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Économie

Les opérateurs peinent toujours à viabiliser leur modèle économique et à rentabiliser leurs investissements. Les abattoirs avicoles «formels» sont à l’ agonie depuis plus de dix ans.

Plus de dix ans dans l’attente de l’application de la loi ! Les abattoirs avicoles marocains sont en train de vivre une longue et douloureuse agonie. Grâce à l’impulsion du Plan Maroc Vert, le Maroc a certainement pu réaliser une avancée considérable dans l’amont du secteur avicole, il a également bien évolué sur le plan réglementaire grâce aux lois 49/99 et 28/07. Toutefois, le bât blesse au niveau du très faible niveau d’application de ces lois dans la partie avale de la filière. Les opérateurs du secteur sont pénalisés par la multiplication des tueries non autorisées par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).

Une longue attente
En effet, le président de l’Association nationale des abattoirs industriels avicoles (ANAVI), Omar Benayachi, explique dans ce sens que «bien que nous soyons sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, ce dernier n’a pas les autorisations d’arrêter la prolifération de ce types d’abattoirs informels. Le constat est valable également pour l’ONSSA. La raison réside dans le fait que c’est le ministère de l’Intérieur qui devrait être en charge de ce type de décisions». En fait, l’ouverture des tueries de volailles que nous pouvons observer dans la plupart des marchés traditionnels marocains, relève des communes. «Des communes agissant sans consultation des services sanitaires et sans respect des lois en vigueur en délivrant ce type d’autorisations», martèle le président de l’ANAVI. Sur ce volet, il est important de rappeler que ces tueries disposent uniquement d’autorisations de vente de poulets vifs et non pas d’abattage. Le pire, c’est qu’à ce jour, aucune mesure tranchante n’a jamais été prise au niveau de l’abattage et de la distribution du poulet, bien qu’une des obligations essentielles de l’État soit l’inspection sanitaire des viandes. Ainsi et à contre-sens de la loi, les tueries non agréées et non autorisées par l’ONSSA sont passées de moins de 8.000 en 2007 à 13.900 selon de dernier recensement du ministère de l’Intérieur, il s’agit donc de tueries de quartier, de grosses tueries, de marchés de gros et de souks. Cela ne fait donc qu’empirer la situation des abattoirs œuvrant dans le formel.

De ce fait, depuis plus d’une décennie, le pourcentage du poulet abattu est contrôlé dans les abattoirs à 8% de la production nationale de poulets estimée à 550.000 tonnes en 2017 soit le taux le plus faible du pourtour méditerranéen. «Les abattoirs actuellement opérationnels tournent uniquement grâce à l’abattage de dindes, dont les abattoirs agréés contrôlent près de 80% de la production nationale qui s’élevait à 90.000 tonnes en 2017», déplore Omar Belayachi. Et d'ajouter que «92% de la production de poulets et près de 20% de la production de dindes transitent par ces lieux d’abattage clandestin, ce qui est juste intolérable».

Devant cette situation, les abattoirs agréés voient au fil des années leur compétitivité, leurs ambitions de se moderniser et de se développer s’affaiblir jusqu'à mettre en péril leur viabilité. Ainsi, plus d’une dizaine d’abattoirs ont cessé toute activité ces quinze dernières années et la quinzaine d’autres qui opèrent encore souffrent profondément selon les déclarations du président de l’ANAVI. D’ailleurs, selon lui, «cette année, 3 abattoirs avicoles ont malheureusement dû s’arrêter à leur tour».

Des propositions ignorées
Dans un esprit constructif et d'anticipation afin que la situation ne s’aggrave encore plus. Dès fin 2015, l’association, en coopération avec la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), avait mandaté le cabinet Mazars pour la réalisation d’une étude sur le secteur. Parmi les propositions de l’étude, il y avait la nécessité de la mise en place d’un projet de transition avec pour ambition de relever le niveau de la traçabilité et de salubrité de la volaille pour les concitoyens tout en présentant une alternative aux tueries, notamment par leur transformation et intégration dans le circuit formel mais depuis cette proposition n’a pas eu de suite de la part des autorités concernées puisque selon les déclarations de l’ANAVI, six ministères concernés directement et indirectement par la problématique de l'abattage avicole avaient reçu cette étude et ces propositions. «Hormis le ministère de l'Agriculture sensible à notre problématique mais sans attributions nécessaires notamment en matière de fermeture d’établissement ne se conformant pas à la loi, nos demandes sont restées lettre morte», regrette le président de l’ANIVA.

Côté consommateurs, les résultats de cette étude révèlent qu’ils sont peu sensibilisés sur les risques sanitaires provenant de l'abattage informel, ces deniers ne sont même pas conscients de ce danger. De ce fait, la majorité des opérateurs de la restauration collective (restaurants, hôtels, cantines…) continuent de s’approvisionner auprès des grosses tueries. De plus, la ménagère, de par sa perception de la fraîcheur de la volaille abattue instantanément et du bas prix, préfère toujours s’approvisionner auprès des tueries de quartier. Ceci en dépit des multiples campagnes de sensibilisation amorcées par l’association des producteurs de volailles. «Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’un plan de mise à niveau ambitieux pour maintenir les 10.000 emplois directs que nous arrivons tant bien que mal à sauvegarder mais aussi pour mettre notre pays à l’abri des importations par manque de compétitivité avec tous ses effets sur la filière», martèle Omar Benayachi.

Cette mise à niveau favorisera tout un écosystème autour de l’émergence d’une industrie du froid, du développement du transport et des plateformes de frais, de l’industrie du traitement et de la valorisation des déchets, de la modernisation de nos marchés de proximité et surtout de la garantie de la salubrité des viandes blanches et de la protection du consommateur. «La mise à niveau de la filière d’abattage des volailles permettra sans nul doute de protéger la santé des citoyens, d’adapter le statut sanitaire aux standards internationaux, de s’ouvrir à l’export et de créer des emplois et de la valeur ajoutée outre la valorisation des déchets», a-t-il ajouté. À bon entendeur ! 

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