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12-11-2019 09:29

PLF 2020. Les exportateurs reprennent espoir

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Les Cahiers des ÉCO

La quatrième édition de ce forum a montré les limites d’un modèle qui gagnerait à être revisité. L’objectif étant de promouvoir l’offre marocaine auprès des Américains. Une offre à même de servir de tremplin vers l'Afrique. Or, les trois quarts des participants étaient Marocains. Heureusement que la qualité des panels a sauvé les meubles.

L’emblématique chambre de commerce américaine a abrité la quatrième édition du Forum de commerce marocco-américain. Organisé le 19 avril par l'ambassade du Maroc à Washington et la chambre de commerce américaine et placé sous le thème «construisons des liens, renforçons le commerce», l'événement a drainé une assistance d'à peu près 150 personnes dont les trois quarts sont Marocains. Hormis quelques Marocains des États-Unis, la délégation se composait de deux membres du gouvernement, Lahcen Daoudi et Othman Firdaous, du chargé de mission auprès du cabinet royal, Youssef Amrani et de plusieurs cadres de différents départements ministériels.

Charge historique
Lalla Joumala, ambassadrice du Maroc à Washington, a ouvert le bal par un discours de relations générales et d'ancrage historique, avec un focus sur les accords économiques. Ce qu'a confirmé Wilbur Ross, secrétaire d'État au Commerce et proche collaborateur de Donald Trump et principal conseiller du président en business. Ce dernier a rappelé les sources des relations en appelant à les renforcer économiquement dans la transparence la plus totale et dans l'intérêt des deux parties. En effet, il a été question du déséquilibre dans les échanges commerciaux entre les deux pays et notamment le peu de bénéfice de la partie marocaine des accords de libre échange. D'ailleurs, c'était le moment de vérité le plus marquant de ce forum. Autrement, on a eu droit à un discours de courtoisie sans recommandations précises, ni feuille de route pour l'avenir.

Le pont vers l'Afrique
L'Afrique s'est invitée à cette troisième édition puisque le premier panel traitait du rôle que le Maroc pourrait jouer en tant que tremplin pour les compagnies américaines vers l'Afrique. Autant dire que cela collait parfaitement avec la nouvelle stratégie économique du royaume qui se veut un hub vers l'Afrique.  Qu'offrir donc de palpable aux Américains à ce sujet ? Les panélistes marocains, tour à tour, ont rappelé la puissance et l'expérience des compagnies marocaines en Afrique dans les domaines des banques, des finances, des assurances, des télécommunications, de l'industrie, de l'immobilier etc... C'était l'occasion aussi d'exposer l'expertise africaine du Maroc en matières de sécurité, d'immigration et de lutte  contre le terrorisme.

Peu de concret
Hormis les discours de circonstance et plusieurs exposés sur le développement de l'économie marocaine, avec surtout des témoignages de firmes internationales telles que Boeing et IBM, il y a avait des déclarations d'intention de certains Américains, mais peu de concrétisation. Aussi la signature de trois mémorandums d'entente a-t-elle sauvé les meubles et cela peut être considéré  comme une réalisation intéressante, notamment  la signature par Small Entreprise Assistance Funds (SEAF), la caisse centrale de garantie (CCG), l'American Wise Capital, et le groupe BMCE Bank, pour la relation d'un fonds d'investissement dans les sociétés innovantes basées au Maroc et à fort potentiel de croissance. Le second accord a été signé par l'agence marocaine pour l'efficacité énergétique (AMEE) et l'institut pour la gouvernance et le développement durable (IGDD) pour renforcer les liens de coopération en matière de recherche pour le développement des systèmes de climatisation utilisant des réfrigérants à PRG réduits. Enfin, la CGEM et la chambre américaine de commerce ont signé une convention pour le renforcement des relations commerciales bilatérales.


Dans les  coulisses...

♦ Deux absences de taille du côté marocain ont perturbé le déroulement de l’événement ; à savoir celles de Mohamed Boussaïd, ministre de l’Économie et des Finances, et Meriem Bensalah, patronne de la CGEM.
♦ Le puissant secrétaire d’État au Commerce, Wilbur Ross, n’a pratiquement pas assisté au forum. Sitôt son allocution terminée, il a quitté la salle, visiblement contrarié par l’absence de Boussaïd.
♦ Le jeune secrétaire d’État Othman Firdaous a brillé par son allocution, dans un anglais impeccable, où il a tracé la place du Maroc dans la carte du commerce mondial, en mettant le doigt sur le potentiel du Maroc ; notamment dans les métiers mondiaux et les différents éco-systèmes mis en place.
♦ Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales, est resté dans son fauteuil pendant trois heures sans aucune participation. Visiblement ennuyé, il était déconcentré et la plupart de temps «scotché» à son smartphone !
♦ La séance de networking, à l’issue des travaux, s'est transformée en une séance de retrouvailles entre Marocains de différents bords, autour de briouates et cornes de gazelle, les quelques Américains présents ayant choisi de partir un peu plus tôt.

Dans cette tribune, Lilia Hachem Naas, directrice du bureau de la CEA en Afrique du Nord, liste les nombreuses opportunités qu’apportent la zone de libre échange continentale africaine (ZLECA) aux pays de l’Afrique du Nord.

En Afrique, le train de l’intégration régionale est désormais en marche. Le 21 mars 2018 à Kigali (Rwanda), la majorité du continent a signé l’accord pour la mise en place de la zone de libre échange continentale africaine (ZLECA), le plus grand marché libre de biens et services depuis la création de l’OMC. En Afrique du Nord, du Soudan à la Mauritanie, en passant par l’Egypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie ou le Maroc, tous les pays ont répondu présent : la ZLECA leur offre une ouverture vers de nouveaux marchés à l’heure où des partenaires commerciaux comme les Etats-Unis ou l’Union européenne se montrent de plus en plus protectionnistes.

«La ZLECA, un impact sur la création d’emplois et la diversification économique»
L’impact de la nouvelle zone de libre-échange sur la création d'emplois et la diversification des économies s'annonce indéniable. Ces deux dimensions seront d'ailleurs au cœur des discussions des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement à l’occasion de la 51e conférence annuelle de la commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA), prévue du 11 au 15 mai prochains à Addis-Abeba (Ethiopie). La ZLECA englobe le COMESA et la CEDEAO dont certains pays nord-africains ont commencé à se rapprocher. Son enjeu est d'autant plus important que la zone constitue-sans aucun doute- une opportunité unique d'ouverture et d'intégration économique pour une croissance stable et durable...

«Rater le train en marche de la ZLECA n’est plus une option»
S'il reste beaucoup à faire avant la mise en place d'une union douanière africaine (dans quatre ans) ou d'une communauté économique africaine (dans dix ans), les implications de la ZLECA sont assez massives pour permettre aux pays africains de déterminer leurs termes par rapport aux échanges commerciaux. La CEA, la banque africaine de développement et la CNUCED s’accordent à dire que la ZLECA peut augmenter le commerce intra-africain à plus de 52% d'ici 2022, et plus encore si ce processus intègre en même temps une diminution des barrières non tarifaires. Le renforcement du commerce intra-africain aurait par ailleurs un impact qualitatif significatif sur la structure des économies du continent.

«Exportations de produits manufacturés»
Les études de la CEA révèlent que les échanges commerciaux entre pays africains sont caractérisés par une plus forte proportion en produits manufacturés (40%) que leurs échanges avec les partenaires hors du continent. L'export accru de produits manufacturés se caractérisant par une plus grande valeur ajoutée locale, permettrait aux entreprises africaines d'engranger davantage de bénéfices tout en réduisant la dépendance de leurs pays vis-à-vis des matières premières aux prix fluctuants. Sur un autre plan, les besoins en infrastructures de l'Afrique (routes, chemins de fer, électricité, télécommunications, etc.) sont estimés à 360 milliards de dollars d'ici 2040; dans le cadre du programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), ce qui laisse augurer l'ouverture de nombreux marchés.

«Dans la ZLECA, un faisceau d'opportunités spécifiques à l'Afrique du Nord»
L'Afrique du Nord peut, à l'instar des autres régions du continent, tirer des bénéfices significatifs de la mise en œuvre de la ZLECA. Selon l'étude de la CEA sur l'industrialisation par le commerce en Afrique du Nord, les entreprises nord-africaines pourraient capter jusqu'à 20% des quelques 70 milliards de dollars d'échanges intracontinentaux que la zone devrait rendre possibles d'ici 2020, soit 13,6 milliards de dollars. De ce volume, 7,1 milliards correspondraient à l'expansion des échanges intra-nord-africains et 6,5 milliards à celle des exportations de l'Afrique du Nord vers le reste du continent. Langue commune, proximité géographique, taille du marché, continuité du front maritime depuis la Mer rouge jusqu'à l'Atlantique à travers la Méditerranée… les points forts de l'Afrique du Nord sont légion. Il s'agit également de la région la mieux équipée du continent sur le plan des infrastructures et certaines en particulier, à l'instar de l'autoroute est-ouest et de la trans-saharienne en Algérie, peuvent jouer un rôle clé dans l'accélération de son intégration.

«Complémentarité, un point fort»
C'est cependant la complémentarité de ses économies qui constitue le principal point fort de l'Afrique du Nord. Plusieurs études de la CEA démontrent que le contexte est largement favorable au développement de chaînes de valeurs régionales dans des secteurs tels que l'industrie automobile, les industries extractives (pétrole et gaz), l'industrie textile (production de coton, tissus, vêtements et accessoires), les industries légères (électrique, électronique et plastique) ou encore l'industrie alimentaire. Les opportunités de synergies sont également nombreuses dans les secteurs de services, du transport, de la distribution et de l'aéronautique.

«Avantage comparatif pour l'Afrique du Nord»
Plus industrialisée que le reste du continent, l'Afrique du Nord bénéficierait d'un avantage comparatif dans la mesure où le commerce intra-africain favorise les produits manufacturés et/ou transformés. Si le volume des échanges intra-africains peut atteindre 69,5 milliards de dollars d'ici 2020, ce serait les échanges des produits industriels qui augmenteraient le plus (42,7 milliards) selon les estimations de la CEA. Si des mesures de facilitation du commerce sont mises en place, les échanges des produits industriels augmenteraient de 14 milliards supplémentaires.

«Un marché prometteur pour les vingt prochaines années»
Au niveau continental, la ZLECA renforcerait les échanges de fournitures industrielles transformées, des biens d’équipements, des produits alimentaires, du matériel de transport et des biens de consommation. Selon le dernier rapport de la CEA sur l'état de l'intégration régionale en Afrique, depuis 2000, et bien que ne représentant que 18% des exportations d'Afrique, les exportations intra-africaines ont contribué à 57% de la hausse des exportations continentales en biens d'équipements, 51% pour les boissons et aliments transformés, 46% pour les biens de consommation, 45% pour les équipements de transport et 44% pour les fournitures industrielles transformées. La ZLECA peut ainsi fournir un contexte favorable à la concrétisation des stratégies nationales de diversification des économies du continent dans son ensemble. En stimulant les secteurs industriels d'Afrique du Nord, la ZLECA pourrait contribuer à en faire des moteurs de changement et de transformation structurelle.

«Des craintes à prendre en compte»
Certes, malgré ses promesses, la ZLECA suscite les craintes de différents acteurs économiques: pour les uns s'aventurer dans le terrain commercial, relativement nouveau qu'est l'Afrique, n'est pas sans risques : déficit d'infrastructures, réseaux logistiques incomplets, barrières non tarifaires, absence ou faiblesse des lois protégeant les investissements, sécurité des hommes et des biens… les sources d'inquiétude ne manquent pas. D'autres s'inquiètent de ce qu'il adviendrait du revenu des Etats si les recettes douanières devaient être réduites dans le cadre de la libéralisation du commerce. D'autres encore craignent de voir la ZLECA causer un déversement massif des produits venus des pays industrialisés aux dépens de leurs industries nationales, à cause des accords de libre-échange déjà existants entre certains pays membres de la zone et des partenaires hors du continent.

«Premier arrivé, premier servi»
Ces inquiétudes doivent être prises au sérieux, mais sans renoncer à la ZLECA : si les risques liés au commerce avec l’Afrique sont plus nombreux qu'ailleurs pour l'instant, il en va de même pour les opportunités ; les premiers à se lancer seront souvent aussi les premiers à voir leurs investissements récompensés. À l'heure où les partenaires commerciaux traditionnels commencent à fermer leurs marchés, ce même continent africain où l'on craint d'investir, attire de plus en plus de multinationales. Continuer de tourner le dos aux voisins reviendrait à céder la place à d’autres intervenants.

«Comment compenser la baisse des recettes  douanières»
En ce qui concerne les ressources de l'Etat, différents scénarii considérés par la CEA indiquent que la réduction des recettes douanières pourrait être largement compensée par l'accroissement du volume des échanges ainsi que la bonne performance d’autres sources de revenu étatique, renforcées par le dynamisme accru des économies. Les scénarii considérés indiquent également que les gains socio-économiques devraient rapidement l'emporter sur les pertes des recettes tarifaires pour l'ensemble du continent.

«Règles d'origine : miser sur les négociations en cours»
Quant à des problématiques comme la question des règles d'origine, les calendriers de réduction des taxes douanières ou encore les règles de résolution des conflits, c'est aux Etats qu'il revient de commencer à utiliser les négociations en cours pour parvenir aux solutions qui garantiront une répartition équitable des bénéfices de la ZLECA pour tous les pays africains. Dans le cadre de son soutien aux pays, la CEA aura d’ailleurs un rôle clé à jouer dans la mise en place de la ZLECA et la définition des mécanismes de sauvegarde et de règlement des différends.

«Si l’Afrique du Nord échoue à rejoindre la ZLECA, ces pertes en seront multipliées»
Enfin, certains ne manqueront pas de se demander si l'Afrique du Nord peut vraiment participer, plus ou moins collectivement, à l'effort d'intégration continental. À dater d'aujourd'hui, sa faible intégration régionale lui a coûté cher, avec un manque à gagner en croissance de 1,5 à 2% par an sur les trente dernières années pour les seuls pays de l’UMA. Si l'Afrique du Nord échoue à rejoindre la ZLECA, ces pertes en seront multipliées. Aujourd'hui la ZLECA offre aux pays d'Afrique du Nord l'opportunité, longuement recherchée, de s'intégrer à l'économie continentale et, à travers cet espace, réaliser l'intégration de leur région. Pour y parvenir et offrir à leurs économies des perspectives de croissance prometteuses et stables, les pays devront accélérer leurs préparatifs pour la mise en œuvre de la ZLECA, à commencer par l'étude détaillée des opportunités et l'identification des dossiers sensibles que les pays devront négocier en vue de maximiser les bénéfices et minimiser les possibles retombées négatives.

Lilia Hachem Naas
Directrice du bureau de la CEA en Afrique du Nord

Les trois banques marocaines présentes sur le continent ont réalisé un total bénéfice de 2,7 MMDH en 2017. L’acquisition par Attijariwafa bank de Barclays Egypt y est pour beaucoup.

2017 a été une année de hausse pour les filiales africaines des banques marocaines. D’Attijariwafa bank à la BCP en passant par la BMCE Bank of Africa, toutes se félicitent des progressions enregistrées par leurs activités africaines au terme des 12 mois de l’année écoulée. Au total, la contribution des filiales africaines dans les RNPG (résultat net part du groupe) de ces 3 grandes banques marocaines a atteint
2,7 MMDH en 2017. Ces bénéfices sont appelés à se consolider, voire monter en flèche grâce notamment à l’apport considérable de l’ex-filiale de Barclays en Égypte, désormais dans le giron d’Attijariwafa bank depuis mai 2017.

1,6 MMDH de bénéfices pour AWB
La banque du holding Al Mada (ex-SNI) l’annonce sans ambages: «l’évolution du RNPG a été soutenue par la croissance organique de l’ensemble des pôles d’activité et par la consolidation de 8 mois d’Attijariwafa bank Egypt». L’année 2018 est ainsi vue comme «charnière dans la mise en œuvre du plan de développement d’AWB Egypt qui a pour objectif de renforcer significativement sa position dans le paysage bancaire égyptien». En 2017, le groupe dirigé par Mohamed El Kettani a réalisé 1,6 MMDH de bénéfices en Afrique, soit 32,5% de son RNPG qui est monté à 5,4 MMDH, lit-on sur les résultats annuels communiqués par le leader du secteur bancaire et financier au Maroc, mais aussi en Afrique du Nord et de l’Ouest. Avec ces chiffres éloquents, Attijariwafa bank devient désormais la banque marocaine qui tire le plus profit de ses activités africaines, juste devant la BMCE BOA.

BMCE : 760 MDH
Le groupe d’Othman Benjelloun a certes connu une stagnation de ses principaux indicateurs financiers en 2017, mais cela ne l’empêche pas de se réjouir d’une hausse de 13% de la contribution de sa principale filiale africaine, BOA, dans son RNPG, soit plus de 760 MDH. En tout, «l’Afrique représente un tiers des résultats consolidés du groupe avec une contribution de 32% sur la période 2016-2017», note BMCE BOA. En valeurs absolues, le continent a participé à hauteur de 640 MDH dans les 2 MMDH de bénéfices du groupe en 2017. En plus, l’activité de BOA présente dans 17 pays africains s’est renforcée avec une hausse de 13% du nombre total de comptes qui atteignent désormais 3,5 millions alors que les agences sont portées à 566 à fin 2017.

476 MDH pour la BCP
Enfin, du côté de la Banque Centrale Populaire (BCP), le top management se félicite d’une «rentabilité des filiales à l’international améliorée avec un résultat net en progression significative de près de 43%, contribuant ainsi à près de 17% du résultat net du groupe». Ce dernier, qui s’est élevé à  2,8 MMDH en 2017, a été atteint, en partie, grâce aux 476 MDH en provenance de l’Afrique. Le groupe dirigé par Mohamed Benchaâboun consolide ses activités africaines avec l’acquisition de deux filiales bancaires du Groupe BPCE à Maurice (Banque des Mascareignes) et à Madagascar, en plus du lancement des activités de la filiale micro-crédit AMIFA en Guinée. En juillet 2017, BCP a finalisé le rachat de 69,51% de BIA Niger en juillet 2017 par sa filiale ABI, devenant ainsi le premier acteur bancaire du Niger. 


Mehdi El Fakir : «Les banques marocaines ont attendu avant de rentabiliser leurs investissements» 

Mehdi El Fakir, économiste, expert-comptable

Pour l’économiste Mehdi El Fakir, le retour sur investissement des banques marocaines a pris du temps. Dans cette interview, il estime que les groupes doivent poursuivre leur politique d’expansion en Afrique, tout en souhaitant l’arrivée au Maroc de banques subsahariennes.

Les Inspirations ÉCO : Les contributions des filiales africaines dans le RNPG des banques marocaines se renforcent.
Mehdi El Fakir : Le business bancaire s’inscrit sur le long terme. Les banques marocaines ont accéléré leur présence en Afrique subsaharienne à partir du milieu des années 2000. À l’époque, c’était moins une logique de rentabilité immédiate. Ces filiales ont mis du temps avant de booster leurs contributions. Ce n’est qu’à partir de 2012-2013 que la profitabilité a commencé à donner des chiffres. Il est vrai qu’aujourd’hui les banques marocaines commencent à récupérer leur mise, mais elles ont fait preuve de patience en investissant sur l’efficacité opérationnelle de leurs filiales africaines, comme par exemple dans leur système d’information, le transfert de compétences, etc. Aussi, elles ont investi des marchés à fort potentiel, mais mal exploités à l’époque. Les groupes marocains se sont davantage positionnés sur la banque de détails et accessoirement sur la banque du marché, pour lequel il y a encore du chemin à faire. Aujourd’hui, ils récoltent très naturellement les fruits de leur investissement.

Quels secteurs devraient davantage attirer les financements bancaires sur le continent ?
Plusieurs secteurs de ces économies nécessitent encore d’importants financements. Les besoins sont énormes, notamment dans l’immobilier et le BTP, qui sont en plein boom sur le continent. Les banques marocaines se positionnent comme organismes de financement et sont en train d’investir et de rentabiliser ces segments. Les banques marocaines sont en Afrique pour rester. Malgré la conjoncture difficile dans certains pays producteurs de pétrole, notamment en Afrique Centrale, je ne crois pas que les groupes bancaires marocains pensent à plier bagages.

L’acquisition de Barclays Egypt par Attijariwafa bank se fait sentir dans les chiffres. Au-delà de ses contributions, quel rôle peut jouer cette filiale égyptienne ?
Il est clair que l’acquisition de Barclays constitue un couronnement de longues années de travail et de tentatives. Au-delà de la rentabilité de cette banque, son rôle sera d’ouvrir à Attijari les marchés du Proche et Moyen-Orient. C’est très stratégique économiquement, en plus du fait que l’économie égyptienne est elle-même prometteuse. C’est un marché de 100 millions de personnes avec un segment «retail» (banque de détails, ndlr) mal exploité. La classe moyenne égyptienne est estimée à environ 52 millions de consommateurs, sans parler du fait que l’Égypte est pressentie parmi les 50 futures économies à évoluer considérablement dans les 50 prochaines années. Pour Attijari, c’est une affaire très prometteuse, au-delà de booster ses indicateurs financiers.

Pour les banques marocaines, c’est donc plus que jamais le moment de continuer la politique d’expansion en Afrique ?
Je pense que oui, elles doivent poursuivre leur dynamique d’expansion. Il faut profiter du retrait des grands groupes occidentaux comme Barclays, mais aussi de l’évolution économique des pays du continent. Il y a aussi la nécessité de soutenir la politique de développement du partenariat Sud-Sud développé par le Maroc, sans parler du besoin pour le continent de renforcer son taux de bancarisation qui dépasse à peine 15% dans la plupart des pays africains.

BMCE Bank of Africa s’annonce en Afrique du Sud dès cette année. Pensez-vous qu’il y a de la place pour une banque marocaine dans ce pays ?
La présence des banques marocaines en Afrique du Sud est géostratégiquement très importante. Les groupes bancaires marocains ne tarderont sûrement pas à y poser pied. L’Afrique du Sud est certes un géant dans le secteur bancaire africain mais il y a encore de la place et des moyens de faire bénéficier ce marché du savoir-faire marocain qui a fait ses preuves. Je ne crois pas qu’il devrait y avoir d’obstacles à l’accès au marché sud-africain avec le réchauffement des relations politiques entre Rabat et Pretoria. En plus l’annonce récente du rachat par le sud-africain Sanlam de Saham Finances confirme que d’importantes possibilités de business existent entre les deux pays.

On tarde aussi à voir l’arrivée des banques panafricaines au Maroc. Qu’est-ce qui bloque ?
Je crois qu’avec le retour du Maroc à l’Union africaine et dans sa perspective d’adhésion à la CEDEAO, il devrait y avoir moins d’obstacles à leur arrivée. Les derniers obstacles institutionnels sont en train d’être levés. Rien donc n’empêcherait à ces banques de pouvoir s’implanter au Maroc. Les considérations institutionnelles ont toujours compliqué cette éventualité, mais aujourd’hui l’arrivée de ces banques sur le marché marocain est imminente.  

La demande d'adhésion du Maroc à la CEDEAO suscite des remous au sein des milieux du business au Sénégal. Une délégation marocaine composée d’acteurs de la société civile et d’opérateurs économiques est allée à la rencontre des décideurs sénégalais. Le débat fut chaud, parfois houleux mais nécessaire pour dissiper le malentendu.

Les inquiétudes et les suspicions dans certains pays africains, notamment au Sénégal, quant à la demande marocaine, ont atteint parfois l'hostilité. Et au moment où les gouvernements des deux pays feignent de voir ailleurs, la société civile a décidé de prendre l'initiative et d'ouvrir un débat avec l'étalement de toutes les questions y compris celles qui fâchent. C'est l'institut Amadeus qui a mené cette délégation pour tenir la semaine dernière, à Dakar, une série de workshops et tables rondes entres les acteurs de la société civile et des opérateurs économiques des deux pays.

Le Maroc hégémonique ?
Un débat franc et parfois musclé mais avec un préalable prôné des deux côtés ; cet échange vise à renforcer les relations historiques des deux pays et lever un malentendu qui n'en est pas un. Brahim Fassi Fihri, président d'Amadeus plante le décor d'emblée. Selon Fassi Fihri, «le Maroc n'est pas pressé pour cette adhésion, cela prendra le temps qu'il faudra pour que ce soit fait avec nos amis au Sénégal et les autres pays». Et d'ajouter que «le Maroc est admiratif du modèle d'intégration au sein de la CEDEAO, il veut apprendre de ce modèle, en bénéficier et apporter de la valeur aux pays membres». Autant dire qu'il s'agit d'un discours d'apaisement et d'assurance. Mais cela ne passe pas comme une lettre à la poste pour les hommes d'affaires sénégalais. Jean-Paul Dias, ancien ministre, mène les «hostilités» d'entrée de jeu en déclarant, le ton grave, que «le Maroc a une industrie puissante, il veut des marchés extérieurs. C'est légitime, mais cela nous inquiète car nous ne sommes pas encore prêts». Younes Slaoui, d'Amadeus, réagit vivement : «Le Maroc ne cherche pas une portée économique, c'est une question de communauté et de destin. Cette demande s'inscrit dans cette tendance d'orienter son développement vers le sud dans le cadre d'une relation gagnant-gagnant». Des opérateurs économiques sénégalais tentent bien que mal de se retrancher dans leur position croyant que les Marocains sont venus «leur faire la danse du ventre». Le temps est mesuré et la partie marocaine joue la carte de l'intégration sud-sud et de la profondeur sociale et humaine en évitant de s'engouffrer dans le débat des intérêts économiques.

Les Sénégalais divisés
L'échange est ensuite plus détendu et enrichissant. Du côté sénégalais, on demande à comprendre ce que cherche le Maroc par cette adhésion si ce n'est plus de marchés et d'étendue économique. La délégation marocaine, dont l'argumentaire repose sur l'historique du rattachement du royaume à des racines continentales atténue les craintes en donnant comme exemple d'hégémonie la Chine et la Turquie en Afrique. Ces deux pays, dont personne ne conteste la prédation font pourtant l'essentiel des échanges commerciaux du Sénégal et de la CEDEAO mais des activistes de la société civile sénégalaises se démarquent de leurs compatriotes des milieux d'affaires. Ils expriment leur attachement aux intérêts de leur pays mais estiment que l'ancrage des relations historiques des deux pays dépasse de simples intérêts d'hommes d'affaires ou une adhésion à la CEDEAO. Bakary Sambé, écrivain journaliste, estime justement la solidité des relations bilatérales qui n'est plus à discuter et d'ajouter que cette adhésion requiert un débat de franchise avant de conclure : «que le Maroc adhère ou pas, nos relations resteront toujours exemplaires». Le membre du patronat sénégalais, Chikissan Basse, ne remet pas en cause cette adhésion mais ne comprend pas cette «précipitation». Et d'ajouter, «la demande formulée en février 2017, a eu l'accord de principe en avril 2017 et a été actée par les chefs d'États de la CEDEAO en décembre 2017 sans que personne ne daigne nous expliquer les tenants et aboutissants de cette adhésion».

Enfin, le compromis
Face aux durs, il y a eu aussi les optimistes des deux bords, ils croient dur comme fer à l'apport du Maroc à cette communauté et estiment que le royaume ne sera pas plus dangereux pour la CEDEAO que la Turquie et la Chine. Tous les intervenants estiment que cette initiative d'Amadeus est fort louable et devrait être rééditée afin de rapprocher les visions. D'ailleurs, Jean-Paul Dias, le plus hostile des Sénégalais à l'adhésion marocaine a fini par reconnaître que «grâce à cette journée d'échanges, il a pu relativiser ses positions après ce qu'il a entendu de la part de Marocains qui formulent aussi des inquiétudes quant à leur monnaie et aux flux d'immigration». D'autres acteurs de la société civile ont exprimé un avis modéré privilégiant le dialogue et la consolidation des rapports entre les deux pays. D'aucuns ont estimé que cette adhésion pourrait même constituer une chance pour le Sénégal. Au terme de 10 heures d'échanges et de débats, les participants se sont accordés à approfondir le débat, à rapprocher les idées et à aller de l'avant dans le partage et l'ancrage qui lient les deux pays. La prochaine édition aura lieu, dans quelques semaines, à Abidjan ou Abuja pour rééditer l'expérience avec le tissu associatif et entrepreneurial.


Ils ont déclaré

Brahim Fassi Fihri : “Le Maroc n’est pas pressé,et rien ne se fera sans le Sénégal”

“Nous sommes là pour discuter de la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO en toute transparence. Nous voulons un débat serein et positif. Si on esquisse la cartographie des inquiétudes -et il est sain de procéder à cet exercice- on constate que l’on pose des questions telles que “Que cherche le Maroc ?” “Quels sont ses objectifs ?” “Pourquoi maintenant ?” etc. L’Institut Amadeus est un think tank, il n’a pas vocation à négocier, mais on veut écouter et comprendre pour mieux échanger. Je vous annonce d’ores et déjà trois “préalables” à la demande marocaine. Un, la CEDEAO est un modèle d’intégration, et nous voulons apprendre de ce modèle. Deux, le Maroc n’est pas pressé : l’Espagne a dû attendre 10 ans (de négociations) avant d’intégrer l’Union européenne. Trois, il est hors de question de perturber nos relations historiques. Rien ne se fera sans vous. Sachez que le Sénégal est un pays frère; c’est pourquoi il y a une certaine amertume suite à certains propos tenus en réaction à la demande marocaine. Cela ne nous empêchera pas de nous dire les quatre vérités en face dans un seul objectif : le bien des deux pays”.

Younes Slaoui : “Le Maroc mène une politique d’immigration tolérante”

“Je ne crois pas que le Maroc ait une motivation économique ou cherche plus de marchés africains. C'est une question de communauté de destin, et c'est une demande d'adhésion qui s'inscrit dans cette tendance à orienter son développement vers le Sud dans le cadre de relations gagnant-gagnant. Il ne faut pas oublier que le Maroc mène une politique d'immigration Sud-Sud à la fois compréhensive, tolérante et humaine. C’est le seul pays qui développe un processus officiel de régularisation des immigrés subsahariens qui foulent le territoire marocain”.

Jean-Paul Dias : “Après vous avoir écoutés, j’ai évolué”

1 Au début des débats
“Il ne faut pas tourner autour du pot. Vous voulez savoir pourquoi la demande d'adhésion du Maroc nous fait peur ? C’est parce que le Maroc a une industrie puissante, un secteur bancaire qui domine les finances, et il cherche plus de marchés extérieurs. C'est légitime, mais nous sommes inquiets et nous disons haut et fort que nous ne sommes pas encore prêts. Ce n’est pas de l'hostilité, mais on parle ici de business, et il n'y a pas de place pour les sentiments”.

2 À la fin de la conférence
“Vous avez des banques puissantes qui vous accompagnent, le dirham s'échange sur les Champs-Élysées... Nous devons, au Sénégal, montrer à tout le monde ce qu'ont fait les Marocains pour réussir, avec à la clé la puissance de leurs banques, de Royal Air Maroc, des BTP, etc. Ce sont des exemples qui nous incitent à nous mettre à niveau avant d'affronter cette adhésion, mais cela est notre affaire, nous autres Sénégalais. Enfin, je dois dire qu'entre le moment où je suis entré ce matin dans cette salle et maintenant, j'ai évolué. J'ai évolué parce que j'ai entendu le président de l'Institut Amadeus dire que le Maroc n'est pas pressé et que rien ne se fera au détriment du Sénégal. J'ai entendu d'autres intervenants dire qu'eux-mêmes ont des problèmes au Maroc avec cette adhésion. Je crois que nous devons continuer de nous écouter, c'est ainsi que nous avancerons”.

La délégation marocaine

Taleb Berrada, Ambassadeur du Maroc au Sénégal
Brahim Fassi Fihri, Président fondateur de l’Institut Amadeus
Faiçal Mekouar, Vice-président général de la CGEM
Fadel Agoumi, Directeur délégué de la CGEM
Kamal Mokdad, Directeur général Banque de l’International BCP
Mohamed Hamidouch, Ancien représentant résident à la BAD
Lamia Marzouki, Directrice générale adjointe de CFC
Saâd Benabdallah, pdg du Groupe Pertia International
Younes Slaoui, Membre du Conseil d’administration Amadeus
Abdellatif Bendahane, Directeur de BD Consulting
Yousra Abourabi, Enseignant-chercheur à l’UIR

 

Yousra Abourabi : “L’adhésion ne bénéficiera pasqu’au Maroc”

“Visiblement, vous croyez que la seule motivation du Maroc est d'ordre économique. Or, l'orientation du Maroc en Afrique est surtout politique, visant le renforcement des liens culturels et humains entre le royaume et les pays africains. Bien sûr, il y a un volet économique, et il faut l'appréhender avec beaucoup de pragmatisme. Est-ce que l'adhésion du Maroc ne va bénéficier qu'au Maroc ? Certainement pas: tout le monde y gagne avec l'intégration, les infrastructures et la dynamique économique enclenchées. De plus, l'écart économique entre le Maroc et des pays comme le Sénégal n'est pas grand. Prenez, par exemple, l'écart avec la Turquie et la Chine, qui font l'essentiel du business avec vous, il n'y pas photo avec le Maroc. Enfin, il faut rappeler la main tendue du Maroc à la coopération Sud-Sud sans demande de renvoi d'ascenseur dans bien des domaines, qui n'ont rien à voir avec l'économie, notamment la coopération en matière de sécurité, de migration et des échanges culturels”.

 

Fadel Agoumi : “Vous avez peur, nous aussi”

“Le roi Mohammed VI a commencé ses tournées africaines dès son intronisation en 1999. Qui, à ce moment-là, regardait du côté de l’Afrique ? À cette époque, l’adhésion à la CEDEAO n’était absolument pas envisagée. C'est un processus qui a mûri avec le temps et avec l'évolution géostratégique dans le continent. On pose la question suivante : “Pourquoi le Maroc veut-il y siéger ?” On répond, dans la foulée, “Pourquoi pas”. Vous avez peut-être peur. Nous aussi. On parle de monnaie unique, de libre circulation, etc. Ce sont des thématiques largement débattues aujourd'hui par la société civile marocaine”.

 

Bakary Sambé : “Ce sujet n’altère en rien les relations historiques”

“Je crois que l'ancrage historique des relations bilatérales ne peut souffrir aucun débat. Ce dernier a commencé avec une nouvelle génération de businessmen qui ignore tout des liens historiques des deux côtés, ce qui alimente le choc des cultures. C'est pourquoi je dis que si le Maroc accède à la CEDEAO, des liens supplémentaires seront créés; s'il ne l'intègre pas, cela n'altérera en rien ces liens exceptionnels qu'entretiennent les deux pays”.

 

Chikissan Bassé : “Votre précipitation a suscité de la suspicion”

“Les industriels sénégalais ont été pris de court. En février 2017, on nous informe de la demande marocaine sans aucune explication. On se demande alors “Que vient le Maroc faire à la CEDEAO ?”. En avril 2017, les chefs d'État marquent leur accord de principe. En décembre 2017, la Commission de la CEDEAO introduit la demande marocaine dans le circuit de traitement. Cette précipitation a créé la suspicion et complique les relations. Maintenant, le Sénégal ne décidera pas seul de cette adhésion. Enfin, si le Maroc arrive avec une vision de co-développement, on en discutera et il sera le bienvenu. Plus encore, le Sénégal pourrait être l'ambassadeur de l’adhésion du Maroc, mais force est de constater qu'avant cette réunion, on n'a fait que “prendre du thé” autour du sujet”.

La délégation sénégalaise

Cheikh Ba, directeur exécutif IPAR, Dakar
Bakary Sambé, directeur de Timbuktu Institute
Serigne Mboup, président de la Fédération des chambres de commerce
Jean Paul Dias, ancien ministre
Mamadou Cissokkho, Président du RAPPO (Patronat)
Colonel Ousseynou, Colonel de gendarmerie, expert au l'Institut des études politiques
Hamidou Anne, membre du think tank l'Afrique des idées
Momar Ndao, président de l'association des consommateurs du Sénégal
Cheikh Tidiane Dieye, président du centre africain pour le commerce
Mame Aly Konte, géographe, journaliste

Maroc-CEDEAO
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En plus de recevoir les parlementaires de la CEDEAO, le royaume mène desdiscussions directes avec le secteur privé ouest-africain afin de rassurer sur son adhésion à leur communauté économique régionale.

Le Maroc poursuit son offensive pour obtenir l’adhésion à la CEDEAO. Ces derniers jours, une intense activité de sensibilisation est déployée sur plusieurs fronts pour rassurer sur la candidature marocaine à la communauté économique régionale ouest-africaine. Dans le sillage du Forum Crans Montana, organisée récemment à Dakhla (www.leseco.ma), le royaume a organisé la visite d’une importante délégation de parlementaires de la CEDEAO conduite par leur président, le Sénégalais Moustapha Cissé Lo. Au cours de leur séjour de plusieurs jours, les députés ouest-africains ont multiplié les rencontres avec les officiels et les acteurs du secteur privé marocains. Ils ont promis, durant leurs rencontres avec la partie marocaine, d’appuyer le dossier du Maroc pour une réponse favorable lui ouvrant les portes de la CEDEAO. Toutefois, ce pari est loin d’être gagné au regard des réticences, voire des oppositions exprimées par les opérateurs privés et les membres de la société civile des pays de la CEDEAO. D’ailleurs, c’est pour venir à bout de ces opposants à l’adhésion du Maroc que l’institut Amadeus se charge de mener une démarche de sensibilisation.

Tournée ouest-africaine
Le think tank marocain, dirigé par Brahim Fassi Fihri, organise, en effet, ce jeudi 29 mars à Dakar, une conférence sous le thème «Adhésion du Maroc à la CEDEAO : Fondements, enjeux et perspectives communes». Cet événement, mené en partenariat avec des think tank sénégalais, a pour objectif «d’instaurer une écoute respective ainsi qu’un dialogue franc et ouvert entre les principaux acteurs sénégalais et marocains concernés, sur les conditions optimales d’un élargissement, au royaume du Maroc, de la CEDEAO». Des tables-rondes, workshops et conférences publiques sont au menu. Pour la partie marocaine, c’est à la fois une occasion de comprendre les réticences des hommes d’affaires ouest-africains, et en même temps, d’apporter des garantis et des assurances face aux craintes qui entravent le dossier du Maroc. Après Dakar, l’institut Amadeus prévoit de renouveler l’exercice dans d’autres capitales des pays membres de la CEDEAO dans les semaines à venir. Les recommandations proposées dans le cadre de ces rencontres seront communiquées aux décideurs marocains et de pays de la CEDEAO, avec toujours pour ultime objectif, de faciliter l’entrée du royaume dans le groupement régional ouest-africain. 


Mounia Boucetta
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères et de la coopération internationale

Le Maroc a opté pour le choix irréversible d'une politique fondée sur l'ouverture et l'action visant à promouvoir la coopération Sud-Sud. La demande du Maroc, d'intégrer le CEDEAO, constitue une valeur ajoutée au sein de ce regroupement régional à travers de nouveaux investissements, l’élargissement des domaines de coopération, l’amélioration des compétences et la création de postes d’emplois”.

Moustapha Cissé Lo
Président du Parlement de la CEDEAO

L'adhésion du Maroc à la CEDEAO contribuera davantage à la dynamisation de la coopération Sud-Sud. Nous sommes déterminés à poursuivre les concertations pour aboutir à la création d’un bloc économique solide en vue de faire face à d’autres groupes et marchés”.

Miriem Bensaleh-Chaqroun
Présidente de la (CGEM)

L’adhésion du Maroc à la CEDEAO facilitera les flux d’investissements et de compétences ainsi que la circulation des biens, ce qui profitera à l'ensemble des pays africains. Les entrepreneurs marocains sont déjà présents dans les 15 pays de la CEDEAO et œuvrent déjà dans un espace qui leur est familier et dans le cadre d’accords bilatéraux”.


Les parlementaires de la CEDEAO saluent l’action du Maroc en Afrique de l’ouest

Le président du Parlement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), Moustapha Cissé Lo, a salué les efforts déployés par le Maroc dans l’accompagnement du processus de développement des pays d’Afrique de l’ouest, notamment à travers des projets structurants couvrant plusieurs domaines. S’exprimant à l’occasion d’une réunion avec la secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Mounia Boucetta, dans le cadre de la visite de travail qu’ont effectuée au Maroc des parlementaires de la CEDEAO, Cissé Lo s’est également félicité de l’importance des relations de coopération entre les pays de la CEDEAO et le Maroc, tout en tenant à présenter ses vifs remerciements au roi Mohammed VI pour les différentes actions menées par le royaume en Afrique de l’ouest.

L’événement tenu du 15 au 20 mars a vu défiler les alliés traditionnels du Maroc ainsi que des figures prédominante de la société civile internationale. Les recommandations tendent vers une théorie «endogène» du développement, où le royaume peut être leader sur plusieurs vecteurs.

À l’heure où les relations internationales sont de plus en plus fluctuantes, et que les alliances se font et se défont, le Maroc a tenu, par le biais du Crans Montana Forum de Dakhla, à rappeler son poids dans le continent. L’évènement, tenu du 15 et le 20 mars, a vu défiler les alliés traditionnels du royaume ainsi que des figures prédominantes de la société civile internationale. Logiquement, la thématique principale a tourné autour de la coopération Sud-Sud. Une orientation aujourd’hui constante de la diplomatie nationale, et que le chef de l’Etat, ne veut plus simplement comme un simple leitmotiv mais une réalité palpable (cf: www.leseco.ma, édition du 19/03/2018). Urbanisme, santé, développement durable…place aujourd’hui au «débats de fonds», comme l’a voulu le roi Mohammed VI dans sa lettre aux participants. Raison pour laquelle l’invité star de cet évènement, l’ancien président français Nicolas Sarkozy, a tout de suite préconisé un «plan Marshall» européen pour le continent. Un plan qui, à l’instar de celui conçu par les États-Unis au lendemain de la Seconde guerre mondiale, aura pour contrepartie une priorité pour l’Union européenne au niveau des marchés publics, ou encore des statuts favorables à l’export. Mais la vision marocaine est surtout basée sur un développement «endogène» où le royaume compte jouer le rôle de vecteur. «Qu’il s’agisse de transfert des technologies, de partage du savoir, d’établissement de Partenariats Public-Privé dans divers secteurs ou de formation et d’enseignement supérieur, le Maroc a su développer une expertise reconnue sur l’échiquier africain», a déclaré le Souverain.

Le Royaume tient également à mettre en place des projets stratégiques d’envergure notamment le Gazoduc Africain Atlantique dont l’objectif est de refondre le marché régional de l’électricité ou encore l’établissement d’unités de production de fertilisants avec l’Éthiopie et le Nigeria. Projet qui vise à améliorer la productivité agricole et favoriser la sécurité alimentaire, dans l’ensemble de la sous-région. Ainsi, l’enjeu est que les pays africains doivent être mieux connectés entre eux, par routes, par rail, grâce aux TIC, par les réseaux électriques et les ports. Mais le développement des infrastructures régionales ne stimule une croissance inclusive que s’il crée des emplois productifs, atténue la pauvreté et réduit les inégalités. En outre, il est recommandé aux communautés économiques  de reconnaître les diplômes à une échelle régionale, encourager une mutualisation régionale des compétences et coordonner les quotas annuels d’immigration en fonction des besoins en compétences des marchés du travail nationaux respectifs. De plus, les politiques régionales devraient garantir aux migrants un accès équitable à des services publics de qualité en matière de santé et d’éducation, comme une clause à part entière. La réduction des coûts de transferts de fonds est à l’ordre du jour ainsi que le développement les activités bancaires transfrontalières, les marchés de capitaux et les autres infrastructures financières régionales en Afrique pour «entraîner les économies d’échelle que requiert l’essor économique». Cela nécessite un «environnement économique stable et l’utilisation de normes rigoureuses» qui n’entravent pas pour autant la capacité des institutions à innover et à répondre aux besoins des plus défavorisés. Deux paramètres où le Maroc a développé une certaine expertise… 


Nicolas Sarkozy
Ancien président de la République, France.

Ma présence ici signifie quelque chose. Le projet d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 est une solution crédible et sérieuse et peut servir de base à un dialogue bilatéral. Il s’agit de trouver une solution pour donner une chance de paix et de stabilité à cette région»

Jesse Jackson
 Militant pour les droits civiques, cadre du parti démocrate, États-Unis

Le Maroc a une longue tradition de l’investissement dans la prochaine génération de l'Afrique. Chaque année, plus de 7 000 étudiants de plusieurs pays d'Afrique subsaharienne sont inscrits dans des universités du Royaume avec des bourses marocaines. En outre, des centaines de professionnels de l'Afrique subsaharienne bénéficient d'une formation professionnelle au Maroc ».

Marisol Touraine
 Ancienne ministre de la Santé et des affaires sociales, France

On ne peut pas parler du développement et de l’évolution sans avoir une société satisfaite en matière des soins de santé. La promotion de l’enseignement notamment chez les filles est une priorité».

Offres attrayantes, couverture géographique, services simplifiés...Le cabinet international McKinsey Global Banking dévoile dans son nouveau rapport les pratiques gagnantes des banques de détails en Afrique.

L’Afrique, un terreau fertile pour la banque de détail. Un titre qui colle bien avec le rapport du cabinet McKinsey Global Banking sur les activités des institutions financières exerçant des activités de crédit et d'offre de produits de placements auprès de clientèles individuelles sur le continent africain. Publié le 2 mars dernier, le nouveau rapport de 58 pages intitulé «Rugir à la vie : croissance et innovation dans la banque de détail en Afrique», expose les raisons de croire au dynamisme et au bel avenir de la banque de réseau dans les pays africains.

Une enquête d’envergure
En s’appuyant, entre autre, sur une solide base de données cumulant les performances financières de 35 des principales banques africaines et une vaste enquête auprès de 2.500 clients de banques dans six pays africains, à savoir l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Maroc, l’Angalo et le Kenya, le cabinet révèle que les marchés bancaires africains comptent parmi les plus dynamiques au monde en précisant que le marché bancaire de l’ensemble du continent est le deuxième marché mondial en termes de croissance et de rentabilité, et constitue un foyer d’innovation. Mckinsey Global Banking se fonde sur pas moins de cinq déterminants pour tenter d’expliquer ladite réussite très remarquée dans les segments intermédiaires (70% de la croissance) où le revenu annuel se situe entre 6.000 et 36.000 USD et le marché de masse qui représente 13% de la croissance mais constitue le segment qui connaît la croissance la plus rapide.

Les pratiques gagnantes
Selon le cabinet international, près de 65% de la rentabilité des banques africaines et 94% de la croissance de leurs revenus sont attribuables à leur couverture géographique, soulignant l’importance de l’intensification de celle-ci, considérée comme un gage de développement pour les sociétés bancaires. À cela, il faut ajouter d’autres secrets de réussite. C’est connu, plus une banque fait de bonne proposition mieux elle engrange de nouveaux clients. C’est ce que semble confirmer d’ailleurs l’enquête de McKinsey qui révèle que 25% des clients choisissent le prix comme le facteur le plus important dans le choix des banques. La commodité est tout aussi importante. Elle est également citée par 25% des clients, ajoute le rapport. De plus, il y a également l’amélioration de la qualité du service qui est le troisième facteur le plus important, choisi par 12% des clients. Mais ce n’est pas tout puisque d’autres facteurs tels que l’amélioration de la productivité des ventes, l’optimisation du back office et du middle office, le secours aux sociétés de télécommunications et au crédit salarial sans oublier la numérisation de bout en bout, sont avancés par Mckinsey global banking comme motifs pour tenter d’expliquer la bonne santé de la banque commerciale en Afrique. À ce propos, l’enquête de McKinsey révèle que 40% des Africains préfèrent utiliser les canaux numériques pour leurs transactions notamment dans quatre grands pays africains, à savoir l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Angola où une plus forte proportion d’Africains préfèrent le canal numérique aux succursales pour les transactions.

Un marché aux mille visages
Cependant, outre les pratiques «gagnantes», l’enquête s’est également concentrée sur le potentiel du marché des retails banking en Afrique et les produits bancaires proposés aux clients africains. À ce ne niveau d’ailleurs, le rapport indique qu’aujourd’hui, près de 300 millions d’Africains ont un compte en banque mais ce chiffre pourrait connaître une hausse jusqu’à atteindre 450 millions en 5 ans, est-il estimé. Quant aux marchés bancaires africains, McKinsey distingue quatre segments, à savoir les marchés «avancés» comme l’Afrique du Sud et l’Égypte, les marchés en transition «à croissance rapide» comme le Kenya, le Ghana et la Côte d’Ivoire et «les géants endormis» comme l’Algérie, le Nigeria et l’Angola ou encore les marchés bancaires naissants comme la RDC et l’Éthiopie. Concernant la répartition des produits bancaires, le rapport estime que 95% des Africains possèdent des produits transactionnels alors que moins de 20% possèdent des prêts, des assurances, des investissements ou des dépôts.

Coût du risque élevé
S’agissant des recommandations, le cabinet international insiste sur la nécessité pour les banques commerciales opérant en Afrique de faire du numérique l’une de leurs priorités compte tenu de la faible densité des succursales en Afrique. Par ailleurs, le rapport souligne le coût élevé du risque (2e rang mondial) et la faible disponibilité des données en Afrique, précisant qu’11% des Africains sont dans des bureaux de crédit, alors que sur les marchés avancés ce chiffre s’élève à plus de 90%.

L'attentat terroriste qui a frappé, le 2 mars, la capitale burkinabè est un nouveau coup dur pour l’économie du pays. Le contexte sécuritaire amplifie les risques sur ses perspectives économiques et au-delà de la sous-région.

Pour le Burkina, c’est presque le scénario catastrophe! L’attentat du vendredi 2 mars est, en effet, venu rappeler que les menaces sécuritaires se sont amplifiées et continuent de planer au regard des lieux stratégiques -et tout aussi symboliques- visés par les assaillants. C’est l’État-major de l’armée et l’ambassade de France, en plein zone sécurisée de la capitale, qui ont été ciblés par l’attaque qui a fait 7 morts dans les rangs des soldats burkinabè, 8 assaillants neutralisés et plus de 80 blessés selon les sources officielles. Au-delà de la psychose et de l’émotion suscitée dans le pays et au-delà, l’attentat terroriste est de mauvais augure pour le gouvernement. Le pays se relevait à peine de deux attentats (en janvier 2016 et en août 2017), qui ont endeuillé la capitale burkinabè avec au total une cinquantaine de morts. À l’époque déjà, le pays avait payé le prix fort avec un ralentissement de l'activité économique, particulièrement dans le secteur du tourisme, ce qui a eu des répercussions sur la croissance économique du pays.

Facteurs de risques
Le Burkina est-il en train de devenir le maillon faible de la zone sahélienne, après la situation critique que connaît son voisin malien sur le plan sécuritaire? C’est la grande question de l’heure au regard de la multiplication des attaques qui secouent le pays. Car en plus de ces attentats répétés dans la capitale qui sont les plus médiatisés, d’autres régions frontalières du Mali et du Niger connaissent régulièrement des attaques des différents groupes terroristes qui pullulent dans la bande sahélo-saharienne. Dans l’édition 2018 de ses Perspectives économiques africaines (PEA), la Banque africaine de développement (BAD) avait déjà alerté sur les prévisions de croissance du pays, celles-ci dépendant «de plusieurs facteurs de risques, notamment les attaques terroristes». «La menace sécuritaire reste toutefois le plus important risque», a estimé la BAD qui rappelle en effet que le Burkina Faso a subi, depuis 2015, une série d’attaques terroristes qui ont coûté la vie à plus de 70 personnes et ralenti la reprise économique.

Défis sécuritaires
L’année 2018 démarre donc sous de mauvais auspices pour le Burkina. Alors qu’en 2016 et 2017, les attaques sont survenues en pleine conjoncture économique difficile, l’année s’annonçait meilleure avec des prévisions de croissance de 6,6%. Le gouvernement tablait sur les bonnes perspectives qui se profilaient pour accélérer la mise en œuvre du programme de mandat du président Roch Marc Christian Kaboré. La dynamique est notamment portée par une bonne orientation de l’activité minière, une intensification des investissements dans la construction, le dynamisme du secteur marchand et les développements enregistrés dans l’agriculture. C’est surtout le programme d’investissements publics du Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016–2020, couvrant l’énergie, les aménagements hydro-agricoles, et les infrastructures routières et de télécommunication, qui devrait permettre de consolider la dynamique. Cependant, l’accroissement des investissements prévu dans le PNDES et le maintien des dépenses courantes destinées aux demandes sociales et sécuritaires devraient creuser le déficit budgétaire, estimé à 5,5% du PIB en 2017 contre 3,8% en 2016 selon la BAD.  «Combinés à la montée des revendications sociales à l’approche des élections présidentielles de 2020, le rythme des investissements et les problèmes de sécurité dans la région du Sahel feront gonfler la dépense publique en 2018–2019», a estimé la même source, qui s’attend toutefois à ce que, grâce notamment à une croissance soutenue de l’économie, le déficit budgétaire redescende à 4,8% du PIB en 2018 et à 2,9 % en 2019.


Solidarité régionale

L’attaque du 2 mars dernier a provoqué une onde de choc au-delà du pays. Dès les premiers instants, les messages de compassion ont fusé de partout, particulièrement des chefs d’État de la région. Les menaces sécuritaires se sont en effet amplifiées dans toute la sous-région ces dernières années, et plus aucune capitale n’est à l’abri, comme en témoignent les attentats de Grand-Bassam ou de Bamako en 2016 et 2017. Le Burkina fat partie du G5 Sahel avec le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad et, d’ici quelques semaines, la force conjointe militaire mise en place pour contenir les menaces devraient être pleinement opérationnelle. Le G5 Sahel était d’ailleurs, il y a quelques jours, à Bruxelles où il a plaidé sa cause devant la communauté internationale, engrangeant au passage des promesses de dons de près de 500 millions de dollars pour la force conjointe mais aussi des projets de développement dans la zone sahélienne. Ce lundi 5 mars d’ailleurs, le président du Togo, Faure Gnassingbé, et son homologue du Niger, Mahamadou Issoufou, étaient en visite à Ouagadougou en leur qualité, respectivement, de président en exercice de la CEDEAO et du G5 Sahel. La visite vise à témoigner de la solidarité des pays voisins à l’égard du Burkina.

En dépit de relations politiques en dents de scie, les officiels mauritaniens ouvrent grandement les portes de leur pays aux entreprises marocaines. Ils l’ont fait savoir lors du lancement du Club Afrique Développement d’Attijariwafa bank en Mauritanie.

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Les départements de la Justice du Maroc et du Sénégal ont signé un plan d’action pour promouvoir la coopération dans le domaine judiciaire. L’objectif est de partager les expériences tout en mettant à jour les nombreux accords liant les deux pays.

Le Maroc et le Sénégal ont signé, vendredi 16 février à Rabat, un plan d'action visant la promotion de la coopération dans le domaine judiciaire. À travers ce plan d'action signé par le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, et son homologue du Sénégal, Ismaïla Madior Fall, les deux pays s'engagent à renforcer leur coopération à travers l’organisation au Maroc de sessions de formation sur la justice commerciale et les nouvelles méthodes de gestion administrative et financière des tribunaux ainsi que l'usage de l'outil informatique et ceci dans le cadre de l'amélioration de l'administration judiciaire. Aux termes de ce plan d'action pour l'année 2018, les parties signataires ont convenu d’échanger les législations et les documents, en l’occurrence les textes législatifs nationaux et les accords et traités bilatéraux relatifs à la coopération judiciaire conclus avec d'autres pays. Elles se sont également mises d’accord sur le fait de partager la jurisprudence, les décisions judiciaires rendues par les tribunaux des deux pays, les brochures et les formulaires et guides mis à la disposition des justiciables et du public en vue de diffuser l'information juridique, de faciliter les concepts et de reconnaître les droits et les procédures pour statuer sur les litiges.

Nouveau souffle
Dans une déclaration à la presse, Mohamed Aujjar a souligné qu’à travers ce plan d'action, le Sénégal souhaite bénéficier de l’expérience marocaine dans le domaine de la justice. Aujjar a souligné l’importance de donner un nouveau souffle à cette coopération et de relever les défis qu’affronte la justice à l’échelle mondiale, notamment en Afrique, notamment face au crime transfrontalier. Le ministre de la Justice a fait savoir que cette coopération vise essentiellement le domaine de la justice commerciale, la justice de la famille, les tribunaux de commerce spécialisés et la modernisation de l’administration judiciaire, rappelant les relations «solides et séculaires» qui unissent les deux pays et qui englobent les domaines économique, social, culturel et environnemental. Pour sa part, Ismaïla Madior Fall s'est félicité de l’excellente relation d’amitié qui unit les deux pays, caractérisée par «un partenariat historique» porté par la volonté des deux chefs d'État, Sa Majesté le roi Mohammed VI et le président du Sénégal, Macky Sall, de les renforcer davantage.

Mise à jour des accords
Le ministre sénégalais a exprimé le souhait de son pays de bénéficier de l’expérience marocaine dans le domaine de la justice, notamment la justice commerciale et le Code de la famille, saluant les profondes réformes initiées par le Maroc en la matière. Cet accord s’assigne également pour objectif de mettre à jour des conventions signées entre les deux pays, qui seront revisitées à la lumière des évolutions des deux systèmes judiciaires, afin de mieux définir les axes de coopération, a-t-il ajouté. Un protocole d’accord dans le domaine de la justice a été finalisé et sera signé prochainement. Ismaïla Madior Fall était en visite au Maroc, à la tête d'une délégation sénégalaise, dans le but d'approfondir les relations bilatérales dans le domaine de la justice. Les deux départements ministériels ont tenu, en juin 2013 à Dakar, la 14e session de la commission mixte maroco-sénégalaise et ont signé le 17 septembre 2004 à Rabat le protocole d'Accord de coopération en matière d'administration judiciaire. 


Mohamed Aujjar
Ministre marocain de la Justice

À travers ce plan d'action, le Sénégal souhaite bénéficier de l’expérience marocaine dans le domaine de la justice. Cette coopération vise essentiellement le domaine de la justice commerciale, la justice de la famille, les tribunaux de commerce spécialisés et la modernisation de l’administration judiciaire”.

Ismaïla Madior Fall
Ministre sénégalais de la Justice

Un protocole d’accord dans le domaine de la justice a été finalisé et sera signé prochainement. Cet accord s’assigne pour objectif de mettre à jour des conventions signées entre les deux pays, qui seront revisitées à la lumière des évolutions des deux systèmes judiciaires afin de mieux définir les axes de coopération”.

 

Aziz Akhannouch et Othman Benjelloun font partie des 23 milliardaires (en dollars) que compte l’Afrique. Le classement, établi par Forbes, est dominé par le Nigérian, Aliko Dangote.

Deux Marocains parmi les 23 hommes les plus riches d’Afrique 2018. Il s’agit de Aziz Akhannouch et Othman Benjelloun, à en croire le magazine américain Forbes, qui vient de publier son classement annuel des milliardaires africains. Akhannouch, l’actionnaire majoritaire d’Akwa Group et non moins ministre de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, est le 12e Africain le plus riche du continent, à en croire Forbes, qui estime sa fortune à 2,2 milliards de dollars. Le leader du Rassemblement national des indépendants (RNI) réalise ainsi un gain consistant en une année, puisque sa richesse était estimée à 1,6 milliard de dollars il y a environ tout juste un an, avec une 14e place continentale. Le Marocain le plus riche, dont le groupe est actif dans les hydrocarbures, réalise l’une des plus belles percées de ce classement très select qui compte un autre habitué des distinctions : Othman Benjelloun. Le patron de Financecom est en effet le second Marocain à figurer sur cette très petite minorité de milliardaires africains. Othman Benjelloun y occupe la 15e place ex aequo avec le Nigérian Folorunsho Alakija. Leur fortune est estimée pour chacun, à 1,6 milliard de dollars. Le président-directeur général du groupe BMCE Bank of Africa était classé en 2017 au 14e rang continental.

L’indétrônable Dangote
Globalement, le classement de Forbes reste dominant par le Tycoon nigérian, Aliko Dangote. Le boss du groupe éponyme, actif dans l’agroalimentaire et la cimenterie voit sa fortune mesurée à 12,2 milliards de dollars, soit loin devant son poursuivant direct, le Sud-africain Nicky Oppenheimer, avec 7,7 milliards, talonné par son compatriote Johan Rupert (7,2 milliards). En 2018, l’évolution la plus spectaculaire est de l’Algérien Issad Rebrab, qui a fait grossir sa fortune d’un milliard de dollars en une année, passant ainsi de 3 à 4 milliards. Par nationalité, les Sud-africains sont de loin les plus présents dans ce classement. En effet, 8 grandes fortunes de la nation arc-en-ciel apparaissent parmi le top 23 africains, suivis de 6 égyptiens et de 3 nigérians.

Activités de milliardaires
Autre enseignement à tirer de ce classement Forbes : la plupart de ces fortunes africaines sont actives dans les secteurs tels que la distribution, les hydrocarbures, les télécoms, ainsi que la bancassurance. De même, il est à retenir que la fortune cumulée de ces «happy few» africains est passée de 75,4 milliards de dollars en 2017, contre 70 milliards en 2016. Leur nombre, de 21 à 23 milliardaires. Autrement dit, l’Afrique compte plus de milliardaires, qui s’enrichissent de plus en plus.

En plus de défendre jalousement sa place de première destination touristique africaine, le Maroc part à la conquête des touristes du continent. En même temps, l’Afrique, bien que «trop chère», commence à attirer les touristes marocains.

1 touriste sur 6 qui visitent l’Afrique se dirige vers le Maroc. C’est ce que l’on est tenté de dire au regard des statistiques officielles du secteur du tourisme sur le continent en 2017. Avec près de 11 millions de visiteurs accueillis l’année dernière, sur un total de 62 millions de touristes attirés par le continent, le Maroc consolide sa place de première destination africaine du tourisme. Le royaume commence ainsi à se détacher de ses challengers africains, à savoir l’Afrique du Sud (8,9 millions), l’Égypte (8,3 millions) et la Tunisie (7 millions). Certes, on est encore loin de l’objectif des 20 millions de touristes rêvé en 2020, mais la destination Maroc dispose d’un potentiel énorme pour creuser l’écart. Le marché chinois, émetteur chaque année de 125 millions de touristes est désormais la nouvelle grande cible des opérateurs marocains. Quant aux «clients» traditionnels que sont la France et les marchés européens, ils sont appelés à se fidéliser. Alors que ses autres concurrents africains sont fragilisés par la cherté du transport aérien et leur éloignement géographique (notamment l’Afrique australe), le royaume peut toujours miser sur sa proximité avec le vieux continent, largement desservi par les compagnies classiques et les low-cost.

500.000 touristes africains
Pour le Maroc, la stratégie ne se limite plus aujourd’hui aux touristes non africains. Depuis quelques années, le royaume s’intéresse aux visiteurs issus des pays du continent. D’ailleurs, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) a inauguré en février 2017 à Dakar son premier bureau dédié au marché africain. L’objectif est de passer rapidement des 200.000 touristes africains par an au demi-million. Après le Sénégal, d’où 45.000 touristes viennent visiter le royaume chaque année, le cap sera mis sur la Côte d’Ivoire. Avec l’Afrique subsaharienne, l’ONMT vise à offrir une «palette très large», touchant à la fois «l’offre culturelle, le balnéaire, le bien-être, la gastronomie et le tourisme d’affaires». Ce tourisme de niches, notamment le religieux et le médical, sont aux yeux des opérateurs le principal atout de la destination Maroc pour attirer les touristes africains.

L’Afrique attire les Marocains
Parallèlement aux opérations de promotion, des accords bilatéraux sont signés avec les gouvernements de pays du sud du Sahara dans l’optique de partages d’expériences en matière touristique. C’est surtout le cas avec le Sénégal, ceci en vertu de la visite du roi Mohammed VI à Dakar en 2016. Sur un autre volet, l’intérêt économique du Maroc pour l’Afrique commence à susciter de l’engouement auprès des touristes marocains. Ils sont de plus en nombreux à se diriger vers le continent pour passer leurs vacances. Le Sénégal, le Cap Vert ou encore les lointaines destinations pour le Safari en Afrique orientale, comme le Kenya et la Tanzanie, commencent à apparaître dans les plans de voyages des curieux marocains. «Seulement, les contraintes sont très nombreuses. L’offre d’hébergement n’est pas encore optimale dans une bonne partie des capitales africaines. Les tarifs sont également très chers alors que le pouvoir d’achat du touriste marocain n’est pas extensible», regrette Faouzi Zemrani, vice-président de la Confédération marocaine du tourisme. 


Chiffres clés

200.000
Le Maroc accueille  annuellement 200.000  touristes africains

62
Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), l’Afrique a accueilli 62 millions  de touristes en 2017.

4,7
 C’est une hausse de 8% par rapport à 2016, mais qui ne représente que 4,7% du tourisme mondial

1,322
Selon l’OMT, 1,322 milliard  de touristes ont parcouru  le monde en 2017

134
L’Afrique devrait accueillir  134 millions de touristes  en 2030 selon l’OMT

La libéralisation du ciel africain est une bonne nouvelle pour les grandes compagnies africaines, à l’image de Royal Air Maroc. Toutefois, avant que celle-ci n’en profite, le royaume doit d’abord faire partie du marché unique du transport aérien africain (MUTAA). Explications.

C’est l’une des grandes décisions annoncées à l’occasion du 30e sommet de l’Union africaine qui vient de se clore à Addis-Abeba : le marché unique du transport aérien africain (MUTAA) est lancé. Cette décision libéralise le ciel africain et permet désormais aux compagnies aériennes du continent d’entrer dans l’ère de la 5e liberté. Elles peuvent desservir des destinations africaines à partir d’aéroports autres que leurs hubs. Pour l’heure, seuls 23 pays se sont engagés, à commencer par ceux qui comptent les plus grandes compagnies d’Afrique, comme l’Éthiopie, l’Afrique du Sud, l’Égypte ou encore le Kenya. Très logiquement, ils vont en être les principaux bénéficiaires, car la plupart des autres États ne disposent pas de flottes capables de concurrencer les leurs. En attendant l’adhésion du Maroc…Le royaume, qui vient de réintégrer sa famille africaine il y a tout juste un an, ne figure pas encore sur la liste des 23 pays concernés par l’open sky africain. Cependant, au vu des intérêts stratégiques en jeu, on est tenté de dire que l’adhésion du royaume au MUTAA ne saurait tarder. En effet, la compagnie nationale, Royal Air Maroc, fait partie du top 5 africain. Elle est d’ailleurs, avec Ethiopian Airlines, l’une des rares à réaliser des bénéfices dans un secteur extrêmement turbulent et concurrentiel. «La libéralisation du ciel africain est donc une excellente opportunité pour RAM. Elle lui permettra de développer ses dessertes intra-africaines», commente un fin connaisseur du secteur aérien. Il faut donc que le Maroc s’active pour faire partie de cet open sky africain, au risque de faire perdre du terrain à RAM face à ses concurrentes du continent. Cela d’autant plus que le marché africain compte pour le tiers des activités de la compagnie qui vient de célébrer ses 60 ans d’existence.

Quel plan de vol pour  RAM ?
Une fois l’adhésion du Maroc actée, RAM devrait déployer toute une stratégie pour jouer les devants dans cette nouvelle configuration. «Tout d’abord, profiter de cet open sky exige de RAM le développement d’un réseau intra-africain plus robuste, capable de se mesurer à ceux de ses concurrentes du continent», conseille notre expert aérien. À ce jour, les connexions africaines sont quasiment toutes effectuées à partir du hub de Casablanca. Pour s’aligner sur la nouvelle dynamique, la compagnie nationale devra alors renforcer ses flottes. À ce propos, la nouvelle vision de RAM en cours de finalisation prévoit, à termes de doubler la flotte, qui est actuellement constituée d’une cinquantaine d’avions. «L’autre choix consistera à nouer un partenariat avec une compagnie africaine comme la nouvelle Air Sénégal et de lui confier le segment intra-africain. Ainsi, RAM pourra gérer les connexions avec l’Europe et l’Amérique à partir de Casablanca». Cette probabilité reste toutefois faible, sachant que les négociations avec la compagnie sénégalaise naissante ne semblent pas vraiment annoncer une issue favorable.

Alliances avec les géants ?
Si cette piste ne marche pas, la possibilité de nouer une alliance solide avec les autres concurrents africains demeure sur la table. Le partenariat avec Kenya Airways, encore peu fécond, pourrait se révéler très fructueux avec l’open sky africain. Kenya Airways dispose d’une flotte en croissance. Pour RAM, c’est non seulement un partenaire qui assurera avec succès le maillage continental, mais qui jouera aussi un rôle majeur dans la connexion avec les pays asiatiques, même si chez RAM, l’Orient lointain n’est pas encore une priorité.


Vers la baisse des prix du billet d’avion en Afrique ?

Projet phare de l'Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), le marché unique du transport aérien africain (MUTAA) est une initiative qui vise à créer un seul marché unifié du transport aérien en Afrique, à libéraliser l'aviation civile sur le continent et à y impulser l’intégration économique. Elle permettra, selon la Commission de l’UA, d’améliorer les niveaux du service aérien, de renforcer la concurrence entre les itinéraires afin de rendre les tarifs plus compétitifs. L’objectif est également de stimuler le volume des trafics supplémentaires, favoriser le commerce intra-africain et les investissements. Côté emploi, le MUTAA devrait permettre de créer 300.000 emplois directs et 2 millions indirects, selon la Commission de l'UA. À ce jour, le nombre d'États membres ayant adhéré à l'engagement solennel en faveur du Marché aérien unique a atteint vingt-trois : Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cap Vert, Congo, Côte d'Ivoire, Égypte, Éthiopie, Gabon, Ghana, Guinée, Kenya, Liberia, Mali, Mozambique, Niger, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone, Afrique du Sud, Swaziland, Togo et Zimbabwe. D’autres États devraient grossir la liste très prochainement.

L’Indice de développement des infrastructures en Afrique (AIDI), publié par la BAD, place le royaume à la 5e place de son classement 2018, dominé par les pays d’Afrique du Nord.

Le Maroc est le 5e pays africain dont les infrastructures sont les plus développées. C’est la Banque africaine de développement (BAD) qui l’affirme dans son Indice de développement des infrastructures en Afrique (AIDI) pour l’année 2018. Ce classement figure dans le rapport annuel sur les perspectives économiques de l’Afrique qui vient de paraître. À en croire la banque, le Maroc récolte environ 92 points sur 100 et n’est devancé au niveau continental que par 4 pays, à savoir les Seychelles (1er), la Tunisie, l’Égypte et l’Afrique du Sud. Le royaume est suivi par l’Île Maurice, qui devance l’Algérie. Le Cap vert, le Botswana et la Gambie ferment le top 10 continental.

Domination nord-africaine
Globalement, «les pays en tête de liste sont pour la plupart situés en Afrique du Nord et quelques-uns en Afrique australe. Le reste du continent est en très mauvaise posture», note l’AIDI. Il est à noter que la Libye, qui était l’un des pays africains les mieux classés pour ses infrastructures, n’est pas répertoriée dans ce nouveau classement. «Depuis la crise de 2011, suivie de l’instabilité politique et des conflits civils qui en ont résulté, le stock d’infrastructures du pays s’est érodé», se désole le rapport. Par ailleurs, cette nouvelle estimation de la BAD montre une grande variation entre les pays africains en termes de déficit d’infrastructure. Il fait ressortir un écart de plus de 90% entre le pays qui possède les meilleures infrastructures (Seychelles) et celui qui se trouve au bas de l’échelle (Somalie). Pour la banque, «il existe une forte corrélation entre l’inégalité des actifs et l’indice des infrastructures, ce qui donne à penser que l’amélioration des infrastructures pourrait également mener à une croissance inclusive».

Méthodologie
L’AIDI a trois principaux objectifs. Le premier consiste à suivre et évaluer l’état et les progrès du développement des infrastructures sur tout le continent. Ensuite, à aider à l’affectation des ressources dans le cadre du renflouement de la Banque africaine de développement. Enfin, à contribuer au dialogue sur les politiques intérieures et extérieures de la BAD. L’AIDI a quatre composantes principales : les transports, l’électricité, les TIC, l’eau et l’assainissement. Ces composantes sont ventilées en neuf indicateurs qui ont un impact, direct ou indirect, sur la productivité et sur la croissance économique. Une méthode de réduction des données génère un seul indice, qui est normalisé pour se situer entre 0 et 100. Ainsi, plus la valeur de l’indice est élevée, plus le pays est prêt à répondre aux besoins en infrastructures nécessaires à son développement.  


Akinwumi A. Adesina
Président de la Banque africaine de développement

Pour exploiter le vaste potentiel de développement des infrastructures, les autorités nationales devront mettre en place des mécanismes institutionnels efficaces destinés à gérer les tâches complexes que sont la planification, la conception, la coordination, et la mise en œuvre des projets, ainsi que la réglementation. Elles devront également prêter attention aux aspects non matériels du développement de l’infrastructure: les grandes questions de politiques et de réglementation, la formation d’équipes capables d’exécuter des montages financiers, et des recherches constantes pour se maintenir à la pointe des connaissances. Une nouvelle analyse de la Banque africaine de développement révèle que les besoins d’infrastructure de l’Afrique se chiffrent entre 130 et 170 milliards de dollars par an— un montant nettement plus élevé que les 93 milliards annuels longtemps acceptés. Les pays africains ne sont toutefois pas obligés de résoudre tous leurs problèmes d’infrastructure pour réaliser une croissance inclusive. Ils doivent se concentrer sur la meilleure façon d’utiliser leurs budgets d’infrastructure limités pour obtenir les rendements économiques et sociaux les plus élevés. Comme le note ce rapport, les projets d’infrastructure sont parmi les investissements les plus profitables qu’une société puisse effectuer. Quand ils sont productifs, ils contribuent à la croissance économique du pays et la soutiennent. Ils fournissent donc les ressources financières nécessaires pour réaliser d’autres objectifs.   


Infrastructures africaines : Beaucoup reste à faire

Même si la BAD estime que la croissance africaine devrait remonter à 4,1% en 2018 et 2019, la banque n’en fait pas moins un constat peu reluisant du développement des infrastructures sur le continent, surtout dans le secteur énergétique.

Selon la BAD, le stock d’infrastructures en Afrique est faible et surtout dans le domaine de l’énergie. Plus de 640 millions d’Africains n’ont pas accès à l’énergie. Cela signifie que le taux d’accès à l’électricité s’élève, sur le continent africain, à un peu plus de 40%, soit le taux le plus bas du monde. La consommation d’énergie par habitant en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) est de 180 kwh, contre 13.000 kwh aux États-Unis et 6.500 kwh en Europe. Le potentiel énergétique de l’Afrique, en particulier en matière d’énergie renouvelable, est considérable mais seule une fraction de ce potentiel est exploitée. L’hydroélectricité fournit environ un cinquième de la capacité actuelle, mais moins d’un dixième de son potentiel est utilisé. De même, le potentiel technique de l’énergie solaire, de la biomasse, du vent et de la géothermie est énorme. Sur la base des résultats préliminaires, les besoins d’investissement de l’Afrique en matière d’infrastructure devraient se situer dans une fourchette de 130 à 170 milliards de dollars par an. 

Entreprises
L’électricité 4 fois plus chère en Afrique
Le coût effectif moyen de l’électricité pour les entreprises manufacturières en Afrique est proche de 0,20 dollar par kwh, soit un coût environ quatre fois plus élevé que les tarifs industriels pratiqués ailleurs dans le monde. Tel est le constat fait par la Banque africaine de développement dans son rapport 2018 sur les perspectives économiques africaines. Cette situation reflète à la fois le coût élevé de l’électricité des services publics (environ 0,10 dollar par kwh) et la forte dépendance à l’égard de la production de secours en cas de pannes d’électricité fréquentes (environ 0,40 dollar par kwh). Dans son rapport, la BAD constate également que les tarifs de fret routier en Afrique sont de deux à quatre fois plus élevés par kilomètre que ceux pratiqués aux États-Unis et les temps de parcours le long des principaux corridors d’exportation sont de deux à trois fois plus élevés que ceux d’Asie.

Ports africains Capacité limitée
Le rapport 2018 s’attarde sur les handicaps rencontrés dans plusieurs secteurs liés aux infrastructures. En ce qui concerne les ports, le document note qu’ils souffrent de contraintes de qualité similaires à d’autres domaines liés aux infrastructures. «Outre une capacité limitée de stockage, d’exploitation et d’entretien des terminaux, de nombreux ports ne sont pas à même d’accueillir des navires de grande taille», indique le rapport. Les ports sont également handicapés par les réseaux d’infrastructure inadéquats de l’arrière-pays, tels que les liaisons ferroviaires et routières avec les ports, ce qui entraîne souvent dans ceux-ci de longs retards. Globalement, dans 45 pays africains, ni le stock actuel, ni l’accès, ni la qualité des infrastructures ne stimulent la croissance économique dans un contexte de faible dotation en infrastructures de base. Une infrastructure de mauvaise qualité réduit jusqu’à 2% le taux de croissance moyen par habitant en Afrique.

Quand le cadre juridique bloque l’essor des infrastructures
Pour le rapport 2018 de la BAD sur les perspectives économiques africaines, «les cadres juridiques, réglementaires et institutionnels en Afrique sont des obstacles majeurs aux investissements privés dans les infrastructures». L’inexistence d’institutions ou leur inefficacité représentent également un défi. Des lois, fussent-elles promulguées, peuvent ne pas être mises en œuvre ou ne pas être suivies de décrets d’application. Par conséquent, «des institutions financières solides et fiables sont indispensables au bon fonctionnement du secteur de l’énergie, par exemple», recommande le document. Les acteurs du secteur privé tendent à participer à la production d’électricité en tant que producteurs énergétiques indépendants (PEI) et à la distribution aux consommateurs finaux (DISCO). Toutefois, un cadre réglementaire inadapté limite souvent la participation du secteur privé au financement des infrastructures. À titre d’exemple, un grand nombre de fonds de pension en Afrique ne sont pas autorisés à investir dans des projets d’infrastructure et ceci encore moins en dehors de leur pays.

Lors du 106e anniversaire du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, le nouveau président a promu de redorer l’image de cette formation fortement décrédibilisée par la présidence de Jacob Zuma.

Le nouveau président du Congrès national africain (ANC) au pouvoir en Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, a promis, samedi 13 janvier, de rétablir l'unité, l'intégrité et la crédibilité du parti, sérieusement écorchées pendant le mandat de son prédécesseur Jacob Zuma. Le nouvel homme fort de la nation arc-en-ciel s’exprimait lors du 106e anniversaire du légendaire parti au pouvoir en Afrique du Sud. «Le mouvement s'est profondément divisé à cause du factionnalisme, du clientélisme, de la corruption (...). Nous voulons un ANC uni», a déclaré Ramaphosa. «Nous devons restaurer l'intégrité et la crédibilité du parti», a poursuivi l'actuel vice-président sud-africain devant plusieurs milliers de militants réunis dans un stade.

Zuma sous pression
Ramaphosa fait désormais figure de favori pour succéder à Jacob Zuma à la tête du pays à l'issue des élections de 2019 mais de nombreux experts anticipent déjà une défaite de l'ANC à ce scrutin et de nombreuses voix au sein du parti exigent le départ immédiat de l'actuel chef de l'État afin d'inverser les pronostics. Sous pression, Zuma a annoncé cette semaine la mise en place d'une commission d'enquête judiciaire sur les accusations de corruption à la tête de l'État dans lesquelles il est cité. «Nous allons nous attaquer à la corruption et à la «capture de l'État» (...), priorité absolue sera accordée aux enquêtes et aux poursuites contre ceux qui en sont responsables», a promis samedi Cyril Ramaphosa, qui s'est réjoui de la mise en place de la commission annoncée par son prédécesseur. Présent à East London, le lieu où se tenait la célébration de l’anniversaire, Jacob Zuma a été copieusement sifflé par une partie des militants à son arrivée à la tribune officielle.

Expropriation
Entre autres projets, le nouveau patron de l'ANC a par ailleurs confirmé la mise en place progressive de la gratuité des études universitaires pour les plus pauvres, la mise en place d'un salaire minimum et une réforme de la Constitution permettant, sous conditions, l'expropriation des terres sans compensation. La majorité des terres du pays appartient à la minorité blanche. L'ANC dirige l'Afrique du Sud depuis sa victoire lors des premières élections libres de l'histoire du pays en 1994. Ramaphosa a été élu en décembre à la présidence de l'ANC, où il a succédé à l'actuel chef de l'État Jacob Zuma. Il a devancé d'une courte tête sa rivale Nkosazana Dlamini Zuma, l'ancienne patronne de l'Union africaine (UA) et ex-épouse de Jacob Zuma. Leur duel a profondément divisé le parti, affaibli par la crise économique persistante et les multiples accusations de corruption qui visent Jacob.


Cyril Ramaphosa
Nouveau président de l’ANC

Nous devons mettre fin aux luttes intestines entre membres de l'ANC. Nous, les leaders du parti, devons nous montrer unis et parler d'une seule voix. Le temps de la contestation est passé. Le seul gagnant, c'est le Congrès national africain».

Susan Booysen
Analyste politique de l'Université Witwatersrand à Johannesburg

À de multiples reprises, on a prédit la chute de Zuma et contre toute attente, il a toujours survécu mais il y a désormais de nombreux éléments irréfutables et circonstanciés qui laissent à penser que c'est la fin pour Zuma. S'il reste président, c'est l'ANC qui ne survivra pas».

Colette Schulz-Herzenberg
Professeure à l'Université sud-africaine de Stellenbosch.

En vue des élections de 2019, ça n'aurait aucun sens électoralement de maintenir Jacob Zuma comme président. Son départ pourrait même être une question de jours».


Zuma poussé vers la sortie

L'avenir du président sud-africain Jacob Zuma, contraint de mettre en place une commission sur la corruption à la tête de l'État, n'a jamais semblé aussi précaire au sein de son parti, le Congrès national africain (ANC), menacé de perdre les élections de 2019. En l'espace de quelques semaines, Jacob Zuma, dont le second mandat présidentiel expire en 2019, a multiplié les déconvenues politiques et judiciaires, au point que les experts tablent déjà sur son départ anticipé. Fin stratège, le président avait misé sur l'élection  mi-décembre de son ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour le remplacer à la tête de l'ANC. Mauvais calcul. C'est le vice-président Cyril Ramaphosa, lequel avait axé sa campagne sur la lutte contre la corruption, qui l'a emporté. Pressé de toutes parts, Jacob Zuma a été contraint mardi dernier d'annoncer la création d'une commission d'enquête sur la corruption au sein de l'État. Là encore, il s'est conformé - à reculons - à une décision de justice. Il a expliqué avoir «pris conscience que cette affaire préoccupait l'opinion publique depuis quelque temps». Beaucoup tablent sur sa probable démission avant fin février.


Maroc-Afrique du Sud : Que peut-on attendre de Cyril Ramaphosa

Abdelhak Bassou
Membre OCP Policy Center

Pour Abdelhak Bassou, ancien membre de la DGSN marocaine, l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa en Afrique du Sud pourrait relancer les relations avec le Maroc. Extraits de son analyse publiée par le think tank OCP Policy Center, dont il est membre.

“Ramaphosa, nouvelle politique envers Rabat”
Entre le Maroc et l’Afrique du Sud, les relations ne font pas preuve de stabilité. Normales et presque amicales jusqu’en 2000, ces relations se sont dégradées, sans pour autant être rompues à partir de 2004, lorsque l’Afrique du Sud décide de reconnaître la «république sahraouie». Un espoir de réanimation des relations renaît après la décision prise, à quelques jours du congrès de l’ANC, par le roi Mohammed VI et le président Jacob Zuma d’échanger des ambassadeurs. Est-ce que le changement opéré à la tête de l’ANC et les conditions incertaines qui couvrent l’avenir du président Zuma, vont aider à renforcer la décision prise à Abidjan, ou est-ce le contraire qui se produira ?

“La relance des relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud”
Les derniers développements dans les relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud, entamés depuis peu à Abidjan seront-ils impactés (positivement ou négativement) par l’élection d’un nouveau leader à la tête de l’ANC ? En se référant toujours à la personnalité du nouvel homme fort de l’ANC, l’initiative prise par le roi du Maroc et le président sud-africain lors de leur rencontre à Abidjan, trouvera un encouragement dans les orientations politico-économiques de Cyril Ramaphosa. Ce dernier, soutenu par les milieux des affaires sud-africains -dont il fait partie- ne verra pas d’un mauvais œil l’encouragement de relations avec le Maroc, notamment dans les domaines de l’économie et du commerce.

“Pas de révolution sur la question du Sahara”
Le réalisme et le pragmatisme de Cyril Ramaphosa n’iront cependant pas, du moins dans le court terme, jusqu’à révolutionner les positions de l’État sud-africain sur certaines questions notamment celle du Sahara. La diplomatie du Maroc devra sur cette question faire preuve de patience. Le nouveau président de l’ANC et qui sera bientôt, sauf grosse surprise, le président de l’Afrique du Sud, fait encore face à des problèmes domestiques qui lui interdiront tout changement brusque qui risque de nuire à ses efforts de rallier le clan adverse ; celui de Dlamini Zuma, foncièrement hostile au Maroc. Si les relations économiques entre le Maroc et l’Afrique du Sud continuent de s’améliorer dans les prochains mois, celles politiques n’évolueront positivement qu’en fonction du degré d’intensité des échanges futurs entre les deux pays.

Axe Alger-Pretoria : “De la romance et peu de business”
Examiner de près la relation entre les deux pays relève plus de la romance révolutionnaire que du réalisme économique. En effet les deux pays qui semblent soudés par une forte alliance, ne développent que des relations économiques et des échanges commerciaux, timides et quasiment insignifiants. En 2016, les principaux produits exportés depuis l'Afrique du Sud vers l'Algérie sont les denrées alimentaires transformées, les légumes, les machines, les produits sidérurgiques, les équipements photographiques et médicaux et cela pour un montant total d'environ 41 millions d'euros (en 2015, le volume de l’échange entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique était de 28 milliards d’euros) l’échange avec l’Algérie ne représente que 0,16% du volume total des échanges entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique. De son côté l'Algérie a exporté durant la même période vers l'Afrique du Sud pour environ 261.000 d'euros. Les principaux produits algériens exportés sont des produits chimiques, la pierre et du verre ainsi que d'autres produits et machines non répertoriés.

“Deux issues dans les relations algéro-sud-africaines”
En se référant au pragmatisme de Cyril Ramaphosa, il n’y aurait que deux perspectives : (Primo, ndlr), faire augmenter ce volume d’échange afin que l’Afrique du Sud puisse en tirer parti pour l’économie de son pays. Le développement économique faisant partie des promesses du programme du nouveau président de l’ANC. Mais l’Algérie ne semble pas pour le moment dans une situation économique qui puisse lui permettre de participer à un tel effort. (Secundo, ndlr), garder le statu quo des relations commerciales, et l’Algérie n’aurait plus, aux yeux des nouveaux gouvernants de l’Afrique du Sud, le même poids qu’elle avait aux yeux du clan Zuma, très versé dans les anciennes doctrines révolutionnaires et romantiques. Le nouveau président de l’ANC verse plus dans le réalisme économique.

L’année 2018 devrait marquer un tournant dans les relations entre les pays du Maghreb et la CEDEAO, notamment sur la forme que devrait prendre leur partenariat.

Le rapprochement amorcé en 2017 entre les pays du Maghreb et l’espace ouest-africain se concrétisera-t-il en 2018? Pour de nombreux observateurs, l’année qui s’ouvre sera cruciale dans les relations entre certains pays membres de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et pour cause, trois pays du Maghreb frappent à la porte de la CEDEAO. Le Maroc y attend impatiemment sa pleine adhésion en tant que membre à part entière, alors que la Tunisie est pour le moment intéressée par le statut d’observateur. Quant à la Mauritanie, ancienne membre de la CEDEAO, elle aura droit au rôle d’État associé. Les implications éventuelles de ces trois candidatures sont actuellement examinées par un Comité de chefs d’État de 5 pays, à savoir le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo. Les premières réponses pourraient être connues dès le prochain Sommet de la CEDEAO prévu l’été prochain à Lomé, la capitale togolaise.

Marché porteur
En attendant, les supputations vont bon train sur l’intérêt subit manifesté par les États nord-africains pour la communauté économique régionale ouest-africaine. «L’intérêt premier, c’est l’accès à un marché régional porteur, pour des pays ayant une offre de biens et services relativement diversifiée (Maroc et Tunisie notamment). Et il y a aussi l’expérience heureuse de l’adhésion de l’Égypte au COMESA, en termes d’accroissement des exportations et d’amélioration de la balance des paiements», note le consultant en commerce et intégration régionale, Abdoul Kane, également ancien fonctionnaire à la Commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA). Face aux fluctuations des rapports avec les partenaires européens de la Méditerranée, c’est tout naturellement que les pays de la rive sud de la Mare Nostrum se tournent vers l’Afrique subsaharienne, en commençant par le plus proche voisin, l’espace CEDEAO. Quant à la forme du partenariat à tisser avec cet espace régional, les questions demeurent.

Politique, économie : quels gains ?
Sur le plan politique, la question du Sahara demeure un premier point de blocage en ce qui concerne le royaume. L’étude d’impact sur l’adhésion du Maroc à la CEDEAO s’y intéresse particulièrement, en invitant le bloc régional ouest-africain à «anticiper sur la manière de gérer et résoudre» cet imbroglio. «Celle-ci, poursuit l’étude, peut provoquer des divisions au sein des États membres actuels dans l’hypothèse probable de la validation de l’adhésion du Maroc». Concernant la libre-circulation des personnes, mais aussi l’adoption de certains «symboles» de la CEDEAO, notamment la carte d’identité et le passeport communs, demeurent des équations jusque-là sans réponse. Sur le plan économique, les retombées devraient être globalement positives pour l’ensemble des parties.

Coopération graduelle
«Du point de vue économique, cette adhésion apporterait les avantages potentiels d’un marché régional structuré dans lequel les producteurs maghrébins pourraient se lancer dans une compétition à armes égales, si ce n’est avec plus d’avantages comparatifs, tout au moins pour certains segments de l’industrie manufacturière (agro-alimentaire, textiles et habillement, pharmacie, matériels électriques)», poursuit le consultant Abdoul Kane. «Et qui dit développement des exportations, dit investissements et croissance de l’économie», renchérit-il. Quoi qu’il en soit, du côté du secteur privé ouest-africain, on reste extrêmement méfiant, en brandissant l’éventualité d’une concurrence à armes inégales de la part d’économies mieux structurées et plus diversifiées. Au final, il n’est pas à exclure que la CEDEAO opte pour un partenariat graduel, qui se matérialisera par le respect de plusieurs critères, liant ouverture et protectionnisme économique.  


Et la Mauritanie ?

Alors que le cas de la Tunisie, qui recherche le statut d’observateur, semble poser moins de problèmes, il n’en va pas de même pour ceux du Maroc et de la Mauritanie. Pour ce dernier pays, les complications sont moins politiques, tenant plutôt au rôle qu’il aura à jouer dans la connexion entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. «Pour la Mauritanie, ce serait un retour partiel dans un espace qui a été le sien du point de vue institutionnel, et qui est toujours le sien aux plans de la géographie, de l’histoire, de l’écosystème, du peuplement et des migrations», constate Abdoul Kane. Ce rapprochement, estime-t-il, «serait déjà un facteur additionnel de facilitation et d’optimisation de la mise en valeur de biens publics régionaux (bassin du fleuve Sénégal, zones et corridors de transhumance pour le bétail, bientôt gisements frontaliers d’hydrocarbures)». Au plan politique, il y a aussi des gains potentiels. N’oublions pas que durant les trois premières décennies d’existence du pays, le soubassement de sa diplomatie régionale était une doctrine affirmée de «Pays trait d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche». Elle s’en est écartée au début de la décennie 90 pour des raisons de politique intérieure. Un retour pleinement assumé dans l’espace CEDEAO lui permettrait de retrouver cette dimension inter-régionale et pourrait aussi participer à la consolidation de ses équilibres internes. 


«L’adhésion des pays du Maghreb à la CEDEAO facilite  les négociations sur la ZLEC»

Abdoul Kane, consultant en commerce et intégration régionale

L’intérêt des pays du Maghreb pour la CEDEAO s’explique avant tout par des considérations économiques. Il permet néanmoins de faciliter la mise en place de la zone africaine de libre-échange (ZLEC). C’est le point de vue d’Abdoul Kane, consultant en commerce et intégration régionale.

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui, selon vous, explique l’intérêt des pays du Maghreb pour la CEDEAO ?
Abdoul Kane : Il y a avant tout le facteur classique que constitue un marché d’environ 350 millions d’habitants avec un PIB de plus 728 milliards de dollars, une classe moyenne en plein essor et une relative proximité géographique. L’intérêt premier, c’est l’accès à un marché régional porteur pour des pays ayant une offre de biens et services relativement diversifiée (Maroc et Tunisie notamment). Et il y a l’expérience heureuse de l’adhésion de l’Égypte au COMESA, en termes d’accroissement des exportations et d’amélioration de la balance des paiements.  

Sur le plan politique, que leur apporte l’adhésion à la CEDEAO ?
Au plan politique, on verra avec le temps et à l’épreuve des faits les implications et conséquences de cette éventuelle adhésion, mais ici comme ailleurs l’un des credo de l’intégration régionale, c’est que la convergence ou l’interdépendance des intérêts économiques constitue un facteur de facilitation du dialogue politique et de dépassement des antagonismes. Le professeur Philippe Hugon disait qu’elle permet de «faire coïncider les réseaux d’échanges et d’investissement transnationaux avec des régulations sociopolitiques et un encadrement institutionnel qui dépasse les territoires nationaux». N’oublions pas qu’au départ du Traité de Rome se trouvait la volonté des États européens d’en finir avec les guerres cycliques qui ont jalonné leur histoire.

Des relations de partenariats avancés entre l’UMA et la CEDEAO ne seraient-elles pas plus adéquates que l’adhésion des pays membres de l’UMA à la CEDEAO ?
Cela aurait été l’approche idoine et aisément envisageable si les deux institutions étaient au même niveau d’avancement dans leurs processus d’intégration. La CEDEAO a atteint le stade d’union douanière, nonobstant certaines imperfections (tracasseries administratives aux frontières notamment), ce qui lui confère la prérogative de négocier au nom de ses pays membres, des accords commerciaux et tarifaires avec des territoires douaniers ou pays tiers. L’UMA en est encore au stade de projet de zone de libre-échange. Elle ne pourrait s’engager dans un processus de négociation d’un réel «partenariat avancé» que sur la base d’un mandat politique formel.

Aujourd’hui, les pays du Maghreb ont-ils plus d’intérêts à privilégier des relations avec le Sud du Sahara ou plutôt avec l’espace méditerranéen ?
La question ne doit pas se poser en termes d’exclusivité ou de préséance. Les pays du Maghreb se situent dans une centralité géographique et économique entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est un atout stratégique qui peut faire de la région un espace de convergence et de relais d’opportunités de commerce et d’investissement. Il faut en tirer avantage par le développement de partenariats avec toutes les régions limitrophes.

Pensez-vous que l’adhésion à la CEDEAO des pays du Maghreb soit un accélérateur pour la création de la ZLEC ?
Elle s’inscrit en tout cas dans la même dynamique. Dans l’approche conceptuelle définie par le Traité d’Abuja, la zone de libre-échange continentale (ZLEC) devrait être le couronnement des processus d’harmonisation et de convergence des zones de libre-échange des Communautés économiques régionales (CER). En l’absence pour l’instant d’une zone de libre-échange UMA, l’adhésion de pays du Maghreb à la CEDEAO participerait à la facilitation des négociations autour de la ZLEC, comme l’Initiative tripartite COMESA-SADC-EAC.

Selon vous, comment expliquer les réserves et craintes formulées par les secteurs privés des pays membres de la CEDEAO à l’adhésion du Maroc ?
Probablement par l’appréhension que suscite toujours l’arrivée de nouveaux concurrents sur un même marché, appréhension souvent amplifiée par un écart entre le «risque» réel et sa perception par certains acteurs. Cela dit, le fait que ces craintes aient été formellement exprimées et écoutées dénote un degré de maturité dans la gouvernance des processus d’intégration régionale. Il fut des temps où les dirigeants de nos pays décidaient de tout - être partie prenante à un traité ou dénoncer un autre traité -, sans prendre l’avis de personne. La démarche en cours signifie que les décideurs intégreront au mieux possible le point de vue et les intérêts des acteurs régionaux, sans verser dans la défense ou la fortification de «positions de rente». L’accord de principe a été donné au niveau politique. Une étude d’impact a été réalisée. Il s’agit maintenant de définir des modalités de mise en œuvre aux plan juridique, technique, opérationnel qui permettent à tous les acteurs de tirer avantage des nouvelles opportunités créées.  

En attendant la désignation du ministre des Affaires africaines, de grands dossiers devraient rythmer les relations entre le Maroc et le reste de l’Afrique en 2018. Il s’agit de la CEDEAO, l’OHADA et le rapprochement avec l’Afrique australe.

AFRIQUE AUSTRALE
L’heure du rapprochement...
2018 sera-t-elle l’année du réchauffement diplomatique entre le Maroc et les pays d’Afrique australe anglophone ? On serait tenté de répondre par l’affirmative. La rencontre, fin novembre à Abidjan, entre le roi Mohammed VI et le président sud-africain, Jacob Zuma, est annonciatrice d’un climat plus apaisé entre le royaume et cette partie du continent qui demeure, à ce jour, le plus grand soutien du Polisario en Afrique. Une nouvelle page devrait en effet s’ouvrir dans ces relations marquées par une adversité parfois paralysante, notamment au sein des instances continentales. En dehors de l’Afrique du Sud, l’Angola pourrait devenir le nouvel ami du Maroc. Dans ce sens, une visite dans le royaume du nouveau président angolais, João Lourenço n’est pas à exclure, ainsi qu’un déplacement du souverain dans ce pays pétrolier. Non loin de l’Angola, au Zimbabwe, un probable rapprochement avec le Maroc peut également être envisagé, surtout depuis le départ du pouvoir de Robert Mugabe, fin 2017. En somme, l’enjeu principal dans la normalisation des relations entre le Maroc et l’Afrique australe porte sur le comportement que cette sous-région compte adopter vis-à-vis de l’entité du Polisario. Les pays de l’Afrique australe en viendront-ils à retirer leur reconnaissance à la pseudo RASD ? Là est la question. Premières réponses attendues dès cette année qui démarre.

MAROC-OHADA
En attendant le feu vert de Rabat
Le processus d’adhésion du Maroc à l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) sera l’un des dossiers importants à suivre au cours de l’année 2018. Le rapprochement accéléré, observé en 2017 (www.leseco.ma), aboutira-t-il à une entrée du royaume dans cette institution supranationale ? En tout cas, le décor est déjà placé, et à en croire le Secrétaire permanent de l’OHADA, Dorothé Cossi Sossa, seule «une décision politique» de la part des autorités marocaines est attendue afin d’officialiser cette adhésion. Cependant, du côté du royaume, cette fameuse «décision politique» ne semble pas si facile à prendre. Adhérer à l’OHADA suppose une perte de souveraineté, notamment, en matière de législation des affaires. Par exemple, le Parlement du royaume devra impérativement céder l’adoption des textes régissant les activités économiques au Conseil des ministres de l’OHADA. De même, le Maroc aura à se plier à la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA, la seule institution habilitée à interpréter et à appliquer en dernier ressort les textes de l’organisation. Telles sont les exigences auxquelles se sont pliées les 17 États d’Afrique de l’Ouest et centrale réunis au sein de l’OHADA, fondée depuis 1993. Du côté des milieux économiques marocains, on encourage vivement l’entrée du Maroc, dans un contexte où la majorité des investissements marocains sur le continent se font dans les pays membres de l’OHADA. Affaire à suivre.

CEDEAO
Quelle place pour le Maroc ?
Après l’accord de principe formulé à Monrovia en juin 2017 à l’adhésion du Maroc, suivi, six mois plus tard à Abuja, de la mise en place d’un comité de 5 pays chargé d’en examiner «les implications», les questions se multiplient sur l’entrée probable du royaume dans la CEDEAO. Le prochain sommet des chefs d’État des pays membres, le 53e du genre, est prévu au Togo en milieu d’année. Une réponse définitive sera-t-apportée à la candidature marocaine d’ici là ? Mystère ! En tout cas, l’étude d’impact sur l’adhésion du Maroc commandité par la CEDEAO met aussi bien en avant les avantages que les défis à attendre de l’arrivée du royaume dans cette Communauté économique régionale (CER) ouest-africaine de plus de 320 millions de consommateurs. Ce rapport jugé globalement favorable pour le Maroc souligne toutefois des craintes relatives à la perte, par les principaux partenaires économiques du royaume dans la CEDEAO, de recettes douanières qui résulteraient de la levée des barrières tarifaires sur les importations de produit «Made in Morocco». Sur le plan politique, c’est la question du Sahara et ses répercussions éventuelles sur la bonne marche de la CEDEAO qui cristallise les peurs. Bien qu’aucune réaction officielle n’ait été enregistrée côté marocain depuis le dernier sommet d’Abuja, nul doute que les tractations vont se poursuivre pour dépasser les «réserves» émises par certains membres de la CEDEAO.

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