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Maroc

L’ONG HelpAge International en s’appuyant sur l’indice Global AgeWatch classe régulièrement le Maroc en queue de liste des pays où il fait bon vivre pour les personnes âgées. Dans sa dernière livraison, le Maroc est classé 84e , sur 96 pays. L’indice et ses déclinaisons mettent ainsi en avant la très grande vulnérabilité des personnes âgées au Maroc, vulnérabilité qui peut être analysée selon plusieurs dimensions : solidarités familiales et isolement, ressources et pauvreté, santé et recours aux soins et enfin structures d’accueil.

Un effritement des solidarités familiales et un isolement croissant
Bien que le soutien familial intergénérationnel (érigé comme devoir «sacré») constitue encore aujourd’hui une caractéristique essentielle de la solidarité familiale au Maroc, on observe, depuis quelques années, des mutations lentes mais réelles de l’institution familiale. La famille nucléaire prend de plus en plus le pas sur la famille étendue. On assiste ainsi au développement de la mobilité et de la distanciation entre les membres d’une même famille, à la montée de l’individu et de l’individualisme…et partant à l’érosion de l’entraide familiale et du devoir de prise en charge des aînés. Dès lors s’en suit un accroissement de l’isolement des personnes âgées et une montée du sentiment de solitude. L’isolement social des aînés renvoie également à une précarité socio-économique accrue, à des problèmes de santé et à des handicaps divers qui impactent sur leur sociabilité comme par exemple l’analphabétisme.

Des ressources limitées et une pauvreté persistante
Les personnes âgées participent encore pleinement à la vie active. Selon le HCP, plus d’un tiers d’entre-elles sont toujours en activité à 60 ans et même à 80 (en particulier en zone rurale). Les taux d’activités relativement élevés après 60 ans s’expliquent largement par une pauvreté persistante liée en partie à une très faible couverture par les régimes de retraite. En effet, dans la mesure où les pensions de retraite sont souvent limitées aux fonctionnaires et aux salariés des grandes entreprises, les pensionnés représentent une faible part de la population âgée (moins de 20% des Marocains de plus de 60 ans bénéficient d’une pension de retraite). Par ailleurs, une très large part des retraités marocains touche une pension relativement réduite : entre 800 et 1.300 DH par mois. La faiblesse de la couverture par un régime de retraite ou tout simplement l’absence d’une telle couverture sont en partie compensées par une solidarité et une prise en charge familiale. Selon une récente étude de Wafasalaf, 52% des seniors en périmètre urbain dépendraient du soutien financier de leurs proches. Néanmoins, il n’est pas sûr que cette solidarité perdure à l’avenir.

Une santé fragile et un recours aux soins aléatoire
L’avancée en âge se traduit naturellement par des modifications quantitatives et qualitatives des besoins des individus en matière de soins de santé. Selon le HCP, près de 60% des personnes âgées déclarent être affectées par au moins une maladie chronique. Pour autant, la forte vulnérabilité des personnes âgées aux différentes maladies ne conduit pas nécessairement à un recours accru aux soins. Le manque de couverture médicale accentue en effet fortement la précarité vécue. Au Maroc, seulement 13% des plus de 60 ans bénéficient aujourd’hui d’une couverture santé. Au-delà, il est clair que l’offre de soins aux personnes âgées pose également problème. On peut observer que l’offre marocaine en gériatrie est à la limite de l’indigence. Cet état de fait est largement lié à l’absence de formations gériatriques solides au niveau national. Aujourd’hui, alors que selon les données du ministère de la Santé, les besoins nationaux se chiffrent à plus de 250 gériatres, on en dénombre à peine une quinzaine. Il n’existe d’ailleurs pas de services gériatriques dans les hôpitaux marocains à l’exception de quelques embryons d’ailes gériatriques expérimentées dans certains hôpitaux (mais qui n’ont pas fait long feu, semble-t-il).

Des structures d’accueil à deux vitesses
Concernant l’accueil des personnes âgées, le Maroc est confronté à une quasi-absence de structures ad hoc (maisons de retraites ou établissement d’hébergement de type EHPAD). La carence en structures d’accueil s’explique en partie parce que le vieillissement a longtemps été considéré comme une question privée et familiale…mais également secondaire. À ce jour, l’accueil des personnes âgées peut se réduire aux «maisons de bienfaisance» gérées par l’Entraide nationale. Bien qu’elles accueillent entre 2.000 et 3.000 personnes âgées, leur personnel ne dispose d’aucune compétence en gériatrie et elles ne sont que très rarement équipées pour accueillir nos aînés surtout lorsqu’ils sont dépendants. De nombreux projets de création de structures d’accueil sont évoqués dans la presse mais les réalisations concrètes sont encore rares tout comme la mise en place d’une réglementation adaptée (concernant l’offre privée) se fait toujours attendre. Pour autant, on observe depuis quelques années l’émergence d’une offre structurée à destination des retraités étrangers. Ainsi, le Maroc connaît un réel développement de ce qu’on pourrait appeler une offre «offshore» de services qualitatifs à destination des seniors. Avec plus de 50.000 retraités français sur son sol, le Maroc est devenu le premier pays d’implantation hors du continent européen. Nombre d’investisseurs étrangers se sont lancés dans l’ouverture de résidences pour seniors, de villages «spécial seniors» ou encore de maisons de retraites (à l’image de l’Orangeraie de Taroudant : premier village marocain de retraités français). L’objectif est ici de répondre à une demande de clients européens à la recherche de prestations haut de gamme mais à prix abordable dans un environnement favorable. Si la clientèle est avant tout européenne, les investisseurs ciblent également, et de plus en plus, la clientèle marocaine des CSP A et B, qui disposent de revenus importants et se caractérisent par des modes de vie proches de ceux des retraités européens. Cette offre vient compléter une offre haut de gamme (relativement) et sans doute plus discrète, déjà existante à destination de communautés particulières (maison de retraite de Souissi à Rabat, ciblant les retraités français ou franco-marocains ou encore le «home des vieillards» à Casablanca, centré quant à lui sur la communauté israélite. Au final, on assiste à une bipolarisation graduelle de l’offre d’accueil et de soins aux personnes âgées ; autrement dit à l’émergence de deux «mondes de la vieillesse». Ce constat devrait nous amener à nuancer les conclusions de l’institut Global AgeWatch et à affirmer que si le Maroc est, pour certains, l’un des pires pays pour vieillir, il demeure sans conteste pour d’autres l’un des meilleurs.  

Camal Gallouj
Directeur à HEC Rabat Professeur à l’Université Paris 13 Sorbonne Cité

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