A lire aussi

17-07-2019 10:07

17-07-2019

Télécharger le PDF
Rejoignez nous sur :
Économie

 

L’année 2019 devait être celle de la reprise. Le premier trimestre laisse planer plutôt des craintes sur un nouvel exercice marqué par la morosité économique et l’attentisme politique. Analyse.

Le ciel continue de faire la pluie et le beau temps de l’économie marocaine. Bank Al-Maghrib (BAM) le confirme et prend ses distances par rapport aux prévisions du gouvernement. BAM table sur une campagne céréalière de 60 millions de quintaux (Mqx) en 2019 et un recul de la valeur ajoutée agricole de 3,8%. L’Exécutif s’attend à 80 Mqx pour la campagne 2019. Vu les conditions climatiques actuelles, cet objectif semble hors de portée. Cet élément ainsi que d’autres devront peser sur l’évolution de la croissance durant cette année. BAM s’attend à une croissance du PIB de 2,7%, en baisse par rapport à sa précédente prévision. La Banque centrale rejoint ainsi la prévision avancée par le HCP. L’année 2019 s’avère plus difficile que prévue. Plusieurs paramètres pèseront sur l’évolution de la situation économique dans le pays durant les trois prochains trimestres, en premier lieu la concrétisation des réformes annoncées à la mi-2018.

Le retour de la Troïka
«La croissance marocaine confirme son caractère structurellement volatil. Au gré de facteurs endogènes et exogènes. Il se trouve que ni les conditions climatiques ne sont favorables, ni la croissance économique et donc la demande qui nous est adressée par nos principaux partenaires n’est au rendez- vous», observe l’économiste Ahmed Azirar.

Le ministère de l’Économie et des finances (MEF) veut pourtant y croire. «Le suivi de la conjoncture, en référence aux derniers indicateurs conjoncturels disponibles fait état d’un début prometteur, quoique mitigé pour l’année 2019 tant pour l’économie nationale que pour son environnement international», annonce la Direction des études et des prévisions financières au MEF dans sa dernière note de conjoncture datant du mois de mars.

L’optimisme des équipes de Mohamed Benchaâboun s’explique par de «premiers signes captés début 2019 qui augurent d’une poursuite de certaines dynamiques sectorielles positives durant cette année après un bon comportement affiché en 2018». Selon ce département, «le bon comportement des exportations nationales reflète la bonne dynamique du secteur industriel outre celle affichée par les secteurs du BTP et de l’énergie électrique en ce début d’année. Pourtant, la croissance non agricole demeure limitée. BAM note «une légère hausse du rythme des activités non agricoles de 2,7% à 2,9% en 2018. Celles-ci continueraient à s’améliorer, quoique lentement ; leur valeur ajoutée devant augmenter de 3,4% en 2019 puis de 3,8% en 2020». Le deuxième indicateur à retenir pour ce début d’année, c’est l’évolution des crédits à l’économie. Les crédits au secteur non financier ont ralenti à 3,1% au terme de 2018, «reflétant essentiellement une nette décélération des prêts aux entreprises privées et devrait maintenir ce rythme en 2019 avant de s’accélérer à 4,4% en 2020». Aux Finances, on se tient aux premiers chiffres de janvier 2019 pour espérer une bonne performance des crédits à l’économie. Ainsi les crédits bancaires ont poursuivi leur accroissement positif en janvier. «Ces crédits ont augmenté de 3,2%, recouvrant un dynamisme positif des crédits à la consommation (+5,1%), des crédits à l’immobilier (+3,3%) et des crédits à l’équipement (+2,6%)», énumère la note de conjoncture du MEF. Les opérateurs privés continuent de plaider pour une relance du crédit. Une nouvelle réunion est prévue entre les composantes de la Troïka (BAM, CGEM et GPBM). Elle devrait aborder cette problématique.

Enfin, le contexte géopolitique incertain devrait peser sur la croissance nationale et les équilibres budgétaires. Si le cours du Brent est revenu à 61,7 USD/baril au cours des deux premiers mois de 2019. Il devrait atteindre les 63,2 USD/ baril sur l’ensemble de l’année et baisserait à 61,7 USD/baril en 2020. En cas d’instabilités politiques dans une des régions productrices ou de nouvelles tensions internationales, les prix de l’or noir devront peser sur la balance des paiements. Même dans un contexte stable, 2019 devra connaître un creusement du défi cit budgétaire. Selon les prévisions de BAM, le déficit, hors privatisation, est prévu à hauteur de 4,1% du PIB en 2019 avant de revenir à 3,5% du PIB en 2020.


Les prévisions mesurées des patrons
Selon l’enquête trimestrielle de conjoncture du HCP réalisée auprès des entreprises du secteur secondaire, il ressort des attentes différentes ce 1er trimestre de l’année 2019. Les entreprises de l’industrie manufacturière s’attendent à une hausse de leur production. Pour le même trimestre, les entreprises de l’industrie environnementale anticipent une augmentation de la production notamment dans les activités du «Captage, traitement et distribution d’eau» et une stabilité des effectifs employés. Les anticipations avancées par les chefs d’entreprises du secteur de la construction, pour le 1er trimestre 2019, font ressortir, globalement, une diminution de l’activité. Cette évolution résulterait de la baisse d’activité prévue au niveau des branches du «Génie civil» et de la «Construction de bâtiments».


“Les secteurs moteurs de l’économie sont en panne”

Ahmed Azirar.
Économiste, fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise

Les perspectives annoncées d’une relance économique en 2019, mais les différents documents de conjoncture annoncent un repli . Comment peut-on expliquer cela ?
Ce n’est pas un scoop ! La croissance marocaine confirme son caractère structurellement volatil. Au gré de facteurs endogènes et exogènes. Il se trouve que ni les conditions climatiques ne sont favorables ni la croissance économique et donc la demande adressée à nous par nos principaux partenaires est au rendez-vous. Et puis l’économie reste en déflation tant les secteurs moteurs de l’économie sont en panne, les paiements au ralenti et le crédit à l’économie hésitant.

Le gouvernement a annoncé et a pris plusieurs mesures pour relancer la machine économique. Pourtant les différents agents économiques affichent un pessimisme par rapport à l’évolution économique de cette année. Comment s’explique ce décalage ?
La confiance constitue l’élément psycho-qualitatif essentiel qui sous tend et explique le degré de tonicité de la croissance économique et ceci à travers la consommation et l’investissement, les deux motrices de la demande. Il se trouve que les consommateurs ont, à travers la campagne inédite de boycott, exprimé un ressentiment profond et que les investisseurs privés nationaux ont continué à exprimer un attentisme, qui contraste avec le dynamisme relatif de l’investissement direct étranger. Il faut dire que l’année 2018 a été en plus celle d’annonces fortes et de réformes qui ont attisé l’attentisme. L’annonce d’un nouveau «modèle» économique, la réforme des CRI et de la charte de l’investissement, l’attente des assises fiscales qui annoncent un nouveau paysage fiscal, pour ne pas citer plus… Avouez que tout cela n’incite pas à étaler toutes ses cartes !

Faut-il imputer cette situation à l’incertitude politique actuelle comme l’a affirmé le gouverneur de la Banque centrale ou bien nous sommes face à une donne structurelle ?
Le politique est bien entendu le pilote de l’économie. Ce n’est un secret pour personne que la coalition gouvernementale est non homogène et que ses décisions ne sont pas d’une efficacité et d’une harmonie certaines. Bien plus, la campagne électorale prématurée, teintée de populisme exacerbé floute davantage la visibilité

Dernière Minute

Nos derniers Tweets...

Suivez-nous sur Facebook

Vidéos des ÉCO

Vidéos des ÉCO

0
Partages
0
Partages