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Les Marocains boudent l’adhésion syndicale. Le taux de syndicalisation national est trop bas n’atteignant même pas 4% d’après le HCP. Fragmentés, les syndicats sont accusés de faiblesse et d’incapacité à mobiliser les foules. Plusieurs causes sont avancées : crise de confiance, accointances avec les partis politiques, émiettement syndical...

Le taux de syndicalisation au Maroc demeure très faible. Les derniers chiffres annoncés par le Haut commissariat au plan tombent comme un couperet sur le syndicalisme au Maroc. 96,6% des actifs occupés, soit 10.282.000 personnes, ne sont pas affiliées à une organisation syndicale ou professionnelle, dont 94% en milieu urbain et 99% en milieu rural. Parmi les salariés, cette proportion atteint 94% au niveau national, soit 4.672.000 personnes et 92,4% en milieu urbain soit 3.295.000 personnes et 98,3% en milieu rural soit 1.377.000 personnes. Tout en reconnaissant la faiblesse du taux de syndicalisation au Maroc, les syndicalistes estiment que les chiffres du HCP doivent être pris avec précaution. Pour Khalid Alami Houir, ancien parlementaire et membre du bureau exécutif de la Confédération démocratique du travail (CDT), les données de l’instance de Lahlimi ne prennent pas en considération l’ampleur du secteur informel qui est fermé à l’action syndicale. Il faut, selon lui, fournir des données détaillées, notamment au niveau des grands secteurs connaissant une forte présence des syndicats. «À OCP, à titre d’exemple, le taux de salariés adhérents aux syndicats s’élève à 50%», précise-t-il. Mais, globalement, il existe une crise avérée du syndicalisme au Maroc. Cette crise ne s’explique plus seulement par des spécificités nationales, mais s’inscrit au contraire dans un mouvement de recul international, de l’avis des syndicalistes. Le poids des syndicats semble visiblement diminuer au fil des ans.

Le gel du dialogue social est un indicateur attestant de la difficulté pour les syndicats de faire entendre leur voix auprès du gouvernement en dépit du recours aux moyens de protestation. Les centrales syndicales n’arrivent manifestement pas à mobiliser les salariés pour faire pression sur l’Exécutif. Et les raisons en sont multiples ! Les observateurs pointent du doigt l’archaïsme dans la gestion et les méthodes de négociation des syndicats au Maroc. Il faut dire que les discours des chefs de file syndicaux n’ont pas changé pour s’adapter aux besoins des salariés. Un fossé s’est ainsi creusé entre les syndicats et les bases. À l’instar des partis politiques, la démocratie interne des syndicats est remise en cause. L’incapacité des centrales à recruter est aussi un indicateur de taille. Jusque-là, et de manière générale, les syndicats ne disposent ni de stratégie ni de politique claire pour recruter des adhérents, reconnaît la parlementaire de l’Union générale des travailleurs du Maroc, Khadija Zoumi: «les syndicats misent plutôt sur les dossiers en suspens comme celui des professeurs».

Émiettement de l’échiquier syndical
À cela, s’ajoute un grand frein : un échiquier syndical fragmenté. Le multi-syndicalisme et les scissions qui ont eu lieu au cours des dernières années ont déteint sur le syndicalisme au Maroc. Si les centrales syndicales les plus représentatives sont de quatre uniquement depuis 2015 (UMT, CDT, UGTM et UNTM), le nombre global des syndicats représentés par des délégués suite aux dernières élections professionnelles est de vingt-trois. Un chiffre trop élevé, de l’avis même de plusieurs dirigeants syndicalistes qui signalent que le multi-syndicalisme est certes nécessaire, mais l’existence de plus d’une trentaine de syndicats au Maroc dont certains ne font leur apparition qu’au moment des élections professionnelles ne fait qu’affaiblir le syndicalisme au Maroc.

Cette situation impacte négativement la force de négociations des syndicats qui peinent à parler de la même voix. D’ailleurs, même les syndicats les plus représentatifs n’arrivent pas à accorder leurs violons pour jouer la même partition auprès des décideurs. En témoignent les différends en matière de gestion de l’examen et de l’adoption du dossier de la réforme des retraites au sein de la Chambre des conseillers. L’UMT, la CDT et l’UGTM, rappelons-le, coordonnaient leurs actions autour de cette question pour faire pression sur l'Exécutif sauf qu’au moment fatidique du vote, ils ne sont pas parvenus à rester sur la même longueur d’ondes. La CDT et l’UMT ont préféré opter pour la politique de la chaise vide alors que l’UGTM avait un autre point de vue. La coordination entre les trois centrales syndicales a ainsi pris fin suite à ce différend.

Un pouvoir restreint au Parlement
Il est difficile pour les centrales syndicales de mener une collaboration étroite entre elles notamment au sein du Parlement en raison des accointances entre les partis politiques et les syndicats. Au sein de la Chambre haute, seule l’Union marocaine du travail dispose d’un groupe parlementaire. La CDT a pu créer un groupement. Les parlementaires de ces deux entités syndicales restent ainsi plus ou moins autonomes des décisions politiques. Les conseillers de l’UGTM, bras syndical du parti de la balance, font partie du groupe de l’unité et de l’égalitarisme du PI. Ceux de l’UNTM ont rejoint le groupe du parti de la lampe. La FDT qui n’a décroché qu’un seul siège au Parlement payant ainsi le prix fort de ses guerres intestines, alors qu’elle disposait lors du précédent mandat d’un groupe parlementaire dynamique, a été contrainte de s’adosser au groupe socialiste.

Le parlementaire de l’ODT a rejoint le groupe parlementaire du PAM. Certes, le groupe de l’Istiqlal et celui du parti du tracteur sont présidés par des syndicalistes, mais généralement c’est le poids du politique qui l’emporte sur le volet syndical. Les syndicalistes dont le nombre a été porté à 20 au sein de la Chambre des conseillers soit le sixième arrivent certes à animer le débat dans l’hémicycle sur des questions cruciales d’ordre social. Mais, concrètement, leur poids demeure limité au moment décisif du vote des projets de loi. Les parlementaires relevant des syndicats appellent le gouvernement à prendre en considération leurs points de vue et leurs propositions d’amendement et à ne pas se contenter d’appliquer la logique numérique sur le plan législatif.

L’Exécutif est accusé de manquer de volonté politique pour faire des syndicats de véritables partenaires sociaux. Les employeurs sont aussi épinglés en la matière. À cet égard, les libertés syndicales figurent toujours sur le cahier revendicatif des syndicats qui déplorent, d’une part, la faiblesse du nombre des inspecteurs de travail pour pouvoir constater les entraves et d’autre part la non ratification de la convention 87 portant sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Cette doléance nécessiterait d’après le gouvernement une révision constitutionnelle car le texte fondamental stipule l’interdiction pour les porteurs d’armes de constituer des syndicats. 


 Abdeslam Seddiki
    Ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Notre pays a besoin de syndicats forts. On n’a pas, en effet, intérêt à les affaiblir car ils sont des intermédiaires sociaux importants. Le dialogue social ne peut être fécond sans partenaires sociaux crédibles, forts et indépendants des partis politiques».

Khadija Zoumi
    Parlementaire de l’UGTM

La faiblesse du taux du syndicalisme est due à plusieurs raisons dont la faiblesse du discours syndical, l’absence de démocratie interne au sein de certains syndicats, la régression de l’esprit du militantisme, une mauvaise évaluation de l’importance de l’action syndicale, le nombre trop élevé des syndicats. L’action syndicale a été affaiblie volontairement. Des coordinations ont été créées pour couper l’herbe sous les pieds des syndicats».

 Khalid Houir Alami
    Membre du bureau exécutif de la CDT

Nous sommes contre l’affiliation du syndicat à un parti politique. Il faut plutôt un appui politique à l’action syndicale auprès traditionnellement de la gauche. Le gouvernement et le patronat ont intérêt à avoir en face d’eux des syndicats forts et responsables. La voix des syndicats doit être écoutée et prise en considération, notamment au sein du Parlement».


Législation, la pomme de discorde

Le gouvernement n’est pas parvenu à convaincre les centrales syndicales des dispositions du projet de loi régissant les syndicats. La pilule est, en effet, difficile à faire avaler. Le prochain gouvernement est appelé à se concerter encore une fois avec les partenaires sociaux pour trouver un terrain d’entente autour de ce texte qui prévoit les mêmes modalités que la loi sur les partis politiques. Déjà deux dispositions qui faisaient l'objet de discorde ont été supprimées. Il s’agit en premier lieu de la limitation d’âge pour les chefs de file des syndicats qui figurait sur l’ancienne mouture. Le gouvernement estimait qu’un dirigeant syndicaliste ne devait pas être un retraité mais un salarié en fonction. Le deuxième point a trait au contrôle de la Cour des comptes des finances des syndicats qui a été limitée dans la dernière version aux subventions publiques. La mission du prochain Exécutif ne sera nullement aisée. Outre ce texte, le projet de loi sur le droit de grève devra faire l’objet d’un bras de fer serré au sein du Parlement.

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