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Une étude interne de Bank Al-Maghrib, publiée dans le deuxième numéro de la lettre de recherche montre que le secteur bancaire marocain affiche un «degré de concentration modérément élevé». En termes d’actifs, et en comparaison avec les pays de la région MENA, le Maroc occupe une position médiane, il est plus concentré que l’Égypte, le Liban et la Tunisie et moins concentré que l’Algérie, la Jordanie et le Qatar.

À l’heure où les décideurs s’interrogent sur les perspectives d’un nouveau modèle économique, la question de la «concurrentiabilité» des secteurs stratégique s’impose par elle-même. Celle du secteur bancaire en particulier, compte tenu de l’importance qu’il revêt à la fois dans le financement de l’économie et le soutien des ménages. Une étude interne de Bank Al-Maghrib (BAM), publiée dans le deuxième numéro de la lettre de recherche montre que le secteur bancaire marocain affiche un «degré de concentration modérément élevé». Néanmoins, l’utilisation du modèle de Panzar et Rosse pour évaluer le pouvoir de marché des banques indique une situation de «concurrence monopolistique», à l’instar de plusieurs pays développés et émergents. Les auteurs de l’étude, les économistes-chercheurs Sara Benazzi et Imane Rouiessi, expliquent qu’il s’agit d’une «situation de marché qui se situe entre la concurrence parfaite et le monopole». Comme en situation d’une concurrence parfaite, il existe plusieurs vendeurs et les conditions d’entrée et de sortie ne sont pas contraignantes. Cependant, chaque banque dispose d’un certain pouvoir de marché pour établir le prix des services offerts, s’apparentant, dans une moindre mesure, au monopole. Ainsi, entre 2000 et 2015, le secteur bancaire marocain est passé de 21 banques en 2000 à 16 banques en 2006 pour atteindre 19 banques en 2015. Cette période a été marquée par des opérations de fusion-absorption, des nouveaux octrois d’agrément et des changements dans la structure de l’actionnariat. Globalement, grâce à la politique de décloisonnement des activités bancaires, menée à partir des années 90, les banques marocaines se sont vues dotées d’un nouveau business model de «banques universelles». De même, la part de l’État dans le secteur bancaire s’est inscrite en baisse suite à la cession d’une partie de ses participations dans le Crédit agricole du Maroc et le Crédit immobilier et hôtelier (CIH) et de la totalité de ses engagements dans le capital de la Banque Centrale Populaire, en faveur de nouvelles prises de participations étrangères dans les banques marocaines. À fin 2015, le secteur bancaire marocain compte, selon l’étude, sept banques à capital majoritairement étranger et cinq à capital majoritairement public.

Le taux de bancarisation en hausse
En termes d’actifs, et en comparaison avec les pays de la région MENA, le Maroc occupe une position médiane, il est plus concentré que l’Égypte, le Liban et la Tunisie et moins concentré que l’Algérie, la Jordanie et le Qatar. Mais un problème de méthodologie se pose. En effet le degré de concentration à travers le ratio de concentration et l’indice HHI ne reflète pas forcement l’intensité concurrentielle du secteur. En effet, alors que plusieurs travaux empiriques ont corroboré la relation négative entre concentration et concurrence (Bain, 1959), d’autres mettent l’accent sur l’importance de la «contestabilité» dans l’analyse de la concurrence (Baumol et Willig, 1986). Cette dernière renvoie à la facilité d’entrée de nouveaux acteurs sur un marché et leur pouvoir de concurrencer ceux qui sont en place. Ainsi, un marché considéré comme contestable peut garantir une certaine concurrence indépendamment du nombre des banques sur le marché. «De ce fait, l’analyse de la concurrence bancaire requiert aussi un examen des barrières à l’entrée à l’activité bancaire notamment les conditions d’octroi d’agrément, la transparence des pratiques bancaires et de l’information sur les crédits», expliquent les économistes de BAM. La législation marocaine en termes d’octroi d’agrément est en ligne avec les pratiques internationales en la matière. En effet, l’obtention de l’agrément est subordonnée à un nombre de conditions dont notamment la compétence et l’honorabilité des administrateurs et de la direction générale, le contrôle interne et la gestion des risques, le montant du capital minimum et l’adéquation de sa forme juridique (Société Anonyme). Le programme d’activités, les moyens techniques et financiers ainsi que la qualité des apporteurs de capitaux sont également étudiés. La législation ne distingue pas entre demandes nationales et internationales. Toutefois, s’agissant du capital minimum requis pour exercer l’activité bancaire, il ressort d’une comparaison avec des pays de la région MENA que l’exigence minimale au Maroc se situe à des niveaux proches de la moyenne. En outre, l’analyse de la distribution du réseau des agences ainsi que la densité bancaire concluent à une progression considérable de la couverture spatiale des services bancaires, ce qui témoigne d’une concurrence accrue entre les banques pour être davantage à proximité des clients. Cette amélioration reflète le progrès notable constaté au niveau du taux de bancarisation qui est passé de 37% en 2006 à 68% en actuellement, témoignant de l’amélioration de la pénétration des services bancaires, grâce en partie à la promotion de l’inclusion financière sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib. Ainsi, la stratégie de proximité des banques marocaines à travers l’ouverture d’agences dans différentes régions et la conquête de nouveaux clients ne peut que stimuler la concurrence entre ces banques. Toutefois, il est à noter que le nombre de guichets ouverts annuellement par les banques a été divisé par deux comparativement à une dizaine d’années auparavant dans un contexte d’accélération du processus de digitalisation des banques qui permettrait de renforcer la concurrence et d’élargir l’accès aux services bancaires particulièrement dans les zones rurales qui sont mal desservies. Toujours est-il qu’après la phase de consolidation et d’ouverture opérée durant les années 2000, le secteur bancaire marocain s’apprête, aujourd’hui, à accueillir une nouvelle catégorie d’acteurs, que sont les banques participatives. Ces nouveaux entrants contribueraient certainement au renforcement de l’inclusion financière en offrant une nouvelle catégorie de produits et de services. De même, ils devront modifier le paysage bancaire marocain et influencer les comportements concurrentiels des banques déjà établies sur le marché. La concurrence bancaire au Maroc pourrait également s’intensifier par l’émergence de nouveaux acteurs tels que les Fintechs qui devront renforcer l’innovation et encourager les banques à accélérer le processus de transformation numérique et à améliorer leurs offres digitales. Comme l’illustre l’expérience récente de plusieurs pays à travers le monde, ces nouveaux entrants pourraient impacter la relation traditionnelle banque-client et amener les banques à adapter leurs modèles d’affaires à ce nouveau paysage. L’analyse de l’incidence de ces transformations sur la concurrence bancaire suscite de nombreuses interrogations et constitue, donc, un sujet de recherche pertinent pour des travaux futurs.


Comment la crise a stimulé la concurrence

L’analyse de l’évolution des performances du secteur bancaire marocain sur la période 2000-2015 indique une baisse sensible de la marge nette d’intérêt. Cette dernière est passée de 6,17% en 2000 à 3,78% en 2015. De même, cette diminution de la marge nette d’intérêt s’est accompagnée à partir de 2007 par une baisse de la rentabilité à la fois des actifs et des fonds propres. Ces évolutions reflètent une décélération du crédit enregistrée depuis l’avènement de la crise de 2007 qui aurait induit une relative amélioration de la concurrence dans le secteur bancaire.

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