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20-05-2019 00:20

Victoire pour les Berkanis

La Renaissance sportive de Berkane s’est imposée à l’issue d’un match difficile contre les…
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Il n'y a qu'au Maroc que l'on peut être juge, partie et se dénoncer en même temps. Ce qui arrive ces jours-ci dans le monde du football donne le tournis. Il y a eu ce désormais fameux match du Kawkab face à Berrechid où tout le monde a crié au scandale tant la connivence était évidente. D'aucuns diront que c'est monnaie courante, dans le football. Soit. Sauf que dans ce cas précis, on a eu affaire à un dilemme hallucinant. Le député du PAM Noureddine Haouchi, a saisi au nom de son parti le ministre de la Jeunesse et des sports, et l'a sommé d'ouvrir une enquête afin de déterminer les responsabilités durant les péripéties de ce match. Or, il se trouve que les présidents des clubs concernés, à savoir Fouad Ouarzazi du Kawkab et Noureddine Baidi de Berrechid, sont des membres du PAM. Idem pour Said Naciri, président de la Ligue professionnelle! Ces trois personnalités ont pour points communs une étiquette politique et un ballon rond qu'ils dirigent à leur guise. En fait, Ouarzazi est le bras droit de Naciri; n'est-il pas de facto le vice-président de la Ligue professionnelle? Vous voyez que le PAM est le dernier à même d'exiger du ministre l'ouverture d'une enquête qu'il pourrait lui même diligenter depuis son siège, sis boulevard Mohammed VI à Rabat.

Et Fouzi Lekjaâ, président de la fédération, dans tout cela? On dirait que l'homme connu pour sa fermeté a été englouti par des sables mouvants. Au moment où plusieurs clubs crient au scandale, le responsable en chef du football national paraît plus occupé par la finale de la CAF de son club que par les intérêts du système footbalistique, en proie à des rumeurs qui sapent toute sa crédibilité. Pire encore, cela renforces les thèses -discutables- des Tunisiens et Égyptiens qui tirent à boulets rouges sur Lekjaâ.

C'est donc un silence incompréhensible qui alimente les polémiques; preuve, peut-être, d'une impuissance face au trio PAMiste Naciri-Baidi-Ouarzazi qui siège au bureau exécutif de cette même fédé', dirigée par Lekjaâ. Notre football ne cessera jamais de nous étonner!

Il y a des chiffres qui donnent le tournis, comme ce million de logements qui ne trouvent pas preneur, dans le seul axe Casablanca- Rabat. Les causes sont multiples mais le résultat est le même. Ainsi, des projets capitalistiques à perte de vue sont quasi-vides et des deuxièmes tranches annoncées en grande pompe sont tout simplement abandonnées. Les raisons sont multiples mais sont d’abord et surtout dues à une inadéquation entre l’offre et la demande. Aujourd’hui, il est presque impossible de trouver, dans les deux métropoles, un logement de moyen standing de 80 m² pour moins d’un million de dirhams.

En revanche, les offres d’appartements à partir de 2 MDH foisonnent ainsi que de villas dont les prix varient dans une fourchette de 5 à 10 MDH. Un petit tour du côté de Dar Bouazza donne une idée de la cadence des ventes tout le long de la route côtière. À Bouskoura, dans la ville verte et ses environs, le taux d’occupation est tellement bas que tous les services ne sont pas disponibles alors que des acquéreurs y résident depuis au moins cinq ans. Le problème est que les promoteurs, de façon générale, refusent de parler de crise et tournent autour du pot. Disons qu’il s’agit d’une vague de mévente qui n’a que trop duré, mais a-t-on analysé ses causes pour en prescrire les bons remèdes ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est en revanche certain, c’est que la classe moyenne, première catégorie concernée, vit une véritable crise économique. Ses revenus taxés à la source n’évoluent pas puisque les maigres augmentations de salaires sont aussitôt absorbées par l’effet d’inflation et le renchérissement galopant du niveau de vie.

Par ailleurs, à défaut d’études sur le changement de la perception du logement auprès des nouveaux ménages, on continuera à naviguer à vue, à feindre d’ignorer la crise et à se casser les dents. En effet, le marché de la location reprend de plus belle et c’est une réaction somme toute logique face à cette dichotomie du marché immobilier.

La liberté d’expression suppose respect des droits d’autrui; elle reste tributaire de la stricte observance des principes de déontologie et d’éthique. Dans la jungle du web, ce préalable est bafoué, voire piétiné. Nous avons toujours prôné l’élargissement du débat au grand public. Si les réseaux sociaux ont rendu la chose possible, ils ont aussi engendré tout le contraire. Car, si sur la toile, la problématique du foisonnement des sites dits «d’informations» est en cours de régularisation, de concert avec le ministère de la Communication et le Parquet général, l’anarchie fait des ravages sur les réseaux sociaux. En effet, l’on constate un élan injustifiable d’«audace négative» dans le sens où l’on verse dans la destruction morale et de l’image. Oui, c’est bel et bien une audace dans la mesure où des personnes prennent à partie des personnalités publiques sans l’ombre d’une preuve et le font à visage découvert ! Insultes, diffamations, menaces... Et le répertoire des dépassements est encore «riche» en délits relevant du pénal.

Certes, le Parquet ne peut passer au peigne fin toutes ces atrocités mais quand il s’agit de campagne de dénigrement organisée et de faire le buzz, il faudrait rapidement actionner les dispositions de la loi sur l’édition et la diffusion d’informations. Cela fait partie des garanties, par l’État à ses citoyens, de la sécurité et de la sérénité face aux délires du monde virtuel, plus retentissant que le monde réel. Il ne s’agit pas de museler la liberté d’opinion mais de la responsabiliser pour sauvegarder une société «vivable». On ne peut plus tolérer que des gens soient jetés en pâture, accusés de détournement de fonds publics sur de simples doutes et suspicions. Il faudrait désormais présenter des preuves tangibles; en l’absence de celles-ci, tout propos doit être pris pour de la diffamation et doit conduire leur émetteur en prison. Les pouvoirs publics gagneraient donc à lancer une grande campagne de sensibilisation avant de sévir en vue d’un toilettage de la toile.

La transition digitale au niveau de la société se fait dans l’anarchie totale avec une démission avérée des pouvoirs publics, appuyée par l’absence des médias publics. Le résultat est chaotique. En effet, un tour de la toile marocaine donne le tournis et révèle tous les maux de la société. Hypocrisie, schizophrénie, violence verbale, coups bas, fake news, diffamation... un concert de maladies sociétales déversées sans contrôle ni même une tentative de recadrage, nonobstant les termes de l’article 22 de la Constitution, qui stipule «qu’il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque», ajoutant que «nul ne doit infliger à autrui des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portant atteinte à la dignité humaine». Or, il n’y a que cela sur la toile et les gens se permettent tout, en dépit de l’existence d’une loi qui réprimande pareils comportements, car cette loi n’est généralement actionnée qu’en cas d’atteinte à l’État. Les individus y sont laissés pour compte et doivent donc galérer devant les tribunaux pour justifier du préjudice subi... et encore! Idem, d’ailleurs, pour la HACA et sa passivité face aux dérives de certaines radios, avec une lenteur exaspérante dans le traitement des plaintes, souvent rejetées en dépit de l’existence avérée du préjudice subi, mais cela est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons.

Enfin, le rôle du Parquet pour mettre de l’ordre sur la toile reste la seule voie dissuasive via une intransigeance devant la diffamation et toute forme d’atteinte à l’article 22 de la Constitution.

À commencer par tous ceux qui postent des vidéos avec un contenu non recoupé, non vérifié, jetant le discrédit sur des personnalités publiques. Le cas le plus récent est la vidéo de cet acteur associatif de Ben Slimane qui affirme que le président de la commune aurait «acheté» ce poste à 3 MDH! Maintenant, le Parquet de cette ville doit bien agir en enquêtant et en décrétant les sanctions qui s’imposent. Un strict minimum.

La fiscalité nous colle décidément à la peau. Je voulais passer à autre chose, sauf que les éditos de jeudi et vendredi ont poussé d’aucuns à sortir leurs griffes. Je leur dis que la presse n’est pas le parent pauvre. Détrompez-vous. Médecins, peintres et sportifs, entre autres, sont bel et bien au centre de l’évasion fiscale. Un chiffre nous interpelle et en dit long sur le «civisme fiscal» de certaines blouses blanches. Seuls 2% de l’IR proviennent des professions libérales, dont les médecins. Aujourd’hui, nous savons tous qu’une consultation chez un spécialiste coûte rarement moins de 700 DH.

L’examen à l’échographie est devenu un passage obligé. Comptez en moyenne une dizaine de consultations par jour (il y a des pointes dépassant les trente) et multipliez par 200 jours, déduction faite des week-end, jours fériés et vacances, et vous aurez le pactole mensuel des recettes des médecins spécialistes. Personne ne leur en veut pour cela, au contraire, cela compense les longues années de dur labeur, mais contribuer en moyenne à hauteur de 30.000 DH d’impôts par an, c’est le summum du ridicule car cela équivaut à la contribution d’un salarié qui touche moins de 7.000 DH par mois. C’est pourquoi Zouhair Chorfi, numéro deux du ministère de l’Économie et des finances, a eu raison d’exprimer son mécontentement face à ces «gens» qui déclarent à peine 10% -voire moins- de leurs revenus réels. C’est une destruction pure et simple de l’économie, synonyme de pratiques frauduleuses et peu scrupuleuses.

D’ailleurs, même entre eux, ils ne se font pas de cadeaux. Coups bas, fake news, pratiques peu orthodoxes... Tout y passe pour avoir un maximum de patients, quitte à détériorer la qualité des prestations. D’ailleurs, l’Association nationale des cliniques privées vient de dénoncer certaines «grandes» cliniques qui «détournent» les patients en manipulant la fi lière des ambulances. Honteux ! Mais cela est une autre histoire. On y reviendra.

La fiscalité continue à s’imposer à nous. L’équité fiscale, grand slogan des assises, se trouve malheureusement bafouée dans pas mal de secteurs, outre l’immobilier et l’agriculture. Ainsi, côté sport et activités culturelles, il y a une exemption de fait. L’argent qui circule dans le sport marocain se compte en milliards de dirhams sans que le fisc y accorde le moindre intérêt. En football par exemple, dont le président de fédération est aussi le directeur du budget du royaume - et donc l’un des proches collaborateurs du ministre de l’Économie et des finances - il n’y a point de déclaration fiscale. Ces joueurs qui touchent des salaires dépassant parfois les 2 MDH par an reçoivent leurs émoluments par virement bancaire sans bulletin de paie, ni impôt sur revenu ou quelconque prélèvement fiscal. Si ce n’est pas l’iniquité fiscale affichée qui donnait cet amer sentiment d’injustice aux assujettis du prélèvement à la source, on se demanderait à quoi ressemblerait ce mode de deux poids deux mesures.

Pourtant, le fisc pourrait forcer la main à la fédération de football pour rendre les contrats de joueurs publics, en vue de plus de transparence, et exiger des copies à l’adresse de la DGI. Enfin, on dirait une affaire entre Faraj et Lakjaâ, deux collaborateurs du ministre de tutelle, qui pourrait s’arranger en un quart d’heure dans un bureau du ministère. Encore faut-il que l’on veuille joindre l’acte à la parole ! Du côté artistique, il y a à boire et à manger. Ces peintres dont la signature est payée à coup de millions de dirhams la toile sontils jamais passés par la case fisc, en déclaration et en paiement ? Rien n’est moins sûr ! Quand l’actualité artistique évoque la vente de toiles à des prix exorbitants, on se demande s’il s’agit de signes extérieurs de richesse. Pourquoi alors taxer quelqu’un qui achète une voiture à 600.000 DH et fermer les yeux sur ceux qui vendent ou acquièrent des objets d’art à des millions de dirhams ? Un peu de cohérence s’il vous plaît !

Seules 14% des professions libérales déclarent leurs impôts. Des médecins, des avocats, des architectes... Parmi lesquels on retrouve des millionnaires qui n’éprouvent aucune gêne à partager l’oxygène avec nous. On comprend donc bien le coup de gueule de Zouhair Chorfi , secrétaire général du ministère de l’Économie et des finances, lors des Assises de la fiscalité, quand celui-ci a fustigé les médecins qui demandent aux patients de payer «cash» pour échapper au fisc. Et là, c’est l’Ordre des médecins qui doit être pointé du doigt car il ne fait que défendre les intérêts de ses membres, sans jamais remonter les bretelles à ceux qui manquent au devoir civique de payer leurs impôts. Comment marchent-ils sur nos voies publiques, utilisent-ils nos routes et l’éclairage public, entre autres, alors que ce sont surtout les pauvres, les salariés et les fonctionnaires qui les payent par des prélèvements à la source? La réaction aux propos de Chorfi , séance tenante, du représentant des cliniques privées n’honore pas ce métier noble de par l’incivisme et le déficit de patriotisme dont témoigne une bonne partie des professionnels de ce métier.

Aujourd’hui, il y a une enseigne de cliniques qui n’arrive plus à trouver de médecins pour y travailler parce qu’elle refuse le «noir» et déclare 100% des prestations. Ceux qui ont sali la blouse blanche, en dépit de leur prestation du serment d’Hippocrate, sont arrivés à se passer le mot et boycotter ces cliniques «clean»! Enfin, il y a des médecins patriotes, il faut le préciser, mais qui sont malheureusement minoritaires et qui n’arrivent pas à imposer leurs valeurs parmi leurs confrères. C’est pourquoi Chorfi avait mille fois raison de hausser le ton comme Omar Faraj, patron de la DGI, qui doit multiplier les contrôles tel que promis. Tout cela est valable pour les professions libérales où l’économie souterraine prévaut et où les déclarations fiscales sont des exceptions! Il est temps d’y mettre de l’ordre.

Tout le monde parle des PME au Maroc et tout le monde feint d’en faire une priorité. Sur le terrain, les PME qui arrivent à survivre doivent cet exploit à un seul partenaire: leur banquier. Car une seule réalité prévaut aujourd’hui: le refus quasi-systématique du règlement de factures par les établissements publics, dont les gros donneurs d’ordre, pour des motifs souvent «farfelus». Les exemples sont légion: de grandes institutions publiques -et leurs filiales- ne se gênent pas en cumulant des délais de paiement qui dépassent parfois une année après remise et fin de la prestation. Les patrons des PME sont appelés à faire le tour des administrations pour recouvrer leurs factures avant de se voir, au bout de plusieurs mois, priés de refaire les factures pour un ou deux centimes de différence, et de les remettre à nouveau dans ce circuit infernal. Seul l’entrepreneur a réellement conscience de l’ampleur de ce récit, pour l’avoir vécu plusieurs fois, avec son banquier qui partage cette galère.

D’ailleurs, certaines banques au Maroc jouent un rôle plus social que commercial quand elles se voient obligées de débloquer des salaires ou de forcer les facilités afin de permettre le règlement d’une facture qui conditionne le bon fonctionnement de l’entreprise. Pendant ce temps, les crédits inter-entreprises atteignent un niveau record de 400 MMDH, soit la moitié des crédits à l’économie issus des banques marocaines. Cela veut tout simplement dire qu’à défaut d’être payées, notamment par les administrations et établissement publics et assimilées, les PME ne se paient plus les unes les autres. Une situation des plus alarmantes qui devrait être hissée en priorité par le ministre de l’Économie et des finances après la fin des travaux des Assises de la fiscalité. Quand un entrepreneur vous dit que l’économie est à l’arrêt, il faudrait le croire car son préalable est d’abord son environnement de tous les jours. Un quotidien invivable.

De ces Assises de la fiscalité, nous pouvons tirer des centaines d’analyses de par la diversité des interventions et des intérêts qui les ont guidées. Ahmed Réda Chami, président du CESE, toujours droit dans ses bottes, nous rappelle à juste titre qu’il n’y a point d’équité fiscale dans un système de rente. D’aucuns diront qu’il ne nous apprend rien. Oui et non. Effectivement, il n’y a pas de «sésame» dans cette déclaration. Non, car il a le mérite, du haut de sa fonction officielle, de mettre le doigt sur un mal auquel personne ne veut s’attaquer sérieusement. Économie de rente, système rentier, la rente tout court. C’est un cortège d’expressions que nous faisons défiler depuis une dizaine d’années - je parle au moins de cet édito et chez certains confrères - sans jamais trouver un gouvernement ou un responsable capable de mettre fin à ce phénomène qui plombe notre économie, au même titre que la corruption et la prévarication. C’est d’ailleurs là qu’on trouve l’essence même de la crise de confiance qui commence à s’éterniser.

Aujourd’hui, on parle d’un nouveau modèle de développement, d’une réforme de la fiscalité et de bonne gouvernance. Que nenni ! C’est mettre la charrue avant les boeufs et vendre une illusion qui coûterait, encore une fois, une bonne vingtaine d’années avant de reconnaître l’énorme échec.

D’ailleurs, les symptômes sont là. On parle de réforme fiscale avant de savoir quel modèle de développement prôner. On commence à esquisser les prémices du projet de nouveau modèle de développement sans même réfléchir aux préalables. Ces derniers sont une justice indépendante et puissante qui a la main lourde face à la corruption et la gabegie ainsi qu’une reddition des comptes qui met chaque responsable face à ses responsabilités avec une dissuasion pénale. Bref, de quoi bannir défi nitivement l’ombre de la rente et de la corruption. Sinon, on continue à ressasser l’histoire de l’oeuf et de la poule !

Ils sont venus, ils sont tous là ! Le gotha de la finance, du business et de l’industrie s’est affiché au complet aux Assises de la fiscalité. Et après ! Il y a eu deux éditions en 1999 et en 2013, et à chaque fois on avait tellement nourri d’espoirs que l’on croyait que ça allait être la solution à l’injustice et à l’iniquité fiscale, ...en vain.

D’ailleurs, cette édition a été placée sous le signe de la justice et l’équité fiscale, mais sur quelle base, pour quel objectif et dans quel cadre? En principe, les réponses à ces questions devaient s’inscrire dans une vision économique globale du pays afin que la fiscalité prônée soit une composante intégrée à la politique générale choisie. Et c’est là que s’impose un modèle de développement du pays intégrant des préalables et des outils dont la fiscalité n’est qu’une pièce du puzzle. Or, cela fait deux années que l’on tourne autour du pot sans que l’on puisse pondre ne serait-ce que l’ombre d’une ébauche d’un nouveau modèle de développement. Comment veut-on donc faire croire aux gens que l’on réussira enfin à adopter une fiscalité équitable, et de quelle équité parle-t-on? Le ministre de l’Économie et des finances se dit confiant, et on aimerait bien partager son optimisme, après la réception de 167 contributions écrites de la part d’institutions constitutionnelles, de secteurs gouvernementaux, de partis et syndicats, et se donne cinq années pour la mise en place des principes généraux d’une loi cadre d’un programme général de réforme. Cela me rappelle la deuxième édition des Assises de la fiscalité, tenue il y a six années, où j’ai entendu presque les mêmes discours et promesses d’un autre ministre, d’un autre directeur de DGI et d’un autre patron des patrons! En 2024, ceux parmi nous qui resteront de ce monde pourront juger si la 3e, celle de 2019, était la bonne ou ne fut qu’une autre occasion ratée dans ce temps politique et économique à la sauce marocaine et qui consacre sans cesse le non sens.

La dernière sortie du ministre de l’Habitat et de l’urbanisme, concernant le logement social et moyen standing, interpelle en premier lieu le gouvernement. Abdelahad Fassi Fihri met toute la responsabilité sur le dos des professionnels et exhorte Al Omrane à redoubler d’efforts.

De facto, le ministre de tutelle se trompe d’attributions, car Al Omrane est surtout un aménageur, une mission sur laquelle il se concentre de plus en plus après des réalisations en tant que promoteur pour des raisons plus politiques qu’économiques, exigées par des circonstances particulières. S’agissant des professionnels du secteur, ils nous ont confirmé, sous couvert d’anonymat, qu’aucune offre sérieuse ne leur a été présentée par le gouvernement, ni pour le segment social à 140.000 DH, ni pour le moyen standing à partir de 450.000 DH.

Ainsi, et de l’aveu même du ministre, les habitants des bidonvilles -qui poussent comme des champignons- n’auront pas accès au recasement espéré, ce qui met toute la stratégie nationale des Villes sans bidonvilles en danger. On rappelle que sous les mandats de Hjira et de Benabdallah, ce chantier avançait bien avant que l’on sorte cette idée de logement à 140.000 DH, qui n’a vu le jour que pour un nombre insignifiant d’unités au vu du besoin recensé. Le ministère prône un dialogue national pour surmonter les difficultés et sortir une loi-cadre qui définisse les objectifs à atteindre durant les 25 prochaines années. Pourquoi attendre 2019 pour lancer ce dialogue alors que l’on ressasse cette problématique depuis 2008 ? De plus, qui nous dit qu’après le départ de Fassi Fihri en 2021, on maintiendra ce dispositif qui peine à prendre forme ? La seule issue possible, c’est que ce chantier soit inscrit parmi les priorités du chef de gouvernement car le ministère de tutelle, à lui seul, a montré ses limites et devrait être soutenu par une action d’envergure étatique. Sinon, nous perdrons encore un énième mandat.

Cette crise qui se généralise au Maroc touche notamment le secteur immobilier. Des promoteurs peu scrupuleux entachent l’image du secteur et des groupes les plus réputés. Les exemples sont légion, mais deux se présentent à nous. Il y a des promoteurs de mauvaise foi qui bâtissent leur stratégie sur la vente avant construction et empochent des avances conséquentes. Après, le chantier avance au rythme des fonds encaissés, au mépris des délais contractuels. À ce niveau, la législation en vigueur ne présente pas de dispositif solide de dissuasion.

Dans la seule ville de Casablanca, des dizaines de projets sont toujours en chantier alors qu’ils devaient être livrés il y a trois, quatre années, voire plus. Ces dépassements touchent toutes les catégories d’immobilier, de l’économique au très haut standing, qui atteint dans certains cas 10 MDH ! Les clients sont ainsi abandonnés à leur sort face à des promoteurs qui, dans certains cas, s’évanouissent dans la nature. Mais les acheteurs ont leur part de responsabilité car, au moment de conclure l’acte d’achat, ils sont moins regardants sur les clauses de réalisation et les délais de remise des clés, ainsi que les pénalités qui devraient être contenues dans ledit contrat. Deuxième niveau d’escroquerie grevant certains projets immobiliers, le non-professionnalisme des notaires choisis par certains promoteurs peu soucieux des intérêts de leurs clients, en amont et en aval.

Le promoteur casablancais, qui a récemment vu son notaire filer avec la bagatelle de 40 MDH, laissant sur le carreau des dizaines de clients, est un exemple qui se répète depuis des années sans que personne ne réagisse pour l’interpeller ni pour éradiquer ce genre de malversations qui plombent la confiance et mettent tout un secteur en danger. Enfin, les associations professionnelles de la promotion immobilière doivent agir afin de préserver leur image en dressant des listes noires de promoteurs et de notaires malhonnêtes. Un mal nécessaire.

L’émergence économique passe par les métiers à valeur ajoutée, orientés export, comme ce fut le cas du modèle coréen à ses débuts. Au Maroc, l’industrie pourrait jouer ce rôle avec quelques préalables. C’est le constat que l’on pourrait tirer de la 3e édition des Industry Meeting Days, qui se poursuit aujourd’hui. Car le Maroc dispose désormais d’une stratégie et surtout d’une visibilité avec un premier objectif réalisé, celui de la création de 500.000 emplois, et d’autres perspectives en matière d’exportations.

Cependant, le préalable évoqué ci-dessus est bel et bien la compétitivité. Si les métiers mondiaux réussissent leur challenge, d’autres industries, au potentiel énorme, sont toujours à la peine. L’exemple de l’agro-industrie est parlant, de l’avis même du ministre, puisque ce secteur ne sait où se positionner. Ministère de l’Industrie ou celui de l’Agriculture... il reste en marge des deux. Bien des secteurs et sous-secteurs se sont organisés en écosystèmes et tirent profit du soutien public; il va donc falloir y souscrire. Car l’agro-industrie marocaine souffre d’un déficit de compétitivité face à des opérateurs méditerranéens tels que l’Espagne, la Tunisie ou même Israël, pour certaines filières. Cela devrait être une priorité des opérateurs marocains du secteur, mais aussi du gouvernement, puisque l’agro-industrie figure parmi les champions en termes de création de postes d’emplois.

Les 405.000 emplois déjà créés dans l’industrie depuis 2014 auraient été beaucoup plus nombreux si ce secteur n’avait pas perdu du temps. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, comme on dit. Gagner en qualité et en compétitivité permettrait de pénétrer davantage de marchés difficiles et consommateurs comme les États-Unis, les pays scandinaves et quelques dragons asiatiques. Mais bravo aux organisateurs des Industry Meeting Days qui créent l’environnement propice à ce genre de débats.

Le rôle des médias est d’apporter de la critique constructive même si cela dérange. L’exemple le plus frappant est celui de» la Cité Mohammed VI Tanger Tech». Au lendemain de la signature du mémorandum d’entente, en mai 2016, avec le groupe chinois Haite, des médias marocains, dont LesEco.ma et Le Desk, ont émis des interrogations sur l’absence de références techniques et les limites capitalistiques de ce groupe, spécialisé dans la maintenance aéronautique ! Car on présentait alors les maquettes d’une nouvelle ville intégrée avec 300.000 habitants, 200 usines avec 100.000 emplois et un investissement de 100 MMDH (10% du PIB), ce qui requiert une assise technique et financière très solide. Les responsables de la société de gestion et le président de la région avait pourtant présenté Haite comme un géant du secteur, assurant que le début des travaux était prévu à partir de 2017 et la livraison de la première usine en 2019. Les sorties des médias n’ont pas plu aux promoteurs du projet alors qu’ un an après la première annonce, il n’y avait encore que du désert sur place, en dépit d’une visite improvisée au profit des journalistes afin de contredire les inquiétudes exprimées par la presse ! En juin 2018, nos confrères de TelQuel annonçaient que Haite a disparu des radars.

Du côté officiel, silence radio sauf une déclaration du président de la région dans laquelle il confirma à nos confrères que « les Chinois (Haite) ne font plus partie du tour de table», sans un mot de plus ! Les médias marocains avaient donc raison de s’inquiéter quant à la capacité de Haite de porter ce projet en y mettant un milliard de dollars et en y assurant la mise en oeuvre technique. Après des mois de silence, on apprend en fi n de semaine passée, qu’un autre mémorandum d’entente a été signé avec un autre groupe chinois, CCCC. Qui est ce groupe sur lequel on mise pour rattraper deux ans et demi de retard ? La réponse dans notre édition de mardi.

Le bilan de mi-mandat du gouvernement est toujours un bon exercice de réflexion, de diagnostic et même de proposition d’améliorations. Qu’en est-il de celui du cabinet El Othmani, et quelles sont les perspectives de la seconde moitié dudit mandat? S’agissant du diagnostic, notre modeste contribution se trouve dans l’analyse ci-contre où l’on peut qualifier le satisfecit d’El Othmani de démesuré vu la réalité des réalisations, et par conséquent l’état des lieux de son mi-mandat aujourd’hui. Mais quid de la seconde moitié de cette législature? El Othmani a-t-il la capacité de redresser la barre? Va-t-il se focaliser sur le colmatage des brèches de sa majorité? Quelle est sa perception du temps électoral? En d’autres termes, combien de mois vat- on se coltiner la pré-campagne électorale? Autant de questions qui conditionnent les deux années à venir, et dont les réponses pourraient hypothéquer l’avenir des Marocains. Les combats de coqs, les querelles intestines et les guéguerres intra-majorité, les Marocains en ont marre et à la limite s’en fichent royalement. Ce que l’on attend en revanche d’un gouvernement et d’une majorité, quelle que soit leur mosaïque, c’est d’apporter des réponses et des solutions effective à la problématique de l’enseignement et de l’éducation. La question des langues n’est qu’un prétexte pour noyer le poisson et faire oublier aux Marocains la gravité de la dégringolade du niveau de l’enseignement. Quant à la santé, tant qu’on attribue des rendez-vous de consultation dans les hôpitaux publics, pour des délais dépassant parfois une année, on demande aux Marocains de «reposer en paix». Les millions de jeunes qui errent dans les rues sans éducation ni emploi constituent une bombe à retardement et un facteur indéniable d’instabilité. Qu’a-t-on fait pour leur redonner espoir? De grâce, soyez à la mesure des attentes de la population et «pondez » des solutions réalisables, ce Maroc mérite mieux et peut faire mieux.

Il y a exactement un an, le Maroc a vécu un fait inédit. Les citoyens-consommateurs avaient brandi la sanction face à trois marques. Quid des enseignements à tirer ? En effet, l’on se rappelle que ce mouvement spontané évoquait «le diktat» de quelques enseignes leaders dans leurs secteurs en matière de prix appliqués. Le succès fut phénoménal de par ses portées économique et médiatique internationales. La récente publication des résultats des groupes industriels concernés a clairement montré l’impact financier, qui s’est élevé à des milliards de dirhams. Mais au-delà des pertes subies par les trois sociétés, c’est l’ensemble du microcosme économique qui a été déstabilisé et les grands groupes, notamment de l’agro-industrie, savent aujourd’hui qu’il faudrait désormais composer avec cette opinion publique. Sur le plan médiatique, le traitement a été diamétralement opposé, entre intérêts de certains médias, qui redoutent le boycott publicitaire, et l’objectivité des autres. Mais au-delà des frontières, ce mouvement était présenté comme la noble expression d’un ras-le-bol, et c’en était vraiment un.

Aujourd’hui, cette date anniversaire est pour nous l’occasion de rappeler que les associations de défense des droits des consommateurs au Maroc, qui ont été mises à l’écart par la spontanéité du mouvement, n’ont fait aucun effort post-boycott. Ni leurs méthodes, ni leur passivité, ni encore moins leur impuissance face aux producteurs et aux distributeurs n’ont changé d’un iota. Ces associations -et parfois même des fédérations- sont souvent cantonnées à des cartes de visite qui servent plus leur porteur qu’une quelconque cause. J’aimerais bien recevoir un jour le rapport d’activité de l’une de ces entités avec une liste de dossiers traités et de procès engagés envers les fraudeurs. Je continue d’attendre et d’espérer.

La CGEM jette un pavé dans la mare de la fiscalité marocaine. Son étude de perception confirme ce que nous écrivions ici-même, il y a quelques semaines sur la problématique de l’équité fiscale et le sentiment d’injustice. Les conclusions dudit rapport confirment l’iniquité et pointent du doigt les grands exploitants agricoles et les grandes entreprises qui bénéficient des avantages fiscaux, quand la PME est pleinement taxée. Ce rapport, qui s’est focalisé sur l’entreprise, pourrait être étayé par d’autres cas d’évasion fiscale dans des secteurs «de niche» mais très porteurs.

Ainsi, l’art et le sport sont exonérés de fait, au Maroc. Toute la presse évoque les sommes faramineuses de transferts de joueurs sans que cela suscite le moindre intérêt auprès du fisc. Aujourd’hui, vous avez des contrats de joueurs à plus de trois millions de dirhams par an, qui sont signés, légalisés et déposés auprès de la Fédération royale marocaine de football. Aucune déclaration fiscale n’est faite, ce n’est un secret pour personne.

Dans le monde artistique, des chanteurs gagnent des millions auprès des GAFA sans qu’ils déboursent le moindre dirham en contribution fiscale ! Il y a quelques jours, une chanteuse marocaine, connue, postait fièrement sur son compte Instagram son cachet qui atteint des pics de 700.000 dirhams l’heure. Une déclaration qui a toute la force juridique pour actionner l’appareil fiscal, par ailleurs habilité à intervenir juste par l’effet des signes extérieurs de richesse. Quid, alors, d’une déclaration en bonne et due forme ? Comment voulez-vous que des personnes touchant à peine 50.000 dirhams ou même 100.000 dirhams se voient taxées à la source, alors que des millionnaires entassent leur fortune sans en être inquiétés ? L’équité fiscale commence par cela : démonter l’évasion fiscale quasi-déclarée avant de s’attaquer aux fausses déclarations et autres formes de fraudes fiscales.

Ils se sont retrouvés en masse à Skhirat, ont applaudi l’accord, puis chacun est reparti au front avec ses convictions et, surtout, ses accointances. Voilà l’ambiance qui règne dans ce complexe conflit en Libye où trois clans, non des moindres, plombent toute tentative de compromis. Vous avez d’un côté le gouvernement Fayez Serraj, reconnu par les Nations Unies, et face à lui le général retraité Khalifa Haftar, qui roule pour l’axe Riyad-Abou Dhabi. Le plus drôle dans cette histoire, c’est le jeu incompréhensible -et pour le moins schizophrène- des puissances mondiales.

Ainsi, les États-Unis et la Russie, que tout oppose, décident ensemble, contre toute attente, de soutenir le mercenaire Haftar face au légitime pouvoir de Serraj. L’Europe, droite dans ses bottes, continue de soutenir la légitimité internationale du pouvoir en place à Tripoli, Londres et Berlin en premier lieu, au moment où Paris joue sur tous les tableaux. Elle ne cache pas son soutien au terroriste Haftar mais, en même temps, ne perd pas de vue ses homologues européens. La Libye devient ainsi un champ d’expériences pour les novices en géostratégie et les schizophrènes qui dénoncent à longueur de journée le terrorisme qui les guette, mais en revanche, ne font même pas semblant en en soutenant ouvertement des milices, comme les a qualifiées le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, sans sourciller.

Dans notre zone arabe, il n’y a point de surprises. Cherchez dans les différents foyers de tension des pays arabes, vous trouverez un dénominateur commun: l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis. Pas étonnant, donc, que le mercenaire Haftar soit reçu par le roi d’Arabie trois jours avant de lancer son offensive sur Tripoli. Ici, Rabat a dès le début soutenu la légitimité et fait de Skhirat la capitale de la Libye, le temps des négociations, se démarquant encore une fois du clan des fauteurs de troubles. 

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