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L'invité des ÉCO

Fathallah Sijilmassi
Secrétaire général de l'UpM

Le Conseil de développement et de solidarité (CDS) organise aujourd’hui, à Rabat, une conférence sur le thème «Intégration ou désintégration de la Méditerranée. Elle est animée par Fathallah Sijilmassi, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée ( UpM). La rencontre est l’occasion pour Fathallah Sijilmassi de s’exprimer sur différents aspects de la coopération entre les deux rives de la Méditerranée, dont l’énergie, l’agro-industrie, la formation, les programmes pour la jeunesse, la femme etc… Entretien.

Les ÉCO : Vous avez décroché récemment, un second mandat. Quel bilan faites-vous du premier ?
Fathallah Sijilmassi : Mon second mandat est, avant toute chose, la reconnaissance unanime par la communauté euro-méditerranéenne du rôle central joué par le Maroc, qui, sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s'est toujours engagé activement en faveur de la paix, la stabilité et le développement en Méditerranée. Cet engagement se reflète, entre autres, à travers l’implication forte du Maroc dans plusieurs organes et cadres euro-méditerranéens. À titre d'illustration, le Maroc assume en ce moment, la présidence du Groupe du Dialogue 5+5 de l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranéenne (AP UpM) ainsi que de l'Assemblée parlementaire méditerranéenne (APM). Concernant le bilan de mon premier mandat, nous pouvons dire qu'avec l'appui des deux coprésidences -l'Union européenne et la Jordanie- et le soutien actif des 43 États membres, nous avons donné une nouvelle impulsion à l'UpM.

Je dois dire qu’au-delà de cette impulsion, il s’agit surtout de dynamiser la coopération euro-méditerranéenne dans sa substance, incluant une relance du dialogue politique et des conférences ministérielles: 6 de ces conférences ministérielles dans des secteurs stratégiques pour le développement de la région (renforcement du rôle des femmes, transport, énergie, industrie, environnement et changement climatique, économie numérique); le développement de nouveaux projets régionaux clés sur le plan socio-économique et stratégique : 33 projets régionaux labellisés d'une valeur de près de 5 milliards d'euros et également le renforcement et l’institutionnalisation de plusieurs réunions et rencontres de haut niveau ayant rassemblé plus de 3.000 personnes représentant des gouvernements, du secteur privé, de la société civile, des parlementaires et des élus locaux. Telles sont les réalisations de l'UpM en 2013-2014.

Vous êtes donc globalement satisfait...
Tout à fait. Une dynamique est bel et bien enclenchée. Elle doit s'accélérer et s'amplifier. C'est mon défi pour le deuxième mandat car, compte tenu de l’ampleur des défis grandissants dans notre région, nous devons tous continuer à mobiliser nos efforts et à travailler collectivement. Je suis convaincu, plus encore qu’au premier jour, de la nécessité de renforcer la coopération régionale et sous-régionale car les défis sont tous régionaux et appellent une action collective. Or, l’état de l’intégration régionale en Méditerranée et en particulier au Maghreb est toujours à un niveau anormalement bas.

Les chantiers paraissent plus importants en ce second mandat. Quelles sont vos priorités?
Notre région connaît de nombreux défis prioritaires. Il se trouve qu'au Nord, l'UE sort timidement de sa crise économique et que ses taux de croissance d'aujourd'hui et projets ne permettent pas d'en faire la locomotive de croissance espérée par les pays du Sud dans les années 90 au moment des grands mouvements de libéralisation. De même, l'Europe s'est considérablement élargie et avec cela, se sont multipliés ses centres d'intérêt et de préoccupation. L'attention accordée actuellement à la crise ukrainienne et au voisinage Est en est une illustration.

Il est nécessaire aujourd’hui que l’UE renforce son approche avec son voisinage du Sud en adoptant un partenariat durable et ambitieux, de même qu’il est important pour les pays du Sud de bien comprendre les nouvelles réalités de l’Europe aujourd’hui pour mieux définir une politique avec elle. Au Sud, de nombreuses situations différentes existent. Certaines, comme la situation en Libye ou en Syrie, génèrent des crises nouvelles, graves et complexes pour ces pays et pour la région. Mais il existe également un champ d'opportunité qu'il ne faut pas oublier. 

Ma stratégie d’action aujourd’hui consiste précisément à amplifier ce champ d’opportunités pour créer des dynamiques positives et ne pas rester otages des dynamiques négatives. La forte croissance économique au Maroc et sa stratégie africaine montrent, de façon éloquente et concrète, l'existence de ce champ d'opportunités, telle qu’illustrée en particulier par le grand succès de la tournée de Sa Majesté le Roi dans plusieurs pays africains. L'Union pour la Méditerranée doit donc, plus que jamais, militer pour que la dimension sécuritaire (nécessaire mais non suffisante) soit accompagnée par une vraie dimension de développement. Et ce développement doit avant tout être humain.

L'Union se fait discrète depuis un moment en dépit du nombre important de ses membres. Est-ce délibéré?
Rien n'est plus simple que de faire du bruit pour rien! J'ai choisi de privilégier le travail sur le terrain et la mise en œuvre de nos activités, la satisfaction de pouvoir réunir régulièrement des acteurs de la coopération en Méditerranée qui ne se rencontrent jamais par ailleurs et qui découvrent, à travers nos actions, que ce qui les unit est plus important que ce qui les séparent.

De quelles actions s’agit-il?
Nos activités concernent trois grands axes majeurs. Le premier axe porte sur la jeunesse et l’employabilité ; un exemple concret de projet phare qui cible en priorité la jeunesse : le très stratégique projet d’Université euro-méditerranéenne de Fès, initié sous l’impulsion de Sa Majesté, se met en place avec le soutien de nombreux partenaires de la région. Par ailleurs, pour d’autres projets et avec plusieurs partenaires de la région, nous avons développé de nombreuses actions pour renforcer les mobilités des jeunes étudiants et les soutenir dans leurs insertions professionnelles. Nous avons également lancé une grande action pour le développement du secteur privé et des PME en axant notre attention sur trois thématiques centrales : l’impact de l’économie informelle sur le développement des PME, la création d’emploi et le Partenariat public-privé. Trois réunions de haut niveau ont eu lieu à Barcelone au cours des six derniers mois à ce sujet.

Je suis convaincu que la solution durable au problème du chômage des jeunes réside dans la capacité à donner toutes les moyens au secteur privé pour développer les opportunités existantes et créer ainsi une dynamique de croissance et d’emploi. Le second axe vise le renforcement du rôle des femmes. Ainsi, nous développons aujourd’hui 10 projets spécifiquement dédiés à cette question et ils concernent 50.000 bénéficiaires dans la région de l’UpM. Avec le soutien des gouvernements norvégien et français notamment, nous avons lancé plusieurs projets en faveur du renforcement de l’employabilité des jeunes femmes. Nous avons organisé à Barcelone, il y a quelques jours, la deuxième Conférence UpM sur le renforcement du rôle des femmes dans la vie économique. Cela a été un grand succès avec la présence de près de 300 acteurs actifs dans le domaine. Enfin, le dernier axe concerne le développement durable. Cette thématique est centrale pour la compétitivité des économies de la région.

Nous avons lancé récemment au Maroc trois plateformes UpM de coopération régionale énergétique afin de structurer et de donner une nouvelle impulsion à ce secteur tellement stratégique dans notre région. Nous avons également lancé un programme de travail dans le domaine des changements climatiques, notamment dans la perspective de la COP 21 à Paris et de la COP 22 au Maroc. Je suis heureux de constater qu’avec la BEI et la BERD, nous lançons le projet de dépollution du Lac de Bizerte qui permettra de donner une dynamique de croissance et d’emploi à cette importante région du nord de la Tunisie et ce, dans le cadre de la stratégie régionale Horizon 2020. Autre exemple : avec la Commission européenne et le Fonds de transition du partenariat de Deauville, nous avons un projet pour le développement des plateformes logistiques en Méditerranée afin de renforcer la compétitivité de ces économies. Vous voyez donc que l’UpM est aujourd’hui dans l’action.

Quelle place le Maroc occupe-t-il dans les chantiers de l’UpM?
Je suis heureux de constater que sur l’ensemble de nos activités, le Maroc est très dynamique, tant sur le plan du gouvernement que du secteur privé et de la société civile. Je saisis cette occasion pour lancer un appel à tous ceux qui souhaitent développer leurs activités régionales en Méditerranée de venir nombreux nous voir pour que nous puissions tous œuvrer collectivement en faveur du développement du formidable champ d’opportunités existant dans notre région. Je suis heureux également de constater que plusieurs partenaires et acteurs sont engagés dans le renforcement de la coopération au niveau de l’UpM. Les parlementaires se sont réunis les 11 et 12 mai pour un Sommet de l’assemblée parlementaire de l’UpM, à l’issue duquel d’ailleurs la présidence est revenue au Maroc. De même, les conseils économiques et sociaux se sont également réunis le mois dernier à Marseille et je veux saluer le rôle très actif du CESE marocain. Enfin, je veux rendre hommage au dynamisme du patronat marocain qui s’est fortement engagé au niveau régional.

Des sujets de grande actualité tel que les drames de l'immigration ou encore le phénomène du terrorisme vous font-ils changer de stratégie?
Au contraire. Ils confortent notre stratégie. La vraie solution à long terme, celle qui garantit la paix et la stabilité, c'est le développement. Les drames humains à répétition en Méditerranée sont source de grande émotion, tristesse et préoccupation. Mais leur traitement ne peut se faire sous l’angle exclusivement sécuritaire. Plus que jamais, la dimension de développement doit être au cœur des priorités. Je reste convaincu de trois réalités fortes aujourd’hui qui constituent les axes fondamentaux de l’action de l’UpM. La priorité des priorités est celle de l’emploi des jeunes et là il est important que la stratégie de l’UpM intègre les dimensions plus globales et en particulier la dimension africaine.

Il est fondamental aussi de renforcer le réflexe régional en Méditerranée. Celui-ci est encore peu développé malheureusement, il faut bien reconnaître que c’est précisément parce qu’il est faible que l’UpM existe. La récente rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’UE et des pays du Sud de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone le 13 avril 2015 a clairement conforté cette orientation. J’appelle de mes vœux que ces réunions ministérielles politiques puissent se tenir régulièrement pour accompagner la dynamique engagée et répondre plus efficacement aux défis de notre région pour le bien de nos populations. Je suis convaincu que si l’UpM n’existait pas, il faudrait la créer. C’est le moment par excellence de prendre la mesure de la responsabilité historique qui nous incombe pour dessiner les contours de l’avenir de notre région.

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