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Les Cahiers des ÉCO

Après le séjour de deux jours au Maroc du président rwandais, Rabat et Kigali mettent le cap sur la coopération économique. Les entreprises marocaines entendent faire du Rwanda leur hub en Afrique de l’Est.

Le Rwanda, futur hub est-africain des entreprises marocaines ? Telle est la volonté exprimée au président rwandais par les dirigeants de grands groupes marocains qui l’ont rencontré le 21 juin lors de son séjour de deux jours au Maroc. Étaient présents à cette rencontre restreinte, en plus du chef de la diplomatie marocaine, Salaheddine Mezouar, les patrons de Casablanca Finance City, d’Attijariwafa bank, du laboratoire Cooper Pharma, ainsi que du groupe Palmeraie. Après Saham, l’un des rares champions nationaux à s’activer sur le marché rwandais de l’assurance depuis l’acquisition en 2014, et de BMCE Bank Of Africa depuis 2015, ce sont donc les secteurs des services, de la banque, de l’immobilier, du tourisme et de l’industrie pharmaceutique qui se mettent en branle.

Projets en cours
«Dans une logique de percer le marché rwandais, certains [groupes] sont en train de prospecter, alors que d’autres pourraient passer à des étapes supérieures dans la réalisation de leurs projets», indique un responsable qui a pris part à ce face-à-face avec la délégation rwandaise. Plus concrètement, le laboratoire Cooper Pharma étudie la faisabilité d’une unité industrielle au Rwanda. Celle-ci serait destinée à être une plateforme régionale pour tous les pays d’Afrique de l’Est. Pour sa part, Attijariwafa bank entend mettre le cap sur cette région majoritairement anglophone. La visite du président Paul Kagame était l’occasion d’avancer dans cette nouvelle orientation en faisant du Rwanda une des probables premières destinations du groupe dans cette partie de l’Afrique. Il reste toutefois à déterminer le timing de ces futures implantations.

Quête d’investissements
Du côté de Kigali, les offres de la partie marocaine semblent être les bienvenues. La partie rwandaise est en pleine manœuvre pour attirer les investisseurs étrangers. Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères et de la coopération a ainsi exprimé son souhait d’intensifier les échanges entre les deux pays et de procéder à un échange d'expériences en matière d'investissement. Mais, en dehors de ces vœux pieux, Rabat et Kigali doivent baliser le terrain sur le plan juridique, avec la mise à jour, voire la conclusion de nouveaux accords bilatéraux pour encourager les investissements de part et d’autre. Cette perspective laisse croire que le séjour de la délégation de Paul Kagame à Casablanca est annonciateur de prochaines rencontres au sommet entre les deux pays pour solidifier la base de cette coopération économique balbutiante.

Abdelilah Benkirane,
 Chef du gouvernement marocain

Le président rwandais a exprimé la détermination de son pays à renforcer ses relations bilatérales avec le Maroc. Il a également émis le souhait de voir son pays tirer profit de l’expérience du royaume dans plusieurs domaines, particulièrement en cette phase où le Rwanda connaît une importante dynamique économique et sociale.

Louise Mushikiwabo,
Ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Rwanda

 Nous avons examiné un certain nombre d'accords bilatéraux et mémorandums d'entente qui ont été négociés entre les deux pays afin de fournir un cadre juridique et diplomatique adéquat aux ressortissants des deux pays désireux de faire des affaires.

Mohamed El Kettani,
PDG d’Attijariwafa bank

La rencontre avec le président Kagame constitue une occasion pour un certain nombre d’opérateurs économiques qui s’intéressent à l’Afrique de l’Est, de présenter leurs réalisations dans le continent et réitérer la disposition du secteur privé à renforcer la coopération financière et économique avec le Rwanda, l’une des meilleures portes d'entrée de l’Afrique de l’Est.


 

Quid de la question du Sahara ?
Faut-il le rappeler, le Rwanda, à l’instar d’une dizaine de pays africains anglophones et de l’Union africaine (UA), reconnaît encore la «RASD». Lors de sa visite au Maroc, la question du Sahara a probablement figuré au menu des entretiens de Paul Kagame avec le roi Mohammed VI. Les deux parties n’ont cependant laissé filtrer aucune information dans ce sens. La grande question est de savoir si le Rwanda va changer de position sur ce dossier en rejoignant le camp du Maroc ou pas. Malgré sa reconnaissance de la «RASD», Kigali soutient la position de l’ONU en vue de parvenir à un règlement politique de ce dossier. Le pays, qui accueille le prochain Sommet de l’UA, à la mi-juillet, pourrait annoncer la couleur à l’occasion de cet événement. Une chose est sûre, l’avenir des relations économiques entre les deux pays dépendra en grande partie de la gestion du dossier du Sahara.

Alors que l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) en 2017 n’est pas encore acquise, les pays africains continuent de signer des accords de libre-échange avec les puissances économiques mondiales. Pourtant de tels accords risquent de nuire gravement à la compétitivité des entreprises africaines.

La signature, le 10 juin dernier, des accords de partenariat économique (APE) entre l’Union européenne (UE) et 6 pays membres de l'Union économique et douanière d’Afrique australe (Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud et Swaziland) relance le débat sur l’utilité des accords économiques sur le continent. En effet, moins d’une semaine après cet événement important, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes, a alerté les pays africains sur le danger de conclure
des «accords commerciaux réciproques mais asymétriques», alors que la zone de libre-échange continentale (ZLEC) n’est pas encore lancée. Pour le fonctionnaire onusien : «Si les APE sont pleinement appliqués avant l’entrée en vigueur de la ZLEC, il sera toujours relativement plus intéressant pour les pays africains d'exporter vers l'Europe que vers un autre pays, ce qui aura pour effet de renforcer un régime commercial qui n'a guère évolué au cours des six décennies qui ont suivi les indépendances».

Pressions de la concurrence
Cela d’autant plus que le monde s’achemine vers la conclusion de «méga-accords commerciaux régionaux (MIRTA)». Il s’agit plus précisément du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement entre l'Europe et les États-Unis, du Partenariat transpacifique des pays du pourtour du Pacifique et du Partenariat économique global régional des pays asiatiques. Selon la CEA, ces méga-accords «pourraient faire perdre aux pays africains des parts de marché du fait de l'érosion des préférences et des pressions de la concurrence». Le salut réside donc dans la mise en œuvre rapide en Afrique de méga-accords commerciaux régionaux sous la forme de la ZLEC. Et sur ce plan, le rythme est plutôt assez décourageant.

Après l'UE, les USA ?
L’entrée en vigueur de la ZLEC, censée regrouper tous les pays africains, ne se fera certainement pas avec l’ensemble des espaces régionaux du continent. Si la création du marché commun réunissant les groupements régionaux de l’Afrique de l’Est, australe et les pays membres de la COMESA, facilite l’adhésion de leurs économies à la ZLEC, il n’en est pas de même dans d’autres parties du continent, à l’instar de l’Afrique Centrale et du Maghreb. Pendant ce temps, l’UE accélère pour faire signer ou ratifier ses APE, alors que certains pays craignent que les États-Unis et la Chine n’exigent à leur tour de disposer d’accords de libre-échange avec l’Afrique.  

Abdoulaye Wade,
Ancien président du Sénégal

«Avec ces accords (les APE, ndlr), nous supprimons 35 % de nos budgets. En conséquence, nous allons supprimer des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, des projets, des routes, licencier des fonctionnaires, etc.»

Hassan Sentissi,
Président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX)

«Je ne vois pas ce que l’UE peut offrir aux pays africains à travers ces accords. Les marchés africains, à leur niveau actuel, sont incompatibles avec ceux de l’UE.»

Cheikh Tidiane Dieye,
Directeur du Centre africain pour le commerce, l'intégration et le développement (Enda CACID)

«L'un des meilleurs atouts de l'Afrique pour faire face aux dynamiques exogènes qui peuvent influencer son évolution est le renforcement de son intégration économique à travers le commerce intra-régional et intra-africain.»


 

APE : Qu’en pensent les exportateurs marocains ?
Bien que le Maroc attende depuis plus d’une décennie la conclusion d’un accord préférentiel avec l’UEMOA, (qui devrait désormais être négocié avec la CEDEAO), les exportateurs marocains voient d’un mauvais œil la signature des APE entre l’UE et les économies africaines. Pour Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), ces accords ne se justifient pas actuellement pour la bonne et simple raison que «les marchés africains, dans leur niveau actuel, sont incompatibles avec ceux de l’UE». Selon lui, il faut d’abord lever les nombreuses barrières non tarifaires (visas, normes, etc.) avant de signer ce type d’accord. Au Maroc, telle est l’exigence des milieux économiques avant la signature d’un accord de libre-échange global (ALECA) avec l’UE. Auprès de l’ASMEX, certains n’hésitent pas à claironner que cet accord est un «dossier mort-né».

Aongus Hegarty : Président de Dell EMEA (Europe-Moyen-Orient-Afrique)

 

À quelques mois de la naissance de «Dell Technologies», qui sera née de la fusion entre les géants Dell et EMC, Aongus Hegarty, à la tête des activités de Dell en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique explique les détails de cette opération historique. Dans cette interview, il revient également sur la stratégie africaine de Dell et surtout le rôle que le Maroc y joue !

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui explique le choix pour Dell de fusionner avec EMC ?
Aongus Hegarty: La fusion entre Dell et EMC nous permettra d’offrir à nos clients une valeur accrue. Il ne s’agit pas d’agrandir nos activités respectives, mais de les renforcer et les améliorer en les fusionnant. Elles pourront ainsi offrir plus de valeur aux clients. À Dell, notre force réside dans le fait que nous travaillons avec toute une panoplie de startups et d’entrepreneurs utilisant les technologies, offrant des produits ou services innovants axés sur les technologies. EMC, pour sa part, est une entreprise très solide et très grande à l’échelle mondiale. Dell et EMC peuvent créer une synergie, d’autant plus qu’il existe une complémentarité au niveau technologique sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour mettre au point un vaste éventail de solutions.

Quand est-ce que cette fusion sera effective et à combien se négocie-t-elle ?
Les deux entreprises poursuivent leurs discussions. Nous allons profiter de cet été pour avancer dans le processus et nous espérons que vers l’automne, la fusion sera effective. La nouvelle entité qui sera issue de cette fusion s’appellera «Dell Technologies». En d’autres termes, il s’agit d’une acquisition par Dell, d’EMC. Et c’est la plus importante acquisition-fusion entre deux entreprises de technologies dans l’histoire de notre industrie. La valeur de cette fusion est de 67 milliards de dollars.

Que représente le Maroc pour Dell, notamment votre centre d’affaires de Casablanca ?
Pour Dell, Casablanca constitue l’une des plus importantes places dans la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique et certainement la plus importante en Afrique. Nous sommes ici depuis 12 ans et avons observé plusieurs phases d’investissement et de développement qui ont permis à la ville de devenir une plateforme où les plus grandes entreprises sont représentées. À partir de notre plateforme de Casablanca, nous offrons nos services non seulement aux marchés marocains et nord-africain, mais aussi à des marchés européens, comme la France, l’Italie, l’Espagne, le Benelux, sans oublier toute la région du Moyen-Orient et l’Afrique. À Casablanca, nous disposons de services et de compétences larges, comme les RH, les finances, le marketing et dans les différents domaines de supports commerciaux et techniques. Au total, nous avons plus de 20 nationalités représentées ici au Maroc, avec environ 1.800 salariés.

Quel sera l’impact de la fusion Dell-EMC sur le centre d’affaires de Casablanca ?
Avec cette fusion, notre équipe locale se renforcera avec les membres d’EMC. Ceci sans oublier qu’à partir d’ici, la nouvelle entité va croître et se déployer dans un premier temps en Afrique du Nord. Dans cette perspective, le Maroc et Casablanca seront pour nous à l’avant-garde de ce déploiement pour la prochaine décennie.

Quelle est votre stratégie en Afrique et quel sera le rôle de Casablanca dans cette dynamique ?
Le Maroc constitue une excellente porte d’entrée pour l’Afrique. Dell suit la croissance au Maroc et en Afrique et y investit de façon très accrue. En dehors du Maroc, Dell est présent dans d’autres pays du continent comme l’Afrique du Sud. Pour nous, il ne fait aucun doute que le Maroc est un hub pour l’Afrique, mais aussi pour toute la région de l’Europe et du Moyen-Orient. À titre d’exemple, notre force de vente sur Dubaï et sur l’Afrique du Sud repose sur Casablanca. De même, nous couvrons l’Afrique centrale, de l’Ouest et de l’Est à partir de Casablanca. D’où notre attention particulière pour Casablanca. Par ailleurs, nous comptons continuer à nous déployer sur le continent tout en encourageant les entreprises locales et les start-ups au Maroc et à travers l’Afrique à faire de même.

Quel regard portez-vous sur la percée technologique en Afrique ?
Beaucoup de pays africains, à l’instar du Kenya par exemple, connaissent un essor dans le domaine de la technologie. De nombreux secteurs profitent des outils technologiques comme dans la santé, le vote électronique, le paiement électronique, etc. En fait, le Maroc et l’Afrique en générale, sautent plusieurs générations de technologies et adoptent les dernières disponibles.

Comment contribuez-vous à la diffusion de la technologie sur le continent africain ?
Notre stratégie consiste à mettre des technologies de pointe sur le marché. Nous interagissons avec plusieurs clients, à savoir les startups, les PME, les grandes entreprises privées ou publiques. Nous leur fournissons des solutions sur des concepts innovants. Globalement, Dell investit sur le plan local. Nous sommes à une étape où nous investissons, innovons et mettons de nouvelles technologies au profit de l’ensemble des acteurs du marché. 

L’Afrique du Sud, le Botswana et le Maroc sont les trois pays africains les plus prospères en 2016, selon Legatum Institute, un think tank londonien qui vient de publier son rapport 2016 sur la prospérité.

Legatum Institute a rendu public son rapport intitulé : «Africa Prosperity Report 2016», portant sur 38 pays africains en fonction de la prospérité qui y règne. Selon le think tank londonien, l’Afrique du Sud, le Botswana et le Maroc restent les pays africains les plus prospères en Afrique. La structure a établi son classement en se fondant sur les niveaux de PIB par habitant ainsi que sur 89 facteurs qu'il regroupe en huit grandes catégories : l'économie, la présence d’opportunités d’entrepreneuriat, la gouvernance, l'éducation, la santé, la sécurité, la liberté personnelle et enfin le capital social.

Le Maroc 3e
À l’instar de la précédente édition, le Maroc arrive troisième au niveau africain. Le royaume est notamment bien classé dans les domaines de la santé (3e), ainsi que des opportunités d’affaires, critère selon lequel il se classe quatrième au niveau continental. Concernant l’éducation, le Maroc se classe 8e en Afrique, alors que sur le critère mesurant «la liberté personnelle», il ne pointe qu’à la 23e place ! Avec la dynamique de développement en cours actuellement, le Maroc pourra sûrement disputer la première place à ses challengers sud-africains et botswanais lors des années, voire des décennies à venir. Il est à noter que le royaume est talonné par la Namibie, l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Rwanda et le Ghana.

Leadership sud-africain
Pour le moment, c’est toujours l’Afrique du Sud qui caracole en tête de classement grâce à ses bonnes performances dans différents secteurs. Il s’agit de l’éducation, le capital social, la santé, la gouvernance, la présence d’opportunités d’entrepreneuriat et la liberté personnelle. Toutefois, le pays de Nelson Mandela réalise des performances moyennes dans les domaines de l’économie avec un score de 12 points et de sécurité avec un score de 19 points. Le Botswana doit sa deuxième place à ses avancées en matière d'éducation, de gouvernance, de présence d’opportunités d’entrepreneuriat, de sécurité et de liberté personnelle. Le Sénégal et le Burkina Faso, lit-on dans le rapport, ont aussi réalisé de belles progressions du fait de l’amélioration de leurs performances dans les domaines de la liberté personnelle et de la gouvernance. Legatum Institute, faut-il le souligner, rappelle que le Rwanda a réalisé la plus forte progression par rapport à la précédente édition du classement grâce notamment aux réformes lancées dans le domaine du renforcement de l’État de droit et de la lutte contre la corruption.

En 2015, le royaume est resté premier bénéficiaire des prêts de la Banque africaine de développement (BAD) avec plus de 18,9% de ses encours de prêts.

La machine à cash de la Banque africaine de développement (BAD) tourne à fonds. En 2015, les approbations totales des opérations de la BAD se sont élevées à 6,33 milliards de dollars, soit une augmentation de 25,4% par rapport aux 5,05 milliards approuvés en 2014. C’est l’un des principaux chiffres à retenir des 51e Assemblées générales de la BAD, qui se sont tenues la semaine dernière dans la capitale zambienne, Lusaka. Selon le rapport financier de la BAD, ces approbations concernent aussi bien les secteurs publics que privés. Quant aux décaissements de prêts et de dons du groupe de la banque, ils se sont établis à 3,03 milliards de dollars, en dehors des prises de participation, des garanties et des fonds spéciaux.

Le Maroc, premier bénéficiaire
De tous les pays africains, le Maroc a été encore une fois le premier bénéficiaire des prêts de la Banque africaine de développement. Le royaume totalise actuellement plus de 329,9 millions de dollars de prêts de la BAD, soit 18,9% de l’encours total des prêts de l’institution financière africaine, qui se chiffre à 1,6 milliard de dollars. En 2015, la plus grande action de la BAD en faveur du Maroc a été le financement octroyé pour la phase 2 du Plan Maroc vert. Cette enveloppe de 94 millions a pour objectif «d’améliorer la gestion durable des ressources naturelles grâce à la gouvernance verte dans le secteur agricole et au développement inclusif des chaînes de valeur du secteur agricole», lit-on sur le rapport annuel 2015 de la BAD. «Cette opération est conforme à la stratégie décennale du groupe de la banque. Adoptant une approche participative et intersectorielle, cet appui reconnaît l’agriculture comme un secteur d’activité novateur, qui non seulement complète d’autres secteurs et agit en synergie avec ceux-ci, mais donne aussi de la valeur à ses parties prenantes, particulièrement les femmes et les jeunes», ajoute le document.

Secteurs divers
Par ailleurs, il faut noter que la Stratégie décennale (SD) du groupe de la banque définit des secteurs prioritaires, qui comprennent notamment l’infrastructure (énergie, transports, eau et assainissement et communications), le développement du secteur privé, l’intégration régionale, la gouvernance et enfin les compétences et le développement humain. Dans le secteur de l’énergie, par exemple, les approbations totales pour 2015 ont été de 871,6 millions de dollars.
Ce montant est constitué des approbations de dons et de prêts à hauteur de 841 millions de dollars (96,5%) et d’autres approbations pour 30,6 millions de dollars (3,5%). Globalement, les approbations dans le secteur de l’énergie représentent 28,3% du total des approbations de la banque pour les infrastructures.  


 

Akinwumi Adesina
Président de la BAD

Le thème de nos assemblées était l'énergie et le changement climatique - les menaces qu'ils font peser et les opportunités qu'ils offrent. Les énormes réserves d'énergie renouvelable inexploitée ; les énormes réserves de ressources internes non encore exploitées qui peuvent nous permettre de répondre à tous nos besoins financiers. Nous avons eu des échanges francs sur un savant dosage entre principe et pragmatisme qui permettra un mélange d'énergies renouvelables et non renouvelables, et nous avons tous convenu que l'impératif - quelle que soit l'énergie que nous utilisons - est la croissance et le développement. Nous reconnaissons que l'Afrique ne dispose ni de la technologie ni du financement nécessaires pour adopter, exclusivement, l'énergie renouvelable à court terme. Pour l'heure, nous estimons que les sources d'énergie les plus abordables constituent les meilleurs choix. Nous savons que nous avons besoin d'une vision globale du secteur de l'énergie, avec des partenariats stratégiques axés sur les chaînes de valeur. Il s'agira notamment de mener les réformes sectorielles et d'élaborer les politiques qui nous permettront d'accéder à plusieurs sources de financement privé. Le secteur privé africain, nous l'avons dit, a la capacité de rendre ce changement possible, mais il aura besoin de l'appui de la Banque sous forme de fonds propres et devra également mettre l'accent sur des solutions réseau et hors réseau.

Malgré la baisse des cours du pétrole qui a conduit à l’arrêt de certains chantiers, l’Afrique a connu une hausse du nombre de grands projets en 2015. Ce constat émane du cabinet Deloitte, qui note toutefois de grandes disparités régionales.

La baisse des cours du pétrole commence à se ressentir sur les secteurs du BTP et des infrastructures en Afrique. Tel est le constat de la quatrième édition du rapport de Deloitte, qui s’intéresse annuellement à l’évolution des grands chantiers d’infrastructures sur le continent. L’édition 2016 de ce document revient ainsi sur les grandes tendances observées l’année dernière, avec le constat suivant: «En 2015, la dépréciation tenace des cours des matières premières et la contraction de l’économie mondiale ont freiné et parfois mis à l’arrêt des projets de grande envergure, notamment dans le secteur minier». Malgré cette conjoncture défavorable, les différentes régions du continent continuent d’attirer les investissements dans le domaine des infrastructures. Comparée à 2014, la moisson de 2015 a vmême été meilleure, selon les observations de Deloitte.

301 projets
À en croire les grandes tendances du rapport de ce cabinet mondial d'audit et de conseil, en 2015, le nombre de projets valant plus de 50 millions de dollars a progressé de 17%, passant de 257 à 301 en un an. Aussi, le coût cumulé de ces projets a atteint 375 milliards de dollars, soit une hausse de 15% en un an. Les secteurs des transports et de l'énergie sont les principaux moteurs de la croissance du BTP et des infrastructures, représentant à eux deux 196 projets, soit 65% des projets du continent. Selon Deloitte toujours, 37% de nouveaux projets ont vu le jour l’année dernière, soit «une bonne nouvelle pour l'économie du continent».

Disparités régionales
Ces chiffres cachent toutefois de «profondes disparités» selon le rapport. Par exemple, l’Afrique australe a reconduit 75% des projets existants alors qu'à l'inverse, l'Afrique du Nord a mis sur pied 75% de nouveaux projets. Globalement, sur l'année 2015, avec 109 projets en chantier sur les 301 projets de construction du continent, l'Afrique australe remporte le premier prix. Cependant, l'Afrique du Nord place lentement ses pions et prend le dessus sur le volet des renouvellements de projets, avec 79% de nouveaux projets mis sur pied en 2015, contre seulement 25% pour l’Afrique australe. Il s’agit là, selon Deloitte, d’une «dynamique non négligeable».

PPP
Par ailleurs, le rapport se désole du fait que «les investissements sont encore embryonnaires dans le secteur social et dans le transport maritime et portuaire». Enfin, il est à noter que la tendance au recours aux partenariats public-privé (PPP) pour le financement de projets se confirme en 2015. Sur ce point, l'Afrique de l'Ouest s'avère être la région où la part des PPP est la plus importante.  

Les économies africaines ont attiré plus de 71 milliards de dollars d’IDE en 2015. Ce montant est en deçà des 88,5 milliards réalisés en 2014, mais fait de l’Afrique l’une des premières régions du monde qui aiguise l'appétit des investisseurs.

En 2015, l’Afrique a tiré son épingle du jeu en matière d’Investissements directs étrangers (IDE). C’est le moins que l’on puisse dire au regard des résultats du rapport 2016 publié par le cabinet d’audit financier Ernst and Young (EY). Intitulé «Attractivité de l’Afrique en 2016 : Naviguer dans les incertitudes en Afrique», ce rapport annuel constate que l’Afrique «a été l'une des deux seules régions au monde où le nombre d'IDE a progressé en 2015». Les économies africaines ont ainsi pu attirer 71,3 milliards de dollars durant l’année écoulée. Par rapport à 2014, année au terme de laquelle la valeur des IDE s’était établie à 88,5 milliards de dollars, la moisson est moins bonne. Cependant, note le document, ce montant enregistré en 2015 demeure supérieure à la moyenne annuelle de 68 milliards de dollars enregistrée entre 2010 et 2014.

Projets en hausse
Autre facteur important, le nombre de projets lancés par des investisseurs étrangers sur le continent a atteint 771 projets en 2015 contre 722 en 2014, soit une hausse de 7%. En d’autres termes, les projets sont en hausse alors que la valeur des investissements est en repli. Ce scénario est à l’opposé de la situation observée l’année dernière, marquée par une baisse des projets, face à des investissements plus onéreux. À l’échelle mondiale, le nombre de projets d’IDE a chuté de 5% en 2015.

L’Afrique du Sud résiste
Au-delà de cet aperçu général, il faut noter que l’Afrique du Sud reste la destination privilégiée des investisseurs sur le continent. Cette année encore, le géant sud-africain, dont l’économie traverse une très mauvaise passe, défend jalousement son fauteuil de leader des économies africaines les plus attractives. Fait marquant du rapport 2016 d’EY, le Maroc ravit la 2e place à l’Égypte, qui recule d’un rang. Le Kenya (4e), l’Île Maurice, le Ghana, le Botswana, la Tunisie, le Rwanda, et la Côte d’Ivoire complètent le top 10 des pays africains les plus attractifs. À noter que la première puissance économique africaine, le Nigeria, ne se pointe qu’à la 15e place. Ce pays continue de faire les frais de la chute des cours du pétrole et probablement de l’appréhension suscitée par les attaques menées par le groupe armé Boko Haram. Ses mauvais scores dans les domaines de la gouvernance et du développement humain constituent également des handicaps pour le Nigeria.

Changer d’approche
Du côte du cabinet d’EY, on conseille aux entrepreneurs et investisseurs d’adopter de nouveaux moyens d’approche sur le marché africain. «Il est désormais plus important que jamais pour les entreprises et les investisseurs, qui mettent parfois fortement l'accent sur l'évolution de la croissance économique à court terme, d'adopter une approche factuelle et granulaire pour évaluer les opportunités d'affaires et d'investissement sur le long terme», souligne Sugan Palanee, responsable du marché africain chez Ernest &Young. Enfin, il est à noter que le rapport sur les IDE d’Ernest &Young évalue les progrès réalisés dans les domaines de la gouvernance, la diversification, les infrastructures, les opportunités d'affaires et le développement humain ainsi que la résilience probable des économies dans le contexte des pressions macroéconomiques actuelles. 

Maroc Export et la Fédération du commerce et services (FCS) ont organisé, du 3 au 5 mai, une mission B to B à Dakar. Celle-ci a permis aux opérateurs marocains de prospecter le marché sénégalais et de le comparer à son concurrent ivoirien.

Après Abidjan en 2015, la Fédération du commerce et services (FCS) a mis le cap cette année sur Dakar. En partenariat avec Maroc Export, la FCS a organisé une mission B to B dans la capitale sénégalaise du 3 au 5 mai. Une quinzaine d’entreprises marocaines ont pris part à ce déplacement, le premier du genre pour la FCS dans la capitale sénégalaise. Ce séjour de prospection a été rythmé par l’organisation d’une journée de rencontres B to B qui s’est tenue à l’hôtel Terrou Bi de Dakar, avec la participation de plusieurs entreprises sénégalaises. Durant cette première journée d’affaires, des centaines de rencontres B to B ont été réalisées. Les deuxième et troisième jours ont été marqués par des visites sur sites dans la capitale sénégalaise et par la tenue de nouveaux rendez-vous B to B.

Profils
Selon le feed-back des opérateurs ayant pris part à ces échanges, le constat qui s’impose est que le marché ivoirien semble présenter plus d’opportunités que celui du Sénégal. Les profils rencontrés en 2015 à Abidjan étaient nettement plus percutants que ceux qui ont répondu présents à Dakar. Malgré tout, des projets de partenariats prometteurs ont été étudiés avec certaines entreprises sénégalaises. Les visites sur sites effectués au siège de la Bank of Africa, la filiale africaine de BMCE Bank, au port autonome de Dakar, ainsi que chez la holding 100% sénégalaise, CCBM, ont permis aux opérateurs marocains de présenter leur offre de services dans plusieurs domaines, notamment le consulting, la fourniture de solutions de gestion d’entreprises ou encore dans la formation des ressources humaines.

Revenir
À la FCS en tout cas, on est conscient que la pénétration du marché sénégalais requiert un intense travail qui s’étale dans la durée. «Nous sommes surtout venus pour nouer des partenariats dans la durée avec nos homologues sénégalais. Il s’agit de notre première visite et ce ne sera pas la dernière», a précisé le vice-président de la FCS, Ahmed Chahbi, lors de la première journée de rencontres B to B.

Dans le pipe, il serait notamment question d’organiser plusieurs missions de ce genre avant la fin de l'année, afin de multiplier les chances de concrétiser les projets entamés, mais aussi de fidéliser les partenaires locaux. L’objectif de la Fédération est aussi de «pouvoir être un relais au Maroc pour les entreprises sénégalaises qui souhaitent prendre contact avec les fournisseurs et opérateurs marocains», ajoute Mohamed Taib, directeur de la FCS. La même démarche a été entamée depuis tout juste une année en Côte d’Ivoire, lors de la mission de prospection à Abidjan. Celle-ci a en effet permis à certains opérateurs marocains de décrocher des marchés intéressants dans ce pays en pleine émergence. Outre la Côte d’Ivoire et le Sénégal, la FCS entend investir tous les pays où les entreprises marocaines ont une forte présence. 

Mamadou Sangafowa Coulibaly : Ministre ivoirien de l'Agriculture et du développement rural

Menant une imposante délégation au SIAM, le ministre ivoirien de l'Agriculture et du développement rural, Mamadou Sangafowa Coulibaly, revient ici sur la coopération agricole entre le Maroc et la Côte d’Ivoire. Il en profite également pour inviter les investisseurs marocains à se lancer dans les industries de transformation des produits agricoles en Côte d’Ivoire.

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui a motivé la présence en force de la Côte d’Ivoire à la 11e édition du SIAM ?
Mamadou S.Coulibaly  : Tout d’abord, il faut savoir que par la volonté de sa majesté le roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste et de son excellence, le président Alassane Ouattara, la coopération entre la Côte d’Ivoire et le Maroc, qui était déjà excellente du temps des pères fondateurs, a été renforcée. Le résultat concret de ce renforcement est que le Maroc est devenu en 2015 le premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire, devant la France. Notre coopération bilatérale repose sur plusieurs secteurs, notamment celui agricole. Dans ce cadre, j’ai même effectué une visite officielle au Maroc en juillet 2014. À cette occasion, mon homologue marocain, Aziz Akhannouch et moi-même avions revisité notre accord de coopération. Nous l’avons actualisé et renforcé. Ce fut une visite qui a été pleine d’espoirs. Nous sommes venus au SIAM 2016 pour nous assurer que les fruits vont tenir la promesse des fleurs. Je crois qu’il n’y a pas de raisons qu’il en soit autrement, puisque nous avons déjà commencé à enregistrer des résultats tangibles en matière de coopération agricole avec le Maroc.

Quelle filière agricole la Côte d’Ivoire a-t-elle mis en avant cette année ?
Cette année, je suis venu avec la filière ivoirienne des fruits et légumes, parce qu’elle est en dialogue avec les partenaires marocains évoluant dans le même domaine pour la mise en place de la plateforme logistique au port d’Abidjan. Nous comptons beaucoup sur cette plateforme afin que les fruits et légumes marocains puissent accéder au marché ouest-africain via le port d’Abidjan et en même temps que les fruits et légumes de la Côte d’Ivoire puissent accéder au marché marocain, mais aussi au Moyen-Orient via le Maroc. Je pense que la coopération entre le Maroc et la Côte d’Ivoire mérite d’être citée en exemple sur le plan continental. Très souvent, nous allons chercher très loin alors que nous avons à nos portes des expériences réussies et à moindre coût.

Avez-vous de la visibilité sur la date de lancement de cette plateforme logistique ?
Bien sûr ! La Côte d’Ivoire a mis à disposition dans la zone portuaire d’Abidjan, 5 hectares. Cet espace est en train d’être aménagé. Nous attendons à présent que les investisseurs marocains puissent finaliser la mobilisation des financements. L’enveloppe financière pour la concrétisation de ce projet est estimée à 17 milliards de francs CFA (1DH = 60 FCFA). Nous espérons que d’ici 2017, cette plateforme logistique sera mise en place.

Selon vous, comment le Maroc peut-il aider la Côte d’Ivoire à l’émergence de son agriculture ?
Lorsque nous sommes venus au Maroc en juillet 2014, l’un de nos objectifs était de jumeler le Plan Maroc vert (PMV) et le Programme national ivoirien d’investissement agricole (PNIA). Nous avons ainsi passé en revue ces deux stratégies et nous sommes parvenus à la conclusion qu’ils sont d’égale qualité en termes de conception et d’adaptation aux réalités des pays. La différence résidait juste au niveau de la mobilisation des ressources. Le PMV l’a réussi de façon probante. Nous avons ainsi essayé de faire de même durant les 3 premières années de notre PNIA et nous avons également obtenu des résultats satisfaisants. À présent, nous cherchons à consolider ce résultat parce que le Maroc a atteint un niveau que la Côte d’Ivoire souhaiterait atteindre, à savoir la valorisation locale des productions agricoles, c'est-à-dire la transformation par l’industrie locale.

Peut-on dire que le PMV et le PNIA sont des exemples en Afrique ?
Comme vous le savez, le Plan Maroc vert est cité en exemple par la FAO. Il en est de même pour notre Programme national d’investissement agricole. D’ailleurs, cela a poussé les États africains à confier à la Côte d’Ivoire la tenue de la 29e Conférence régionale de la FAO. À ce propos, j’ai l’honneur et la responsabilité de présider la Conférence ministérielle pour la zone Afrique durant les deux années à venir. Tout ceci montre que le Maroc et la Côte d’Ivoire sont des exemples en matière agricole.

Au SIAM 2016, vous avez
particulièrement mis l’accent sur le financement et la réassurance. Quelles sont vos attentes dans ce sens ?
Le Maroc a fait face aux contraintes auxquelles nous faisons face aujourd’hui dans certains domaines. Le royaume est parvenu, malgré tout, à réaliser un certain nombre de résultats. Le Maroc a pu trouver une solution à la question du financement de l’agriculture par la mise en place d’une banque de financement de l’agriculture. Nous voulons que le Maroc nous accompagne à remettre en place notre système bancaire dédié au financement agricole. La deuxième attente est liée à l’assurance. Le Maroc est un exemple dans ce domaine et nous avons déjà signé un accord dans ce sens. Nous souhaitons donc bénéficier d’un accompagnement dans ce sens afin de mettre en place une assurance agricole en Côte d’Ivoire.

Cela dit, comment se porte le secteur agricole en Côte d’Ivoire ?
Notre pays est une puissance agricole. Nous sommes le premier pays producteur mondial de cacao. Depuis 2015, nous sommes aussi devenus le premier pays producteur mondial d’anacarde. Nous occupons aussi la première place mondiale de producteur de noix de colas, avec près de 300.000 tonnes. La Côte d’Ivoire est également le premier pays africain producteur d’huile de palme, d’hévéa, etc. Au-delà de ces résultats, il nous reste désormais à passer à l’étape suivante, à savoir la transformation locale de nos productions. Et sur ce point, nous avons une expérience à tirer du Maroc. C’est la raison pour laquelle, j’invite le secteur privé marocain à venir investir dans la transformation, la valorisation et la modernisation de l’agriculture en Côte d’Ivoire. Les Marocains ont acquis beaucoup d’expérience dans plusieurs domaines dont la Côte d’Ivoire pourra s’inspirer.

Quelles sont les performances de l’agriculture ivoirienne, surtout à l’export ?
Nous avons accru notre production de rente de 14%, celle vivrière de 28%. Aujourd’hui, l’agriculture ivoirienne totalise une production de 24 millions de tonnes, soit une moyenne de plus d'1 million de tonnes par tête d’habitant. Ces résultats font de la Côte d’Ivoire une puissance agricole. Notre objectif est de consolider cette position de puissance agricole en passant à l’étape de la transformation. Actuellement, seuls 20% de notre production sont transformés localement. Nous voulons hausser ce chiffre à 100% afin de moderniser par la même occasion nos systèmes de production et de commercialisation.

Comment la Côte d’Ivoire fait-elle face à la chute des prix des matières ?
La seule façon de résister à la chute des prix des matières premières, c’est de les valoriser sur place. Cela permet non seulement d’avoir une prise sur l’évolution des prix des matières premières, mais surtout de diversifier l’économie afin qu’elle ne repose pas uniquement sur l’exploitation brute des ressources naturelles. Le développement de l’industrie soutient l’essor du secteur tertiaire et celui des services. Ceci contribue à la diversification de l’économie et nous aide à résister aux chocs extérieurs.


 

Nouveaux accords de partenariat entre le Maroc et la Côte d’Ivoire
Le Maroc et la Côte d’Ivoire ont procédé, mercredi 27 avril à Meknès, à la signature d’accords-cadres de partenariat en marge de la 11e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc. Ces accords ont été conclus du côté marocain par l’Agence de développement agricole (ADA) et l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) et du côté ivoirien par l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) et l’Agropôle Afrique (APA). En vertu de ces conventions, les parties signataires veulent, entre autres, promouvoir le financement des formations et transferts de technologies dans le cadre de la Coopération technique triangulaire (CTT) ainsi que le partage d’expériences dans le domaine des productions animales et végétales. Elles ambitionnent aussi de favoriser l’accompagnement dans le processus d’homologation des produits de production, la promotion et la distribution d’aliments pour bétails et volailles ainsi que des produits vétérinaires fabriqués au Maroc.

À partir de son site basé à Zenata, la filiale marocaine de Sanofi produit l’un des médicaments les plus reconnus dans le traitement du paludisme : ASAQ Winthrop®.

Le saviez-vous ? C’est au Maroc qu’est produit l’un des médicaments les plus reconnus dans la lutte contre le paludisme dans le monde. Depuis 2007, la filiale marocaine du géant français Sanofi a fabriqué, depuis son site de Zenata, plus de 460 millions de traitements du médicament antipaludique ASAQ Winthrop®, dont 58 millions pour la seule année 2015. Une grande partie de cette production est exportée vers 30 pays africains, où la pandémie est la plus répandue. Le médicament ASAQ Winthrop® est une association d’artésunate et d’amodiaquine. Enregistré auprès des autorités de santé de 32 pays dans le monde, il est indiqué dans le traitement du paludisme. «ASAQ Winthrop® a obtenu en 2008, la pré-qualification par l’OMS, instaurée pour une mise à disposition rapide des médicaments de qualité pour différentes pathologies dont le paludisme», rappelle Yann Lambert, directeur industriel de Sanofi Maroc. Selon le responsable, ce médicament a «permis de traiter plus de 200 millions de crises de paludisme entre 2008 et 2014».

Prix réduits
Développé par Sanofi et la fondation «Drugs for Neglected Diseases initiative» (DNDi, initiative médicaments contre les maladies négligées), le produit fabriqué exclusivement dans l’usine Maphar de Sanofi au Maroc n’a pas été breveté afin de permettre sa plus large production dans l’industrie pharmaceutique. En plus, ASAQ Winthrop® est commercialisé pour le secteur public «à un prix inférieur à 1 dollar pour les adultes et à 0,50 dollar pour les enfants, pour 3 jours de traitement», indique-t-on chez Sanofi Maroc. Dans certains cas, «des prix différenciés pouvant aller jusqu’au modèle «sans perte ni profit» auprès du secteur public et des grandes organisations internationales de santé sont également appliqués.

14% de parts de marché
Il faut noter que le site industriel de Maphar de Sanofi à Zenata est l’unique établissement pharmaceutique au Maroc certifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Nous avons investi plus de 500MDH pour la modernisation de l’outil industriel et la production de l’ASAQ Winthrop®», fait-on savoir auprès du groupe. Cette activité de production destinée à l’export vers le continent africain est jugée «valorisante pour l’industrie pharmaceutique marocaine». Présent au Maroc depuis plus de 50 ans à travers ses 2 filiales (sanofi-Aventis Maroc et Maphar), la multinationale française est leader du marché pharmaceutique marocain avec une part de marché cumulée de 14% et une production annuelle de 50 millions d’unités en 2015. 


 

Le plus de Maroc Export

L’Afrique présente un large éventail d’opportunités dans plusieurs secteurs : agroalimentaire, infrastructures, énergies, formation, etc. Les entreprises marocaines eu égard à leurs expertises et expériences dans ces domaines ont beaucoup de débouchés à exploiter pour favoriser leur développement sur le continent. Maroc Export les accompagne afin d'augmenter leurs chances de mieux répondre aux appels d'offres. Les forums d'échanges d'expertises, à l'instar du Forum du Bénin, l'internationalisation du Salon de l'eau et l'internationalisation d'Elec Expo, en collaboration avec l'Amepa, la Fenelec et l'Ofec, sont autant d'actions à intensifier pour augmenter les chances des entreprises nationales de nouer des liens pour se voir confier des projets d'envergure. Maroc Export profite également des différentes rencontres pour organiser des rencontres B to B, en plus de missions d’affaires.


 

Yann Lambert
Directeur industriel de Sanofi Maroc

Les Inspirations ÉCO : Est-ce que le médicament ASAQ Winthrop® est bien connu en Afrique ?
Yann Lambert : ASAQ Winthrop® est enregistré auprès des autorités de santé de 32 pays, dont 30 en Afrique. Les 5 premiers pays bénéficiaires sont la République démocratique du Congo, le Nigeria, le Burkina Faso, la Sierra Leone et le Ghana. ASAQ Winthrop® est donc reconnu par les donneurs d’ordres (Agences d’achats de médicaments) mais également par les opérateurs des marchés privés des pays d’Afrique subsaharienne.

Que représente ASAQ Winthrop® dans l’activité globale de Sanofi Maroc ?
Le site industriel de Zenata a produit sur la période 2007-2015 près de 460 millions de traitements d’ASAQ Winthrop®, dont 58 millions pour la seule année 2015 (ce qui équivaut à 7 millions de boîtes). Cette activité export représente 15% de notre chiffre d’affaires et 15% de la production totale de Maphar Zenata qui est l’unique établissement pharmaceutique au Maroc certifié par l’OMS.

Quels sont les principaux autres indicateurs de votre site de Zenata ?
Ce site a produit 50 millions d’unités (Boîtes de médicaments) en 2015 et emploie 330 collaborateurs. La production concerne une large gamme de formes galéniques du groupe Sanofi, mais également pour des laboratoires internationaux commettants destinés au marché marocain. Le site a obtenu 3 certifications : système de management intégré en environnement (ISO 14001), santé et sécurité (OHSAS 18001), système de management de l’énergie (ISO 50001). 

Western Union ne craint pas la concurrence en Afrique. La multinationale américaine se dit très motivée à affronter les nouveaux acteurs sur le marché du transfert d’argent. Les investissements sur les nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux et le mobile cash, sont désormais le nouveau cheval de bataille de Western Union. Dans cet entretien, Aïda Diarra, vice-présidente de Western Union et patronne de la zone Afrique fait le bilan des activités 2015 et annonce la couleur pour 2016.

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous de l’activité 2015 de Western Union en Afrique ?
Aïda Diarra : En 2015, Western Union a célébré ses 20 ans de présence en Afrique. Pour nous, c’était une étape importante parce que 20 années plus tôt, Western Union s’était lancée dans un pari de redéfinir l’activité de transfert d’argent. Il s’agissait de permettre aux clients d’envoyer de l’argent et de permettre à leurs proches de le recevoir en quelques minutes à travers le monde. Au fil des années et avec l’aide de nos partenaires, nous avons constitué un réseau de 35.000 points de ventes en Afrique sur les 500.000 dans le monde. Au cours des cinq dernières années, nous avons essayé de diversifier le portefeuille services mis à la disposition des clients. Cela veut dire que les envois d’argent peuvent désormais se faire au départ d’un site internet. Ce service est surtout plus accessible dans les pays développés, mais il existe également en Afrique, notamment au Nigéria. En plus de l’internet, notre offre s’est élargie à la possibilité de transférer de l’argent directement sur un compte bancaire. Il y a également la possibilité, via Western Union de créditer de l’argent via des applications
mobiles.

En un mot, ce fut une année d’investissement dans les outils technologiques...
Pour nous, la diversification de ces services entre dans le cadre de la stratégie que nous nous sommes fixés et qui consiste à capitaliser sur les innovations du digital afin d’offrir plus de solutions aux consommateurs, notamment africains. 2015 s’est donc inscrit dans cette ligne. Nous avons non seulement élargi notre réseau, mais aussi ajouté le nombre de comptes bancaires connectés à Western Union. Nous avons aussi développé des partenariats avec les opérateurs mobiles. En un mot, 2015 fut une bonne année pour nous.

Quels sont les grands projets prévus pour cette année 2016 ?
Nous nous intéressons aux projets qui touchent au digital. Les consommateurs ont plus accès à un téléphone portable qu’à un compte bancaire. Naturellement, il faut capitaliser sur ces avancées technologiques afin de diversifier davantage notre offre de service. Nous continuons de réfléchir dans ce sens. Cela dit, dans beaucoup de nos pays, les gouvernements sont préoccupés par des questions de bancarisation de la population. Je pense que nous avons un rôle à jouer afin d’aider à créditer ces comptes.

En Afrique, quelles sont les régions les plus dynamiques pour Western Union ?
Sur le continent, le Nigéria est le pays le plus actif en termes de mouvements de transferts d’argent. Le montant pour ce pays est d’environ 21 milliards de dollars de réception de fonds envoyés depuis l’extérieur, selon la Banque mondiale. L’Égypte est aussi un marché très dynamique. Le Maroc est également un gros receveur de montants envoyés, soit entre 6 à 7 milliards de dollars. Il en est de même pour des pays comme le Sénégal ainsi que le Kenya qui sont également de grands receveurs. Ce qu'il est important de noter par rapport à notre activité, ce sont les corridors de transfert de fonds. Par exemple, on peut dire que l’axe Espagne-Maroc est un corridor. Globalement, nous constatons que dès qu’un corridor baisse en activité, il est automatiquement remplacé par un autre. Par exemple, les difficultés économiques que l’Espagne a connues ces dernières années se sont répercutées par une baisse des envois des émigrés marocains résidant dans ce pays. Au même moment, nous avons observé une accélération du flux migratoire vers le Moyen-Orient ainsi que des transferts depuis cette région en direction du Maroc.

Sur le continent, quelle partie est plus dynamique dans vos activités : l’Afrique anglophone ou francophone ?
Nous ne faisons pas de segmentation dans ce sens. Chaque pays a ses spécificités. Je ne pense pas que ce soit judicieux de séparer l’Afrique anglophone de l’Afrique francophone car les migrations sont tout aussi développées de part et d’autres.

L’Afrique reçoit de l’argent envoyé par ses migrants. Mais est-ce que le continent est une zone émettrice de transferts d’argent ?
L’Afrique envoie de l’argent ! Pendant longtemps, ce sont des pays comme la Libye, l’Angola et la Côte d’Ivoire qui étaient à la fois receveurs et émetteurs. Ces économies avaient drainé des flux migratoires en raison de leur émergence économique.

Qu’en est-il de l’importance des flux intra-africains, par rapport à ceux venant hors d’Afrique ?
Les montants moyens envoyés depuis l’extérieur du continent sont plus importants, mais il y a une dynamisme que nous observons à l’intérieur du continent. Il y a des mouvements très intéressants qui ont lieu. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la plus grande partie de la migration se fait dans la région. Cela se répercute également sur les envois de fonds.

La situation sécuritaire en Afrique n’impacte-t-elle pas vos activités ?
Lorsqu’il y a une insécurité dans un endroit donné, elle va entraîner des flux migratoires vers d’autres régions. Il y a donc un mouvement de balancier qui se crée et permet à notre activité d’être résiliente comparée à d’autres activités économiques.

Par rapport aux autres régions du monde, où classeriez-vous l’Afrique ?
L’Asie fait partie des plus grands receveurs d’argent au monde, notamment des pays comme l’Inde et la Chine. Il en est de même pour l’Amérique latine, surtout des pays comme le Mexique. Cela dit, avec 21 milliards de dollars de fonds reçus, le Nigéria se classe à la 5e place au niveau mondial. Donc, dans l’absolu, l’Afrique se classe bien après certaines régions, voire certains grands pays du monde, mais cela n’enlève rien à la dimension et à l’impact que ces flux ont sur le développement du continent aussi bien sur le plan macroéconomique que microéconomique.

Western Union est désormais très concurrencée sur le marché du transfert d’argent. Comment vivez-vous cette concurrence ?
J’ai tendance à dire que la concurrence est quelque chose de positif. Elle permet d’exceller dans les réponses que nous apportons à nos consommateurs. Notre activité devient de plus en plus complexe, au vu du nombre d’intervenants, mais aussi de l’environnement réglementaire. Ce dernier requiert des investissements particuliers afin d’être en ligne avec les règlements des différents pays où nous sommes implantés. Pour Western Union, le fait d’être à l’écoute d’un marché en pleine transformation et le fait d’investir dans la sécurité et la conformité nous permet d’être dans une position unique et de continuer à jouer un rôle plus important dans l’industrie du transfert d’argent.

Mais est-ce que les facilités offertes par les nouveaux concurrents ne font pas de Western Union un acteur réservé à l’élite ?
Western Union s’inscrit dans la durabilité de son service. Cela dit, dans notre activité, si l’on veut être un acteur sérieux il y a des fondamentaux à prendre en compte. L’aspect réglementaire, les relations avec les consommateurs et les partenaires sont essentiels dans notre industrie. Aujourd’hui, Western Union sert 16.000 corridors qui nous permettent d’avoir de la durabilité et de faire des investissements dans les domaines fondamentaux ainsi que d’offrir un service de qualité aux partenaires et aux clients.

Ne pensez-vous pas que les prix appliqués par Western Union sont trop chers ?
Le coût de la transaction est lié à plusieurs facteurs : la distribution, le réseau, la fiscalité, les besoins en formation, les investissements dans les procédures d’anti-blanchiment d’argent, etc. Tous ces éléments contribuent à offrir un service de qualité aux clients et requiert un investissement. Les prix que nous appliquons varient par corridors et par pays. Nous sommes conscients que le client est très au fait des différentes offres existantes sur le marché. Il ne se gênera pas de choisir le moins cher pour lui. Donc aucun acteur ne peut être au-delà des prix du marché. Globalement, les prix appliqués par Western Union à l’échelle globale se situent entre 5 et 6% du total du montant envoyé. En Afrique, nous appliquons les mêmes taux. À mon avis, il faut éviter certaines extrapolations.

Vous avez récemment pris part à l’édition 2016 de l’Africa CEO Forum. Quel en a été le principal apport selon-vous ?
Je pense que c’est un forum qui est très positif, dans la mesure où il permet aux leaders d’entreprises africaines de se rencontrer, de parler des enjeux et des perspectives du continent. J’en retiens un optimisme par rapport à ce que l’Afrique a à apporter comme croissance, non seulement en 2016, mais aussi lors des années à venir. J’ai aussi retenu un réalisme par rapport aux enjeux et aux problématiques auxquelles nous faisons face pour que l’Afrique puisse libérer les opportunités dont elle dispose. À l’Africa CEO Forum, Western Union a également eu l’honneur d’offrir un déjeuner portant sur le rôle de la femme dans l’entreprise et qui a vu la présence de femmes africaines exceptionnelles de plusieurs profils et pays. Ce fut une opportunité de discuter du rôle de la femme dans l’activité économique. 

À l’instar des années précédentes, 2015 a été fructueuse pour le secteur bancaire marocain en Afrique subsaharienne. Les filiales africaines poursuivent leurs contributions dans les résultats nets des banques marocaines.

L’Afrique continue d’être rentable pour le secteur bancaire marocain. Les résultats de l’exercice 2015 des différents établissements marocains implantés sur le continent sont là pour le rappeler. D’Attijariwafa bank (AWB) à la BCP, en passant par la BMCE Bank of Africa, les satisfecit sont quasiment les mêmes. Partout, on fait état d’un «développement soutenu», d’une «forte croissance» ou encore de «consolidation» des activités africaines. Cette bonne tenue des activités sur le continent est d’ailleurs soulignée par les analystes à la Bourse de Casablanca, qui notent que «la masse bénéficiaire de l’ensemble des banques cotées ressort en amélioration en 2015, capitalisant sur la baisse de la charge de risque et la montée en puissance des activités à l’international». Par activité à l’international, il faut essentiellement comprendre l’apport des filiales africaines. Ainsi, «le PNB sectoriel s’est hissé de 0,9% à 53,2394 MMDH», indique-t-on auprès d’Equity Research, qui constate que «la baisse attendue du résultat des activités de marché de la banque au Maroc a été largement compensée, d’une part, par la progression de la contribution des filiales africaines et, d’autre part, par la hausse de la marge d’intérêt».

2,7 millions de comptes pour la BOA
À la BMCE Bank of Africa, le management se félicite de l’expansion du groupe BOA au Rwanda en 2015, après le Togo en 2013 et l’Éthiopie en 2014. Actuellement, 31% du résultat net part du groupe provient de l’Afrique. Il est essentiellement porté par le groupe BOA, dont la croissance au résultat net consolidé s’est établie à 6,2%, soit 95,6 millions d’euros. En outre, la banque de Othman Benjelloun se félicite d’un «développement soutenu» du fonds de commerce, avec l’ouverture de 34 nouvelles agences, portant ainsi la taille du réseau à 495 agences en 2015. En outre, la banque indique avoir ouvert, au cours de l’année écoulée, près de 470.000 nouveaux comptes, portant le nombre de comptes à près de 2,7 millions, en évolution de 21%. Le groupe poursuit le renforcement de son activité commerciale sur un rythme de progression à deux chiffres: les crédits sont en hausse de 11,8%, alors que les dépôts s’envolent de 16,5%, s’établissant respectivement à 3,5 et 4,7 milliards d’euros. Ces bons résultats de BOA s’ajoutent à l’activité d’autres filiales, telles que La Congolaise de banque ainsi que la Banque de développement du Mali.

Attijari lorgne l’Afrique de l’Est
Pour sa part, Attijariwafa bank, qui dispose du réseau d’agences le plus dense en Afrique de l’Ouest, se félicite d’une «forte croissance de la banque de détail à l’international». Lors de l’exercice 2015, celle-ci a enregistré une «progression soutenue» au résultat net part du groupe de plus de 30,6%. «Cette performance s’explique par une croissance organique élevée notamment au niveau des filiales de tailles importantes, par la poursuite du déploiement des programmes d’intégration, de transformation et de synergies lancés à l’issue de chaque acquisition», détaille le top management d’Attijariwafa bank. De même, le renforcement de la participation dans le capital des filiales sénégalaises (CBAO) et ivoirienne (SIB) à 83% et à 75% respectivement, a été très impactant dans la consolidation des activités d’Attijariwafa bank sur le continent. Le groupe, qui entend désormais mettre le cap sur l’Afrique de l’Est, notamment anglophone, a réussi, en 2015, l’ouverture d’une succursale de la CBAO au Bénin, complétant ainsi sa présence dans la zone UEMOA.

La BCP en croissance
Pour sa part, la Banque centrale populaire (BCP), indique poursuivre «la croissance enclenchée depuis deux ans» en Afrique subsaharienne. Celle-ci vise à renforcer la bancarisation et l’inclusion financière des populations, avec notamment la création de deux entités de micro-finance et la prise de contrôle de quatre compagnies d’assurances. Concernant ses activités, menées par sa filiale Banque Atlantique, elles se maintiennent dans une dynamique de «progression remarquable», indique la BCP. Cette belle dynamique concerne notamment les dépôts de la clientèle, qui ont progressé de 16,5%, ainsi que les crédits, qui se bonifiés de 11,8%. À l’instar de la BMCE BOA et d’Attijariwafa bank, la BCP, implantée dans 7 pays au Sud du Sahara, organise à son tour des missions d’affaires au Maroc et en Afrique subsaharienne au profit de ses clients. Ces événements sont menés en partenariat avec Maroc Export. 

La semaine du développement africain, ouverte le 31 mars dernier à Addis Abeba prend fin ce mardi. Une trentaine d’événements ont été organisés pour réfléchir sur les grands axes de l’agenda 2063, censé concrétiser le développement du continent. Cette manifestation d’envergure a attiré quelques 3.000 participants issus de diverses sphères. La Commission économiques des Nations-Unies en a profité pour publier une série de rapports consacrés à de nombreux secteurs clés sur le continent. De même, plusieurs panels ont été consacrés à des sujets de l’heure.

Le Maroc et le Sénégal
boudent les travaux
L’ouverture, jeudi 31 mars, des activités de la Semaine du développement africain a été très houleuse. La présence de la délégation du Polisario aux travaux de la 9e réunion du Comité des experts sur les affaires financières et économiques a fait sortir la délégation marocaine de ses gonds. Celle-ci a fustigé l’invitation de cette «entité non reconnue par l’ONU et la majorité des pays africains». Après avoir demandé en vain la suspension de la séance pour faire la lumière sur la présence de la délégation du Polisario, les représentants du Maroc ont finalement décidé de quitter la réunion, soutenus par la délégation sénégalaise. À Addis-Abeba, la question du Sahara a divisé les pays africains en deux camps : l’Afrique francophone largement acquise à la cause du Maroc, contre l’Afrique anglophone qui soutient la pseudo RASD.

Industrie pharmaceutique
Le modèle marocain distingué
L’industrie pharmaceutique est l’un des secteurs les plus dynamiques sur le continent. Elle est, pourtant, portée par une poignée de pays, dont le Maroc. Lors d’un panel portant sur ce secteur, les experts ont indiqué que «le Maroc est l’un des meilleurs exemples dans l’industrie pharmaceutique en Afrique. C’est ­­­un pays qui compte 40 unités industrielles dans ce secteur et qui couvre plus de 70% de ses besoins en médicaments». L’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Égypte ainsi que le Kenya et le Ghana figurent également parmi les rares pays qui se distinguent dans le domaine. En Afrique, l’industrie pharmaceutique poursuit sa croissance. Entre 2007 et 2013, son poids est passé de 4,7 milliards de dollars à 8 milliards de dollars. En 2020, il devrait s’établir à hauteur de 40 à 65 milliards de dollars.

Côte d’Ivoire
Meilleure croissance africaine
La Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies a lancé, dimanche dernier, des profils complets et analytiques des 20 pays africains afin de soutenir les dirigeants du continent dans leurs processus de planification et de formulation des politiques. 14 pays sur 20 évalués ont enregistré des taux de croissance au-delà de la moyenne africaine de 3,9%. La Côte d'Ivoire a présenté la plus forte croissance économique en 2014 avec une croissance du PIB réel de 8,5%. Le Rwanda et la Tanzanie arrivent en deuxième position avec une croissance de 7%. Le lancement de ces profils pays a été l’un des moments forts de la Semaine du développement de l’Afrique. L’événement a attiré plus de 100 experts et économistes africains.

Transfert d’argent
Encourager la concurrence
Les envois de fonds des migrants africains ont atteint 66 milliards de dollars en 2015. Toutefois, envoyer de l’argent vers l’Afrique coûte plus cher par rapport à la moyenne mondiale. Pour l’Union africaine, la venue de nouveaux opérateurs permettra de réduire ces coûts de transfert. «La diversité des acteurs dans ce secteur permettra de réduire les coûts d’envoi. Nous appelons à ce que les réglementations des différents pays facilitent l’activité pour les nouveaux acteurs». Cette déclaration est d’Amadou Cissé, directeur exécutif par intérim de l’Institut africain des transferts de fonds. Par ailleurs, la cherté des transferts d’argent ne concerne pas uniquement les flux en provenance de l’extérieur du continent. En effet, entre les pays africains, elle est encore plus élevée, avec une moyenne de 13,4%.

Accords d’investissements
La renégociation à l’ordre du jour
Les pays africains ont signé près du tiers des traités bilatéraux d’investissements dans le monde, soit plus de 1.000 accords. Les gouvernements ont conclu ces traités dans l’objectif «d’encourager» les investissements directs étrangers (IDE). Toutefois, au niveau de la CEA, on estime que la plupart des accords ont été signés dans l’empressement et sans études préalables. Conséquence, les accords d’investissements sont plus profitables aux pays investisseurs étrangers qu’aux pays africains, ce qui pousse certaines voix à appeler à leur renégociation. Par ailleurs, on estime que les flux nets d’IDE vers l’Afrique sont 5 fois plus importants que lors de la dernière décennie, passant de 9,6 milliards de dollars en 2000 à 54 milliards en 2014. 

Bruno Bensasson 
Directeur général d’ENGIE pour l’Afrique

ENGIE, nouveau nom du Français «GDF Suez», voit grand en Afrique. Son département dédié au continent ambitionne d’étendre sa présence, sur celui-ci, aux pays de la région subsaharienne. Pour Bruno Bensasson, directeur général d’ENGIE pour l’Afrique, le Maroc constitue un bel exemple en termes de gestion du secteur électrique.

Les Inspirations ÉCO : Pourquoi ENGIE décide-t-elle de mettre le cap sur l’Afrique ?
Bruno Bensasson : Ce n’est pas aujourd’hui que nous nous lançons en Afrique. Cela fait 10 ans que nous sommes sur le continent. Nous sommes particulièrement heureux des activités que nous développons ici, au Maroc, en partenariat avec Nareva, ainsi que dans les services. Malgré cette présence, nous avons aujourd’hui l’ambition d’accélérer notre développement sur le continent. En dehors de l’Afrique du Nord et du Sud, ENGIE entend être plus présent dans la partie subsaharienne du continent africain. Nous sommes dans une vision partenariale, de valeurs partagées avec les clients africains, ainsi qu’avec les collectivités locales et les entreprises.

Quels types d’investissements comptez-vous effectuer en Afrique ?
Nous ambitionnons de nous développer dans trois types d’activités. D’abord, dans les services d’efficacité énergétique, c'est-à-dire dans l’accompagnement de nos clients dans leurs besoins en matière de fournitures de services, notamment les entreprises industrielles, ainsi que celles opérant dans le domaine agricole et le secteur tertiaire. Ensuite, ENGIE vise la production d’électricité centralisée, principalement dans les énergies renouvelables et le gaz. Il s’agit d’un secteur dans lequel nous avons une grande expertise, surtout pour tout ce qui concerne l’exportation et le transport de gaz naturel, sans oublier la production d’électricité à partir du gaz naturel. D’ailleurs, c’est un très bon complément aux énergies renouvelables car ils se marient parfaitement sur la base d’un nouveau mix énergétique conçu dans certains pays comme le Maroc. Enfin, notre dernière activité concerne l’offre de solutions pour satisfaire une certaine partie des besoins des populations. Les cibles principales sont les régions les plus distantes et les moins denses.

Quels sont les principaux pays ciblés par ENGIE ?
Cette question est très délicate. Je n’aimerais pas faire de jaloux en y répondant (rires). Ce que je peux dire, c'est que nous sommes très heureux de notre présence au Maroc et dans d’autres pays du Maghreb, ainsi qu’en Afrique du Sud. Désormais, nous voulons aller au-delà de ces pays en pénétrant de nouveaux marchés en Afrique de l’Ouest, du centre et de l’Est. Dans cette logique, nous avons déjà ouvert deux bureaux à Abidjan et à Nairobi. Nous ne comptons pas nous arrêter là, car vu les enjeux de l’électricité sur le continent, il nous faudra développer des projets locaux en fonction des pays. Il est encore très tôt pour livrer une liste exhaustive de pays, mais nous sommes à la recherche de cadres institutionnels ouverts à des partenariats avec des acteurs locaux. Ainsi, il serait intéressant d’avoir des cadres réglementaires qui permettraient aux investisseurs privés de nouer des partenariats avec des acteurs locaux afin d’investir dans la durée. Cela permettrait une profitabilité raisonnable avec des risques limités.

Quelles solutions préconisez-vous pour l’électrification du continent ?
L’Afrique fait face à de nombreux défis, mais il y a aussi une raison de penser que ces défis peuvent être relevés. On note une très forte demande et des progrès dans la gouvernance du secteur électrique. Certains pays, à l’instar du Maroc, sont exemplaires dans ce domaine. Moyennant une bonne gouvernance, il y a une bonne raison de penser que l’offre satisfera la demande. Dans un autre sens, les progrès des énergies renouvelables peuvent contribuer à un mix énergétique pour arriver au bout du défi de l’électrification. À l’image du secteur des télécoms, l’électricité peut également développer des modèles de business rentables. 

Alpha Barry 
Ministre des Affaires étrangères, de la coopération et des Burkinabè de l’extérieur 

Au Burkina Faso, le nouveau gouvernement souhaite renforcer les échanges commerciaux avec le Maroc en faisant de l’agriculture un secteur prioritaire de la coopération avec Rabat. Dans cette interview, Alpha Barry, le nouveau chef de la diplomatie burkinabè fait le bilan des relations bilatérales avec le royaume et énonce son programme pour un rayonnement international du pays des «hommes intègres».

Les Inspirations ÉCO : Le chef de la diplomatie marocaine est attendu demain à Ouagadougou. Quelles appréciations faites-vous des relations entre le Maroc et le Burkina ?
Alpha Barry : Le Burkina et le Maroc entretiennent d’excellentes relations. Le Maroc est très présent dans plusieurs secteurs économiques au Burkina Faso. En plus des banques avec CBAO Attijariwafa bank, BOA, et Banque Atlantique, les entreprises marocaines s’activent également dans les assurances avec Saham, ou encore dans l’immobiliser et la cimenterie à travers le groupe Addoha. Notre objectif est à présent de renforcer les investissements et les échanges. D’ailleurs, nous comptons négocier avec le Maroc pour la suppression du visa d’entrée entre les deux pays. Car, il faut rappeler que les citoyens burkinabè sont les rares de la sous-région qui sont obligés d’avoir un visa pour entrer au Maroc. Je pense que les échanges peuvent se renforcer davantage si nous parvenions à supprimer le visa entre nos deux pays. Nous considérons le Maroc comme un partenaire important à la fois sur le plan politique mais aussi économique.

Au Burkina, quels secteurs ont le plus besoin d’investissements, notamment de la part des entreprises marocaines ?
L’agriculture est le secteur qui nous intéresse le plus. Nos pays ont de nombreuses similitudes, comme par exemple la rareté des pluies. Malgré tout, le Maroc a réussi à développer une agriculture performante, qui assure les besoins du marché marocain et exporte vers l’étranger. Ce développement agricole démontre le travail important qui a été fait au Maroc. Aujourd’hui, le Burkina a besoin de suivre le même chemin. Nous comptons ainsi nous inspirer de l’expérience marocaine afin de parvenir à la modernisation de notre agriculture. Cela dit, je rappelle que nos deux pays collaborent déjà depuis 15 ans sur les techniques de provocations des pluies artificielles.

Plus concrètement, comment peut se dessiner cette coopération agricole ?
Nos partenaires marocains peuvent nous aider dans la mise en place d’aménagements agricoles. Le Burkina en a besoin et l’expérience marocaine serait bénéfique à ce niveau. Notre objectif est de faire de l’agriculture un sectaire prioritaire de notre coopération bilatérale.

Vous avez récemment pris les rênes de la diplomatie burkinabè, quelles sont vos priorités?
Nous œuvrons, avant tout, pour une politique de bon voisinage avec les pays de notre sous-région. Cette bonne entente n’a pas toujours été le cas avec tout le monde. Nous comptons aussi mutualiser nos forces pour faire face aux grands défis auxquels la région fait face, aussi bien en Afrique de l’Ouest que centrale. Les défis sécuritaires figurent parmi ces préoccupations, ainsi que le développement, car de nombreux projets incubateurs sont menés et impliquent plusieurs pays. Notre objectif est également d’accéder à de nouveaux marchés, en nouant de nouveaux partenariats. C’est dans ce sillage que nous venons de signer récemment un accord pour l’établissement des relations diplomatiques entre le Burkina et le Turkménistan, un pays d’Asie centrale. Il s’agit d’une ouverture à cette région où nous étions jusque-là absents.

Le volet économique est donc au centre de votre action...
Il figure parmi nos priorités. L’objectif est d’intéresser davantage d’investisseurs afin d’accroitre les investissements dans notre pays. Le nouveau gouvernement est venu avec de nouvelles ambitions afin de répondre aux nombreuses attentes de la population, notamment de la jeunesse. Notre jeunesse réclame des emplois et a manifesté dans la rue pour plus d’équité et de justice sociale. Il y a donc un gros travail à faire à ce niveau. Pour offrir des emplois, il faut des investissements et de la production. Cela ne peut se faire qu’en attirant les investisseurs, notamment étrangers, car l’investissement national ne suffit pas. Le Burkina est à la fois intéressé par des investissements privés et publics.

Qu’en est-il de la coopération internationale ?
Les grands dossiers de notre diplomatie ont trait à la coopération avec les partenaires internationaux du Burkina Faso. Dans la nouvelle configuration du gouvernement burkinabè, le ministère des Affaires étrangères s’occupe de l’ensemble des aspects liés à la coopération internationale. Auparavant, cela se limitait davantage à la coopération régionale au niveau de l’Afrique. Tout un département s’occupe de ce volet, c’est la raison pour laquelle nous renforçons notre présence dans les différents événements importants à travers le monde, à l’instar du dernier Conclave Inde-Afrique à [tenu les 14 et 15 mars] à New Delhi.

Comment les pays de la région ouest-africaine entendent-ils faire face aux menaces sécuritaires ?
Certains pays de la région ont formé le G5. C’est un cadre qui regroupe le Burkina, le Mali, la Mauritanie, le Niger, et le Tchad. À travers ce G5, des bataillons sont en préparation pour participer à la lutte contre l’extrémisme dans la sous-région. Une réunion des ministres de la Défense et des chefs d’État majors des armées des pays membres s’est ténue récemment à N’Djaména, au Tchad. En fin janvier également, lors du dernier Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, une autre rencontre avait été consacrée à la sécurité. Il y a une urgence à mettre en place l’ensemble de ces forces et à combattre les groupes jihadistes et surtout, leurs sources de financement. Les différents trafics qui ont lieu dans la partie Sahélo-saharien de l’Afrique en font partie et il faudrait y mettre fin. En plus, l’attaque du Grand-Bassam en Côte d’Ivoire a considéré un signal fort de l’expansion de ces groupes au-delà de la bande sahélienne. La mutualisation des forces est une nécessité. Cette lutte ne doit pas uniquement impliquer les pays de la zone, mais aussi ceux qui ne sont pas encore concernés par le phénomène du terrorisme comme le Maroc.

Justement en parlant du Maroc, pensez-vous pouvoir développer une coopération sur le plan sécuritaire ?
Le Maroc est un grand pays sur le plan militaire, mais surtout dans le domaine du renseignement. Nous aimerions effectivement bénéficier de l’appui de nos partenaires marocains. Ils ont une bonne connaissance de la région sahélo-saharienne, ainsi que des modes opératoires de ces groupes opérant dans cette partie du continent. Nous comptons énormément sur cette coopération et ce, à plusieurs niveaux : militaire, renseignement, surveillance du territoire, etc.

Qu’en est-il de l’échange des renseignements entre pays de la région ?
Nous échangeons dans le domaine des renseignements de façon bilatérale, mais il urge désormais de passer à un cadre multilatérale. 


 

Rebond de la croissance en 2016

La croissance économique du Burkina a été pénalisée en 2014 et 2015 par la chute des prix des matières premières. En 2016, elle devrait « rebondir » à 5,3%. Cette croissance est essentiellement le fruit de la production de l’or et du coton, qui représentent plus de 80 % des recettes d’exportations. Malgré les prix modérés, la production d’or a de fortes chances de maintenir sa cadence soutenue grâce à la délivrance de plusieurs permis d’exploitation à des sociétés étrangères. Ce qui laisse envisager un début de production de ces mines au cours de 2016. En outre, la création de trois pôles de croissance, après la réussite de celui de Bagré, devrait permettre de lancer de nouvelles activités favorisant la diversification de l’économie et d’attirer des investissements. Néanmoins, le manque d’infrastructures pénalisera toujours l’activité, en raison d’une production et distribution d’électricité très restreintes. La poursuite des investissements publics, soutenus par les nombreux projets de la Banque mondiale, devrait en partie s’atteler à la réhabilitation et l’extension du réseau électrique. Enfin, la stabilisation de la situation politique pourrait favoriser un retour progressif des investissements privés.

Khalil Laabidi : DG de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur de la Tunisie (FIPA Tunisia)

Malgré la menace sécuritaire, la Tunisie n’entend pas perdre davantage de son attractivité. Pour Khalil Laabidi, directeur général de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur de la Tunisie (FIPA Tunisia), les investisseurs étrangers, notamment marocains, peuvent miser sur les projets d’amélioration du climat des affaires pour s’y lancer, sans aucune crainte ! Entretien.

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui fait encore l’attractivité de la Tunisie ?
Khalil Laabidi : La Tunisie a vécu une révolution en 2011 contre plusieurs maux : corruption, système du parti dominant, l’ingérence des politiques dans les affaires économiques, etc. Tout cela relève désormais du passé. Aujourd’hui, la Tunisie est un pays nouveau, jeune, libre et démocratique. Les règles de bonne gouvernance sont désormais la norme. Les réformes sont très engagées sur plusieurs fronts. Qu’il s’agisse du Code des investissements, des lois sur les partenariats public-privé (PPP), de la capitalisation des banques publiques, de la réglementation sur les marchés publics, etc. La Tunisie est un vrai chantier sur le plan des réformes ! Tout ceci, avec le vivier de talents dont dispose le pays constituent un atout pour les investisseurs et fait de la Tunisie une destination d’opportunités pour les affaires, aussi bien en direction de l’Afrique que de l’Europe.

Avec la menace sécuritaire, notamment en provenance de Libye, pensez-vous que la Tunisie pourra attirer les investisseurs ?
La menace sécuritaire est mondiale. Désormais, il faudra composer avec cette menace tout au long des années qui suivront. L’objectif du terrorisme est justement d’arrêter les échanges, d'empêcher les gens de se déplacer librement et de vivre dans la bonne entente. La Tunisie n’est pas le seul pays à connaître des attentats, la France, la Belgique, les États-Unis et d’autres pays africains et du monde entier ont tous été frappés ou sont sous la menace. Il ne faut donc pas avoir peur de ce terrorisme, ni avoir peur de venir en Tunisie. La situation sécuritaire est bien maîtrisée et le peuple tunisien est conscient et uni contre ce fléau en dépit de quelques échappées, mais cela ne doit pas nous arrêter. Nous devons vivre avec cette situation et continuer à combattre le terrorisme dans un cadre régional et global.

Quels sont les secteurs exportateurs de la Tunisie ?
Les secteurs exportateurs de la Tunisie sont multiples. On peut en citer au moins cinq. Le premier est l’industrie automobile, notamment les composants automobiles. La Tunisie est le deuxième fabricant de composants automobiles en Afrique. Le deuxième secteur exportateur, c’est l’aéronautique. Nous avons dans le pays une centaine d’entreprises à la pointe de la technologie qui fabriquent des composants pour Airbus, totalement exportatrices. Je peux même dire que la quasi-totalité des avions Airbus en service actuellement disposent au moins d’une composante fabriquée en Tunisie. Le troisième secteur est celui des technologies de l’information et de la communication (TIC). Nous avons des atouts au niveau des infrastructures des TIC : connexion internet, accès à l’information, maîtrise des langues, abondance des ingénieurs sur le marché, etc.

Quid des énergies
renouvelables ?
La Tunisie dispose d’un savoir-faire dans les énergies renouvelables. Nous venons d’adopter une loi sur les énergies renouvelables qui va nous permettre de faire une belle avancée dans ce domaine. Enfin, la Tunisie est aussi un pays qui dispose d’un fort potentiel dans le secteur de l’agroalimentaire et surtout en matière de produits bio, la Tunisie est le 8e pays accrédité en tant qu’exportateur de produits «bio» sur le marché de l’Union européenne.

Justement dans l’agroalimentaire, quels sont vos plus grands atouts ?
Pour la campagne 2014-2015, la Tunisie a été classée premier exportateur mondial d’huiles d’olives. Cette huile est en plus de très bonne qualité. Aussi, nous sommes le premier producteur mondial de dattes, ainsi que le deuxième producteur africain de produits «bio». Nous savons qu’en Afrique il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine et un potentiel énorme et nous sommes entièrement à la disposition du continent pour partager notre expérience.

Quel partenariat est possible entre la Tunisie et le Maroc pour aller en Afrique ?
Les fondements de l’économie marocaine et les ambitions de développement de ce pays frère et ami sont quasi-similaires à ceux de la Tunisie. Nous avons aussi des caractéristiques différentes qui constituent une richesse. Géographiquement, les deux pays peuvent servir un spectre territorial plus large vu leurs positions sur le continent. Malgré tout, nos deux économies peuvent être complémentaires. Nous pouvons développer ensemble une politique «Afrique du Nord-Afrique subsaharienne» qui serait très bénéfique pour tout le continent.

La Tunisie a-t-elle besoin des investisseurs marocains ?
Bien sûr ! Les investisseurs marocains sont les bienvenus en Tunisie. D’ailleurs, je rappelle que les investisseurs tunisiens ont déjà fait le pas en direction du Maroc. De plus en plus d’opérateurs tunisiens se lancent sur le marché marocain et je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas seulement de petites entreprises, mais de multinationales car nous disposons de multinationales 100% tunisiennes. En un mot, la Tunisie investit au Maroc et nous encourageons et invitons chaleureusement nos frères marocains à faire de même en Tunisie. C’est ainsi que nous pourrons parvenir à un partenariat gagnant-gagnant.

La Tunisie a récemment pris part au Forum Afrique développement à Casablanca, quel en était l’objectif ?
Notre but était d’abord de rappeler encore une fois que la Tunisie est un pays africain. Nos racines sont africaines et nous nous devions d’être présents à cet important événement car c’est un cadre où nous pouvons rencontrer des dirigeants du continent. Ensuite, nous nous sommes rendu compte que les opportunités d’investissement en Tunisie ne sont pas très connues, surtout ce que la Tunisie peut apporter à l’Afrique. En France, en Allemagne par exemple, les opérateurs économiques sont conscients de ce que la Tunisie peut apporter au continent, mais paradoxalement, ce n’est pas le cas en Afrique. Enfin, nous avons la conviction qu’il y a actuellement un «projet Afrique». Le monde entier est orienté vers le continent, qui offre de réelles opportunités. Seulement, les pays africains continuent de négocier un à un, ce qui n’est pas de nature à les renforcer. D’où notre conviction qu’il faut une coopération sud-sud.

Comment concevez-vous cette coopération sud-sud ?
La Tunisie est prête à coopérer dans ce cadre sud-sud. Nous savons qu’il y a des synergies possibles entre pays africains. Il faut donc les évaluer pour ensuite entamer les négociations avec les autres continents. Nous sommes très ouverts à la coopération avec le reste du monde, mais nous estimons qu’il est aussi primordial d’unir nos voix en tant qu’Africains.

Qu’est-ce que la Tunisie peut proposer aux pays africains ?
D’abord, la Tunisie a une position historique et géographique distinguée. Notre pays a commencé à commercer avec le monde extérieur depuis 870 avant Jésus Christ grâce notamment au port punique de Carthage. Nous avons donc un savoir-faire qui constitue notre premier atout. Deuxièmement, sur le plan géographique, notre pays se trouve à trois quart d’heures de l’Europe par avion.

Nous avons des conventions de libre-échange avec l’Union européenne ; avec les pays arabes, à travers l’accord d’Agadir ainsi qu’avec la Turquie. Cela donne aux investisseurs en Tunisie des opportunités pour échanger avec un marché de 800 millions de consommateurs. Troisièmement, la Tunisie est un vivier de talents et de savoir-faire. Depuis les années 50, nous investissons dans la formation et aujourd’hui, nous disposons de ressources qualifiées dans de nombreux domaines tels que l’ingénierie et la R&D. 


 

La Tunisie en quête de communautés économiques

La Tunisie a présenté des demandes officielles pour adhérer aux Communautés économiques des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de l'Afrique centrale (CEEAC) et au marché commun des États de l'Afrique australe et de l'Est (COMESA), a affirmé vendredi 11 mars, le ministre tunisien du Commerce, Mohsen Hassen. «Il s'agit d'offrir un cadre juridique au développement des relations économiques entre la Tunisie et les groupements africains», ajoute le responsable. La conquête des marchés africains figure parmi les priorités actuelles du pays, indique-t-il. Par ailleurs, le département tunisien du Commerce est en train de peaufiner une nouvelle stratégie nationale de promotion des exportations, dont les détails seront annoncés mi-avril. En Tunisie, plusieurs pistes sont actuellement étudiées pour booster les échanges avec le continent. Les préoccupations des entreprises exportatrices sont notamment liées à la complexité et la lenteur des procédures administratives, douanières et techniques ainsi qu'au manque de lignes maritimes et aériennes permanentes liant la Tunisie aux pays africains.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, vient de boucler une tournée dans 4 pays de l’Afrique de l’Ouest. Ce déplacement s’est soldé par la signature de plusieurs accords bilatéraux et donne un nouveau signal fort sur les ambitions des Turcs qui apparaissent comme de redoutables concurrents pour les opérateurs marocains.

La Turquie est de retour sur le continent. En plus du sommet Afrique-Turquie qui a réuni à deux reprises dirigeants africains et turcs en 2008 et 2014 (www.leseco.ma), Recep Tayyip Erdogan a pris cette fois son bâton de pèlerin pour sillonner, à sa manière, une partie du continent africain. Du 28 février au 3 mars, le chef de l’État turc a visité quatre pays d’Afrique de l’Ouest. Accompagné d’une forte délégation officielle et de quelque 150 hommes d’affaires, le président de la Turquie a visité deux économies anglophones, à savoir le Nigeria et le Ghana, et deux francophones, la Côte d’Ivoire et la Guinée-Conakry. La «tournée» a été couronnée par la signature de plusieurs accords et mémorandums bilatéraux. En Côte d’Ivoire par exemple, neuf accords de coopération, dont deux relatifs aux investissements, ont été conclus dans ce pays qui a accueilli 100 millions de dollars des investisseurs turcs.

Enjeux
Ce déplacement d’Erdogan, aux allures d’«offensive turque», intervient quelques jours après son passage au Sénégal, visite au cours de laquelle il a été annoncé que c’est une entreprise turque qui se chargera désormais de terminer les travaux de construction du nouvel aéroport international du pays, suite au départ de Saudi Bin Laden. Si Erdogan prend le temps de se déplacer en Afrique dans ce contexte de tensions extrêmement vives à la frontière syrienne de la Turquie, c’est parce que les enjeux sont économiquement très importants pour l’ex-puissance ottomane. Bien que loin derrière les puissances occidentales, la Turquie entend pleinement tirer son épingle du jeu dans l’émergence annoncée du continent.

Déclaration de Malabo
Ce positionnement est centré sur des secteurs clés et en vogue en Afrique : biens de consommation, d’équipement, mais surtout les BTP, à travers des gains de marché dans d’importants chantiers d’infrastructures. Depuis la Déclaration de Malabo en 2014, et sur demande des chefs d’État africains, le champ d’intervention des opérateurs turcs est appelé à s’élargir à l’agriculture, à l’industrie, de même qu’au secteur minier, en plus de la promotion de l’industrie pharmaceutique. En somme, la Turquie avance à grands pas sur le continent. Si elle n’arrive pas à rattraper les grandes puissances, la «Sublime porte» s’emploie à creuser l’écart face aux nouveaux acteurs en jeu… comme le Maroc.

Et le Maroc ?
Ces dernières années, avec la poussée rapide du royaume sur le continent, on s’attend de plus en plus à un match Maroc-Turquie. Cependant, le royaume a encore un grand retard à rattraper : «les entreprises turques sont très habituées à l’export, ce qui n’est pas encore le cas des opérateurs marocains qui, en grande majorité, s’y initient», reconnaît d’emblée Hassan Sentissi, le président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX). Selon lui, en plus de leur expérience, les concurrents turcs «bénéficient de nombreux avantages et des subventions» que les sociétés marocaines n’ont pas encore. D’où l’urgence, pour les entreprises nationales, de soigner leur offre exportable à l’international, notamment en direction de l’Afrique ! 

Chiffres clés

4
Le président Erdogan a visité 4 pays en 5 jours, à savoir la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Ghana et la Guinée. Plusieurs accords bilatéraux ont été signés.

150
Quelque 150 hommes d’affaires turcs ont accompagné le président Erdogan, et au moins 5 ministres.

23,4
Le montant des échanges entre la Turquie et l’Afrique a atteint 23,4 milliards de dollars en 2014.

10
Depuis l’an 2000, les échanges avec l’Afrique subsaharienne ont été multipliés par 10.

2,4
Le montant sus-cité représente 2,4% des échanges de l’Afrique avec le reste du monde.

50
La Turquie ambitionne de porter les échanges avec l’Afrique à 50 milliards de dollars en 2018.

3
Depuis 2009, la Turquie a triplé le nombre de ses ambassades en Afrique et en compte actuellement plus de 30.

33
Entre 2008 et 2016, la Turkish Airlines est passée de 4 destinations africaines à 33, dans 18 pays du continent.

25
La Turquie est le 25e pays non africain membre et actionnaire de la BAD.

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