A lire aussi

19-11-2019 09:23

Marrakech : des uniformes pour les conducteurs des calèches touristiques

Les conducteurs des calèches touristiques de la cité ocre sont dotés désormais d’uniformes dans le…
Rejoignez nous sur :
Les Cahiers des ÉCO

Après une décennie de négociations, l’Union européenne est en train de réussir son pari : signer les accords de partenariat économique (APE) avec les pays africains. À la surprise générale, ce sont les pays d’Afrique australe, pourtant réputés pour leur fierté et leur résistance aux pressions extérieures, qui sont les premiers à s’engager. En effet, le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland et le géant de la région, à savoir l’Afrique du sud ont arrondi les angles avec l’UE en décidant de signer les APE. L’événement a eu lieu le 10 juin au Botswana. Ils ne sont pourtant qu’une poignée dans la quinzaine de pays qui constituent cette partie australe du continent, qui est du reste, parmi les plus développées de l’Afrique. Pour de nombreux observateurs, les APE ne sont nullement le salut pour l’Afrique. Au contraire, le bloc européen tente tout bonnement de se prévenir de l’avancée des Brics (Brésil, Russie, Inde, et… Afrique du Sud) en verrouillant les marchés africains avec d’hypothétiques accords préférentiels qui, en réalité, ne sont qu’à l’avantage de ses propres marchés. À l’heure où l’Afrique entame son essor économique, les états du continent doivent envoyer un message clair au reste du monde en faisant comprendre que l'Afrique n’est plus la chasse gardée d’aucune puissance ni d’aucun bloc régional étranger. L’Afrique doit prendre son destin en main et ne suivre l’agenda d’aucune partie. Au moment où l’on parle de l’Agenda 2063, qui est la priorité des priorités pour l’Afrique, les APE doivent être renvoyés aux calendes grecques. 

Ces dernières années, l’essor rapide de l’économie marocaine a été facilité par la mise en place de stratégies sectorielles. De l’agriculture à l’industrie, en passant par le développement humain, le tourisme et les infrastructures, le royaume s’est doté de feuilles de route claires, qu’il applique plus ou moins à la lettre. Ces différentes visions sectorielles ont donné de la visibilité aux acteurs politiques et économiques, et ont permis au pays de gagner du temps dans la réalisation de ses objectifs de développement. Résultat, en plus de figurer en tête de peloton sur la plupart des classements et rapports sur l’Afrique, le Maroc est aujourd’hui une véritable puissance en expansion sur le continent. Après l’Afrique du Sud, le royaume est le deuxième investisseur africain sur le continent, et le premier dans la région ouest-africaine. Cette émergence fulgurante impressionne aussi bien ses voisins immédiats que ses partenaires du Nord comme du Sud. De nombreux pays africains, qui ont à leur tour lancé des stratégies de développement économique, viennent désormais s’inspirer de l’expérience marocaine dans divers secteurs. Ce partage d’expérience, conceptualisée par le fameux slogan «coopération Sud-Sud», constitue aujourd’hui le socle des relations entre le Maroc et ses partenaires subsahariens. On y met souvent en avant les réussites, mais il serait aussi opportun d’insister sur les échecs, afin d’éviter que les partenaires du Sud ne répètent les mêmes erreurs.

Incroyable, mais vrai. L’ancien président tchadien, Hissène Habré, a finalement été condamné à la perpétuité. Le verdict est tombé hier à Dakar, dans les locaux des Chambres africaines extraordinaires (CAE), mises en place en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA). L’ex-homme fort du Tchad, pays qu’il a dirigé de 1982 à 1990, est ainsi rattrapé par l’histoire. Habré est victime, à son tour, de ses 8 années de pouvoir marquées par une répression contre ses opposants. Plus de 25 ans après avoir trouvé refuge au Sénégal, le voilà condamné à la prison à vie. Inutile de revenir ici sur l’indépendance de la cour qui juge l’ancien président tchadien, mais cette décision est pleine de symboles. Elle marque l’aboutissement d’un processus endossé par les institutions africaines, qui sont allées jusqu’au bout dans leur logique. Tout d’abord, il était hors de question d’extrader Habré hors du continent. Ensuite, pour la première fois, les pays africains jugent un ancien chef d’État africain, à la place des juridictions internationales basées ailleurs dans le monde. Il s’agit là d’un exemple à suivre pour marquer la maturité du système judiciaire africain face aux donneurs de leçons de par le monde. À l’instar d’Habré, espérons que d’autres chefs d’État africains en jugement à La Haye, verront leur sort décidé uniquement en Afrique et nulle part ailleurs. C’est un préalable pour marquer la souveraineté du continent, au moment où les grandes puissances mondiales refusent catégoriquement que leurs dirigeants, accusés de crimes, soient jugés hors de leurs frontières !

La chute des cours des matières premières signe-t-elle l’accélération du néocolonialisme en Afrique? On est tenté de poser cette question, au vu du retour en force des institutions financières internationales sur le continent depuis un bon moment. Il ne se passe, en effet, pas une semaine sans qu’une économie africaine n'aille solliciter des financements auprès de ces bailleurs de fonds. Si certains vont solliciter les largesses des institutions de Bretton Woods comme le FMI et la Banque mondiale pour financer leur développement, d’autres y vont uniquement pour avoir de quoi clôturer leur exercice budgétaire. Qu’ils soient producteurs de pétrole ou non, quasiment tous les pays africains sont désormais condamnés à aller faire la manche à Washington et sur les grandes places financières internationales. Cette situation rappelle fort le scénario des années 90, décennie durant laquelle nos États se sont vus dicter leurs politiques économiques par les banquiers internationaux, au détriment de leurs populations, avec les fameux Plans d’ajustement structurels. Il est malheureux de constater que l’histoire se répète, même si aujourd’hui, les partenaires au financement se multiplient. Le seul espoir que nous pouvons nourrir est que les directives des institutions financières prennent en compte les réalités socio-économiques africaines. Si ce n’est pas le cas, les États africains devront avoir le courage de chercher ailleurs pour éviter de replonger nos économies dans un nouveau cycle de détériorations au profit des seuls financiers internationaux.

Selon le rapport 2016 sur les Investissements directs étrangers (IDE), publié par le cabinet d’audit financier Ernst and Young (EY), l’Afrique figure parmi les premières régions du monde à motiver les investisseurs. Le continent connaît une hausse du nombre de projets financés par les étrangers, malgré la baisse de la valeur des investissements (voir Cahier Intégration). Comparé aux autres parties du globe, notre continent a certes beaucoup d’efforts à faire, mais il commence malgré tout à régler certains problèmes liés à son attractivité. Dans presque tous les pays, des stratégies de développement économique se concrétisent. En même temps, un intérêt particulier est accordé à l’amélioration du climat des affaires. Ces actes sont à saluer, d’autant plus qu’ils permettent aux investisseurs du secteur privé à venir en appoint aux États, incapables à eux seuls de désamorcer la bombe du chômage. Toutefois, il y a lieu de souligner que dans presque tous les pays africains, le secteur privé est dominé par les étrangers. Les acteurs locaux sont laissés en rade et n’ont pas les moyens de résister à «l’invasion» des concurrents venus d’ailleurs. D’où l’urgence, pour les États qui ne l’ont pas encore concrétisé, de faire émerger une force économique locale. Sinon, le néocolonialisme risque fort de s’enraciner. Dans ce contexte, le Maroc, et surtout le Nigeria, peuvent servir d’exemple au reste du continent. C’est grâce à leurs champions nationaux que ces deux pays réussissent à étendre leurs tentacules hors de leurs frontières.

À en croire la ministre kényane des Affaires étrangères et du commerce international, Amina Mohamed, le très attendu passeport africain sera délivré en juillet prochain, lors du sommet des chefs d’État de l’Union africaine à Kigali. Ce fameux sésame permettra ainsi aux citoyens africains de se déplacer beaucoup plus facilement entre les pays du continent, dispensés des formalités d’obtention de visas d’entrée. Si ce projet apparemment cher à l’Union africaine arrive à se réaliser, ce sera alors une véritable révolution et un succès éclatant pour l’actuelle patronne de l’instance panafricaine en fin de mandat, Nkosazana Dlamini-Zuma. Cette nouvelle ère permettra ainsi aux Africains de sentir, ne serait que sur le continent, le bonheur de circuler sans contraintes. En effet, il faut se rappeler que l’Afrique est encore fermée aux Africains. Il est plus facile pour un Américain du Nord de circuler en Afrique que pour les Africains eux-mêmes, tant les barrières sont nombreuses (visas, etc) entre voisins de la même zone géographique. Mettre fin à cette aberration facilitera non seulement la cohésion entre les populations, mais constituera certainement un coup de pouce aux échanges économiques entre les États du continent. À l’heure où beaucoup se demandent l’utilité d’une institution aussi bureaucratique que l’Union africaine, ce coup de maître des responsables du continent réhabilite l’instance panafricaine. Pour se faire accepter et comprendre, l’UA devrait davantage nous habituer à pareilles bonnes nouvelles.

La sortie du Maroc de l’Organisation de l’unité africaine (l’ancêtre de l’actuelle Union africaine) est toujours l’objet de diverses appréciations. Alors que les uns y voient une décision souveraine justifiée, d’autres continuent de penser que ce choix handicape le Maroc dans le processus décisionnel au niveau continental. À y voir de plus près, tous ont raison. Seulement, la sortie du royaume de l’instance panafricaine n’empêche aujourd’hui nullement la présence du Maroc sur la scène politique, diplomatique et économique au niveau continental. En parallèle, la diplomatie marocaine s’active, depuis près d’une décennie à se rapprocher des groupements économiques régionaux à l’instar de la CEDEAO. En d’autres termes, le Maroc essaie de rattraper son absence au sein de l’UA par la promotion de plusieurs initiatives bilatérales et multilatérales. C’est dans ce sillage que l’on comprend aisément l’évocation de l’idée d’un espace «afro-atlantique», allant de Tanger au Cap de Bonne espérance en Afrique du Sud. Ce projet est censé repositionner le royaume au cœur de l’initiative africaine dans divers domaines. Le projet est certes évoqué depuis 2009, mais il tarde à prendre forme. Parmi les obstacles à sa naissance, le manque de soutien de deux puissances anglophones riveraines de l’Atlantique, à savoir le Nigéria et l’Afrique du Sud. Comme à l’Union africaine, certains pays anglophones ne cachent pas leur opposition systématique au Maroc. D’où l’intérêt d’ouvrir enfin un dialogue direct et franc avec cette Afrique anglophone souvent qualifiée de pragmatique.

La grand-messe de l’agriculture marocaine s’ouvre aujourd’hui à Meknès. La 11e édition du Salon international de l’agriculture du Maroc (SIAM) se tient cette année dans un contexte particulier, marqué par la baisse de la pluie et ses conséquences négatives sur la production agricole. Il sera donc question, pendant 6 jours dans la capitale ismaélienne, des moyens de mettre l’agriculture à l’abri des aléas climatiques. Un pari encore très loin d’être gagné au Maroc, mais aussi en Afrique. En parlant du continent, il sera encore une fois représenté au SIAM. Les délégations de nombreux pays ont fait le déplacement à Meknès. Avec le Maroc, les discussions portent surtout sur les moyens de dupliquer
le Plan Maroc vert dans ces pays qui disposent de potentialités agricoles énormes, mais
encore sous-exploitées. Depuis quelques années, la FOA encourage la conclusion d’accords agricoles entre le Maroc et ses partenaires subsahariens. Tel a déjà été le cas avec la Guinée-Conakry, le Mali et le Swaziland. La signature de nouveaux accords tripartites avec la Guinée-Bissau, le Tchad et le Cameroun sont également dans le pipe. Ces partenariats se matérialisent par une assistance technique à ces pays afin de développer leur agriculture. Il s’agit là d’un véritable reflet du partenariat Sud-Sud à encourager. En même temps, cette situation doit alerter sur le retard de l’agriculture africaine, à propos de laquelle gestionnaires et professionnels sont appelés à faire preuve de pragmatisme en vue de sa modernisation. 

En Afrique, les institutions de Bretton Woods n’ont pas bonne presse. Évoquer le nom de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI) rappelle les douloureuses expériences des ajustements structurels imposés aux pays africains au début des années 90. Ces politiques économiques forcées continuent d’avoir des conséquences désastreuses dans la plupart des sociétés africaines: privatisation des fleurons industriels, chômage de masse, sans parler de la baisse du niveau de l’enseignement dans les établissements publics. C’est donc à juste titre que l’évocation de leurs noms est source de rejet. Ceci, d’autant plus que la situation semble perdurer, car les États africains peinent encore à se soustraire du diktat de ces organismes de financements ! Aujourd’hui encore, les avis de la BM et du FMI sont une condition sine qua none pour mener une politique de développement. En plus des missions périodiques que mènent leurs équipes dans les pays africains, ces institutions publient régulièrement des projections sur la croissance économique. Dans ces rapports, les responsables de la BM et du FMI rappellent aux gouvernements africains les chemins qu’ils doivent emprunter pour sortir leurs populations de la pauvreté. Le contenu de ces documents est, de notre avis, très imprégné de la réalité des populations africaines. Mieux, les solutions préconisées sont tout à fait acceptables pour venir à bout des problèmes actuels. Seulement, la BM et le FMI oublient de rappeler qu’ils sont, en partie, à l’origine de ces innombrables maux qui accablent l’Afrique!

Décidément, le franc CFA, cette monnaie utilisée par les anciennes colonies françaises regroupées au sein de l’UEMOA et de la CEMAC, a encore de beaux jours devant elle. Réunis ce week-end au Cameroun pour discuter de l’évolution du franc CFA, responsables financiers africains et homologues français ont estimé que la monnaie commune faisait encore l’affaire des deux parties. En des termes plus clairs, Tiémoko Meyliet Kone, gouverneur de la Banque centrale des États ouest-africains (BCEAO), a défendu cette monnaie utilisée par 155 millions d’Africains et tant décriée en indiquant que «Si nous ne trouvions pas notre intérêt à cet accord de coopération, nous n'aurions aucune raison d'y rester». L’Afrique du CFA renouvelle donc l’arrimage de sa monnaie, qui date de l’époque coloniale, aux fluctuations des politiques du Trésor français. En effet, c’est la France qui garantit le système de parité fixe avec l’Euro, en contrepartie du versement, par les États africains, de 50% de leurs réserves de change au Trésor français! Au-delà des assurances des dirigeants africains et français, force est de constater que cette situation n’est pas en faveur des pays concernés. Même si elle l’était, elle ne leur garantirait pas l'indépendance financière, plus d’un demi-siècle après la fin du colonialisme. Cet arrimage, par les pays de l’UEMOA au Trésor français, empêche aux pays de la CEDEAO de concrétiser leur monnaie unique, attendue depuis des décennies. En un mot, le franc CFA n’a plus sa place en Afrique, ne serait-ce que pour des questions d’images! Si elle n’est pas synonyme de la poursuite de la colonisation, cette monnaie rappelle encore cette triste période de domination et de pillage ! 

La Semaine du développement africain, qui prend fin aujourd’hui à Addis Abeba, a été l’occasion pour la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique de lancer plusieurs rapports. Parmi ces documents tant attendus par les officiels se trouve celui portant sur l’intégration africaine. Et comme chaque année, certains de ses résultats sont les mêmes : l’Afrique du Nord est la région la moins intégrée en Afrique. L’absence d’union entre les pays de la région septentrionale du continent est telle que ces États ne parviennent même pas à se mettre d’accord pour désigner un représentant commun lors de certains grands événements. Ce fut le cas jeudi 31 mars à Addis-Abeba lors de la réunion du Comité des experts sur les affaires financières et économiques, co-organisée par l’Union africaine et la CEA. La Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte n’ont pu se mettre d’accord sur un des leurs pour occuper le poste de président de ce comité. Conséquence, une autre région, en l’occurrence l’Afrique Australe, représentée par l’Afrique du Sud, a hérité de ce poste et conduit les travaux à sa manière et selon ses intérêts. Cette situation est très déplorable et doit encore une fois alerter les pays de la région afin de dépasser leurs différends pour privilégier les intérêts communs. Ceci, d’autant plus que cette partie du continent fait face actuellement à des menaces sécuritaires sérieuses. Déjà, l’absence du non Maghreb coûte à la région au moins 2% du PIB. 

À partir de ce 31 mars, et pendant une semaine, Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie, mais aussi de l’Union africaine, accueille un «méga-événement». Cette ville qui abrite le siège régional de nombreuses institutions internationales est, certes, habituée à recevoir au moins une fois par an, une cinquantaine de chefs d’États africains dans le cadre des sommets biannuels de l’instance panafricaine. Mais, cette fois, en partenariat avec la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), l’UA organise la première «Semaine du développement africain». Plus de 3.000 participants y sont attendus, notamment des présidents en exercice, sans parler des hauts-fonctionnaires, des experts et des médias. Pour animer cette semaine particulière, une trentaine d’événements sont programmés. De nombreux rapports stratégiques devraient également être publiés à l’occasion de cette manifestation qui s’annonce chargée, mais aussi grandiose. Pour parler du développement de l’Afrique, l’UA et la CEA n’ont donc pas lésiné sur les moyens. Seulement, une autre question s’impose : Après les discours à Addis-Abeba, le citoyen africain verra-t-il son quotidien s’améliorer? Là est le vrai enjeu pour ce type de rencontres. Il est donc urgent pour les responsables de tous bords, de passer de la parole aux actes. En effet, les forums et rencontres sur le développement de l’Afrique ne se comptent plus, mais hélas, pour l’Africain lambda, le quotidien reste le même. Pour l’UA et la CEA, le défi à relever est énorme ! 

Le dimanche 20 mars, six pays d'Afrique ont organisé des élections. Au Bénin, au Niger, au Congo Brazzaville, les populations étaient appelées à élire leur président, alors que dans l'archipel semi-autonome tanzanien de Zanzibar, la présidentielle était couplée aux législatives. Dans un autre archipel, à savoir le Cap Vert, seul le Parlement devait être renouvelé, au moment où le Sénégal organisait un référendum constitutionnel. La coïncidence de tous ces rendez-vous électoraux a fait dire aux médias que l’Afrique avait, en cette journée, son «super Sunday» (super dimanche), en référence au «super Tuesday» américain dans le cadre des primaires pour la course à la Maison Blanche. Cette coïncidence rare, en cette «année d’élections» sur le continent était également une très belle occasion de comparer les pays en termes de transparence et de respect des droits des fondamentaux de leurs citoyens. Au regard de ce critère, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que le Bénin a nettement fait la différence par rapport aux autres pays. Alors que tout le monde s’attendait à une victoire «programmée» de Lionel Zinsou, ce dernier s’est finalement retrouvé à féliciter son adversaire Patrice Talon au soir des élections. Ce qui est très loin d’être le cas dans les autres pays, où les premiers résultats des présidentielles n’étaient même pas encore disponibles au lendemain du scrutin. Avec cette belle leçon de démocratie, le Bénin, et surtout le peuple béninois, mérite tout le respect et l’estime dus à une grande nation ! 

On ne cessera jamais de le dire, la faible intégration politique et économique coûte cher à l’Afrique du Nord, et par ricochet, à l’ensemble du continent. Pis, les pays de la région septentrionale de l’Afrique se retrouvent quasiment tous embarqués dans le bourbier libyen, que les pays de l’OTAN ont favorisé en 2011, avec l’élimination de Mouammar Kadhafi. Cette nouvelle donne sécuritaire matérialisée par l’activisme de plusieurs groupes djihadistes en Libye complique en effet la situation dans les pays voisins. La Tunisie en est la première victime. En plus des attentats perpétrés sur ses destinations touristiques phares et dans la capitale Tunis, le pays du jasmin fait face depuis quelques semaines, à l’infiltration dans la localité de Ben Guerdane, d’éléments qui se revendiqueraient du groupe «État islamique». Ce qui en dit long sur la dégradation du niveau sécuritaire et de son impact sur le moral des probables investisseurs qui entendaient reprendre le chemin de Carthage. Pour autant, du côté des responsables tunisiens, on se veut rassurant : la Tunisie reste une destination pour les investisseurs. Mieux, le gouvernement tunisien entend à son tour se tourner vers l’Afrique, et cherche même à y intégrer des groupements régionaux. Ce courage et cette détermination sont à saluer et à soutenir. Pour le Maroc, cela passe par un rapprochement avec son voisin, afin de réfléchir, avec les pays du continent, sur une politique africaine commune, mutuellement «gagnant-gagnant». 

La tournée ouest-africaine du président turc, Recep Tayyip Erdogan, effectuée du 28 au 3 mars dans quatre pays de la sous-région n’est pas passée inaperçue. La presse internationale n’a pas manqué de commenter abondamment ce déplacement au cours duquel la délégation accompagnant l’actuel homme fort de la Turquie a signé plusieurs accords à Abidjan, Abuja, Accra et Conakry. Les pays choisis lors de cette visite reflètent une profonde compréhension par Ankara des réalités économiques en Afrique occidentale. Alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana sont des modèles de croissance économique dans la région, le Nigéria est symbole de puissance tandis que la Guinée est plutôt prisée pour ses ressources naturelles. Il ne fait aucun doute que l’ancien empire ottoman ne compte pas s’arrêter en Afrique de l’Ouest. Dans l’avenir, on risque certainement de retrouver le même Erdogan ailleurs sur le continent, avec le même pragmatisme. À travers cette stratégie, la Turquie envoie un message fort à l’ensemble des pays qui comptent profiter de l’émergence africaine : elle n’entend pas jouer les seconds rôles. En Afrique, Ankara mise sur la subtilité de ses entreprises, mais aussi sur une réputation très honorifique : contrairement aux Chinois, les Turcs font un travail de qualité ! Il s’agit là d’un bel exemple à suivre pour les opérateurs marocains, appelés à affronter ces mêmes Turcs sur des secteurs aussi stratégiques que l’agroalimentaire et les infrastructures. 

La 4e édition du Forum Afrique développement, co-organisée par Attijariwafa bank et Maroc Export, a été à la hauteur des attentes. Du moins pour nous, observateurs et journalistes. Une partie du gotha politique et économie africain a répondu présent à l’invitation des organisateurs. En plus de la participation d’opérateurs issus d’une vingtaine de pays du continent et d’ailleurs, de la présence d’officiels et de personnalités de diverses sphères, la venue à Casablanca du Tycoon nigérian, Tony Elumelu, a attiré l’attention de plus d’un. À l’instar de son compatriote Aliko Dangotte, ce milliardaire fait partie des Africains les plus fortunés. Aussi, l’homme a bâti sa réputation en tant que promoteur de l’entrepreneuriat des jeunes africains. Depuis 2014, il consacre, via sa fondation, 100 millions de dollars sur dix ans pour financer et accompagner 10.000 start-up africaines. Plus évocateur encore, Tony Elumelu est à la tête d’une banque nigériane aux ambitions panafricaines. En effet, son réseau bancaire, UBA, est l’un des plus dynamiques et en expansion sur le continent. Cette banque apparaît même, à certains égards, comme une concurrente directe des banques marocaines en Afrique subsaharienne, notamment dans sa partie anglophone, désormais dans le viseur d’Attijariwafa bank. Loin de ces considérations, Tony Elumelu est venu à Casablanca délivrer un message de rapprochement et d’unité entre toutes les parties de l’Afrique. Selon lui, c’est grâce à l’unité des hommes d’affaires africains que le continent sera plus fort. Voici un vrai message de fair-play qui ne peut passer inaperçu, et qui a forcément donné plus de hauteur à cette 4e édition réussie. 

L’année 2016 est celle des élections en Afrique. Une vingtaine d’échéances électorales doivent avoir lieu durant ses douze mois. Après l’élection de l’universitaire, Faustin-Archange Touadéra en Centrafrique, les observateurs avaient les yeux rivés sur trois autres pays, durant le week-end passé. Au Niger (Voir P. 20), le président Mahamadou Issoufou est en lice pour un second mandat. Dans l’attente de l’annonce des premiers résultats, on espère que la classe politique nigérienne saura faire preuve de maturité et de pragmatisme pour éviter au pays, déjà menacé sur le plan sécuritaire, de sombrer dans une crise politique. Aux Îles Comores également, la population était appelée aux urnes, dimanche, pour le premier tour de la présidentielle. Dans ce pays de l’Océan Indien, 25 candidats s’affrontent pour remplacer le président sortant, Ikililou Dhoinine, qui ne pouvait plus se représenter après un seul mandat de cinq ans, et ce, conformément la constitution «atypique» de cet État insulaire. Au lendemain de ce premier round, les observateurs internationaux faisaient part de leur «satisfecit», suite au déroulement dans le calme, des opérations de vote. Là aussi, les résultats étaient attendus lundi afin de déterminer les candidats «admis» au second tour. Enfin, en Ouganda aussi, on organisait une présidentielle. Dans ce pays de l’Afrique de l’Est, le président Yoweri Museveni aurait obtenu au moins 60% des voix, s’ouvrant ainsi grandement la voie pour un cinquième mandat, après 30 ans au pouvoir. À tous ces pays, la plus grande attente reste la même : la transparence. 

Dernière Minute

Nos derniers Tweets...

Suivez-nous sur Facebook

Vidéos des ÉCO

Vidéos des ÉCO