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02-12-2019 12:11

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Ce fut un discours à dimension globale dans une continuité logique du discours du trône. Nouveau modèle de développement, classe moyenne, horizons ouverts au monde rural et aux périphéries des pôles urbains...Le tout sur fond de responsabilité. Et sans surprise, le roi a rappelé l’importance de la mise en place d’un nouveau modèle de développement tout en insistant sur l’approche participative. C’est très important dans cette phase cruciale de reconstruction du modèle marocain de fédérer tous les citoyens, que le souverain qualifie de forces vives afin que le projet adopté soit celui de nous tous, comme ce le fut pour la Constitution de 2011.

Par ailleurs, il faut souligner que si aujourd’hui l’on parle de la nécessité d’élaborer un nouveau plan de développement, c’est que l’actuel a atteint ses limites. C’est pourquoi cette nouvelle étape passe par l’exercice de diagnostics des défaillances et des dysfonctionnements pour y remédier et le roi rappelle à juste titre qu’il ne faut pas avoir honte de ses erreurs car reconnaître ses erreurs constitue un prélude à leur dépassement et capitaliser sur ses limites est le tremplin à ce développement tant attendu. Par ce discours, le roi réitère ses propos prononcés à l’occasion de la Fête du trône et partage avec son peuple ses préoccupations face aux défis majeurs qui requièrent une totale responsabilité. Et c’est là où le souverain, tout en rappelant les engagements de l’administration et plus globalement de l’État, insiste aussi sur la responsabilité du citoyen de faire preuve d’initiative, de participer au projet de la nation et d’adopter la valeur du travail.

Cette valeur passe par une meilleure orientation d’où l’importance des filières de la formation professionnelle que le souverain supervise personnellement. En clair, cette orientation stratégique, tout comme la régionalisation, seront au centre du nouveau modèle de développement.

Au Maroc, le tourisme continue de marginaliser un segment très important et surtout pérenne : le tourisme intérieur. L’été est une occasion en or pour constater les multiples dérapages et dysfonctionnements que les touristes marocains subissent et dont ils payent les frais. Hôtels, restaurants, transport...tous les secteurs font subir aux Marocains un diktat inexplicable. Non, nous n’exagérons rien. On comprend bien qu’un hôtel cinq étoiles facture un café à cinquante dirhams mais de là à faire payer un client un jus industriel, dont le litre se vend à dix dirhams, à 150 dirhams! Les restaurants font flamber leurs prix en dehors de tout contrôle des autorités compétentes. Certes les prix sont libéralisés mais dans des fourchettes logiques.

Dans les petites bourgades balnéaires du nord, les dépassements frisent le ridicule. Ce Marocain qui choisit cette région devra prendre son mal en patience avec le diktat du gardien de voitures, la violence verbale de gens venus de nulle part et qui t’obligent à payer le mètre carré de sable occupé, les prix hors toutes normes appliqués par les cafés et restaurants, les taxis qui refusent de faire fonctionner le compteur...etc. Ce même comportement on le retrouve au sud dans les plages de la banlieue d’Agadir, et dans d’autres villes.

Ce tourisme intérieur, dont les MRE font partie avec leurs familles, et qui représente quand même 25% des recettes globales du tourisme, ne ferait partie du centre d’intérêt ni des opérateurs ni du ministère. Les autorités locales ne sont pas en reste et participent à ce concert d’acharnement sur le touriste marocain. Il n’est donc pas étrange que 300.000 Marocains choisissent l’Espagne pour leurs vacances et 120.000 autres la Turquie avec une montée en puissance pour cette dernière. Au fait une semaine à Agadir ou à Tanger coûte largement plus cher qu’à Antalya. Dès lors, le choix est vite fait au regard du rapport qualité/prix.

Certaines communes ont pris, cet été, des initiatives louables en faveur du citoyen, mais elles restent isolées. Si le ministère de l’Intérieur s’y associe, on obtiendra des résultats fabuleux. L’été est l’occasion rêvée de plumer le citoyen là où il met les pieds: au marché, à la plage, dans les parkings, etc. Chacun applique ses propres lois et ses propres prix. Prenons l’exemple des gardiens de voiture qui, dans certains cas, s’organisent en bandes violentes et menacent l’intégrité physique du citoyen. Dans certaines plages, ils appliquent jusqu’à 50 DH comme tarif de stationnement, sans que personne ne trouve rien à y redire.

Heureusement, certaines communes comme Martil, Dar Bouazza ou M’diq affichent des tarifs applicables à tout le monde. 5 DH pour ceux qui passent la journée à la plage, un tarif raisonnable que les gardiens n’acceptent pas et qui vont jusqu’à arracher les panneaux les affichant. Et c’est justement là que les autorités doivent intervenir, afin d’appuyer cette action citoyenne. Une commune dépourvue de forces de l’ordre et de puissance dissuasive ne peut rien contre des bandes organisées s’improvisant en gardiens de voiture de force. C’est le cas d’autres communes qui ont enlevé les parasols des plages publiques, les rendant payants et donc privés! Ce sont des initiatives qui paraissent dérisoires pour certains mais qui, dans le fond, constituent le début d’une conscience des droits des citoyens à jouir de l’espace public, celui-là même pour lequel ils payent, au prix fort, des impôts. Cet été 2019 touchera à sa fin dans un peu plus de deux semaines, il y a lieu donc de se pencher dès à présent sur la période estivale de 2020. D’où l’importance du rôle du ministère de l’Intérieur, via les walis, en matière de coordination et de cohérence des initiatives avec un seul objectif: généraliser les «best practices». Une phase qui servirait de test afin de bannir définitivement les mauvaises habitudes.

Le débat sur le nouveau modèle de développement n’est pas que l’affaire des partis politiques et des officiels. C’est l’affaire de toute la société. Cela fait deux ans que les partis politiques devaient remettre leur copie, une fois le débat public tenu. Sur le terrain, on n’a rien vu. «Les Inspirations ÉCO» s’était essayé à l’exercice de collecte des contributions des partis afin de les rapprocher et d’en tirer une synthèse d’ensemble. Malheureusement, hormis le PPS, certains ont catégoriquement refusé quand d’autres ont présenté un argument curieux, à savoir que leur projet est «sous embargo» dans l’attente d’un «feu vert». C’est à se demander à qui s’adresse le modèle de développement, si ce n’est au citoyen en premier lieu.

D’ailleurs, dans le dernier discours royal, il est clairement signifié que le débat doit être élargi. Heureusement, la société civile n’est pas aussi rigide que des formations politiques «has been» qui devraient débattre et produire des livrables sur lesquels la commission consultative qui sera bientôt créée pourra s’appuyer comme base de départ. Le document du think tank «Amadeus» a émis des propositions intéressantes que nous relatons dans ce numéro. D’autres associations et ONG ont déjà lancé la réflexion, et la rentrée sera riche en débats.

De notre côté, au sein du groupe «Horizon Press», nous organiserons dès le mois de septembre plusieurs tables rondes et conférences sur tout ce qui concerne le nouveau modèle de développement avec une rétrospective sur les échecs du modèle actuel. Nous essayerons d’opposer les opinions de politiciens, d’économistes et d’acteurs associatifs. La réflexion doit être menée à tous les niveaux de la société; c’est pourquoi on se demande une énième fois pourquoi les médias publics sont en passe de rater un énième rendez-vous pour accompagner une dynamique nationale. «Les Inspirations ÉCO», Horizon TV et «LesEco.ma» resteront ouverts à toutes les énergies du pays pour un large débat national. 

Le 10 août, on célèbre la Journée nationale des MRE. C’est l’occasion de revenir sur la situation de ces cinq millions de Marocains, leurs droits et obligations car le traitement de la diaspora, ce n’est pas que du folklore et des troupes populaires envoyées çà et là pour présenter un show de bas étage.

Aujourd’hui, nos MRE sont d’une autre génération qui n’a rien à voir avec ceux qui étaient encadrés par des amicales montées de toutes pièces par un certain Driss Basri. De nos jours, ils sont médecins, ingénieurs, architectes, banquiers d’affaires, agents marketing, inventeurs, etc. Le ministère de tutelle l’a bien compris et cela mérite d’être cité. Il est allé sur trois continents -européen, asiatique et nord-américain- à la rencontre de ces profils pointus afin d’écouter leurs propositions et attentes vis-à-vis de leur pays. Il a aussi invité, ici au Maroc, de jeunes Marocains en quête d’opportunités d’investissement dans le pays. Un forum au cours duquel j’ai pu rencontrer un échantillon de ces Marocains qui ne tarissaient pas d’éloges sur l’initiative et formulaient leur attachement à la patrie. C’est dire que les générations changent, les attentes et les ambitions aussi. Mais tout cet effort déployé par le ministère des MRE risque d’être sapé par le comportement de certains fonctionnaires au sein des consulats. Prenez l’exemple du consulat qui gère le plus grand nombre de MRE dans le monde, à Paris. Là, les fonctionnaires en font voir de toutes les couleurs aux citoyens qui ont la malchance d’avoir besoin d’un document administratif, aussi simple soit-il. On peut même y retrouver des pratiques bannies ici, au pays.

Le ministère des Affaires étrangères, en charge de la diaspora, devra agir et vite car ces comportements réduisent à néant toute la politique adoptée par le pays. Enfin, il y a lieu de noter que la culture n’est pas en reste, et la présentation de pièces théâtrales de par le monde est tout simplement une idée magnifique; encore faut-il choisir des sujets qui tirent vers le haut.

La ligne de gazoduc Nigeria-Maroc est bel et bien une réalité, n’en déplaise à ceux qui prenaient ce projet pour une utopie. Hier, Amina Benkhadra, patronne de l’ONHYM, était à Abuja pour discuter avec ses homologues nigérians de l’état d’avancement des études. Cela témoigne du fait que le projet est pris au sérieux par les deux parties et que, comme cela a été réitéré lors de la dernière entrevue entre le roi Mohammed VI et le président Buhari, ce gazoduc verra le jour. C’est un engagement de deux leaders africains, de deux pays forts du continent et c’est une ambition de toute l’Afrique de l’Ouest.

En effet, il ne s’agit pas d’un projet bilatéral -quoique créé et mené par Rabat et Abuja: pas moins de onze pays verront le gazoduc traverser leur territoire. C’est cela, l’esprit gagnant-gagnant sur lequel le Maroc bâtit sa politique africaine depuis une quinzaine d’années. Œuvrons ensemble pour le bien de nos peuples; même si la politique nous sépare parfois, l’économie pourra toujours nous rassembler, comme le répétait inlassablement le souverain. Certes, ce projet est très lourd financièrement et techniquement, mais à long terme, peut-être dans une vingtaine d’années, il devrait être une indéniable source de business pour tous les pays concernés.

Le Nigeria, en tant que producteur, verra son gaz à la portée de l’Europe avec un moindre coût, ce qui lui permettra de gagner plusieurs marchés. Les pays qui seront traversés par le pipeline profiteront financièrement et se verront alimentés en gaz naturel à des conditions préférentielles. C’est ce type de projets qui contribuera à renforcer l’intégration économique en Afrique et à améliorer les échanges intra-continentaux. C’est le cas à l’Est de l’Afrique, où le Maroc, encore une fois, assurera la sécurité alimentaire à une dizaine de pays par le lancement, en joint-venture avec l’Éthiopie, d’une méga-usine de production d’engrais. Adis-Abeba deviendra alors un pays exportateur et fera profiter de son écosystème tous ses voisins. C’est cela, le beau profil du Maroc. 

Le Maroc a un sérieux problème économique. Vouloir faire d’un nouveau modèle de développement une priorité nationale en est la preuve. Vouloir masquer cette réalité ne sert en rien le pays. Il y a plusieurs mois, nous disions dans cenespace même qu’il faudrait commencer le travail aujourd’hui (ndlr.  2018) pour pouvoir aspirer à une émergence de l’économie en 2030 (cf:www.Leseco.ma). Il y a quelques jours, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, l’a clairement confirmé. «Si on ne se ressaisit pas tout de suite, il faut oublier définitivement l’émergence même à un horizon lointain», a-t-il précisé devant le roi qui, quelques jours plus tard, rappelait d’un ton on ne peut plus ferme l’urgence d’adopter un nouveau modèle de développement. Et de promettre qu’il superviserait lui-même ce chantier afin que ce dernier aboutisse dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions. En d’autres termes, le Maroc a plus que jamais besoin de fiabilité et d’efficacité. Ceux qui sont habitués à travailler à 50% de leurs capacités ne peuvent être associés à ce projet. C’est donc une question de temps. Un facteur auquel on n’accorde pas une grande importance dans notre pays. Une attitude à abolir afin de pouvoir tenir cet engagement d’adoption d’un modèle de développement qui puisse garantir l’émergence. Agir vite, c’est mettre en œuvre dans un an maximum une feuille de route qui puisse nous éclairer sur les prochaines quinze années, à savoir à l’horizon 2035. Les carottes ne sont pas encore cuites, à condition que l’on retrousse nos manches pour travailler sans compter et, surtout, arrêter de verser dans un optimisme qui n’a pas de sens. Sur ce registre, quand le chef de gouvernement répète que le verre du Maroc est à 90% plein, on se demande franchement comment on pourrait se mobiliser avec pareil satisfecit, allant à l’encontre des conclusions des institutions du pays !

Les jeunes reçus par le chef de gouvernement lui ont demandé  de créer un ministère de l’Espoir. Un message fort à prendre avec beaucoup de sérieux car le grand problème du pays en ces temps de doute est justement l’absence de confiance. Les jeunes ne trouvant pas d’opportunités de s’imposer dans leur société, la classe moyenne s’effritant, voyant ses cadres opter pour l’immigration choisie, et les couches défavorisées voyant défiler des gouvernements et des têtes sans que rien ne change pour elles... Tout cela a créé un climat de suspicion et contribué à la propagation d’un sentiment d’appartenance très limité. Il n’y a pas pire, pour un pays, que de voir ses ressources, jeunes et moins jeunes, se tourner vers d’autres horizons à défaut d’avoir confiance dans leurs propres institutions. C’est pourquoi je trouve le message de ces jeunes très sensé, et sa teneur doit figurer parmi les priorités de notre patrie. Pour ce faire, il y a lieu d’envoyer des signaux positifs aux composantes de la société, notamment aux citoyens et aux opérateurs économiques. À la veille d’un tournant historique marqué par la refonte du modèle de développement et une nécessaire mobilisation de toutes les forces vives du pays, le Maroc a plus que jamais besoin de fédérer toutes ses composantes. À ce titre, il ne faut pas oublier non plus l’entreprise marocaine, notamment la PME, qui souffre aujourd’hui de plusieurs maux. Les PME, qui représentent 95% du tissu économique, se posent aujourd’hui une question existentielle. Combien de temps pourront-elles encore tenir? Une question à laquelle il y a lieu de trouver une réponse concrète et réalisable à court terme, à commencer par cette épineuse problématique qui ne trouve toujours pas de solution, seulement des promesses qui n’aident pas à payer les salaires en fin de mois. L’espoir est toujours permis, à condition que l’on commence le travail et que l’on arrête de promettre.

Deux hommes, deux styles et une éternelle énergie. On pourrait décrire en ces termes Abdellatif Jouahri et Ahmed Lahlimi, issus de deux horizons différents mais unis par un dévouement sans faille au pays. De temps à autre, ils nous réveillent, nous choquent même, mais nous mettent tous, chacun à son niveau, face à nos responsabilités. Leur point fort est pourtant simple. Faire son boulot sans jamais chercher à plaire. Sous d’autres cieux, on n’a même pas besoin d’en parler puisque c’est la norme requise chez un homme d’État. Nous n’en sommes pas encore là. C’est pourquoi nous éprouvons toujours le besoin de le rappeler. Histoire de donner envie à d’autres de suivre, on ose l’espérer du reste. Pendant les dix ans de vie de ce journal, j’ai eu vent des remarques de plusieurs ministres concernant ce franc-parler de nos deux hommes et surtout de leurs chiffres. On a souvent titré sur ce que nous autres, journalistes, aimons appeler la guerre des chiffres. Une guerre dont les seules armes sont des indicateurs que chacun décode à sa façon, comme bon lui semble. Mais pratiquement tous les gouvernements successifs ont eu une dent contre le HCP de Lahlimi quand ce dernier mettait en doute des tableaux de bord embellis par l’Exécutif, jusqu’à ce qu’un jour, un ministre des Affaires générales ait eu l’extraordinaire idée de supprimer carrément le HCP! Eh oui, le supprimer. Heureusement que cela ne dépendait pas que de ce ministre ou de son chef de gouvernement. À Bank Al-Maghrib, Jouahri ne fait pas les choses à moitié. On peut ne pas être d’accord avec le gouverneur de la Banque centrale sur les contours de la politique monétaire, mais dans son diagnostic et ses recommandations, il n’a pas la langue dans la poche, que ce soit envers le gouvernement, les banques... En somme, le pays a besoin d’hommes qui savent et peuvent dire la vérité en face, aussi douloureuse soit-elle. Ceux qui excellent dans le «béni-oui-oui» sont déjà légion.

Le développement au Maroc rencontre plusieurs obstacles qu’il y a lieu d’éliminer avant d’adopter un nouveau modèle. C’est là la recommandation royale qui stipule l’éradication des entraves afin que le saut soit couronné de succès. Déjà, dans ce discours spécial, l’on retrouve un diagnostic : incapacité à satisfaire les besoins croissants d’une partie des citoyens, inégalités sociales et disparités spatiales, classe moyenne à renforcer, etc.

À côté de cela, une crise de confiance s’est installée depuis quelques années, chose qui sape le moral des citoyens et impacte leur mobilisation et contribution à l’édification des chantiers et réformes restants. Le discours le dit clairement par ailleurs. «Certains citoyens perçoivent sans doute mal les retombées de ces réalisations sur leurs conditions de vie».

Partant de ces préalables, le nouveau modèle de développement devrait adopter comme socle de son édifice la dignité du citoyen car le facteur humain est très important dans la construction de tout modèle, quel qu’il soit. Sans mobilisation ni engagement de tous les Marocains dans un projet de société qui va hypothéquer leur quotidien des décennies durant, aucun nouveau modèle ne peut réussir. Il faut fédérer les Marocains autour de certaines valeurs et s’engager envers eux par des objectifs clairs et précis afin d’obtenir leur adhésion. Le reste du travail, très important aussi, revient à éliminer les facteurs d’échec de l’ancien modèle. Et pour ce faire, il ne faut pas se tromper de diagnostic, quel qu’en soit la teneur. Le souverain n’a-t-il pas dit que cette commission devait remplir son mandat avec impartialité et objectivité, en livrant un exact état des lieux, aussi douloureux et pénible puisse-t-il être ? Il s’agit donc d’une nouvelle étape qui requiert des profils dotés, en plus de technicité, d’audace. Le pays a désormais besoin de nouvelles mentalités qui produisent sans attendre de recevoir. Bref, une nouvelle génération de «managers». 

Les 20 ans de règne sont désormais derrière nous, avec leur lot de satisfactions et de déceptions. À présent, il y a lieu de relever les défis des 20 prochaines années. Le roi a donné le la. Et à ce niveau-là, le discours royal était une réelle fiche de travail en vue de redéfinir les priorités.

En effet, quand on parle d’un nouveau modèle de développement, il ne s’agit pas que des grandes lignes de la politique générale de l’économie, de la gouvernance et de la gestion sociale du pays. C’est un «Plan Marshall» à la marocaine qu’il y a lieu de mettre en place avec tout un rétroplanning pour les dix, voire les vingt prochaines années. C’est pourquoi le souverain a demandé au chef de gouvernement de lui soumettre des propositions de nouveaux responsables gouvernementaux et hauts responsables d’institutions de l’État. Cela est tout à fait cohérent avec la feuille de route à mettre en place pour un nouveau modèle de développement. Faut-il rappeler que ce colossal chantier, qui va hypothéquer l’avenir de notre pays, requiert de grandes compétences habituées à travailler sous pression, avec un tableau de bord, des objectifs intermédiaires et finaux suivis à la loupe ? En plus des responsables technocrates placés dans quelques établissements névralgiques au sein de la structure de l’État, cela concernera aussi les profils de ministres. Ces derniers devront désormais plus travailler que parler, plus produire que polémiquer et faire avancer le pays plutôt que de le plomber.

Le Maroc est ainsi confronté à une première difficulté face à la concrétisation de cette ambition royale. Trouver les perles rares capables de mener cette mission avec abnégation, efficacité, est déjà un défi en soi. En d’autres mots, le Maroc a besoin d’un commando dans les plus brefs délais.
Le mois d’août s’annonce donc chaud !

Le nouveau modèle de développement requiert de nouvelles compétences et une nouvelle feuille de route. Le roi Mohammed VI recommande de ce fait un remaniement… très attendu. En effet, le discours des 20 ans de règne est on ne peut plus direct. Car cela fait deux années que le souverain a demandé à la classe politique de proposer un nouveau modèle de développement (NMD). Vingt et un mois plus tard, nous avons déjà consommé un remaniement ministériel avec le départ du ministre des finances sans avancer d’un iota sur la réflexion.

Aujourd’hui, le roi prend les choses en main. Il institue une commission qu’il va superviser lui-même. Et fait très important; il recommande au chef de gouvernement de lui proposer une liste de nouvelles personnalités capables d’assumer des responsabilités au sein du gouvernement et de certains postes clé, à même d’accompagner cette dynamique du NMD. Car, il ne sert à rien de nommer une commission composée de compétences afin d’élaborer un NMD avec un objectif avancé, celui de mettre le pays sur les rails de l’émergence, et de le confier à un Exécutif impuissant et à court d’outils de mise en œuvre.

À partir de la prochaine rentrée, le compteur commencera à tourner. Il faudrait désormais compter en jours et non pas en semaines ou en mois. Le pays a suffisamment perdu du temps et des ressources avec. Les indicateurs économiques présentés le jour même, ironie du sort, par le wali de Bank Al-Maghrib, ne sont pas reluisants et nous interpellent tous, chacun dans son périmètre de responsabilité. Le roi l’a dit sans détour. Il veut la vérité, toute la vérité, sur la base de laquelle, nous devons tous construire ce que sera le Maroc de demain. Celui de nos enfants et de nos petits-enfants. C’est un tournant où ceux qui essayeront de cacher les véritables maux du pays marqueront leurs noms parmi ceux qui n’ont pas rendu service à la nation. Et le qualificatif est gentil.

La meilleure façonner de célébrer le 20e anniversaire de l’intronisation du roi est d’établir un bilan d’étape et de redéfinir les priorités. Le Maroc a, certes, franchi un cap important dans l’édification des structures d’un pays moderne, mais il n’en demeure pas moins que le chemin de l’excellence est encore long.

J’ai raconté en 20 éditos l’essentiel de ce qui a été fait pendant ces 20 ans de règne, mais-est ce pour autant que le Maroc a réalisé ses objectifs de développement, de modernité et d’épanouissement de ses citoyens? Bien sûr que non. C’est pourquoi il est primordial, dans cette évaluation, de mesurer le taux de réalisation des objectifs (TRO). D’aucuns diront que l’appréciation du développement d’un pays ne se mesure pas de la même façon que pour une entreprise. Détrompez-vous, les fondamentaux de gestion sont presque les mêmes et le TRO est un outil incontournable pour toute évaluation.

Mais aujourd’hui, malgré un satisfecit global, nous sommes incapables de définir ce TRO, ne serait-ce que par secteur d’activité. C’est pourquoi il faudrait, dès à présent, annoncer officiellement les objectifs à atteindre dans 20 ans, en 2039. Parler de réformes lourdes dans un horizon de cinq ans est un exercice léger, peu fiable. Si, aujourd’hui, le Maroc se fixe trois objectifs (pas 36), à savoir réduire l’analphabétisation à 5%, maintenir le seuil de pauvreté en dessous de 3% et hisser l’éducation à un niveau d’excellence qui puisse faire figurer notre pays parmi les 50 premiers pays en IDH, contre le 123e rang actuellement (l’Algérie est 79e). Si l’on arrive à réaliser ces trois objectifs principaux parallèlement à deux autres objectifs complémentaires, à savoir l’amélioration des prestations sanitaires et l’indépendance et l’intégrité de la justice, le Maroc fera un sérieux pas vers l’émergence réelle. Enfin, soyons fiers de ce qui a été réalisé entre 1999 et 2019, mais restons attentifs aux défis de l’avenir. Le train du développement ne s’arrête pas là, bien au contraire, il ne fait que continuer son chemin.

Ce 20e édito, le dernier d’une série qui commémore les 20 ans de règne, sera consacré aux meilleurs moments de mon métier de journaliste pendant ce règne de Mohammed VI. Deux événements majeurs marquent à mon sens le règne de Mohammed VI. Ils m’avaient personnellement touché et continuent de susciter chez moi un sentiment de fierté.

En 2011, quand le monde arabe, dont le Maroc, était en ébullition du fait de son «printemps», tout le monde a été pris de court par le roi un certain 9 mars 2011. Ce jour-là, on avait bouclé le journal de façon normale vers 16h30 et on attendait un discours royal à 20h30. Un discours dont personne ne s’attendait à sa teneur révolutionnaire. Dès la fin de la diffusion du discours, l’équipe de rédaction s’est donné rendez-vous dans les locaux du journal vers 21h30 et nous avons traité ce discours historique en deuxième édition avec un titre spontané: Merci Majesté.

Ce numéro 332 est toujours fièrement affiché dans nos locaux. Moins de six années plus tard, un certain 31 janvier 2017, j’étais l’un des rares journalistes (5 en tout) à assister, à Addis-Abeba, au grand retour du Maroc à l’Union africaine. Les coulisses de cet événement, au siège de l’UA et au lieu de résidence de la délégation marocaine, restent mon meilleur souvenir de journaliste. Des moments très forts, empreints de stress, d’émotions et de fierté d’appartenir à ce Maroc que nous aimons tant. Des souvenirs qui seront racontés moment par moment dans un livre à paraître prochainement et qui portera sur l’épopée africaine de Mohammed VI. Des voyages en Afrique que j’ai eu le plaisir de couvrir et qui ont marqué d’une pierre blanche les 20 ans de règne d’un souverain qui s’est ouvert à son environnement continental sans oublier les priorités nationales, comme ce phénoménal bond réalisé par notre pays en matière d’infrastructures. Ce flash-back en 20 éditos nous a permis de rendre hommage à des réalisations colossales que nous oublions dans la frénésie du quotidien et qui nous rappellent que quand on veut, on peut.

Il y a un peu plus de vingt années, les «infiltrations» de migrants et de séparatistes depuis nos frontières du Sud étaient légion. Aujourd’hui, le Maroc a su s’immuniser et se protéger grâce aux nouvelles technologies. Quand certains ont appris que le Maroc allait lancer son propre satellite, ils n’y ont pas cru. Pourtant, c’est vrai, c’est une technologie acquise à des fins pacifiques et productives douée d’une réelle valeur ajoutée. Grâce aux satellites Mohammed VI (1 et 2), le Maroc peut surveiller le moindre mètre carré de son territoire. D’un côté, ils nous assurent une meilleure sécurité civile et militaire; de l’autre, ils permettent à notre pays d’anticiper les mouvements géologiques et de développer de meilleures études agricoles et cartographiques. Avec la régionalisation avancée, les Conseils régionaux peuvent tirer profit de cette technologie afin de mieux maîtriser leur territoire, de définir les besoins par zone et de fixer leurs priorités sur des bases scientifiques.

En fait, le prix de ces satellites est de 500 M$ l’unité, décrit par les experts comme bon marché au vu de son prix réel et des options y afférentes. Selon ces mêmes experts, les négociateurs marocains se sont montrés chevronnés, parvenant au meilleur rapport qualité/prix du marché. Maintenant que le Maroc fait partie des deux ou trois pays africains qui détiennent cette technologie, il n’entend pas en rester là. Le royaume fait des nouvelles technologies et de l’économie numérique un challenge à relever avec des objectifs alignés sur les standards européens. La partie «satellites» n’en constitue qu’une partie dans un écosystème qui se développe continuellement. Il faut dire aussi que, sur ce plan, la comparaison avec le Maroc d’avant 1999 n’est pas raison.

À cette époque, Internet était embryonnaire, et les technologies satellitaires, le monopole exclusif des super-puissances. Le Maroc peut être fier de faire partie des rares pays en développement disposant de cette technologie de pointe qui fait bien des jaloux.

Près de la corniche casablancaise, elles sont des dizaines de femmes à vendre leurs délicieux plats à l’escargot dans de bonnes conditions. Elles gagnent en respect et en dignité grâce à une initiative citée en modèle. Il s’agit de l’Initiative nationale du développement humain (INDH). Elle a été lancée en 2005 afin de venir en aide à des couches défavorisées et sans ressources. Une action fort louable qui assoit les valeurs de travail et de dignité et dont l’objet est de lutter contre le phénomène de la mendicité. 14 ans après, le bilan est largement positif avec bien entendu quelques couacs à régler et l’expérience amorce un nouveau virage avec l’INDH III. Il faut dire que cette initiative est citée en modèle dans plusieurs forums internationaux sur les mesures de soutien et d’accompagnement des pauvres.

Le Maroc a su encourager les couches les plus démunies, notamment les «cheffes de foyer» à privilégier le travail à la charité directe ou déguisée. Bien sûr, l’INDH ne va pas régler tous les problèmes du Maroc, de même qu’elle ne peut éradiquer la pauvreté. Elle dispose certes d’un budget de 18 MMDH mais les demandes recensées et exprimées dépassent largement ce niveau de financement. Et c’est là que l’ingénierie du management de ce dossier trouve toute son importance car dans chaque initiative où il est question de distribuer de l’argent de façon directe ou indirecte, il y a les intrus qui essayent d’en profiter indûment, les politiciens qui veulent utiliser la générosité de l’État à des fins politiciennes et il y a le volet de la gouvernance. C’est vers ces points que l’effort managérial devrait s’orienter afin de garder la noblesse initiale de cette initiative créée, supervisée et menée par le roi en personne. Ce n’est pas pour rien qu’on en a même parlé aux Nations Unies et c’est pour cela qu’il faudrait la protéger et la développer, en commençant par éradiquer le phénomène de la mendicité qui laisse pas mal d’égratignures sur le beau visage du Maroc.

Cette semaine, une délégation d’hommes d’affaires sud-africains était en conclave au Maroc qui leur a déroulé le tapis rouge. C’est là le signe d’une haute maturité diplomatique qui prévaut depuis une quinzaine d’années. En effet, le Maroc a su tirer les enseignements de ses erreurs diplomatiques des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix où une muraille se dressait entre le diplomatique et l’économique. À cette époque, il était impensable qu’un homme d’affaires marocain se rende en Éthiopie, ou qu’un businessman de ce pays daigne penser investir au Maroc.

Cette muraille a été détruite pierre par pierre par le roi Mohammed VI au prix de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres parcourus de par notre continent. Il fallait consolider nos relations historiques avec nos alliés traditionnels, notamment en Afrique de l’Ouest, mais il était aussi question de percer dans les foyers les plus hostiles au Maroc. C’est cela, la valeur réelle de la diplomatie marocaine en Afrique, c’est creuser dans le marbre plutôt que chercher la facilité. Au bout de plusieurs années, les retombées commencent à se faire sentir.

Aujourd’hui, la voix du Maroc se fait entendre partout en Afrique. D’aucuns ont révisé leur position vis-à-vis de l’affaire du Sahara, d’autres ont commencé à mettre de l’eau dans leur vin et se rapprochent de plus en plus de Rabat. Le dernier pays en date est le Rwanda qui s’apprête à ouvrir, pour la première fois, une ambassade à Rabat. Il y a quelques jours, la présidente du Parlement du Burundi, un pays pro-Polisario, était en visite officielle au royaume. Une première. Le Nigeria, le Ghana, le Kenya, l’Éthiopie sont des exemples de pays reconnaissant la pseudo-RASD mais qui développent aujourd’hui avec le Maroc d’intéressants businesses win-win, qui ont fini par réunir les gouvernements de ces pays et leur homologue marocain autour de la même table. Le business est donc l’ingrédient de la politique et de la diplomatie qui requiert du professionnalisme et du sérieux.

Le Maroc continue à compter sur sa «machine verte» depuis l’Indépendance. Ce qui a changé durant ces 20 dernières années, c’est la création de valeur ajoutée. On est loin du secteur agricole dominé par l’archaïsme de l’outil de production et du capital technique. D’importantes mesures ont été prises depuis une quinzaine d’années; elles ont changé la face du secteur primaire. Il y a le renforcement des aides et subventions pour la mécanisation de l’agriculture, la modernisation des grandes exploitations agricoles, l’émergence d’un véritable écosystème d’agro-industrie, le décollage de l’export, l’augmentation substantielle des postes d’emplois créés...

Cet environnement a été favorisé par le Plan Maroc vert qui, dès le départ, s’est fixé un objectif clair : soutenir des centaines de milliers d’agriculteurs et tirer vers le haut les agriculteurs de taille moyenne et grande. Ces derniers ont pu, grâce à cette politique, hisser leur business à des niveaux très intéressants faisant au passage profiter le pays de leur succès. Il suffit de rappeler que le Maroc a pris une décision courageuse, celle de supprimer l’exemption fiscale pour les grandes exploitations. Cela ne les a pas empêchées de grandir, de prospérer et de s’acquitter de leur devoir citoyen de payer leur contribution fiscale. Une situation inimaginable il y a une trentaine d’années, quand on prétendait que le Maroc ne pourrait vivre sans les grands agriculteurs, à telle enseigne que le pays a été l’otage de certains milieux exploitant la frilosité de l’État à l’égard de ce secteur jadis dominé par la rente.

Aujourd’hui, on peut aisément avancer que la situation est largement mieux structurée, sans prétendre que le Plan Maroc vert est un sésame qui va révolutionner l’économie nationale. Celle-ci devrait être amorcée par d’autres secteurs devant lui rafler son leadership, comme... l’industrie.

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