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«Le problème de la compensation au Maroc, c’est qu’elle est trop politisée»

Publié le 24-06-2013 à 20:00 Par : Ahmed Hasnaoui

Eco

Salima Bennani
Directrice de la Caisse de compensation

Les ÉCO : Pensez-vous que les charges de compensation seront maîtrisées pour l’exercice 2013 ?
Salima Bennani : Pour estimer l’impact des dépenses de compensation sur le budget de l’État, nous avons établi plusieurs scénarios en interne et nous avons considéré plusieurs éventualités. Lesquelles éventualités portent, entre autres, sur une augmentation légère de la hausse des prix, l’éventualité de la baisse des prix et la baisse de la consommation. La tendance qui se dégage de manière très probable, c’est qu’à la fin de l’année 2013, nous respecterons le budget et les engagements fixés dans le cadre de la loi des finances de l’année en cours. Cela veut dire que les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles s’est basée la loi des finances pour construire le budget tiennent la route.

Quel est selon vous le vrai problème du blocage du système de compensation ?
Le problème de la réforme de la compensation au Maroc, c’est que le sujet est bien trop politisé. Il faut dépassionner la question du système de compensation car à la base, c’est un sujet technique. Ainsi ce sujet structurant nécessite-t-il avant tout des compétences sectorielles ou des experts qui maîtrisent les mécanismes du système de compensation pour apporter une précieuse valeur ajoutée. Donc l’apport de la réforme ne pourra être fait que par des spécialistes qui sont vraiment experts dans les domaines requis. Dernièrement, nous avons constaté la publication de chiffres sur la compensation, soit qui sortent de leur contexte, soit qui ne collent pas à la réalité, parce que le sujet de la réforme du système de compensation est devenu plus politique que technique.

Que faites-vous pour rendre les choses plus claires ?
Pour remédier à cela, entre autres, nous avons réactivé le site de la Caisse de compensation et l’avons rendu plus dynamique qu’auparavant. Nous réalisons par ailleurs une communication mensuelle des statistiques de la compensation avec un rapport des commentaires.

Comment anticipez-vous l’impact des cours internationaux des produits compensés ?
Effectivement, il est possible que nous assistions à des moyennes de prix égales à celles que nous avons connues l’année précédente. Dans cette configuration, nous arriverons à une charge de compensation qui sera pratiquement équivalente à celle de l’année 2012. L’écart devrait être financé par le budget de l’État, comme les années précédentes. L’an passé, nous avons bouclé l’année avec un total de 53,6MMDH. Des chiffres qui tiennent compte de la hausse des prix sur le marché national et qui ont eu lieu au mois de juin de l’année 2012.

Et pour 2013 ?
Pour cette année, à date d’aujourd’hui, nous assistons heureusement à une tendance baissière des cours internationaux. Je pense qu’il n’y aura pas de hausse significative des prix d’ici la fin de l’année. Jusque-là, il n’y a aucun indice qui laisserait penser que les prix sur le marché international connaîtront une hausse importante. À titre d’exemple, le sucre s’est inscrit dans une tendance baissière depuis l’année 2011. Une baisse qui se poursuit en 2013 comparativement à l’année 2012.
Mais le sucre ne constitue pas l’élément le plus pesant dans les charges de compensation...
Effectivement, c’est la facture pétrolière qui pèse le plus lourd. Celle-ci représentait, à fin décembre 2012, 32 MMDH, hors arriérés, sur un ensemble de 50MMDH de charges de compensation. Les arriérés pétroliers, quant à eux, sont de l’ordre de 10MMDH à date d’aujourd’hui.

Mais les pétroliers eux revendiquent un chiffre de 15MMDH…
Les chiffres avancés par le Groupement des pétroliers du Maroc sont basés sur la charge de compensation comparée au chiffre d’affaires réalisé, alors que les dossiers de compensation y afférents ne sont pas encore déposés à la Caisse de compensation. Je vous confirme sans aucun doute le chiffre de 10 MMDH.

Les statistiques diffèrent d’une institution à l’autre. Quelles ont été les charges réelles de compensation en ce début d’année ?
Pour les six premiers mois de l’année en cours, les chiffres que je peux vous donner sont arrêtés à fin avril, sachant que nous n’avons pas encore reçu les dossiers du mois de mai. Ainsi, nous sortons à fin avril, avec une charge moyenne de compensation qui oscille entre 3MMDH et 3,2MMDH par mois, tous produits confondus. Ce qui fait un total à fin avril d’un peu plus de 12 MMDH. Pour le mois de mai, nous estimons que nous allons rester sur la même tendance, vu les variations des prix à l’international que nous suivons chaque jour. Nous n’avons constaté aucun changement significatif en mai, par rapport à avril.

Concernant la réforme de la compensation, quand pensez-vous qu’elle pourrait aboutir ?
La réforme est avant tout un chantier gouvernemental. C’est lui seul qui est habilité à communiquer sur le sujet de la réforme, puisque avant tout, c’est une décision politique…

Techniquement alors ?
Le côté technique reste tributaire du schéma de réforme qui va être choisi. Plusieurs scénarios ont été développés dans ce sens. Nous avons parlé des aides non conventionnées, nous avons parlé des indexations, nous avons commencé à raisonner secteur par secteur pour étudier la possibilité de mettre en place des politiques sectorielles adaptées à chaque activité.

Combien de temps jugez-vous nécessaire pour une réforme structurelle et durable ?
Je pense qu’il serait réaliste de s’avancer sur une durée qui se situe entre trois et cinq ans.

Quel scénario privilégiez-vous ?
Nous ne privilégions aucun scénario en particulier, mais je peux vous dire que le modèle le plus discuté est celui des aides non conditionnelles qui s’inspirent du modèle brésilien.

Quelle est pour vous l’action prioritaire à mener ?
Je crois qu’il est important de mettre en place une stratégie d’anticipation. Il y a une volonté du gouvernement de s’inscrire dans une approche anticipative. C’est une stratégie globale du gouvernement, sur laquelle il travaille via la mise en place d’un programme national de gestion des risques.

En conclusion, quel serait votre souhait pour le système de compensation au Maroc ?
Ma réponse peut paraître paradoxale, mais ce serait simplement qu’il n’y ait plus de Caisse de compensation. Ce serait une excellente avancée pour le Maroc. Cela signifierait aussi que nous avons enfin un mécanisme global et efficace, déployé à tous les niveaux institutionnels. Je considérerai personnellement cela comme une réussite et non pas comme un échec.

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