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Ali Sedrati, président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP)

Les industriels marocains du médicament font appel à leur président historique pour relancer le secteur. Ali Sedrati, quatre fois président de l’AMIP, reprend les rênes de l’association dans «une conjoncture difficile» marquée par les polémiques autour des missions de la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP), une progression des importations de médicaments et une faible croissance des ventes (+2% en 2018). Cet ex-cadre au ministère de la Santé (1976-1997) et depuis investisseur dans le secteur nous livre, en exclusivité, sa vision pour sortir l’industrie du médicament de sa torpeur.

Vous êtes de retour à la présidence de l’AMIP pour la quatrième fois. Y a-t-il un manque de relève chez les patrons du secteur ?
Bien au contraire, la relève existe. Maintenant, il y a un problème de disponibilité de cette nouvelle génération de managers qui est très prise par la gestion de ses activités. Je précise que le président sortant était de cette nouvelle génération, mais du fait de sa charge de travail, il a souhaité participer à la gestion de l’AMIP en tant que vice-président. Mon retour permettra d’apporter, modestement, de l’expérience et du consensus.

Quels seront les chantiers prioritaires lors de votre mandat ?
Je m’inscris totalement dans les chantiers rouverts par le président sortant, notamment le développement du secteur pharmaceutique marocain et l’amélioration de l’accès aux médicaments. Ceci passe par l’encouragement des investissements dans la fabrication locale, mais aussi des exportations. Il est nécessaire de rappeler que le Maroc a été pionnier, dès les années 60, dans le développement d’une industrie pharmaceutique nationale à travers l’accueil d’investisseurs internationaux permettant un transfert de technologie. Cela nous a permis, dans les années 80, d’assurer 80% de nos besoins en médicaments, avec une qualité aux standards internationaux. Cette politique d’ouverture a permis une formation des RH. D’ailleurs, on peut se réjouir que 95% des employés du secteur pharmaceutique soient Marocains.

Malgré ces acquis indéniables, le secteur n’a pas été épargné par plusieurs polémiques ces derniers mois. Comment en est-on arrivé là ?
Dès le début des années 2000, les textes de loi n’étaient plus d’actualité. Nous avions d’ailleurs revendiqué, à cette époque, la révision des textes. En Tunisie par exemple, l’industrie avançait plus rapidement. Ce pays nous a aujourd’hui largement dépassé. Au Maroc, les premières réformes n’ont eu lieu qu’en 2006 avec un nouveau Code de la pharmacie et du médicament, puis le nouveau décret de fixation des prix en 2014. Ce sont des choses positives que nous saluons. Ceci dit, nous constatons une régression à d’autres niveaux. En premier lieu, la couverture des besoins en médicaments est en baisse continue. Nous sommes aujourd’hui à 60% seulement de taux de couverture, ce qui pèse sur la balance commerciale et la sortie de devises. Deuxième observation, les investissements industriels sont au ralenti par manque de mesures d’encadrement et d’incitation. Tout cela nous mène à cette situation de régression. Une régression des investissements et de création d’emplois et d’accès aux médicaments pour le citoyen.

Que fait le secteur pour mettre fin à cette «régression» ?
Ces points sont sur la table depuis quelques années, deux décennies même. Le secteur essaie de sensibiliser l’administration pour adapter la réglementation et mettre en place la politique du médicament la plus adéquate et moderne afin de maintenir la compétitivité du secteur industriel marocain. Aujourd’hui, nous exprimons une frustration: celle que notre pays, qui était bien en avance sur le continent, se voit rétrogradé et perde même du terrain par rapport à ses voisins à cause du retard réglementaire. Celui qui n’avance pas recule.

Le ministère annonce enfin la mise en place de l’Agence nationale du médicament. Est-ce le bout du tunnel ?
Je me réjouis de cette annonce. Cette décision figure parmi nos doléances depuis vingt ans. La majorité des pays, même avec des moyens limités, disposent de ce type d’institutions.

Qu’apportera cette nouvelle agence ?
C’est une institution de l’État disposant de l’autonomie financière. Nous espérons qu’elle disposera des moyens humains nécessaires pour mener à bien ses missions. Cette agence sera responsable de la gestion d’un secteur de pointe. Cet organisme pourra accompagner le secteur, demandeur de cet accompagnement à tous les niveaux. Le secteur ne pourra se développer qu’à travers une administration réactive et compétente. Cette agence devrait pouvoir améliorer le traitement des enregistrements de médicaments.

Allez-vous discuter ces questions avec le nouveau directeur de la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP) qui vient d’être nommé ?
Nous venons de rencontrer le nouveau patron de la DMP et nous lui avons assuré de tout notre soutien. Nous souhaitons travailler sur la promotion de la fabrication locale à travers une sécurisation du marché local, non à travers des mesures de protection. Nous ne pouvons pas encourager la fabrication locale et ouvrir la porte aux importations concurrentes. Il y a des règles à faire respecter. Nous espérons que la nouvelle agence réduira le goulot d’étranglement lors de l’enregistrement des médicaments et mettra fin aux failles liées au contrôle des médicaments. Maintenant, nous sommes heureux que d'excellentes choses se mettent en place et permettent au secteur de reprendre son rythme de développement.

Le système d’enregistrement des médicaments mis en place en 2014 a-t-il permis de réduire les délais ?
Avant, le délai était d’au moins trois ans, ce qui traduit l’incertitude qui pesait sur tout un investissement. Le nouveau système prévoyait entre 8 et 10 mois. Nous n’avons pas encore atteint cette norme. Actuellement, le délai d’attente peut aller jusqu’à deux ans. Je comprends tout a fait les contraintes de la DMP et le manque de RH et de moyens. C’est un fait. Notre souhait est que la future agence dispose de tous les moyens pour mener à bien ses missions.

Déplorez-vous le laxisme de l’ex-directeur de la DMP en matière d’autorisations d’importation ?
On peut déplorer le laxisme ou l’absence de mesures concrètes pour contrôler ces importations. Nous sommes heureux qu’il y ait la bonne personne à la bonne place. Nous espérons que le nouveau directeur pourra supprimer tous les facteurs de laxisme en la matière. 


 Un chiffre d’affaires de 15 MMDH

L’industrie pharmaceutique marocaine pèse 15 MMDH. Elle représente 1,5% du PIB. Le marché privé représente l’essentiel de l’activité à 9,6 MMDH. 72% de ce CA est généré par les vingt-cinq membres de l’AMIP. Cette association professionnelle a été créée en 1985. Elle a la spécificité de compter autant les pionniers de l’industrie nationale (Laprophan, Cooper, Sothema, etc.) que les multinationales installés au Maroc (Bottu, Servier). Le secteur a créé 7.500 emplois directs.

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