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Personnages publics, femmes au foyer, professionnelles, étudiantes, qu’elles soient au Maroc ou ailleurs, elles se réunissent toutes dans des groupes fermés ou secrets sur Facebook, pour partager et donner une chance à un échange sans limites.

 

Pour pouvoir être libres, et briser tous les tabous. Elles adorent se retrouver entre elles, discuter de tout et de rien, parler de ce qui les tracasse, de ce qu’elles aiment, se conseiller, se raconter les histoires les plus intimes, s’entraider. Puis échanger sur l’amour, la cuisine, l’actualité, la mode et la vie.

Les moyens de se regrouper et de créer des moments de familiarité entre femmes, se sont développés avec le temps, essentiellement avec les différents moyens de communication disponibles maintenant. Cependant, leur but ultime reste inchangé : briser les voiles afin de faire valoir un univers de grand partage purement féminin et sans jugement.

À quoi ressemble le monde des Ladies marocaines, ce monde où les femmes brisent la différence et se regroupent pour faire valoir leurs pensées et leurs positions ?

Autrefois, La3chiyat

Que ce soit pour se retrouver dans la maison d’une personne d'entre elles, choisie autour d’un repas, ou pour organiser un après-midi direction bain maure “3chiya del hammam”. Les Marocaines d’autrefois, malgré la restriction des moyens permettant la fluidité de communiquer, avaient leurs petites habitudes pour se consacrer au moins une seule soirée, purement féminine par semaine. Ce concept, différent d’une région à l'autre, repose sur un principe, partout simple et accessible.

Dans certaines régions dont Fés, Salé et Tanger, la3chiya s’organisait à tour de rôles (Daret). Une femme sélectionnée reçoit ses cousines, voisines, et connaissances autour d’un repas aromatisé d’une ambiance festive alliant chant, papotage, et bonne humeur pour se décontracter.

Adoptées pendant de longues années par nos anciennes, ces habitudes restent rarement prisées par cette nouvelle génération. Contraintes de suivre les tendances d’un monde qui va trop vite, qui se développe rimant avec leurs responsabilités grandissantes, et leur intégration massive dans le monde du travail. Les jeunes femmes s’adonnent à une ambiance féminine 2.0, avec un horizon plus large touchant les quatre coins du monde.


Aujourd’hui, Groupes secrets Facebook

Pour suivre les tendances actuelles, et profiter des réseaux sociaux autrement et uniquement entres femmes. Une nouvelle mode débarque au Maroc depuis 2014, celle des groupes dédiés uniquement à la gente féminine.

Généralistes ou à thèmes, ils s’inscrivent tous dans une vision de partage, et d’échange purement féminin.

Fermés ou secrets, ce paramètre qui est choisi par les administratrices est motivé par le souhait de préserver au maximum l’intimité des membres. Quand un groupe est secret sur Facebook, cela permet d’éliminer un grand nombre de faux profils, qui peuvent être parfois des hommes tentant d’infiltrer ces espaces par curiosité ou par malveillance. Le paramètre “Groupe secret” implique que les nouveaux membres soient ajoutés directement par des personnes faisant partie déjà du groupe, ou par les admin. Ces communautés restent introuvables à travers l’outil de recherche direct du réseau social.

Ils portent souvent des noms significatifs renvoyant des messages de force et de solidarité: Ladies First, Girl Power, Ladies Talk, Marocaines du monde… ils se comptent aujourd’hui par centaines et comportent des femmes de tous âges.

Considérés comme des espaces dédiés uniquement au maquillage, à la mode et à la cuisine... que cachent réellement ces petites communautés?

Zoom sur Ladies First

Ladies First ou communément appelé LF, est un groupe qui compte plus de 31K femmes marocaines de partout dans le monde. Considéré comme l’un des groupes les plus anciens sur Facebook, il bénéficie d’une grande notoriété auprès des jeunes Marocaines âgées entre 20 et 40 ans.

Les admin de LF “misent sur la qualité des publications” en restreignant les ajouts afin de limiter les posts dérangeants et déclencheurs de problèmes. “On joue plus sur la qualité des publications et des membres plutôt que la quantité. Le groupe peut facilement comporter beaucoup plus de monde mais nous souhaitons conserver une ambiance amicale, et cela se fait en soignant le choix des membres”, assure Cheimaa M, admin Ladies First.

Techniquement, la gérance d’un groupe Facebook peut s’avérer facile ou même banale. La place qu’occupe ce réseau social, ainsi que son impact restent jusqu’alors obsolètes pour beaucoup. La création des communautés Facebook ont tout de même une influence assez marquée sur les membres, mais également sur leur entourage, de par le temps considérable que passe de plus en plus les Marocains dans le monde virtuel.

Cette influence engage les admin des groupes féminins à contrôler les ajouts selon certains critères, en censurant parfois les publications des autres membres pouvant créer des problèmes, ou ayant un esprit incitatif à la haine, à la débauche ou à l’agressivité. "Il n’est absolument pas facile de gérer autant de femmes, avec leurs différentes convictions. Mais la vocation même du groupe est qu’il soit fait pour toutes les filles, donc j’essaye d’éviter les faux profils pour conserver l’aspect secret du contenu. Je n’accepte pas les mineurs, à cause de quelques sujets sensibles que peuvent aborder les filles”, explique Cheimaa.

Les sujets sensibles englobent tout un tas de choses qui touchent les femmes dans la vie de tous les jours. Ici, ça discute de tout sans tabou.

Les jeunes femmes n’ont pas besoin de maquiller leurs mots pour parler librement de sexualité, de religion, et de créer des débats autour de la virginité ou des relations sexuelles hors-mariage. Tout est permis, chacune peut exprimer son avis et exposer ses convictions. Cependant, des limites reste tout de même présentes pour préserver le fil petit, qui existe entre ouverture d’esprit et vulgarité. “Cela m’arrive de censurer certaines publications, comme celles de certaines filles qui essayent d’avoir des informations sur un homme en posant sa photo, ou les posts comprenant des expressions grossières ou des photos choquantes. Je refuse de garder toute publication capable de nuire à la réputation de quelqu’un, que ce soit à l’intérieur du groupe ou ailleurs”, ajoute Cheimaa.


Des espaces de détente morale

Avec toutes les contradictions auxquelles s’expose la femme marocaine au quotidien, ainsi que le nombre d’agressions morales ou physiques, qu’elle peut subir dans l’espace public, le fait de pouvoir partager constitue un soulagement. "Nous souffrons toutes pratiquement des mêmes malheurs (harcèlement ou agression dans la rue, manque de reconnaissance au travail…) il est donc important pour nous de faire ressortir cet esprit communautaire pour faire comprendre à toutes les femmes que nous pouvons accomplir d’incroyables choses main dans la main”, soutient cette dame.

Que ce soit pour demander conseil, ou seulement pour pouvoir s’exprimer librement, certaines femmes choisissent de publier leurs posts en anonymat à travers une admin ou une amie, pour éviter les screens et les buzz gratuits. Oui, même dans leur monde, elles ont quand même parfois besoin de se cacher pour parler de ces choses qui dérangent. En SOS anonyme, certaines sortent du silence et se contentent de lire les commentaires et les avis des autres ladies en essayant de repérer ce qu’elles cherchent sans permettre aux autres de les identifier.

"Après mon divorce, je suis moi-même passée par les groupes de femmes pour solliciter de l’aide et dépasser mon état de colère. J’ai détecté la trahison de mon mari à travers un groupe appelé « ange ou salaud », il était en relation amoureuse avec une fille qui a souhaité avoir plus d’informations le concernant, et c’est là où ma douleur a commencé”, déclare Nadia*, membre du groupe Girl Power. Elle ajoute : “ Les filles sur ce groupe m’ont permis de me sentir moins seule. Plusieurs femmes ont partagé avec moi leurs histoires, parfois plus douloureuses que la mienne. C’est grâce à leur évolution que j’ai décidé d’aller de l’avant. J’ai respiré quand j’ai su que je n’étais pas la seule femme de ma génération à avoir été trahie de cette façon. Maintenant je vais de l’avant en espérant que les mentalités évoluent, et que la femme puisse avoir la place qu’elle mérite dans la vie d’un homme ou dans la société en général. Je dois ma zen attitude à toutes les femmes combattantes que j’ai connues à travers ces groupes”.

Des espaces de publicité et de commerce

Ces communautés ont également servi beaucoup de jeunes femmes à démarrer ou à faire connaître un business en un temps record et sans frais. Le principe est très simple: maquilleuses, couturières, vendeuses de différents produits, blogueuses… elles ont toutes profité de ces groupes pour se faire connaître et faire gagner de la notoriété à ce qu’elles font. Il leur a suffi de publier ce qu’elles veulent commercialiser pour gagner la meilleure publicité et une base clients. Aujourd’hui, grâce à ces espaces, certaines femmes ont développé de bons business.
Les groupes fermés offrent aux jeunes entrepreneuses un avantage considérable, ils nous rapprochent du marché de la demande et nous permettent de répondre au besoin exprimé. Personnellement, j’ai pu lancer avec ma sœur un projet pour les jeunes femmes de notre génération et c’est grâce au partage de notre page et des articles proposés qu’on a pu cibler une bonne clientèle. Ces groupes nous ont donc permis de rassembler des milliers de likes et de commandes et c’est comme ça que notre business a pu aboutir et nous en sommes comblées", Rim B, Wedding boutique.

Il est également connu qu’un restaurant à Casablanca doit sa réputation au groupe de Ladies First. Les membres de ce groupe étaient parmi les premiers clients à faire circuler massivement leur plat de spécialité. Étant à la source d’une grande publicité, le restaurant a ainsi baptisé son plat de spécialité Ladies First pour honorer et remercier les membres du groupe.

Une vocation féministe

L’union fait la force, c’est pour cela que l’associatif est aussi présent dans le programme de certains groupes féminins sur Facebook. “Nous avons fait plusieurs actions caritatives grâce à la vente des t-shirts et des mugs pendant le ramadan pour permettre à quelques démunis de profiter d’un ftour correct”, nous apprend Cheimaa.

Quotidiennement, des posts de solidarité sont publiés pour interpeller les membres et aider moralement ou financièrement des personnes souffrant de maladies graves. Des femmes atteintes de cancer s’expriment pour partager leurs expériences, rassurer et se rassurer à travers des publications. Ces espaces forment une petite société purement féminine, avec tous les traits de courage, de force, d'audace et de douceur que porte une femme marocaine au fond d’elle.


Une arme à double tranchant

Bons ou mauvais ? Efficaces ou inutiles ? cela dépend des groupes. Screenshots, faux profils, mauvaises intentions, trois choses qui cassent l’esprit secret de ces communautés digitales menant ainsi, à des scandales allant jusqu’à la tentative de suicide pour une jeune femme.

Les hommes ne sont pas restés figés face à cette nouvelle tendance grandissante. Se sentant menacés par cet esprit communautaire, ils ont également songé à la création de groupes masculins présentant parfois un contenu attaquant et dégradant à l’encontre des jeunes femmes.

Féminins ou masculins ? ce qui importe c’est de comprendre que les réseaux sociaux constituent une plateforme de partage énorme. Entre provoquer le mal ou le bien, un clic suffit. Il faut être responsable et permissif pour comprendre que la société digitale a aussi une intimité et que le fait de jouer avec, peut s’avérer fatal.

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