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Maroc
Mehdi Alioua. Sociologue, professeur à l’Université internationale de Rabat et titulaire de la chaire Migrations, mobilités, cosmopolitisme

Ce sociologue est un des observateurs avisés des migrations internationales au Maroc. Chercheur de terrain, il nous livre son diagnostic de l’évolution des politiques migratoires.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé récemment son bilan de «la lutte contre l’immigration irrégulière et la lutte contre les réseaux de la traite». Quelle lecture faites-vous de ces chiffres ? Et pourquoi le gouvernement tient à chaque reprise à communiquer ces données ?
C’est une excellente chose que le gouvernement marocain communique et permette ainsi un espace ouvert où l’on puisse confronter les analyses. Par exemple, en tant que sociologue des migrations internationales, je ne classe pas de la même manière les personnes en migration que le ministère de l’Intérieur. Un ensemble de personnes sont effectivement des passeurs mais la plupart cherchent seulement à sortir de l’impasse marocaine dans laquelle elles se trouvent : ne pas pouvoir rester au Maroc car sans papier et sans perspectives, ne pas pouvoir rentrer chez elles car persécutées ou alors endettées pour payer le voyage qu’elles ne pourront pas rembourser sans trouver un travail qui paye bien. Et il y a encore plein d’autres types de situation. Que l’État marocain accepte d’être challengé sur ces dimensions sociales et humanistes est un signe de bonne santé politique de notre pays.

Depuis des mois et surtout avec les opérations menées à partir d’août au nord, on entend moins parler de la SNIA et de ses mesures. L’approche sécuritaire-a-t-elle prise le dessus sur l’approche globale et humaniste adoptée à partir de septembre 2013 ?
Oui, c’est un fait indéniable : il y a eu un tournant sécuritaire ! Celui-ci nous a été expliqué par Mr le gouverneur Zerouali comme étant une réponse à la reprise du «hrig» des Marocains d’un côté et de la hausse spectaculaire des tentatives de passages vers l’Espagne par les non ressortissants de l’autre. Je peux comprendre la réponse sécuritaire mais je suis très inquiet car cela ne pourra pas fonctionner longtemps. Il y a le danger qu’une partie des Marocains et des autorités fassent des amalgames et cela fragiliserait notre politique d’intégration d’un côté et notre politique africaine de l’autre. D’une certaine manière, nos autorités elles aussi sont un peu «bloquées» face à cette situation. Il faudrait penser à une nouvelle campagne de régularisation pour les 15 à 20.000 de personnes qui n’ont pas réussi à être régularisées.

Selon l’Intérieur, les Marocains représentent 20% des personnes ayant tenté d’émigrer de manière irrégulière. Comment expliquer/comprendre ce retour des départs des Marocains ?
Tant qu’on n’a pas de recherche de terrain sur cette reprise, on ne peut avancer que des hypothèses qui devront être validées par une étude empirique. Pour moi, il y aurait la concordance de trois choses : une poussée démographique dans la classe d’âge des 16-24 ans avec beaucoup de jeunes sans espoir à cause du chômage et des problèmes à l’école ; une perte de confiance chez les Marocains en général et cette catégorie en particulier dans la capacité du gouvernement de redresser les choses (surtout pour nos compatriotes du Nord et du Rif après Al Hoceïma) ; un retour de la croissance économique en Espagne et un nouveau gouvernement avec la rumeur d’une nouvelle campagne de régularisation. N’oublions pas que l’Espagne est le deuxième pays d’accueil des Marocains et donc il y a une résonance entre notre société grâce à tous ces liens transnationaux.

Depuis décembre l’Espagne et le Maroc mènent une campagne pour que l’UE augmente les fonds alloués au royaume du Maroc. La gestion des frontières a-t-elle besoin de plus d’argent ou d’une vision nouvelle de la gestion de ce sujet ?
Pour moi comme pour des centaines de chercheurs, au sujet des migrations dans le monde, il est évident qu’il faille une nouvelle vision. Ces frontières nous empoisonnent : on ne peut pas d’un côté vanter le mérite du libéralisme, la libre circulation des marchandises, les mobilités des étudiants et des cadres et de l’autre empêcher celles de certaines catégories sociales et raciales sans créer des frustrations et de la violence.

Au Maroc, un discours xénophobe commence à faire son apparition sur la place publique, il met en concurrence travailleurs marocains et étrangers. Quelle lecture faites-vous de ce discours ? Et comment y répondre ?
Ce discours est totalement démagogique. Premièrement, de manière générale la concurrence entre travailleurs étrangers et nationaux a été étudiée partout dans le monde où il y a eu des migrations massives et cela a été soit relativisé, soit carrément écarté. Deuxièmement, au Maroc il ne s’agit que de quelques dizaines de milliers de personnes. Moins de 30.000 qui sont sur le marché du travail à travailler ou à essayer de le faire…Ce chiffre est tellement microscopique que ceux qui veulent jouer sur la peur des Marocains sont clairement des démagogues. Troisièmement, notre pays a besoin d’une refonte de son système salarial avec un respect des contrats de travail, du temps de travail, des salaires, etc. 

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