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Les syndicats aiguisent leurs armes pour la rentrée sociale après une période de trêve. On s’attend à un bras de fer serré entre le gouvernement et les partenaires sociaux qui plaident pour l’urgence de la relance du dialogue social toujours au point mort. L’approche adoptée par le chef de gouvernement qui a opté pour le lancement de réunions sectorielles avant le dialogue national est vertement critiquée.

Faut-il s’attendre à une rentrée sociale musclée ? En tout cas, c’est ce que promettent les centrales syndicales qui sont sur des charbons ardents et attendent de pied ferme le chef de gouvernement. Dès sa nomination, Saâd-Eddine El Othmani s’est engagé à relancer le dialogue social et à renforcer le processus de concertation avec les partenaires sociaux, mais plus de trois mois après l’investiture du gouvernement, les syndicats affichent leur scepticisme. Sans visiblement trop de conviction, les centrales syndicales se disent prêtes à entamer les tractations dans l’espoir d’arriver à un terrain d’entente plaidant pour l’urgence de la relance des négociations.

Les syndicalistes se préparent à mener un bras de fer serré avec l’Exécutif si le dialogue social n’est pas entrepris dans les plus brefs délais. «Les concertations doivent avoir lieu le plus tôt possible avant la préparation de la loi de Finances pour prendre en compte l’avis des partenaires sociaux sur différents dossiers», souligne aux Inspirations ÉCO Abdelkader Zair, secrétaire général adjoint de la Confédération démocratique du travail. Des grèves, des marches et «de nouvelles initiatives» sont prévues par la CDT si rien n’est fait par l’Exécutif. Tant qu’aucune réunion concrète ne sera tenue entre le chef de gouvernement et les syndicats les plus représentatifs, le doute sera le maître-mot en dépit des multiples promesses d’El Othmani d’institutionnaliser le dialogue social avec la tenue de deux rounds annuellement. Les partenaires sociaux critiquent vertement l’approche du chef de l’Exécutif qui avait incité les différents départements à tenir des dialogues sectoriels en vue de dégager les grandes lignes des doléances syndicales dans chaque secteur et baliser le terrain pour le dialogue national. Une démarche pointée du doigt car elle n’a pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. Pour Zair, il n’est pas possible de résoudre les problématiques au niveau de chaque département car le traitement des différentes questions nécessite des moyens financiers qu’il faut discuter sur le plan national. «Je pense que c’est une approche pour gagner du temps», relève ce responsable syndical. Même son de cloche auprès de bon nombre de syndicalistes.

Ainsi, le gouvernement est très attendu sur le dialogue social national. El Othmani pourra-t-il répondre concrètement aux doléances des syndicats et réussir là où son prédécesseur a échoué ? Le cahier revendicatif demeure presque le même : l’augmentation générale des salaires et des pensions de retraite, la baisse de l’Impôt sur le revenu, le relèvement du seuil exonéré de l’IR, le respect des libertés syndicales, une réforme globale des retraites dans le cadre d’une approche consensuelle, la mise en œuvre des points encore en suspens de l’accord du 26 avril 2011, le respect du Code de travail, l’institutionnalisation des négociations sectorielles et des conventions collectives, la nécessité de mettre en place une politique incitative pour le secteur informel…En tête des doléances figure l’augmentation salariale ; un point de discorde qui a été à l’origine de l’échec des précédentes négociations. Les centrales syndicales ne comptent pas lâcher du lest sur cette requête considérée comme une condition sine qua non pour la paix sociale et la réussite des tractations tripartites. Le précédent Exécutif, rappelons-le, avait brandi son niet en ce qui concerne l’augmentation des salaires et proposé d’autres mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des salariés comme la baisse de l’Impôt sur le revenu de 2%. Une mesure jugée insuffisante pour les syndicats car sans grand impact sur les salariés bien que son coût soit estimé à 3,2 MMDH. Un autre dossier épineux constitue une pomme de discorde : la réforme des retraites. La mission n’est pas de tout repos pour le gouvernement face aux requêtes syndicales en la matière.

En tout cas, l’UMT et la CDT appellent à l’annulation de la réforme paramétrique mise en place par le précédent Exécutif au forceps conformément aux recommandations de la commission d’enquête parlementaire sur la CMR menée par la Chambre des conseillers. Les groupes parlementaires de l’opposition de la chambre haute sont en train d’accorder leurs violons en vue d’élaborer une proposition de loi visant l’annulation de la réforme déjà actée depuis des mois et la mise en place d’une réforme globale des retraites. La mise en place du principe de l'équité dans la répartition des efforts en ce qui concerne la cotisation globale est parmi les points importants de ce dossier : un tiers pour l'affilié/deux tiers pour l'État-employeur. Ce point, rappelons-le, avait suscité une grande polémique au sein du Parlement lors de la discussion des textes de la réforme au sein de la Commission des finances à la Chambre des conseillers, mais sans pour autant que les parlementaires puissent l’amender. Aujourd’hui, les partenaires sociaux aspirent à une augmentation progressive de la part de l’État pour atteindre 24% contre 12% pour la part salariale. Le dialogue social devra être une opportunité pour discuter les différentes recommandations de la Commission d’enquête parlementaire, à commencer par les arriérés de l’État en faveur du régime de la retraite civile.

À ce titre, le précédent Exécutif a été épinglé car il a pris en considération le scénario le moins coûteux (11 MMDH) alors que deux autres scénarios fixaient des sommes plus importantes. Le montant de 40 ans d’arriérés devra être déterminé en concertation avec les syndicats.  


El Miloudi Moukharik, Secrétaire général de l’UMT

«Le dialogue national doit se tenir avant les négociations sectorielles»

Les Inspirations ÉCO :  Où en est le dialogue social avec le gouvernement ?  
El Miloudi Moukharik : Je me demande si l’on peut continuer à parler au Maroc de dialogue social. Je me pose souvent la question. Ce gouvernement ne croit pas aux vertus du dialogue social. L’unique et orpheline réunion avec le chef de gouvernement s’est tenue après sa nomination par S.M. le Roi. C’était une réunion formelle et protocolaire après la déclaration du chef de gouvernement au Parlement et l’annonce de sa volonté de réformer le Code du travail dans le sens de la régression, la précarisation du monde du travail, la transformation des CDI en CDD, la facilitation des licenciements…Après cette rencontre, silence radio. Pire encore, le chef de gouvernement a envoyé une lettre circulaire à ses ministres leur demandant d’ouvrir des dialogues sectoriels alors qu’il fallait commencer par un dialogue national.

Que reprochez-vous à cette approche ?
Le dialogue national fixe les principes généraux en ce qui concerne les sujets des dialogues sectoriels. De rares ministres se sont réunis avec les syndicats sans savoir sur quelle base devaient se dérouler les discussions. C’étaient des réunions plutôt formelles.  

Que prévoit l’UMT pour la rentrée sociale ?
Le chef de gouvernement est appelé à prendre ses responsabilités. Ce sera une rentrée sociale très chaude surtout en raison des violations répétées du Code du travail. Le climat social est très tendu dans tous les secteurs d’activité. Et les dialogues aussi bien nationaux que sectoriels sont gelés. En juillet, l’UMT a organisé l’université d’été qui a permis d’analyser la situation et d’élaborer une feuille de route pour la rentrée sociale contenant toutes les formes d’actions militantes.

Vous gardez le même cahier revendicatif ?
Oui, il s’agit du même cahier revendicatif comme l’augmentation des salaires, la baisse de l’IR, la revalorisation du SMIG, la protection du Code du travail, le respect des libertés syndicales, le gel de la sinistre loi sur les retraites comme recommandé par la Commission d’enquête parlementaire.

Croyez-vous qu’il soit facile d’annuler la réforme paramétrique déjà actée ?
Il faut geler cette loi et revenir à la table des négociations en vue de mettre en œuvre une réforme de fond. L’État a des arriérés de paiement de 19 MMDH. À quoi sert une commission d’enquête parlementaire si ses recommandations ne sont pas prises en considération ? Notre groupe parlementaire a déjà coordonné avec les autres groupes parlementaires pour déposer une proposition de loi abrogeant cette sinistre loi.

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