendent que des investisseurs afin fertiliser leurs stratégies rizicoles. Pour Sefrioui, le marché africain n’en sera que plus porteur, comme il l’est probablement dans les secteurs de l’immobilier et de la cimenterie.

Près 9 million de tonnes ciment
Ces deux secteurs donnent des ailes au groupe Addoha. Dans la cimenterie, le groupe, actif à travers sa filiale africaine, Ciments de l’Afrique (CIMAF), est présent dans 11 pays, avec 12 cimenteries qui totalisent une capacité de production de 8,75 millions de tonnes. Ce qui en fait l’un des premiers producteurs sur le continent, au côté du nigérian Dangote et des multinationales étrangères comme LafargeHolcim et de l’allemand, HeidelbergCement, son désormais nouveau partenaire sur le terrain africain. Pour le groupe CIMAF, l’année 2016 a été charnière dans la mise en exploitation de ces unités de production. Au moins trois cimenteries ont été inaugurées durant l’année dernière, au Gabon, au Ghana et au Mali. Dans l’ensemble de ces pays, la production de ciment est censée positionner le groupe sur leur marché d’implantation, mais aussi, venir en appoint aux nombreux projets immobiliers en cours de développement.

25% des activités du groupe
La promotion immobilière, qui fait la notoriété d’Addoha au Maroc, est au cœur de sa stratégie africaine. Des dizaines de milliers de logements sont ainsi en cours de construction dans de nombreux pays. C’est notamment le cas au Ghana (10.000), en Côte d’Ivoire (8.000), Guinée (3.000), Cameroun (1.500), ainsi qu’au Congo Brazzaville, en attendant de nouveaux accords dans plusieurs autres pays, notamment en Afrique anglophone. En tout, les projets immobiliers sur le continent doivent avoisiner les 2 MMDH dans le chiffre d’affaires d’Addoha. Globalement, la part des activités africaines du groupe est censée représenter 20 à 25% des activités du groupe. Anas Sefrioui n’a certainement pas tord, lorsqu’il répétait, il y a tout juste 2 ans, à propos de l’Afrique subsaharienne, que «c’est là où il y a encore des opportunités d’investissement à saisir».


Chiffres clés

11
Le groupe Ciments de l’Afrique est présent dans 11 pays africains

12
CIMAF compte au moins 12 cimenteries sur le continent

8,75  
La capacité de production totale de CIMAF est de 8,75 millions de tonnes par an

23.000
Addoha construit actuellement plus de 23.000 unités de logements sur le continent

215.000
Afri Partners, filiale du groupe, prévoit de produire 215.000 tonnes de riz au Sénégal et en Côte d’Ivoire

10.000
L’octroi à Afri Partners de 10.000 hectares de riz au Sénégal a créé la polémique ans le pays. L’affaire est devant la justice

Après le report de son lancement en 2015, puis l’échec annoncé pour 2020, la monnaie unique de la CEDEAO se fait attendre. En décidant d’y adhérer une fois qu’elle est lancée, le Maroc exposera son économie à de sérieuses incertitudes.

Utopie ou réalité, la création d’une monnaie unique de la CEDEAO continue d’alimenter les débats. Surtout dans ce contexte actuel marqué par les critiques sur le Franc CFA et par la volonté affichée par le Maroc d’adhérer à cette future monnaie unique en cas d’acceptation de sa candidature en tant que 16e pays membre de la CEDEAO. Et pourtant, ce feuilleton monétaire qui peine à atteindre son épilogue, est ouvert depuis plus de 17 ans. En effet, c’est en 1999, lors d’un sommet dans la capitale togolaise, Lomé, que les chefs d’État des pays membres de la Communauté économique ouest-africaine décident de créer une monnaie unique de la CEDEAO…en 2015. Étant donné que 8 pays de la CEDEAO sont membres de l’Union monétaire ouest africaine (UEMOA) et partagent déjà la même monnaie, à savoir le Franc CFA, il est alors décidé, dès l’an 2000, de lancer une union parallèle. Ce second regroupement, censé réunir les autres pays de la CEDEAO qui disposent chacun de sa propre monnaie locale, est dénommée Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO). Celle-ci devait ainsi aboutir, en 2015, au lancement d’une monnaie qui allait porter le nom de «ECO», et par la suite, de la fameuse monnaie unique dont le lancement a entre-temps été repoussé en 2020.

«ECO», CFA, ZMAO
Sauf que rien ne se passe comme prévu. Non seulement les pays membres de la ZMAO (Gambie, Ghana, Guinée, Libéria, Nigéria, Sierra-Léone) ne parviennent pas à créer leur «ECO», mais, plus globalement, des obstacles entravent le lancement de la monnaie unique de la CEDEAO. «En somme, la convergence insuffisante des économies ouest africaines reste le principal argument avancé pour étayer les positions prônant un ralentissement de la marche vers la monnaie unique dans la région», constate la Banque africaine de développement. Autrement dit, le taux d’inflation fixé à 5% par la CEDEAO n’est pas respecté par tous, notamment les poids lourds anglophones que sont le Nigéria et le Ghana, dont les taux sont à deux chiffres. Ensuite, le déficit du PIB plafonné à 4% demeure encore impossible à généraliser chez tous les membres. Conséquence, après les reports de 2015, l’échéance de 2020 est à son tour oubliée. En juin dernier à Monrovia, l’actuel président de la Commission de la CEDEAO, le Béninois, Marcel de Souza, déclarait sans appel : «Une économie est convergente lorsqu’il y a une politique budgétaire coordonnée à la fois avec une politique monétaire et une politique d’endettement. Ce qui n’est pas encore le cas actuellement pour nos États, où l’inflation constitue un véritable problème».

Et le Maroc dans tout ça ?
Dans ce contexte, le Maroc, qui espère une réponse favorable à sa demande d’adhésion dès décembre prochain, promet de joindre le mouvement en adoptant à son tour la monnaie de la CEDEAO. Cette éventualité, à en croire certains économistes, ne serait pas un choix judicieux, bien que l’appartenance à la CEDEAO engage le royaume à respecter toutes les décisions de ce groupement régional. «Je ne vois aucun intérêt pour le Maroc d’adhérer à cette monnaie unique. Le contraire reviendrait pour lui à perdre une bonne partie de sa politique économique», avertit, sans ambages, Khadim Bamba Diagne, directeur scientifique du Laboratoire de recherches économiques et monétaires à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Selon lui, si le royaume adhère à cette monnaie, son économie sera fortement exposée aux mêmes risques redoutés par les autres États membres de la CEDEAO. «Si aujourd’hui, on parle de monnaie unique de la CEDEAO, cela reviendrait tout bonnement à parler d’une monnaie du Nigéria. Car ce pays est la première économie de la CEDEAO et représente 78% de son PIB. Si la CEDEAO parvient à une unité monétaire, elle sera sous domination nigériane. Sauf que l’économie nigériane est aussi volatile que les cours du pétrole dont elle dépend à 73%». Donc, selon le spécialiste monétaire, «entraîner la CEDEAO dans une monnaie unique revient à exposer l’ensemble de ses pays aux incertitudes de l’économie nigériane. Et je ne crois pas que des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal vont l’accepter». Le Maroc l’a peut-être déjà compris, mais privilégie, pour le moment, le langage diplomatique…


Chiffres clés

1975
Création de la CEDEAO

1980
Le processus d’intégration monétaire dans la CEDEAO est envisagé dès les années 80

1999
Le Sommet de Lomé prévoit la création d’une monnaie unique en 2015

2000  
Décision de créer la Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO) qui regroupe les pays hors UEMOA afin de faciliter la création de la monnaie unique. Cette ZMAO n’a pas encore vu le jour.

2014
 Le lancement de la monnaie unique de la CEDEAO en 2015 est reporté à 2020

2017
 Lors du Sommet de Monrovia, l’échéance de 2020 est jugée intenable. On parle désormais de 2025 ou 2030


« Le Maroc n’a pas intérêt à adhérer à la monnaie unique de la CEDEAO »

Dr. Khadim Bamba DIAGNE, Directeur Scientifique du Laboratoire de Recherches Economiques et Monétaires à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Alors que la naissance de la future monnaie unique de la CEDEAO semble encore improbable, le Maroc n’aurait aucun intérêt à y adhérer, au risque de perdre la main sur sa politique monétaire. C’est l’avis du Dr. Khadim Bamba DIAGNE, Directeur Scientifique du Laboratoire de Recherches Economiques et Monétaires à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Interview.

Les ECO : Depuis plus d’une décennie, la CEDEAO essaie de créer sa monnaie unique en vain. Est-ce un projet utopique ?

Dr. Khadim Bamba DIAGNE : Il est très difficile de parler de projet utopique. Le fonds du problème est que le Franc CFA, qui est la monnaie commune à 8 pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africain (UEMOA), est une monnaie qui fait son job à savoir maitriser l’inflation et faciliter la croissance économique. Si aujourd’hui on parle de monnaie unique de la CEDEAO, cela reviendrait tout bonnement à parler d’une monnaie du Nigéria. Car ce pays est la première économie de la CEDEAO et représente 78% de son PIB. Si la CEDEAO parvient à une unité monétaire, elle sera sous domination nigériane. Sauf que l’économie nigériane est aussi volatile que les cours du pétrole dont elle dépend à 73%. L’autre souci est que le Nigéria ne parvient pas à maitriser son inflation qui a été de 16% en 2016, contrairement à des économies utilisant le CFA comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire qui ont des taux très faibles (1%). Entrainer la CEDEAO dans une monnaie unique revient donc à exposer l’ensemble de ses pays aux incertitudes de l’économie nigériane. Et je ne crois pas que des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal vont l’accepter.

Malgré les critères de convergence mis en place, certains Etats trainent encore. Qui sont ces canards boiteux ?

Il n’y a pas de canards boiteux. La vérité est que certains pays de l’UEMOA ne voient pas l’intérêt d’abandonner leurs fondamentaux économiques au profit d’une monnaie qui ne leur offre pas suffisamment d’assurance. Le président ivoirien, Alassane Ouattara a été gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Il connait très bien les avantages et les inconvénients d’entrer dans cette monnaie unique. Et je ne pense pas qu’il accepte de se lancer dans cette aventure sans visibilité.  

Le Maroc, qui s’apprête à rejoindre la CEDEAO, se dit favorable à adopter sa future monnaie unique. Est-ce une bonne idée pour le royaume ?

Je pense que le Maroc peut rejoindre l’espace monétaire du Franc CFA, mais pas la monnaie unique de la CEDEAO. Le Maroc ne peut pas se permettre d’adhérer à la monnaie unique de la CEDEAO, car il n’en a aucun intérêt. Le royaume ne peut pas prendre les risques d’exposer son économie si diversifiée à celle du Nigéria qui est très rentière et volatile. Je crois que le Maroc recherche moins à adopter la monnaie de la CEDEAO que des marchés d’exportations pour ses secteurs productifs.

Concrètement quelles en seront les conséquences pour le Maroc ?

Je le répète, je ne voix aucun intérêt pour le Maroc d’adhérer à cette monnaie unique. Le contraire reviendrait pour lui à perdre une bonne partie de sa politique économique. Celle-ci est constituée de la politique monétaire et budgétaire. Une fois que le Maroc entre dans cette monnaie unique, il perdra la main sur sa politique monétaire. Quand un pays dispose d’une industrie productive, il doit maitriser l’inflation. Dans le cas d’une monnaie communautaire, il perd ce levier de régulation. Sauf que dans l’espace CEDEAO c’est le Nigéria qui en sera le grand bénéficiaire puisque c’en est la première économie.

Plus globalement, l’arrivée du Maroc au sein de la CEDEAO est-ce une bonne chose selon vous ?

Tout dépend de ce que le Maroc et les pays de la CEDAO entendent donner et recevoir en même temps. La CEDEAO permettra au Maroc de faire partie d’un marché communautaire de 320 millions de consommateurs et dans lequel les échanges intercommunautaires sont de 17% entre les pays membres. Les produits marocains pourront circuler librement dans l’ensemble des pays membres. Ce sont donc des opportunités pour les entreprises marocaines. Et franchement, je pense que c’est une bonne chose également pour les pays de la CEDEAO qui pourront avoir accès à certains produits sans se déplacer hors du continent. Mais en retour, il faut que le marché communautaire profite également du Maroc. J’espère qu’il y aura un effet d’entrainement au bénéficie du secteur industriel des pays ouest-africains.

À l’heure où le Maroc prépare son entrée dans la CEDEAO, assistera-t-on à un rapprochement avec l’Afrique australe anglophone ? Éléments de réponse.

L’incident, survenu le jeudi 24 août dernier à Maputo, lors d’une réunion ministérielle entre le Japon et l’Union africaine, est révélateur de l’hostilité persistante entre le Maroc et les pays d’Afrique australe. Le Mozambique, pays hôte de l’événement et fidèle soutien du Polisario, a tenu mordicus à la participation de la RASD à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD). Une présence que la délégation marocaine, conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, n’entendait surtout pas accepter. Les divergences étaient telles que les deux parties ont presque failli en venir aux mains. Les habitués des rencontres continentales ne sont certes pas surpris de cet énième incident entre le royaume et les soutiens du Polisario, mais la «bagarre entre diplomates» à Maputo relance le débat sur les probabilités d’un rapprochement entre le Maroc et les pays anglophones d’Afrique australe.

Petits vs grands pays
La visite du roi Mohammed VI en Zambie, en février dernier, était une première dans un pays anglophone de cette lointaine sous-région. En juin, le ministre angolais des Affaires étrangères, Georges Chikoti, s’est déplacé à Rabat pour rencontrer son homologue marocain. Une rencontre que Nasser Bourita a qualifiée de «développement positif». Pour le chef de la diplomatie marocaine, «le Maroc est disposé à travailler avec tous les pays qui ne font pas montre d’hostilité, même s’ils ont hérité de positions d’une époque révolue sur le Sahara marocain». Mais du côté de l’Afrique australe, on semble moins enthousiaste à se rapprocher du royaume. Cette quasi-adversité est surtout entretenue par les poids lourds de la sous-région, à commencer par l’Afrique du Sud et l’Angola. «Pour les petits pays, qui ne cherchent pas à jouer un rôle diplomatique à l’internationale, c’est plus facile, comme on a vu dans les cas du Malawi et la Zambie. Pour un pays comme l’Angola, cela sera plus compliqué», note François Conradie, chef analyste politique et économique chez NKC African Economics, basé en Afrique du Sud.

Passerelles économiques
Sur le plan politique, le chemin du rapprochement est donc semé d’embûches, mais économiquement, les passerelles commencent à se multiplier. L’entrée de l’assureur sud-africain Sanlam, dans le capital du marocain Saham, en est un indicateur. Idem pour les dizaines d’accords et de conventions à portée économique, signés lors des visites du roi Mohammed VI dans ces pays. Cependant, une éventuelle concurrence entre grands groupes marocains et sud-africains risquerait d’ouvrir un autre front. «Dans le monde économique et des affaires, le grand obstacle est que les entreprises marocaines vont essayer de concurrencer les sud-africaines, présentes sur ces marchés depuis des décennies et qui bénéficient, en plus de l’appui de Pretoria, des avantages dus aux organisations régionales comme la SADC», prévient François Conradie. 


François Conradie
Chef analyste politique et économique chez NKC African Economics

Les Inspirations ÉCO : Pensez-vous qu’un rapprochement est possible entre le Maroc et l’Afrique du Sud ? au Sénégal ?
François Conradie :  Presque certainement pas sous un gouvernement de l’ANC, parti institutionnellement acquis à la description du Sahara comme une «colonie», et qui est redevable au FLN algérien pour beaucoup d’aide que ce dernier a apporté lors de la lutte contre l’apartheid. Mais la politique sud-africaine traverse un moment très fluide et il est fort possible que l’ANC perde le pouvoir à une coalition de l’opposition lors des élections de 2024, sinon aussi tôt que 2019, et qu’un nouveau gouvernement puisse repenser cette position.

Globalement, quels sont les obstacles auxquels le Maroc peut faire face en Afrique australe ?
Politiquement, bien sûr, l’hostilité des dirigeants envers la position marocaine sur le Sahara, mais il y a des signes que (exception faite de l’Afrique du Sud), les politiciens sont plus flexibles que leurs aînés. Dans le monde économique et des affaires, le grand obstacle sera que les entreprises marocaines vont essayer de concurrencer les sud-africaines, présentes sur ces marchés depuis des décennies, qui bénéficient, en plus de l’appui de Pretoria, des avantages dus aux organisations régionales comme la SADC.

Les pays d’Afrique australe sont prêts à lâcher la RASD ?
Pour les «petits» pays, qui ne cherchent pas à jouer un rôle diplomatique à l’internationale, c’est plus facile, comme on a vu dans les cas du Malawi et la Zambie. Pour un pays comme l’Angola cela sera plus compliqué. Et retirer sa reconnaissance de la RASD sous le Polisario ne signifie pas pour autant accepter d’enterrer l’idée du référendum. Le Maroc a du travail à faire pour convaincre ses amis africains du sérieux du plan d’autonomie qu’il propose pour cette région. 

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