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Catégorie : Économie
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L’ambition du Maroc est de faire des relations bilatérales maroco-sud-africaine un modèle au niveau du continent. Le développement d’une zone de libre-échange et de liaisons aériennes entre les deux pays est notamment au programme.

Quelques semaines après la nomination d’un ambassadeur du Maroc à Pretoria -après une vacance de 15 ans Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, s’est adressé aux Sud-africains lors d’une interview accordée au Sunday Times, premier hebdomadaire du pays dont le tirage dépasse les 500.000 exemplaires avec plus de trois millions de lecteurs réguliers.

Intérêts économiques croisés
D’emblée, Bourita a annoncé l’intention du Maroc de faire des relations bilatérales un modèle sur le continent. «Au lieu de continuer dans une situation d’impasse, le Maroc et l’Afrique du Sud doivent travailler ensemble pour développer un modèle de coopération inter-africaine et de coopération Sud-Sud», précise le ministre marocain. Bourita rappelle que les deux pays, qui demeurent deux importantes économies en Afrique et deux plateformes d’entrée sur le continent, sont appelés à travailler ensemble pour aider l’Afrique à avancer sur le chemin d’une émergence économique nécessaire au continent. En parfaite cohérence avec la politique africaine du Maroc, menée par le souverain en personne, les intérêts économiques croisés ne peuvent être altérés par des divergences politiques qui pourraient se résorber avec le temps. C’est pourquoi Bourita a évoqué le développement d’une zone de libre-échange et de lignes aériennes, s’inspirant de deux expériences phares en matière de coopération entre le Maroc et des pays anglophones, dont les positions politiques sont hostiles à la première cause du royaume. Le cas du Nigeria et de l’Éthiopie sont là pour démontrer que la démarche du royaume, dissociant l’économique du politique, est d’une rare audace. Le Maroc est assez intelligent pour s’aventurer dans une méga joint-venture avec Addis-Abeba dont le coût est de 3,5 MMDH. Le colossal projet du gazoduc Lagos-Tanger s’inscrit dans la même logique. Deux pays qui, depuis la signature de ces contrats, ont soigné leurs propos et modéré leur position quant à l’affaire du Sahara. Pourquoi Pretoria ferait-elle alors exception ?

Argument contre argument
Le Sunday Times, dans son analyse de l’interview, n’a été ni dans l’euphorie, ni dans la fermeté. Les messages de Bourita sont pris au sérieux et considérés comme «l’expression d’une situation qui dépasse un différend sur l’organisation de la Coupe du monde de 2010 et qui nécessite beaucoup de patience et de dialogue». Bourita a ainsi marqué des points sans rien lâcher quant à l’affaire du Sahara. Il a rappelé que le Maroc est en droit de se fâcher quand l’Afrique du Sud organise une conférence de propagande avec la pseudo- RASD. Ce que le ministère des Affaires étrangères sud-africain a justifié au Sunday Times comme «une initiative de la Communauté des pays de l’Afrique australe (SADC), et l’Afrique du Sud n’en était que le pays hôte». Pretoria met ainsi de l’eau dans son vin, au moment où le Maroc, par l’intermédiaire de son ministre, se dit confiant quant au processus de l’ONU, qui a l’exclusivité de la question du Sahara et le soutien et l’accompagnement de l’Union africaine. Argument contre argument, Bourita démonte les faux parallèles entre le confl it du Sahara et l’occupation de la Palestine, que les vendeurs des thèses séparatistes essayent de «marketer » face à des ignorant tout de l’histoire des territoires du Sud marocain. Ainsi, l’approche du Maroc est pragmatique puisqu’il ne demande à l’Afrique du Sud que de l’impartialité afin de pouvoir jouer un rôle crédible, sous l’égide de l’ONU, pour un règlement réaliste, durable et fondé sur le compromis. Enfin, l’idée de cette interview est un coup de maître qu’il faudra prolonger par des rencontre B to B, la participation dans des événements en Afrique du Sud, l’investissement toujours plus important de l’espace médiatique et surtout le business avec l’Afrique du Sud soit en joint-venture, soit en investissement direct.