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Tentaculaire, asphyxiée, congestionnée, surpeuplée, hyper dynamique, survoltée, aimant-repoussoir, concentré d’énergie et d’opportunités, laboratoire de talents... les mots ne manquent pas pour qualifier la Ville africaine. Elle concentre en quelques centaines de kilomètres carrés les défis, les espoirs et les enjeux de l’Afrique en pleine mutation. Sa transformation en dehors de toute organisation reflète les limites de l’État dépassé par l’exode rural et le déplacement massif en quelques décennies de populations rurales venues en ville à la recherche d’un habitat confortable, d’un emploi, de structures sanitaires, d’éducation et de proximité avec les centres de décision. Ce déplacement du centre de gravité vers la Ville africaine ne ralentit pas, au contraire. On estime que d’ici 2050, plus de la moitié de la population en Afrique sera urbaine. À cette période, 1,2 milliard de personnes viendront grossir les rangs de la Ville africaine et nourrir le monstre urbain : l’impératif de transformer cet espace en lieu vivable, prospère et durable est plus urgent que jamais. Repenser, reconstruire, la Nouvelle ville africaine impose d’abord de détruire les taudis qui sont la première (et terrible) impression qu’Elle donne à voir.

Le président de la BAD, Akinwumi Ayodeji Adesina, explique abruptement que l’«on ne peut pas amé́liorer les bidonvilles. Ce n’est pas un habitat qui s’amé́liore. Et personne ne peut accepter de telles conditions de vies. Il faut ré́pondre à cette premiè̀re nécessité́ et construire un habitat digne pour les millions d’Africains qui supportent cette situation». Au delà des enjeux de salubrité et de santé publique, cette anarchie urbaine que sont les bidonvilles est source d’insécurité et d’angoisse pour les Africains qui voient des zones de non-droit grossir et déstabiliser l’équilibre social et politique. Reprendre le contrôle de ces quartiers abandonnés par les pouvoirs publics est un enjeu vital pour les zones urbaines qui risquent d’être étouffées. Le logement est la première pierre à poser pour construire cette Nouvelle ville africaine qui exige des investissements massifs en infrastructures : le retard en la matière offre aux dirigeants l’opportunité de totalement repenser l’espace public en minimisant les déplacements pour les habitants pour économiser les dépenses énergétiques de mobilité et la pollution automobile, en construisant des axes souples et capables de fluidifier l’activité mais aussi d’absorber la pression démographique, en incluant des espaces verts et arborés pour offrir une qualité de vie agréable, des espaces réfléchis dans la mixité économique et sociale, conçus pour accueillir hommes et femmes, petits et grands, jeunes et vieux, valides et handicapés afin que la cité devienne un lieu de co-habitation harmonieuse et partagé.

Alors que les villes produisent plus de 70% des émissions mondiales de carbone et que le réchauffement climatique produit des conséquences dramatiques en Afrique, la planification des méga-villes de demain devra en effet prendre en compte l’impératif environnemental pour ne pas aggraver les problèmes qu’elles subissent déjà. Forte d’un habitat digne pour tous, d’infrastructures adaptées, pourvue d’eau et d’électricité à hauteur de ses besoins, cette Nouvelle ville africaine pourra alors donner la pleine mesure de son énorme potentiel économique. Concentrant déjà les principaux moteurs de croissance, la Nouvelle ville africaine peut devenir une importante locomotive pour une croissance domestique fondée sur la demande, l’intégration régionale et l’innovation technologique. En se concentrant sur ses points forts et en s’outillant pour libérer les talents qu’Elle abrite, la Ville africaine est à même d’inventer son propre modèle d’économie circulaire. Ses problèmes de déchets, son abondante main-d’œuvre pauvre et peu qualifiée, sa vulnérabilité aux changements climatiques, son besoin de passer d’une économie d’importation à l’autosuffisance sont autant de facteurs clés pour changer de paradigme.

Ces contraintes sont de formidables leviers pour développer en Afrique une économie verte et équitable avec en son cœur l’intelligence du recyclage, la préservation des ressources, la protection de l’environnement. La Nouvelle ville africaine ne pourra être à la hauteur des attentes de tous ses habitants si elle ne considère pas sérieusement ses défis mais aussi la réserve de croissance tapie en son sein : la croissante verte est sûrement l’une des clés de son avenir. 

par Radia Cheikh Lahlou directrice déclic-conseil en rse
& Estelle Youssoufa, journaliste, expert en relations internationales

Cet article est extrait du Livre Blanc «L’Économie Circulaire, la Nouvelle Énergie de L’entreprise ?», édité par les Rencontres Responsabilité & Performance. En octobre 2016, les Rencontres Responsabilité & Performance ont réuni les experts de 15 réseaux internationaux dédiés au développement et à la croissance durable. Le Livre Blanc «L’Économie Circulaire, la Nouvelle Énergie de L’entreprise ?» est le fruit de leurs contributions.

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