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Investissements étrangers : l’Afrique mal servie

Publié le 27-07-2011 à 17:00 Par : Aboubacar Yacouba BARMA

Investissement Etranger Cnuced

Grosses inquiétudes, mais pas de panique ! C’est ainsi qu’on pourrait résumer la situation des IDE au Maroc en cette année 2011, dont les six premiers mois s’annoncent bien pâles, au regard des résultats enregistrés ces dernières années. C’est d’ailleurs le panorama dressé par le rapport mondial 2011 sur les investissements directs à l’étranger, publié mardi par la CNUCED. Comme on s’y attendait, la situation a été peu reluisante, puisque le Maroc peine encore à figurer au rang des 10 premiers pays africains bénéficiaires de ces investissements. Un top 10 où se positionnent en particulier les pays africains exportateurs de pétrole et riches en ressources minières (Angola, Égypte, Algérie, Afrique du Sud, RD Congo,....). La CNUCED indique, en effet, que les IDE dans le secteur primaire, notamment le secteur pétrolier, ont continué de dominer les flux d’investissement à destination de l’Afrique. Les six premiers mois de l’année ont encore été des moins prometteurs, même si au niveau sous-régional, le Maroc peut se prévaloir de figurer en tête de liste des bénéficiaires des IDE. L’inquiétude se légitime donc, plus par comparaison avec les années antérieures, où le Maroc avait réalisé d’importantes opérations, qui lui ont valu d’engranger une manne considérable de devises. Cela n'a pas été le cas lors de ces deux dernières années, même si le classement contraste avec les multiples efforts consentis par le royaume dans le sens de l’amélioration de son attractivité au niveau international.

Il est vrai qu’au regard du contexte international et surtout régional, la chute sensible des IDE paraît somme toute logique, mais pour le Maroc, qui a fait le pari de l’ouverture de son économie à l’international, la situation s’annonce assez inquiétante. Pour preuve, le Maroc n’a, à ce jour, enregistré aucun projet d’envergure en matière d’acquisition-fusion, ni même d’intention affirmée d’implantation de la part d’une grande firme internationale sur ces premiers mois de l’année. Ce constat, d’ailleurs, vaut pour toute la région d’Afrique du Nord en particulier et du continent en général. Selon la CNUCED, l'Afrique du Nord a vu ses flux d'IDE régresser légèrement, de 8% en 2010, avant que les soulèvements qui ont éclaté au début de 2011 n'entravent drastiquement les flux d'IDE pour le premier trimestre de l’année en cours. Cela, bien évidemment, contraste avec la situation au niveau international, où, selon la CNUCED, les IDE dans le monde ont connu une augmentation de l’ordre de 5% en 2010 et ont ainsi atteint la somme de 1,24 trillion de dollars américains. Le rapport note que jusqu'à la fin 2010, «les flux d'investissements directs étrangers étaient toujours en diminution d'environ15% par rapport à ceux d'avant la crise, qui atteignaient 1.472 milliards de dollars, et presque 37% en dessous du taux le plus haut en 2007, qui ont frôlé la barre de 1.971 milliards de dollars».

Il ressort donc que, globalement, «l’investissement reste à la traîne de la reprise de la production industrielle mondiale et du commerce international, lesquels ont déjà retrouvé leurs niveaux d´avant la crise». Cependant, à l’heure actuelle, il n’y a pas de quoi s’alarmer pour autant, au vu des perspectives prometteuses qui s’annoncent pour les IDE dans les prochaines années.

Perspectives prometteuses
Selon les projetions de la CNUCED, «la reprise des flux d’IDE se poursuivra en 2011, pour s’établir dans une fourchette de 1.400 à 1.600 milliards de dollars, retrouvant ainsi les niveaux moyens d´avant la crise». Ces flux devraient ensuite atteindre 1.700 milliards de dollars en 2012, puis 1.900 milliards de dollars en 2013. Selon la CNUCED, cette reprise s’explique par le niveau record de liquidités, les faibles taux d´endettement et une appréciation continue de la valeur boursière des sociétés transnationales. La conjugaison de ces facteurs devrait encourager ces multinationales à poursuivre leur
expansion extérieure. Toujours d’après le rapport, «les restructurations industrielles et les restructurations d’entreprise en cours, les privatisations résultant de mesures de rééquilibrage budgétaire et la disparition progressive des programmes publics de soutien, outre la croissance économique dans les pays émergents, devraient ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement». Cependant, tempèrent les experts de la CNUCED, «l’environnement économique et commercial d’après crise reste toutefois lourd d’incertitudes». En effet, poursuit le rapport, «les facteurs de risque tels que l’imprévisibilité de la gouvernance économique mondiale, une éventuelle crise générale de la dette souveraine et les déséquilibres budgétaires et financiers dans certains pays développés, ainsi que la progression de l´inflation et des signes de surchauffe dans de grands pays émergents, peuvent toujours compromettre la reprise des IDE».

Les champions des IDE
Selon la CNUCED, en 2010, «les pays émergents sont véritablement apparus comme les nouveaux poids lourds des IDE. Le rapport précise que les pays en développement et les pays en transition ont absorbé plus de la moitié des flux mondiaux d’IDE, pour la première fois» et «à mesure que la production internationale et, plus récemment, la consommation mondiale se recentrent sur les pays en développement et les pays en transition, les projets d’investissement dans ces pays, motivés par la recherche de gains d’efficacité et de nouveaux marchés, ne cessent d´augmenter». Pour preuve, la moitié des 20 premiers pays d’accueil des IDE, pour la même période, étaient des pays en développement et des pays en transition, qui ont vu leur valeur, en termes d’investissements extérieurs, augmenter de 21%. Cela porte la part des pays en développement et des pays en transition à près de 29% des flux mondiaux d’investissement à l’étranger. Six de ces pays figuraient parmi les 20 premiers investisseurs au niveau international. Cette tendance devrait se poursuivre dans le sillage de la reprise des IDE et le Maroc a tout intérêt à concentrer ses efforts.

Il a, effet tous les atouts pour jouer dans la cour des grands, avec le développement que connaissent certains secteurs, comme l’offshoring, ainsi que la vague d’externalisation qui accompagnera la reprise des investissements à l’étranger de la part des sociétés transnationales (STN). Pour le moment et selon les analyses de la CNUCED, ce sont principalement les économies en développement qui s’accaparent la plus grosse part pour ce secteur. Il s’agit de l'Inde, des Philippines et de la Chine, qui ont représenté environ 65% des recettes d'exportation globales liées aux IT-BPO en 2009, «en partie en raison des avantages de localisation, telles que le langage spécifique, les compétences, le faible coût du travail et l'infrastructure TIC». Cependant, précise le rapport, l'industrie est en pleine expansion dans des pays comme l'Argentine, le Brésil, le Chili, la République tchèque, l’Égypte, Le Maroc et l'Afrique du Sud. Or, ce sont principalement ces segments qui seront les piliers de la reprise de la croissance, en matière d’IDE.


Sur la trace des plus gros investisseurs

La reprise de la croissance pour les IDE est prévue pour 2013. Une année où les investissements extérieurs atteindront, au niveau mondial, leur niveau d’avant la crise, selon les prévisions établies par les experts de la CNUCED. Il faudrait relativement nuancer cela, puisque la vitesse de croisière ne sera atteinte qu’à condition que les leviers de croissance restent au vert. Les pays en pole position en termes d’attractivité des investissements se préparent donc à mobiliser leurs ressources et leurs moyens, afin de faire face à la concurrence, qui devient de plus en plus rude. Le Maroc, qui dispose de multiples avantages pour promouvoir sa compétitivité, pourra pleinement en tirer profit, en misant sur sa proximité géographique avec certains pays qui figurent parmi les plus gros investisseurs de la planète, mais aussi sa position stratégique par rapport aux marchés arabes et africains. Les réformes entreprises dans le cadre de l’amélioration du climat politique, la relative stabilité politique du pays et l’émergence progressive du secteur industriel sont autant de leviers pour atteindre cet objectif.

Il reste cependant à intensifier les réformes, notamment en matière de formation de la main d’œuvre pour arrimer l’ouverture du pays au développement économique. Un autre aspect à prendre en compte est l’orientation stratégique des valeurs sûres pour le Maroc. En effet, si le royaume devait se méfier de la concurrence des autres pays émergents (pays membres des BRIC, Chili, Arabie Saoudite) et même de certains partenaires (Turquie, Espagne, Italie) qui raflent le gros de la mise comme pays d’accueil des IDE, ces derniers, émergent ces dernières années comme de vrais fournisseurs de capitaux en raison principalement de leurs recherches de débouchés et de hub stratégique d’expansion. Pour tout dire, le Maroc pourra jouer sur la carte des ALE pour mieux tirer profit du contexte, en veillant toutefois à ne pas pénaliser l’économie interne.

Multiplier les cartes
Les rapports des grandes institutions internationales ont la fâcheuse tendance à se succéder et à se ressembler au fil des ans. Pour le «World investment report» de la CNUCED, intitulé, pour l’édition 2011, «modes de production internationale sans participation au capital et développement», le classement des plus gros investisseurs et des premiers pays bénéficiaires n’a pas sensiblement changé. Dans les deux cas, on retrouve les États-Unis en tête de liste, comme pour les précédentes éditions. Parmi le top 20 des plus gros investisseurs d'IDE dans le monde, on retrouve 3 des 5 premiers fournisseurs d’IDE au Maroc. Il s’agit de la France, premier partenaire commercial du Maroc, qui perd sa deuxième place dans le classement mondial au profit de l’Allemagne, mais se classe parmi le trio de tête avec un flux estimé à 103 milliards de dollars. L'Espagne, deuxième investisseur au Maroc arrive à la 14e place, glanant au passage plus d’une dizaine de places depuis 2009. Enfin la Suisse, avec 58 milliards de dollars investis à l’étranger, arrive 6e du classement.

Les Émirats arabes unis, autres gros fournisseur du Maroc, auraient pu figurer sur cette liste, si ce n’est que le rapport de la CNUCED où ils sont classés à la 30e place des exportateurs de capitaux dans le monde, n’a toutefois pas intégré les investissements de la Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), l’un des plus importants fonds souverains au monde, avec des actifs entre 300 et 900 milliards de dollars. D’autres pays avec lesquels le Maroc vient d’entamer des relations économiques assez renforcées, figurent dans ce top 20. Il s’agit de la Chine, 3e au classement, de la Russie et du Canada, qui arrivent respectivement à la 8e et 9e place. Dans une moindre mesure, l’Inde, 20e du classement et la Corée du Sud, qui se pointe à la 17e place, sont autant de partenaires potentiels qui peuvent doper les IDE au Maroc. Au niveau toujours des sorties d’IDE, ce sont les pays du Golfe qui s’annoncent comme les futurs champions en la matière, à côté des pays émergent comme la Chine ou l’Inde. Les Émirats émergent, par exemple, comme le plus grand exportateur de capitaux de la région arabe, avec des investissements se situant à près de 52 milliards de dollars dans les marchés mondiaux, entre 2000 et 2009. Ils sont suivis par le e Koweït, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Ces pétromonarchies sont en quête de nouvelles opportunités d’investissement et de sécurisation de leurs fonds et qui plus est, guettent des secteurs où le Maroc peut raisonnablement servir de base (agriculture, services, énergies renouvelables) comme le souligne le dernier rapport de la Société inter-arabe de garantie des investissements (IAIGC), une institution spécialisée de la Ligue arabe basée au Koweït. Cependant la CNUCED souligne qu’à long terme, «les flux d’investissement les plus profitables au développement viendront sans doute des pays voisins», ajoutant que «même s’il semble que des IDE provenant d’autres pays du Continent commencent à s’orienter vers des secteurs non liés aux ressources naturelles, les flux intra-régionaux sont encore très faibles». Ces derniers ne représentent en effet que 46 milliards de dollars seulement entre 2003 et 2010, soit 5% du total des IDE africains.

La CNUCED, préconise, à juste titre, que l’harmonisation des accords commerciaux régionaux et une planification plus rapide et mieux coordonnée des IDE aideraient l’Afrique à tirer pleinement parti de son potentiel en matière d’investissement intra-régional. C'est une précaution pour que l’attrait des IDE n’engendre pas une forte dépendance internationale. Chaque médaille a son revers !

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