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Catégorie : Économie
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Tout en saluant les efforts déployés par le Maroc en matière de réformes et d’investissements dans les énergies renouvelables, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne certaines insuffisances que le royaume doit surmonter pour réussir sa transition énergétique. Les détails du rapport.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a rendu public, hier au siège du Département de l’énergie à Rabat, le dernier bilan approfondi des politiques énergétiques du Maroc, un document où il a grosso modo salué les réformes institutionnelles, juridiques et fiscales entreprises pour promouvoir le développement durable du secteur de l’énergie dans le royaume, avant d’émettre des recommandations d’amélioration de ces politiques. Le rapport a été notamment présenté par Fatih Birol, le Directeur exécutif de l’AIE, en présence d’Aziz Rabbah, le ministre de l’énergie, des mines et du développement durable, des directeurs des organismes sous-tutelle du Ministère (ONEE, Iresen, Onhym, Masen, Amee) et d’opérateurs privés.

Clefs d’accélération de la transition énergétique
S’exprimant à cette occasion, le Ministre de l’énergie a notamment déclaré que «cet examen approfondi a été effectué par l’AIE à la demande du Ministère de l’énergie, des mines et du développement durable, avec la contribution de nombreuses autorités et de nombreux acteurs du secteur de l’énergie au Maroc. Les résultats de cette analyse s’inscrivent donc parfaitement dans la vision stratégique du Maroc. Ce seront ainsi des clefs qui nous permettront d’accélérer la transition énergétique ». Il s’agit précisément du deuxième examen approfondi sur cinq ans de la politique énergétique du Maroc par l’AIE, après la publication d’une première édition en 2014. Depuis ce dernier examen, l’AIE a notamment constaté que le gouvernement a enregistré plusieurs avancées notamment en matière de stimulation des investissements dans les énergies renouvelables, d’accès à l’électricité à pratiquement tous et d’élimination progressive des subventions destinées à la consommation de combustibles fossiles, ceci sans oublier que le Maroc a également rénové son parc de production d’électricité au charbon en améliorant l’efficacité de la technologie ultra- supercritique. En effet, depuis le lancement de Noor Ouazazate I, les investissements se chiffrent à des dizaines de milliards de Dirhams dans les énergies renouvelables (solaire, éolien et hydraulique compris) ; l’accès à l’électricité est passé de 50% de la population en 1990 à 99,8% en 2019; en matière de subvention, tous les prix des carburants sont depuis liés au marché international, à l’exception du gaz butane en bouteille ; et la centrale de Safi fait figure d’innovation parmi les centrales à charbon à tel point que Rabbah pense que le Maroc peut se positionner sur ce nouveau créneau technologique. Sur Noor, le rapport a notamment relevé que «le plus grand parc solaire à concentration au monde à Ouarzazate illustre l’ambition et les capacités technologiques du Maroc». Et pour développer les importantes ressources renouvelables du pays, l’AIE a également noté que le gouvernement poursuit la réforme du secteur de l’électricité à travers la création d’un organisme national de réglementation de l’électricité (ANRE), la mise en place de nouvelles interconnexions avec l’Espagne et le Portugal, et l’intensification du commerce de l’électricité via l’intégration régionale de son marché de l’électricité. Pour tous ces bons points, Fatih Birol s’est déclaré «très heureux de compter le Maroc parmi les membres de la famille AIE. Ce fut le premier pays du Moyen- Orient et d’Afrique du Nord à nous rejoindre. Et le succès du Maroc dans la voie de l’accès universel et de la suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles est un modèle pour de nombreux pays, ce qui en fait un partenaire idéal pour accueillir des programmes régionaux de formation et de renforcement des capacités qui aident à améliorer la formulation des politiques énergétiques en Afrique». D’ailleurs, les deux partenaires préparent un événement conjoint qu’ils organiseront en septembre prochain à Casablanca.

Plusieurs points à améliorer
Sinon, pour revenir au rapport, celui-ci note donc que le Maroc est globalement bien engagé sur la voie de transition énergétique où il ambitionne de porter la part de production énergétique à partir des énergies renouvelables à 42% en 2020 et à 52% à l’horizon 2030. Toutefois, pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, conformément aux engagements pris en 2015 dans le cadre de l’Accord de Paris, le royaume devra travailler à l’amélioration de plusieurs aspects de sa politique énergétique. Premièrement, l’AIE demande au Maroc de continuer les réformes en renforçant l’autorité de régulation. Deuxièmement , l’Agence pense que Rabbah et son équipe doivent travailler pour améliorer la sécurité énergétique du pays. En effet, le rapport note que le Maroc est désormais totalement dépendant des importations de produits pétroliers après la fermeture de sa seule raffinerie en 2015 et doit investir dans des capacités de stockage et renforcer son régime de stockage. Troisièmement, selon l’AIE, les découvertes de gaz domestique, notamment à Tendrara, et l’abondance mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) offrent un nouveau contexte pour le rôle du gaz au Maroc. L’Agence suggère que le GNL soit introduit dans les besoins domestiques. Quatrièmement, Birol et son team demandent au Maroc d’intensifier les investissements privés et publics dans la production électrique, où le charbon représente encore 54% du mix. Sur ce point, Rabbah et Mustapha Bakkoury, le président du directoire de Masen (Agence marocaine de l’énergie durable) ont réagi. Le premier a déclaré que «dans le cadre de l’ouverture prévue à travers la loi 13-09, nous avons prévu de consacrer 1400 à 2000 MWh à la Moyenne Tension d’ici 2030, pas plus ! Nous ne voulons pas que ce qui est arrivé au secteur informatique il y a quelques années, c’est-à-dire l’anarchie totale où on ne maîtrise rien, arrive dans le domaine des énergies renouvelables. C’est pourquoi, nous allons ouvrir la porte aux investissements privés tout en garantissant l’équilibre du système». Quant au second, «le challenge de l’énergie est aujourd’hui d’atteindre des objectifs en terme de disponibilité et de coût. Pour cela nous avons besoin de faire évoluer le profil de consommation. Ce qui nous aidera à mieux positionner le privé dans le cadre de la loi 13-09». Autrement dit, le Maroc prend acte de la recommandation de l’AIE mais compte gérer cet aspect avec beaucoup de prudence.

Un énorme potentiel pour l’efficacité énergétique
Cinquièmement, tout en se félicitant de l’attachement renouvelé du gouvernement à l’efficacité énergétique, notamment par le biais de la stratégie nationale d’efficacité énergétique et des plans d’action correspondants, l’AIE a noté que le Maroc a de nombreuses possibilités d’amélioration de l’efficacité énergétique. L’Agence se réjouit, en effet, que le cadre légal soit mis en place et que les domaines prioritaires soient définis, mais pense que les marchés publics sont un facteur important pour le déploiement de services et de technologies d’efficacité énergétique rentables et qu’il est essentiel de fournir un financement adéquat aux programmes d’efficacité énergétique et de les coordonner entre les organismes gouvernementaux. Par ailleurs, face aux importations massives d’appareils électriques, le royaume doit mettre en place des normes pour réglementer ces appareils. Et à ce propos, l’AIE lui recommande de s’inspirer de l’exemple du Japon. Présent dans la salle, Saïd Mouline, le Directeur général de l’AMEE (Agence marocaine pour l’efficacité énergétique) a également réagi à cette recommandation en évoquant les réformes en cours dans l’efficacité énergétique