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Les Cahiers des ÉCO / Afrique
Mohamed H’midouche, Président du cabinet Inter Africa Capital Group (IACG)

Pour le président du cabinet Inter Africa Capital Group, ancien haut fonctionnaire de la BAD et vice-président de l’ASMEX, la ZLEC est une bonne chose pour le Maroc et tous les pays africains, à condition que les exportateurs nationaux soient suffisamment sensibilisés sur les implications de cet accord continental historique.

Les Inspirations ÉCO : Quel est l'avantage, pour le Maroc, de l’instauration de la ZLEC ?
Mohamed H’Midouche : La signature par 44 États africains de l’accord autour de la ZLEC, le 21 mars 2018 à Kigali, capitale du Rwanda, constitue un coup très dur pour tous ceux qui sont contre l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. En effet, les communautés économiques régionales -y compris celle-ci- ont été notifiées par l’UA de mettre en œuvre cet accord de libre-échange. La ZLEC est élargie à tous les pays africains. C’est une très bonne chose à laquelle nous, Panafricains, rêvions depuis les années 1980 avec le Plan d’action de Lagos. Le processus a pris du temps. Cela montre que l’Union africaine commence enfin à travailler sérieusement. Le président du Niger y a joué un très grand rôle, et son action mérite reconnaissance.

Qu’est-ce que les exportateurs marocains ont à gagner avec la ZLEC ?
Ils doivent tout d’abord obtenir et comprendre le texte de l’accord. Comme vous le savez, l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) siège au Conseil d’administration de la nouvelle Agence nationale de développement des investissements et des exportations (AMDIE). C’est la plateforme idoine pour défendre les intérêts des exportateurs. Il faut savoir qu’avec la ZLEC, nous allons également ouvrir nos frontières aux exportations africaines et, en retour, nos produits seront écoulés plus facilement.

Pensez-vous que les opérateurs marocains soient suffisamment informés sur la ZLEC ?
Le Maroc a adhéré à l’Union africaine il y a un peu plus d’un an (janvier 2017), et les opérateurs économiques marocains n’étaient pas parties prenantes aux discussions ayant abouti à son adoption. Désormais, on prend le train en marche. La CGEM était fortement présente au Sommet de Kigali et a fait entendre sa voix, ce qui constitue un bon début. Dans ce sens, un travail de vulgarisation s’impose et doit être mené aussi bien par le patronat que par le gouvernement. Les exportateurs marocains ont besoin d’en savoir plus sur la ZLEC. Des opérateurs africains disent craindre que des pays comme le Maroc, qui ont des ALE avec de grandes puissances, ne facilitent l’entrée des produits étrangers sur le continent. Ces opérateurs doivent être rassurés. Quand vous vous sillonnez l’Afrique d’Est en Ouest, du Nord au Sud, y compris les îles qu’on oublie souvent de mentionner, les produits des pays auxquels vous faites allusion y sont fortement répandus et ce depuis toujours. Cela étant dit, comme vous le savez, il y a la règle du certificat d’origine de l’OMC, qui le fixe à 40%. Il est indéniable que le Maroc, à l’instar d’autres pays africains, entretient des accords de libre-échange avec de nombreux pays, mais les dispositions de la ZLEC devraient sûrement prévoir des clauses dans ce sens, notamment le taux de 40%. Cela dit, les industriels africains, tout comme ceux du Maroc, ont raison de soulever ce point, car nous devons tous protéger nos industries, quand elles existent. Vous vous souvenez qu’au Maroc, lorsque le processus de privatisation a été entamé, lorsque notre pays a adhéré à l’OMC et démantelé les tarifs douaniers, de nombreuses industries ont disparu et certains opérateurs en ont souffert. Ils ont dû s’adapter à cette nouvelle donne et rebondir. Pour rassurer les sceptiques, il faut être à leur écoute et traiter leurs plaintes tout en ne laissant personne sur la touche. Je pense aussi que l’Union africaine doit approcher rapidement les 10 pays non signataires de la ZLEC afin de les rassurer et de répondre à leurs préoccupation, dans un esprit de solidarité et de partenariat stratégique gagnant-gagnant.

Quels obstacles risquent defreiner l’application de la ZLEC sur le terrain ?
Il faut en même temps identifier tous les obstacles non douaniers «red tapes» et faire en sorte qu’ils ne fassent pas échouer la ZLEC. Un autre défi et non des moindres a trait au système de paiement intra-africain qu’il va falloir mettre en place avec l’implication de toutes les Banques centrales africaines. Un tel système n’est pas encore intégré. Va-t-on utiliser le dollar ou l’euro pour commercer, ou adopter une monnaie commune à tous les pays africains comme cela est envisagé depuis longtemps par certaines communautés économiques régionales telles que la CEDEAO ? Ce sont là des obstacles réels, sans parler de la libre-circulation des personnes avec les contraintes imposées par le système de visas entre la plupart des pays africains. Espérons également que le passeport unique adopté par l’Union africaine devienne une réalité et qu’il soit octroyé à tous les citoyens et citoyennes africains afin de faciliter leur libre circulation partout en Afrique. Tout ceci me fait dire que la ZLEC ne sera pas opérationnelle de sitôt.

Quel est le rôle des commu nautés économiques régionales dansl’application de la ZLEC ?
À ce jour, je n’ai pas encore entendu les voix responsables des communautés économiques régionales (CER). Après la signature de la ZLEC, il leur est demandé d’œuvrer pour son application, mais cela risque d’être difficile à réaliser, et en même temps de faire de la ZLEC un accord à ranger dans les tiroirs. Aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir quelles sont les chances d’appliquer cette ZLEC. Je pense qu’il faut y aller par étape et peut-être procéder par la conclusion d’accords asymétriques entre les pays: permettre aux pays qui ont le même niveau de développement de commercer entre eux, tout en aidant les autres à améliorer leur situation sans forcément leur imposer leur propre rythme. Le problème est que beaucoup de pays africains n’ont pas de base industrielle alors que les tarifs douaniers vont sauter à hauteur de 90%. 

 

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