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Les travaux du 31e Sommet de l’UA ont démarré ce 25 juin à Nouakchott et seront bouclés le 2 juillet par la Conférence des chefs d’État. Durant ce conclave des dirigeants africains, le président de la Commission de l’UA présentera son très attendu rapport sur le Sahara.

C’est une semaine qui s’annonce chaude dans la caniculaire capitale mauritanienne. Ouverts hier, les travaux du 31e Sommet de l’UA connaîtront leur point d’orgue dimanche et lundi prochains, avec la rencontre des chefs d’État et de gouvernement. Pour le Maroc, c’est un nouveau rendez-vous plein d’enjeux, puisqu’il y est prévu -sauf surprise de dernière minute- la présentation d’un rapport sur le Sahara par le président de la Commission de l’UA. Faisant suite à la résolution 653 du Sommet de juillet 2017 à Addis-Abeba, le plus haut fonctionnaire de l’UA devrait fournir un rapport détaillé sur la situation au Sahara et, plus encore, proposer des pistes de solutions africaines à ce conflit. C’est dans cette optique que Moussa Faki Mahamat a multiplié, ces dernières semaines, les «visites de consultations». Après Rabat en début juin, il s’est rendu la semaine dernière dans les camps du Polisario. À Nouakchott, le président de la Commission de l’UA est attendu pour présenter les résultats de son travail le 1er juillet, lors d’une session à huis clos du sommet des dirigeants africains. Ces derniers l’avaient chargé de préparer ce rapport il y a tout juste un an.

Positions…inutiles?
En attendant, tous s’interrogent sur le contenu du texte que Moussa Faki Mahamat est censé lire devant les chefs d’État. Logiquement, deux voies s’offrent à la Commission de l’UA sur la question du Sahara. La première consiste à encourager les efforts menés par l’envoyé personnel du SG des Nations Unies, Horst Köhler et, par conséquent, soutenir le processus onusien. La seconde serait d’essayer de donner un rôle plus déterminant à l’UA, en appelant à impliquer davantage l’institution panafricaine qui, rappelons-le, dispose elle aussi de son propre envoyé spécial en la personne de Joaquim Chissano, l'ancien président du Mozambique. «L’UA est consciente qu’elle n’a ni les moyens politiques, ni matériels pour imposer son processus de règlement; elle essaie donc d’appuyer le processus de l’ONU tout en s’imposant comme un acteur incontournable pour trouver une solution à cette épineuse question», analyse le professeur Khalid Chegraoui, de l’Institut des études africaines de Rabat. Ce dernier ne s’attend donc pas à «quelque chose de révolutionnaire» dans ce rapport, même s’il tient à observer qu’il serait intéressant de voir si la position de la Commission de l’UA, qui a pratiquement toujours pris le contre-pied du Maroc, sera plus conciliante ou non à l’égard du royaume. Enfin, bien au-delà des positions de l’UA, l’autre grande interrogation est, en réalité, de savoir si ce rapport aura une quelconque utilité, sachant que le Maroc ne reconnaît que le processus onusien pour le règlement du dossier du Sahara. Wait and see! 


Khalid Chegraoui
Professeur à l’Institut des études africaines de Rabat

Les Inspirations Éco: Que faut-il attendre du rapport de l’UA sur le Sahara?
Khalid Chegraoui: Je ne pense pas qu’il y aura quelque chose de révolutionnaire dans ce rapport, mais tout dépend du résultat des négociations. Habituellement -avant le retour du Maroc à l’UA- la commission était toujours hostile aux positions du royaume; on verra cette fois-ci ce qu’il en sera.

Concrètement, l’UA peut-elle faire quelque chose sur ce dossier?
L’UA est consciente qu’elle n’a ni les moyens politiques, ni matériels d’imposer son processus de règlement; elle essaie donc d’appuyer le processus de l’ONU tout en s’imposant comme un acteur incontournable pour trouver une solution à cette épineuse question. L’UA a tout intérêt à appuyer l’ONU, seule à être capable de déployer les moyens nécessaires pour mener des négociations entre les parties prenantes sur ce dossier.

Quelle suite peut-on donner à ce rapport de l’UA?
À mon sens, le Maroc et la Commission de l’UA doivent se rapprocher davantage et changer de perception. Le Maroc ne peut pas continuer à nier tout rôle à la commission, et cette dernière doit elle aussi évoluer dans sa matière d'appréhender ce conflit. L’UA doit prendre en considération les implications sécuritaires de ce conflit, ainsi que les évolutions qu’il a connues. Tous les acteurs internationaux considèrent que le plan d’autonomie proposé par le Maroc est une base sérieuse et crédible pour mener des négociations. Pourquoi l’UA n’essaierait pas elle aussi de revoir sa copie ?