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Gilles Bazus. Directeur général Maghreb de Philip Morris International

Quelle est votre lecture de la récente augmentation du prix du tabac au Maroc ?
Les augmentations des prix de ventes qui ont eu lieu ne reflètent pas l’impact de la hausse de la TIC mais chaque opérateur est libre de répercuter la hausse sur le prix de vente ou de l’absorber partiellement ou totalement en fonction de sa politique des prix tant que le prix n’est pas inférieur à la somme du prix de revient de l’ensemble des taxes en vigueur et des marges bénéficiaires mais il faut rester prudent. Au Maroc, le marché du tabac est polarisé par deux segments, le premium avec environ 42,6% des volumes et le bas prix avec environ 42% et le gap de prix entre les segments est très large. En plus 65% des consommateurs du premium ont des revenus mensuels inférieurs à 7.000 DH donc des augmentations agressives pourraient se traduire par un basculement du marché vers le segment à bas prix, qui par conséquent générerait moins de TIC ou encore par un choix de s’approvisionner auprès du circuit illégal qui génère 0 impôt. À notre avis, le mieux serait d'envisager un plan prévisible et à long terme soit une restructuration de la TIC semblable à celle de l'UE, qui serait moins dépendante des prix de vente des produits de cigarettes. En général, en tant qu'acteur, nous recherchons la clarté et la prévisibilité de l'environnement réglementaire et fiscal, ce qui nous permet d'élaborer des plans d'investissement à long terme sur le marché national.

Pourquoi le lancement d’IQOS traîne-t-il au Maroc ?
Nous espérons que le Maroc soit l'un des premiers pays d'Afrique à bénéficier de ces produits car nous pensons qu'il existe un potentiel dans le pays. Actuellement, les fumeurs adultes du monde entier, y compris au Maroc, recherchent une meilleure alternative à la cigarette conventionnelle. Bien que nous croyions que les produits sans fumée ont un potentiel immense pour réduire les problèmes de santé liés au tabagisme, nous ne pouvons pas réussir ce pari seuls. Les gouvernements et les pouvoirs publics ont également un rôle important à jouer pour fournir des informations claires aux consommateurs sur cette nouvelle catégorie de produits et pour définir les cadres réglementaires susceptibles d'accélérer le passage à grande échelle des fumeurs adultes qui choisissent autrement de continuer à fumer ces produits.

Philip Morris prône le développement des produits de tabac à risque réduit, quelles sont vos dernières réalisations dans ce sens ?
Notre produit phare iQos rencontre un franc succès. La preuve au 31 décembre 2018, environ 6,6 millions de fumeurs adultes dans le monde avaient déjà arrêté de fumer et étaient passés à notre produit de tabac à chauffer iQos actuellement disponible sur 44 marchés. Derrière cette innovation, il existe un programme scientifique rigoureux. Aujourd’hui en plus des 250 études publiées par PMI depuis 2011, des études indépendantes ont été menées sur le sujet, notamment par des agences gouvernementales comme l’Institut fédéral d’évaluation des risques en Allemagne ou encore l’Institut national de la santé publique et de l'environnement aux Pays-Bas pour ne citer que ceux-là.

L'ONG Public Eye a publié une enquête qui dévoile la nocivité des cigarettes exportées sur le continent africain, que pensez-vous de ses révélations ?
Nous respectons et encourageons tout débat constructif. Toutefois nous tenons à préciser que toutes les cigarettes sont nocives. Bien qu'il existe une variété de marques de cigarettes avec des rendements différents en nicotine ou en monoxyde de carbone, les fumeurs ne doivent en aucun cas présumer qu'une cigarette est moins nocive qu'une autre. Le meilleur choix donc est d’arrêter définitivement de fumer. Pour ceux qui choisissent de faire autrement, il existe des produits alternatifs qui même s'ils ne sont pas sans risque, restent un meilleur choix que de continuer de fumer. En tant qu’entreprise, nous opérons dans le respect des exigences réglementaires applicables et s’il y a un changement à la réglementation, nous allons systématiquement nous y adapter. Nous sommes disposés à accompagner les pouvoirs publics pour réglementer les taux des teneurs contenus dans les cigarettes au Maroc car nous estimons qu’une réglementation claire est toujours dans l’intérêt des opérateurs du secteur.

Les industriels du tabac sont souvent accusés de faire du lobbying. Que pouvez-vous nous en dire ? 
Si vous désignez par le mot lobbying la sensibilisation des parties prenantes, je dirai oui car il est tout à fait normal qu’une entreprise interagisse avec son environnement tant que ceci se fait dans la transparence. Cela d’ailleurs n’est pas propre aux opérateurs du secteur du tabac. Quel que soit le secteur d’activité, les entreprises sensibilisent, informent, défendent leur intérêt et partagent leur expertise afin de clarifier certains aspects qui touchent à leur secteur d’activité. Le dialogue continu entre l’entreprise et les autorités est très important pour l’amélioration du climat des affaires.