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Les Cahiers des ÉCO / Afrique

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L’année 2018 devrait marquer un tournant dans les relations entre les pays du Maghreb et la CEDEAO, notamment sur la forme que devrait prendre leur partenariat.

Le rapprochement amorcé en 2017 entre les pays du Maghreb et l’espace ouest-africain se concrétisera-t-il en 2018? Pour de nombreux observateurs, l’année qui s’ouvre sera cruciale dans les relations entre certains pays membres de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et pour cause, trois pays du Maghreb frappent à la porte de la CEDEAO. Le Maroc y attend impatiemment sa pleine adhésion en tant que membre à part entière, alors que la Tunisie est pour le moment intéressée par le statut d’observateur. Quant à la Mauritanie, ancienne membre de la CEDEAO, elle aura droit au rôle d’État associé. Les implications éventuelles de ces trois candidatures sont actuellement examinées par un Comité de chefs d’État de 5 pays, à savoir le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo. Les premières réponses pourraient être connues dès le prochain Sommet de la CEDEAO prévu l’été prochain à Lomé, la capitale togolaise.

Marché porteur
En attendant, les supputations vont bon train sur l’intérêt subit manifesté par les États nord-africains pour la communauté économique régionale ouest-africaine. «L’intérêt premier, c’est l’accès à un marché régional porteur, pour des pays ayant une offre de biens et services relativement diversifiée (Maroc et Tunisie notamment). Et il y a aussi l’expérience heureuse de l’adhésion de l’Égypte au COMESA, en termes d’accroissement des exportations et d’amélioration de la balance des paiements», note le consultant en commerce et intégration régionale, Abdoul Kane, également ancien fonctionnaire à la Commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA). Face aux fluctuations des rapports avec les partenaires européens de la Méditerranée, c’est tout naturellement que les pays de la rive sud de la Mare Nostrum se tournent vers l’Afrique subsaharienne, en commençant par le plus proche voisin, l’espace CEDEAO. Quant à la forme du partenariat à tisser avec cet espace régional, les questions demeurent.

Politique, économie : quels gains ?
Sur le plan politique, la question du Sahara demeure un premier point de blocage en ce qui concerne le royaume. L’étude d’impact sur l’adhésion du Maroc à la CEDEAO s’y intéresse particulièrement, en invitant le bloc régional ouest-africain à «anticiper sur la manière de gérer et résoudre» cet imbroglio. «Celle-ci, poursuit l’étude, peut provoquer des divisions au sein des États membres actuels dans l’hypothèse probable de la validation de l’adhésion du Maroc». Concernant la libre-circulation des personnes, mais aussi l’adoption de certains «symboles» de la CEDEAO, notamment la carte d’identité et le passeport communs, demeurent des équations jusque-là sans réponse. Sur le plan économique, les retombées devraient être globalement positives pour l’ensemble des parties.

Coopération graduelle
«Du point de vue économique, cette adhésion apporterait les avantages potentiels d’un marché régional structuré dans lequel les producteurs maghrébins pourraient se lancer dans une compétition à armes égales, si ce n’est avec plus d’avantages comparatifs, tout au moins pour certains segments de l’industrie manufacturière (agro-alimentaire, textiles et habillement, pharmacie, matériels électriques)», poursuit le consultant Abdoul Kane. «Et qui dit développement des exportations, dit investissements et croissance de l’économie», renchérit-il. Quoi qu’il en soit, du côté du secteur privé ouest-africain, on reste extrêmement méfiant, en brandissant l’éventualité d’une concurrence à armes inégales de la part d’économies mieux structurées et plus diversifiées. Au final, il n’est pas à exclure que la CEDEAO opte pour un partenariat graduel, qui se matérialisera par le respect de plusieurs critères, liant ouverture et protectionnisme économique.  


Et la Mauritanie ?

Alors que le cas de la Tunisie, qui recherche le statut d’observateur, semble poser moins de problèmes, il n’en va pas de même pour ceux du Maroc et de la Mauritanie. Pour ce dernier pays, les complications sont moins politiques, tenant plutôt au rôle qu’il aura à jouer dans la connexion entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. «Pour la Mauritanie, ce serait un retour partiel dans un espace qui a été le sien du point de vue institutionnel, et qui est toujours le sien aux plans de la géographie, de l’histoire, de l’écosystème, du peuplement et des migrations», constate Abdoul Kane. Ce rapprochement, estime-t-il, «serait déjà un facteur additionnel de facilitation et d’optimisation de la mise en valeur de biens publics régionaux (bassin du fleuve Sénégal, zones et corridors de transhumance pour le bétail, bientôt gisements frontaliers d’hydrocarbures)». Au plan politique, il y a aussi des gains potentiels. N’oublions pas que durant les trois premières décennies d’existence du pays, le soubassement de sa diplomatie régionale était une doctrine affirmée de «Pays trait d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche». Elle s’en est écartée au début de la décennie 90 pour des raisons de politique intérieure. Un retour pleinement assumé dans l’espace CEDEAO lui permettrait de retrouver cette dimension inter-régionale et pourrait aussi participer à la consolidation de ses équilibres internes. 


«L’adhésion des pays du Maghreb à la CEDEAO facilite  les négociations sur la ZLEC»

Abdoul Kane, consultant en commerce et intégration régionale

L’intérêt des pays du Maghreb pour la CEDEAO s’explique avant tout par des considérations économiques. Il permet néanmoins de faciliter la mise en place de la zone africaine de libre-échange (ZLEC). C’est le point de vue d’Abdoul Kane, consultant en commerce et intégration régionale.

Les Inspirations ÉCO : Qu’est-ce qui, selon vous, explique l’intérêt des pays du Maghreb pour la CEDEAO ?
Abdoul Kane : Il y a avant tout le facteur classique que constitue un marché d’environ 350 millions d’habitants avec un PIB de plus 728 milliards de dollars, une classe moyenne en plein essor et une relative proximité géographique. L’intérêt premier, c’est l’accès à un marché régional porteur pour des pays ayant une offre de biens et services relativement diversifiée (Maroc et Tunisie notamment). Et il y a l’expérience heureuse de l’adhésion de l’Égypte au COMESA, en termes d’accroissement des exportations et d’amélioration de la balance des paiements.  

Sur le plan politique, que leur apporte l’adhésion à la CEDEAO ?
Au plan politique, on verra avec le temps et à l’épreuve des faits les implications et conséquences de cette éventuelle adhésion, mais ici comme ailleurs l’un des credo de l’intégration régionale, c’est que la convergence ou l’interdépendance des intérêts économiques constitue un facteur de facilitation du dialogue politique et de dépassement des antagonismes. Le professeur Philippe Hugon disait qu’elle permet de «faire coïncider les réseaux d’échanges et d’investissement transnationaux avec des régulations sociopolitiques et un encadrement institutionnel qui dépasse les territoires nationaux». N’oublions pas qu’au départ du Traité de Rome se trouvait la volonté des États européens d’en finir avec les guerres cycliques qui ont jalonné leur histoire.

Des relations de partenariats avancés entre l’UMA et la CEDEAO ne seraient-elles pas plus adéquates que l’adhésion des pays membres de l’UMA à la CEDEAO ?
Cela aurait été l’approche idoine et aisément envisageable si les deux institutions étaient au même niveau d’avancement dans leurs processus d’intégration. La CEDEAO a atteint le stade d’union douanière, nonobstant certaines imperfections (tracasseries administratives aux frontières notamment), ce qui lui confère la prérogative de négocier au nom de ses pays membres, des accords commerciaux et tarifaires avec des territoires douaniers ou pays tiers. L’UMA en est encore au stade de projet de zone de libre-échange. Elle ne pourrait s’engager dans un processus de négociation d’un réel «partenariat avancé» que sur la base d’un mandat politique formel.

Aujourd’hui, les pays du Maghreb ont-ils plus d’intérêts à privilégier des relations avec le Sud du Sahara ou plutôt avec l’espace méditerranéen ?
La question ne doit pas se poser en termes d’exclusivité ou de préséance. Les pays du Maghreb se situent dans une centralité géographique et économique entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est un atout stratégique qui peut faire de la région un espace de convergence et de relais d’opportunités de commerce et d’investissement. Il faut en tirer avantage par le développement de partenariats avec toutes les régions limitrophes.

Pensez-vous que l’adhésion à la CEDEAO des pays du Maghreb soit un accélérateur pour la création de la ZLEC ?
Elle s’inscrit en tout cas dans la même dynamique. Dans l’approche conceptuelle définie par le Traité d’Abuja, la zone de libre-échange continentale (ZLEC) devrait être le couronnement des processus d’harmonisation et de convergence des zones de libre-échange des Communautés économiques régionales (CER). En l’absence pour l’instant d’une zone de libre-échange UMA, l’adhésion de pays du Maghreb à la CEDEAO participerait à la facilitation des négociations autour de la ZLEC, comme l’Initiative tripartite COMESA-SADC-EAC.

Selon vous, comment expliquer les réserves et craintes formulées par les secteurs privés des pays membres de la CEDEAO à l’adhésion du Maroc ?
Probablement par l’appréhension que suscite toujours l’arrivée de nouveaux concurrents sur un même marché, appréhension souvent amplifiée par un écart entre le «risque» réel et sa perception par certains acteurs. Cela dit, le fait que ces craintes aient été formellement exprimées et écoutées dénote un degré de maturité dans la gouvernance des processus d’intégration régionale. Il fut des temps où les dirigeants de nos pays décidaient de tout - être partie prenante à un traité ou dénoncer un autre traité -, sans prendre l’avis de personne. La démarche en cours signifie que les décideurs intégreront au mieux possible le point de vue et les intérêts des acteurs régionaux, sans verser dans la défense ou la fortification de «positions de rente». L’accord de principe a été donné au niveau politique. Une étude d’impact a été réalisée. Il s’agit maintenant de définir des modalités de mise en œuvre aux plan juridique, technique, opérationnel qui permettent à tous les acteurs de tirer avantage des nouvelles opportunités créées.  

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