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Après trois décennies d’arabisation, le débat sur la langue d’enseignement des matières scientifiques au Maroc est plus que jamais d'actualité et loin d’être tranché. Cette question entre dans une étape décisive avec l’examen du projet de loi-cadre sur l’enseignement au sein du Parlement.

Le Maroc s’achemine vers l’enterrement de trente années d’arabisation. C’est l’un des sujets phares qui suscitent la polémique au sein de l’institution législative. En cours d’examen par les députés, le projet de loi-cadre sur le système éducatif suscite des discussions on ne plus animées. Le texte stipule l’enseignement de certains contenus en langue étrangère. Les parlementaires sont divisés sur cette question. La majorité au sein de la chambre basse a du mal à parler de la même voix. Le groupe parlementaire de la lampe, qui s’oppose aux dispositions du texte en matière linguistique, va-t-il parvenir à convaincre ses alliés d’amender le projet de loi-cadre? Rien n’est moins sûr face à la détermination affichée par le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Said Amzazi, qui n’hésite pas à affirmer, à chaque occasion, que l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langue étrangère et à leur tête le français est un choix irréversible. Mais sa mission n’est pas de tout repos face à la position du PJD, de l’Istiqlal et même du PAM. Pour le moment, rien n’est encore tranché. Mais l’expérience démontre que le gouvernement parvient à tirer son épingle du jeu en comptant sur la discipline de la majorité au sein de l’institution législative, même en cas de désaccord. En tout cas, les prochaines semaines s’annoncent décisives pour la question de la langue d’enseignement des matières scientifiques.

Vers une généralisation progressive
Le Maroc a ouvert en 2013 les sections internationales dans l’enseignement secondaire qualifiant. Et depuis deux ans, on a commencé à franciser l’enseignement des matières scientifiques au niveau de l’enseignement collégial. Actuellement, quelque 85.000 collégiens et 99.258 lycéens étudient les matières scientifiques en français. L’option anglaise est uniquement dispensée à 426 lycéens, et celle espagnole compte seulement 53 élèves. Au niveau du primaire, l’alternance des langues arabe et française a été entamée dans l’enseignement des matières scientifiques, notamment les mathématiques. La tendance est celle de la généralisation progressive de l’enseignement des matières scientifiques en langue étrangère dans le secondaire qualifiant. Certaines académies comme celle de Rabat-Salé-Kénitra ont généralisé l’option internationale au niveau du tronc commun. D’ici deux ans, cette généralisation concernera l’ensemble du cycle secondaire qualifiant.

Qualité de l’apprentissage
Une question se pose: le faible niveau des élèves en français ne va-t-il pas altérer la qualité de l’apprentissage des matières scientifiques ? Les enseignants sont les premiers à pointer du doigt le changement de la langue d’enseignement des matières scientifiques, surtout au niveau du collège. Il faut dire que les professeurs eux-mêmes ont des lacunes linguistiques, et certains ont du mal à s’adapter à la nouvelle situation. Le ministère de tutelle compte sur la formation pour rectifier le tir. Jusque-là, plus de 1.000 enseignants des disciplines non linguistiques ont bénéficié d’une formation pour enseigner les sciences en langue française. Les difficultés que rencontrent les enseignants sont exacerbées par le faible niveau des élèves en français, surtout au niveau de l’enseignement secondaire collégial. Contactés par les Inspirations ÉCO, certains enseignants déplorent le recours à l’ouverture de l’option internationale dans les collèges, notamment en milieu rural, alors que le niveau des élèves en langue française est jugé «catastrophique». «J’ai des élèves qui ne savent même pas écrire et déchiffrer leurs nom et prénom en français; comment veut-on qu’ils apprennent les matières scientifiques en français ? C’est une aberration!», s’exclame un enseignant dans un collège situé dans une campagne à quelques kilomètres de Kénitra.

La maîtrise de la langue, une nécessité
La maîtrise de la langue est un facteur résolument déterminant pour la promotion de la qualité de l’apprentissage. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, un seuil de vocabulaire dans chaque langue doit être atteint pour comprendre un texte simple. C’est ainsi que l’enseignement en langue maternelle demeure de loin l’option optimale, comme en attestent les rapports internationaux. D’aucuns brandissent cette carte pour défendre l’enseignement en langue arabe. Pour le ministère de tutelle, c’est un faux argument car la langue maternelle au Maroc n’est pas l’arabe mais la darija ou l’amazigh. Sauf que la langue arabe demeure la principale langue d’enseignement dans les écoles publiques? et les élèves la « maîtrisent» mieux (plus ou moins) que le français. Pour renforcer les compétences linguistiques des élèves de l’école publique, on compte actuellement sur l’approche de l’interdisciplinarité dès le primaire. Mais, cette approche est-elle efficace pour les collégiens et les lycéens dont les lacunes en langues étrangères sont très importantes? Le doute plane. Une évaluation des sections internationales notamment dans le secondaire collégial s’impose.

Équité ?
Le ministre de l’Éducation nationale dit vouloir instaurer l’équité entre les secteurs public et privé en généralisant l’enseignement des matières scientifiques en français afin de pallier les difficultés rencontrées par les étudiants issus de l’école publique au niveau de l’enseignement supérieur. Mais il faut commencer par s’attaquer à la racine du problème. Si le secteur privé a réussi à rehausser le niveau des élèves en langue française, c’est grâce, entre autres, au préscolaire.

Anglais ou français ?
Amzazi brandit la carte de l’ouverture du Maroc sur l’international car le contenu scientifique est en majorité produit en langues étrangères. Mais pourquoi ne pas s’orienter plutôt vers la promotion de l’anglais, première langue au niveau de la production scientifique à l’échelle internationale? Cette option pourrait être envisagée à long terme car il faudra en premier lieu former les ressources humaines nécessaires. Il faut aussi préparer l’enseignement supérieur à accueillir des étudiants anglophones. Le choix est actuellement très limité, même au niveau supérieur. Les bacheliers de la section internationale anglaise rencontrent en effet d’énormes difficultés en l’absence de filières supérieures publiques enseignées en anglais. La loi-cadre stipule la nécessité de diversifier les langues étrangères au niveau du supérieur. 

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