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Économie

En l’espace de quelques années, l’Ukraine est devenue le quatrième fournisseur de céréales et dérivés du Maroc. Les professionnels tentent d’établir le lien direct pour faire des économies d’échelle.

Après les Allemands, les Russes et les Argentins, les professionnels de la FNCL (Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses) ont reçu, la semaine dernière à Casablanca, l’Association ukrainienne des céréales dont ils veulent se rapprocher pour muscler la sécurité d’approvisionnement du royaume. C’était donc l’occasion pour le président de la FNCL, Jamal M’hamdi, d’expliquer que «comme nous l’avons fait précédemment avec d’autres pays, excepté le Canada, les Etats-Unis et la France qui viennent chaque année de leur propre chef promouvoir leurs productions au Maroc, cette démarche que nous entamons avec l’Ukraine vise à établir des contacts directs avec les producteurs de ce pays, ce qui pourrait permettre de bénéficier de prix plus concurrentiels et de sécuriser davantage nos approvisionnements». En effet, le contact direct avec les producteurs permet de supprimer la relation triangulaire qui prévaut actuellement, notamment en évitant de traiter avec les grosses multinationales installées en Suisse et en Turquie qui travaillent comme des intermédiaires sur ce marché où elles touchent d’importantes commissions qui renchérissent les prix. Ce rapprochement peut également permettre de mieux connaître les besoins et capacités réels des uns et des autres, ce qui facilitera la conclusion de partenariats à long terme.

Lever les obstacles
D’ailleurs, Nickolay Gorbachov, président de l’association ukrainienne des céréales est allé dans le même sens au cours de son intervention. Selon lui, «plusieurs compagnies ukrainiennes aimeraient exporter vers le Maroc. Et majoritairement, elles ne demandent pas mieux que le contact direct avec les acheteurs. Parce que, contrairement aux marchés structurés dotés de bourses de matières premières où se fixent les prix de l’offre et de la demande, l’Ukraine est un marché libre où les prix appliqués aux fournisseurs peuvent connaître un large écart». Seulement voilà, il faut que les acheteurs marocains remplissent une condition sine qua non, c’est à dire qu’il faut qu’ils soient en mesure d’instaurer «une confiance» sans faille au niveau du paiement. Et justement, c’est là où le bât blesse, parce que jusqu’à présent il n’y a pas de relations directes entre les banques marocaines et celles ukrainiennes. Alors pour sécuriser le paiement, Hassan Kettani, le consul général de l‘Ukraine à Casablanca a déclaré qu’il travaille sur ce projet de «bringing» entre les banques locales et ukrainiennes ce qui permettra, dit-il, de lever la méfiance. En attendant, la levée de ce principal obstacle qui freine le renforcement des échanges entre le Maroc et l’Ukraine, il faut savoir que les minotiers et provendiers de la FNCL s’intéressent à l’Ukraine parce que ce pays a grandement évolué dans le classement des fournisseurs du Maroc.

Importer davantage de ce pays
En effet, en l’espace de quelques années, l’Ukraine est devenue le quatrième fournisseur de céréales du Maroc derrière la France, le Canada et les Etats-Unis. L’Ukraine exporte des céréales et des produits dérivés au Maroc, notamment du blé tendre, du blé tendre fourrager, de l’orge, des tourteaux de colza et des tourteaux de tournesol. Lors de la campagne 2017/2018, par exemple, ses exportations, tous ces produits confondus, vers le Maroc ont totalisé 1 116 219 Tonnes sur un total de 7 524 526 Tonnes, soit 14,8 des importations totales du Maroc. Une année plus tard, c’est-à-dire durant la dernière campagne 2018-2019, les exportations ukrainiennes se sont situées à 1 418 626 Tonnes sur un total de 7 775 635 Tonnes, soit un peu plus de 18% des importations marocaines et un saut de plus de 3% entre les deux campagnes. Selon Gorbachov, les exportations ukrainiennes de céréales et dérivés vers le Maroc pourraient connaître une «explosion» dans les années à venir.

En effet, l’Ukraine produit actuellement près de 100 millions de Tonnes de céréales et produits dérivés dont 59 millions de tonnes vont vers l’export. «Avec l’introduction en cours de nouvelles technologies agricoles et de la digitalisation de la production (blockchain, big data, etc…), la production céréale va atteindre des sommets dans les cinq ans à venir», annonce le président de l’association ukrainienne des céréales qui explique «dans une telle perspective, notre pays se devra de trouver d’autres débouchés en dehors de l’Europe où 40% de nos exportations vont actuellement».

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