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La reprise de la consommation de ciment, le potentiel grandissant de la région du sud, la bonne situation en termes de rentabilité...autant d’éléments qui sont en faveur du titre. Pourtant, les analystes émettent quelques réserves.

La consommation de ciment retrouve des couleurs en ce début d’année 2019. Les ventes ont, en effet réalisé à fin mai une hausse de 1,89% sur un an pour flirter avec la barre des 6 millions de tonnes. Une tendance qui devrait être bénéfique pour l’ensemble des opérateurs du secteur. Le bâtiment en général et le logement plus particulièrement, représentent 75 à 80% de la consommation de ciment. D’ailleurs, les analystes de la place semblent confiants sur la valeur, mais émettent tout de même quelques réserves. «La dynamique commerciale de Ciments du Maroc devrait reprendre des couleurs sur l’exercice en cours », estiment les analystes d’Upline Securities. Et ce, en raison du potentiel que recèle la région du Sud, «marché de prédilection de Ciments du Maroc». En témoigne, les différents projets d’infrastructures lancés, à l’image de l’élargissement de la liaison Laayoune et Dakhla sur 1.055 km pour une enveloppe de 8,5 MMDH, ou encore la construction de deux nouveaux barrages dans la province d’Al Haouz.

Toutefois, CIMAR pourrait ne profiter que partiellement de cette dynamique au vue de l’approche de la date de mise en service d’une cimenterie de LafargeHolcim Maroc d’une capacité de 1,6 MT. Un évènement qui devrait naturellement entraîner une dilution de la part de marché de Ciments du Maroc. Même son de cloche auprès des analystes de CDG Capital qui notent «un gros risque pour le groupe CIMAR, notamment après la mise en service de l’usine de LafargeHolcim dans la région de Souss courant 2020». Ce qui les pousse à être prudents sur leurs prévisions au delà de 2021. En revanche, la volonté de la maison mère (HeidelbergCement) de se désengager partiellement du capital (tout en restant majoritaire) pourrait mettre sous pression le cours en Bourse sur le court terme. «Un évènement qui ne remet nullement en cause notre opinion positive sur la valeur». Celle-ci jouit d’une assise financière solide pouvant lui permettre de mener à bien ses projets de développement aussi bien au Maroc qu’en Afrique. Les analystes d’Upline Securities tablent ainsi dans leur business plan sur un TCAM de 2,1% du chiffre d’affaires et de 5,6% pour le résultat net part du groupe sur la période 2018-2028.

Au final, la banque d’affaires fixe le cours cible à 1.616 DH (soit un upside de 12,61% comparativement au cours du 26/04/2019). Une valorisation qui pousse les analystes d’Upline Securities à recommander à l’investisseur de renforcer la valeur dans son portefeuille. Une recommandation confortée par un DY 2019 attrayant de l’ordre de 5,9%, largement supérieur à la moyenne du marché se situant autour de 3,9% (toujours sur la base des cours au 26/04/2019). Les analystes de CDG Capital, quant à eux, préfèrent jouer la carte de la prudence. Leur discours est plus nuancé, même s’ils admettent également que le groupe dispose d’une très bonne exposition dans la région Sud où le potentiel de croissance des volumes et des prix sont les plus importants sur le long terme. «Suite à un éventuel affaiblissement de l’économie marocaine en 2019, nous tablons sur une évolution négative du chiffre d’affaires de CIMAR de 0,8%, avec comme hypothèse stabilité des parts de marché», estiment-ils.

Pourtant, les travaux publics devraient permettre de compenser partiellement la baisse attendue de la construction résidentielle (baisse de 35% des mises en chantier en 2018), tandis que la situation d’oligopole devrait garantir une stabilité des prix. L’EBITDA par contre devrait connaître une hausse de 1%, courant l’année 2019. «Ciments du Maroc présente la meilleure rentabilité et la plus forte capacité de génération de cash fl ow du secteur », avancent les analystes de CDG Capital. Ils finissent par fixer le cours cible à 1.528,5 DH/action (soit une décote de 7,2% cours du 23/04/2019). Le titre s’échange actuellement à 1.625 DH.


Fatma Charfi
Analyste chez Alpha Mena

Les cimentiers marocains verront probablement des jours meilleurs après cinq ans de baisse (hormis 2015). Ces cinq premiers mois de l’année maintiennent un trend haussier pour la consommation ciment. La demande se redresse à 5,86 MT à fin mai, soit 1,89% en glissement annuel. D’ailleurs, nous anticipons une légère amélioration de la demande (+1% en 2019 et +2% en 2020), mais qui reste insuffisante pour liquider un surplus de production autour de 6 MT. Les revenus de CIMAR devraient évoluer avec un TCAM de 4,55% sur la période 2018-2021. Toutefois, nous réitérons notre prudence tant que le secteur BTP est encore en difficulté, surtout que 80% des ventes sont destinés au logement. Nous pensons par ailleurs que CIMAR est désormais sous la menace constante de perdre des parts de marché, notamment à l’inauguration du centre de broyage Laâyoune de son principal concurrent LafargeHolcim Maroc. En dépit de cette concurrence rude, CIMAR fait état de chiffres solides avec une marge d’EBITDA confortable (48,6% en 2018). De point de vue valorisation, le titre se négocie à 10,5x 2019 VE/EBITDA contre 12,6x pour ses comparables. La pression sur le cours suite au désengagement partiel de HeidelbergCement du Capital, a fait de CIMAR un titre qui mérite d’être suivi de près.